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12.06.2008

Banque du Sud "à l'africaine" : pourquoi le projet de Gbagbo doit être soutenu

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Les membres de notre petite communauté ont débattu et débattent avec passion de la récente prise de position du président ivoirien Laurent Gbagbo, qui milite pour la création d'une "Banque du sud" à l'africaine, dans la droite ligne de ce qui se crée actuellement en Amérique latine.
Parmi nous, il y en a qui tentent de démonter le projet et celui qui le porte ; il y en a qui soutiennent l'initiative. Ceux qui sont hostiles au projet ont leurs arguments. Parmi ces arguments, j'en ai retenu un : il faut d'abord que les rues d'Abidjan et des villes de l'intérieur soient propres avant de penser "Banque du Sud". Je ne suis pas sûr que Lula ait attendu d'éradiquer les favelas avant d'adhérer au projet "Banque du Sud". Je ne suis pas sûr que toutes les rues du Venezuela soient nickel.
La saleté de nos rues est liée à des facteurs sociologiques et organisationnels, mais également au manque d'infrastructures de voirie décentes, c'est-à-dire au manque de financements d'un certain niveau. Depuis la fin de la guerre froide, les ajustements structurels et la mainmise des institutions de Bretton Woods sur nos économies, il n'y a plus eu de gros investissements. Il fallait d'abord honorer le service de la dette. Là où les PAS sont finis et où l'initiative PPTE a été menée jusqu'à son terme, ces investissements lourds n'ont toujours pas eu lieu. L'Occident nous prête assez pour qu'on ne meure pas mais pas assez pour qu'on se développe. Le FMI et la Banque mondiale, inquiets de l'attractivité nouvelle de nos pays pour des nations comme la Chine, fait la grimace et nous oblige à ne pas recourir aux financements "non traditionnels". Le FMI et la Banque mondiale créent des règles contraignantes qu'ils font sauter dès lors que les intérêts des principaux pays administrateurs, notamment les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, sont en jeu. C'est un piège. Il faut en sortir. Il faut en sortir si l'on veut réunir les fonds pour construire nos ponts, nos autoroutes, nos systèmes d'évacuation d'eau, nos systèmes de traitements des ordures, notre habitat monderne. Il faut en sortir : c'est ce qui nous permettra d'avoir des villes propres.
De plus, les cours des matières premières se portent bien. La "Banque du Sud" à l'africaine serait un moyen, pour des petits Etats "accablés" par l'importance de leurs recettes pétrolières, d'investir au lieu de gaspiller. La "Banque du Sud" serait une manière de réaliser les projets d'envergure (notamment les routes transnationales et les lignes de chemin de fer qui figurent dans les dossiers du NEPAD) qui ne seront jamais une priorité pour le FMI et la Banque mondiale. La BAD pouvait jouer ce rôle, mais elle est en partie "tenue" par les Européens et les Américains.
Un chef d'Etat africain a fait avancer une réflexion sourde en évoquant ouvertement, lors d'un Forum international, une très belle idée. Cela est à son crédit. Cette idée est courageuse, et un chef d'Etat françafricain ne l'aurait jamais émise : elle est dangereuse pour l'Occident.
Gbagbo ne rompt pas avec la France parce qu'il ne peut pas. C'est elle qui ouvre les portes du FMI, de la Banque mondiale, voire de l'ONU à son pays. Gbagbo n'a pas attaqué la France, c'est la France qui l'a attaquée. Pragmatiquement, il est en train de réussir à la neutraliser avec le sourire et quelques cadeaux. Pour mieux aborder les projets d'avenir qui permettront à ses successeurs de "rompre avec la France" - mais cela leur semblera inutile et dérisoire...
Gbagbo n'est pas parfait. Le critiquer - voire le critiquer vertement - est tout à fait légitime. Mais cette prise de position est légitime et mérite d'être soutenue.

04.06.2008

IB condamné en France, et après ?

4cfbea55596061958f87a8f90c7d005e.jpgLa nouvelle est tombée en début d'après-midi. IB a été condamné, par le tribunal correctionnel de Paris, à quatre ans de prison ferme pour "direction ou organisation de groupement ayant pour objet une activité mercenaire". Il a été condamné pour une tentative de coup d'Etat qui remonte aujourd'hui à un peu moins de cinq ans, alors qu'il est poursuivi en Côte d'Ivoire pour une autre conspiration qui devait se dénouer fin 2007, et qui s'est terminée par un "buzz" sur YouTube : un feuilleton grotesque du "putschiste-allant-putscher" appelé "Noël à Abidjan".
En Côte d'Ivoire, certaines personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles Jean-Paul Ney, journaliste barbouze qualifié de mythomane par la blogosphère française et dont le haut fait d'armes est d'avoir fait préfacer un de ses livres par Nicolas Sarkozy. Pendant ce temps, "IB" court toujours, visiblement réfugié dans un pays ouest-africain n'ayant aucune envie de le livre (pour quelle raison ?) aux autorités d'Abidjan.
Que va-t-il se passer désormais qu'IB est reconnu coupable par "contumace" par un tribunal de chez "nos ancêtres les Gaulois" ? Un mandat d'arrêt international sera-t-il lancé ? Le pays qui le protège actuellement va-t-il le livrer à l'ancien colonisateur ?
On attend de voir.

03.06.2008

Femmes sud-africaines contre l'isolationnisme

Elle s'appelle Dr Mamphela Ramphele. Conjointe du regretté Steve Biko et mère de ses deux enfants, elle a pris la parole récemment pour rappeler, après les émeutes xénophobes, que l'Afrique du Sud ne pouvait pas jouer les isolationnistes et tourner le dos au continent. Elle a dit ceci :

da4b9fa3e979208348d5e826290946cc.jpg"Il faut souvent un choc majeur pour qu'une société regarde en face les défis qu'elle a ignorés ou sous-estimés. Les Sud-Africains ont vécu dans un faux paradis ignorant les réalités de notre monde interdépendant et interconnecté. Notre démocratie en construction a souvent feint de ne pas voir un fait : la migration des biens et des services, des idées et des hommes. Notre isolement pendant l'apartheid a fait de nous des insulaires. Cette crise nous oblige à regarder nos défis et à saisir les opportunités qui peuvent découler de notre immersion dans une mondialisation de plus en plus rapide."

Elle s'appelle Mandy De Waal. Elle est éditorialiste, écrivain et journaliste indépendante. Parmi les nombreuses belles choses qu'elle a écrites depuis le début des "événements" honteux qui ont secoué les townships, les phrases qui suivent :

9f91b1249511010c0b4a0a74964bfacf.jpg"En tant que Sud-Africains, que nous soyons hommes d'affaires, leaders, politiciens, travailleurs, philosophes, enseignants ou étudiants, nous ne pouvons pas nous croire isolés ou en dehors de l'Afrique. Nous devons absolument balayer les vieilles attitudes aliénantes et nous voir comme une partie d'un ensemble auquel nous sommes connectés.

Notre vrai succès en tant que nation sera mesuré à notre capacité à transformer notre mentalité insulaire, aliénée et inspirée de l'apartheid qui fait que nous nous voyons comme différents de tous ceux qui habitent ce continent. Le progrès sera effectif lorsque nous comprendrons que nous faisons partie, et que nous sommes coresponsables, du second continent du monde, en termes d'étendue et de population.

C'est seulement en tant qu'Africains que nous pouvons grandir en faisant grandir notre continent."

31.05.2008

Zakaria accuse Soro de trahison sur un site Internet

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Un extrait :

Claude TAPE : Bonjour Cdt Zakaria le 16 mai dernier, le 1er ministre Soro a effectué une visite dans votre zone pendant la laquelle il était prévu la démobilisation des ex rebelles en tant que premier responsable de la zone qu’est ce qui expliquait votre absence ?

KONE Z. : j’ai toujours marqué mon désaccord depuis que cette lutte a pris de nouvelles orientations, surtout après la signature des accords de Ouagadougou.

Claude TAPE : qu’est ce que vous reprochez aux de Ouagadougou que vous avez pourtant signé ?

KONE Z. : quand vous vous engagé dans un processus de libération, il faut respecter l’esprit et la lettre de tous vos engagements vis-à-vis du peuple. On ne prend pas des armes pour faire la promotion d’un individu.

Claude TAPE : De quel individu parlez-vous ?

KONE Z. : Quand nous avons pris les armes, nous avons énuméré un certain nombre de revendications qui jusque là n’ont pas été satisfait. Je ne peux pas comprendre que certaines personnes se soient retrouvées à des postes de premier ministre et pensent que la mission que nous nous sommes assignés est accomplie. Moi j’estime que l’objectif a été dévoyé, c’est pourquoi je ne voulais pas me rendre complice de trahison.

Claude TAPE : Soyez plus explicite, de quelle trahison parlez-vous ?

KONE Z. : Je veux dire simplement que depuis que SORO est devenu PM, il a foulé au pied tous les intérêts des FAFN et travail plutôt dans l’intérêt du pouvoir.

Claude TAPE : Pourtant Soro a eu votre caution avant d’accepter la primature ?

KONE Z. : mais un premier ministre avec des pouvoirs et non pour se mettre au service de Gbagbo


L'intégralité de l'article ici.

27.05.2008

Jean-Pierre Bemba arrêté à Bruxelles

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Les détails ici. Qu'en pense Guillaume Soro ?

Afrique du Sud : la vitrine se brise

Par Achille Mbembe, chez Alain Mabanckou.

26.05.2008

Beau reportage de Rue 89 sur l'Ouest de la Côte d'Ivoire

Par Frédérique Drogoul, médecin, psychiatre. Pour lire, cliquez ici.

25.05.2008

Les "événements" d'Afrique du Sud, vus d'Afrique du Sud

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Il y a des jours où on se dit que la blogosphère, c'est tout de même génial.
Parce que les bloggeurs sud-africains sont nombreux et ont des points de vue divers et souvent pertinents, l'on peut, de n'importe où dans le monde, écouter la vaste conversation engendrée par l'éruption traumatisante de violence xénophobe au pays de Mandela et de Mbeki. Nous n'avons que l'embarras du choix. On peut aller sur Thought Leader, le multiblog animé par l'équipe du Mail and Guardian. On peut aussi surfer sur Amatomu, qui recense de nombreux blogs sud-africains, et sur Afrigator, qui a créé une rubrique spéciale sur le sujet.
En lisant les bloggeurs sud-africains, l'on se rassure : non, les Sud-Africains ne sont pas tous des brutes assoiffées du sang de leurs frères africains. Profondément traumatisés, ils remettent violemment en question l'édifice sur lequel est assis leur pays et se mobilisent dans la rue, dans les églises, dans les communautés pour dire "non" à la xénophobie.

PS : Grâce à Amatomu, j'ai écouté un beau discours de Thabo Mbeki, bien maltraité ces derniers jours. Ecoutez-le, c'est très profond.

20.05.2008

Affaire de classement

Une affaire de classement des 100 meilleures universités d'Afrique commence à agiter la blogosphère. Sur 20mai.net et chez Y-Voir-Plus, on en parle.
Les universités francophones sont très peu nombreuses, et ni le Cameroun ni la Côte d'Ivoire n'a une de ses structures d'enseignement supérieur dans le classement. Je verse quelques questions au débat :

- Et si le système d'universités publiques - ce qui est à tout le monde n'est à personne - ne marchait pas chez nous ?

- Et si les Etats africains étaient trop petits pour "adresser" la question de l'enseignement supérieur de manière isolée ? Certaines initiatives en la matière ne devraient-elles pas être confiées aux organisations communes les plus "riches", comme la BAD ou la BCEAO ?

11.05.2008

Vous avez dit "unité culturelle de l'Afrique noire" ?

Cheikh Anta Diop et d'autres grands Africains ont établi de manière magistrale la réalité scientifique de "l'unité culturelle de l'Afrique noire". Ils sont partis des origines, de l'Egypte pharaonique, etc... Ils ont évoqué la face glorieuse de cette unité culturelle. Mais on ne peut s'empêcher, en regardant l'Afrique contemporaine, de constater qu'il y a une similitude de pratiques dans l'art de la survie - pour les petites gens - et les techniques d'accaparement - pour les élites politiques.
En allant aujourd'hui sur le blog très bien illustré de Cédric Kalonji, j'ai été frappé par quelques images qui résument très efficacement l'état de l'Afrique noire en 2008.

Il y a l'Afrique-débrouille, symbolisée par les vendeuses de pain de Kinshasa, qui se lèvent à trois heures du matin pour se ravitailler dans les boulangeries et revendre ce qu'elles ont acheté à domicile. A Abidjan ou à Douala, nous connaissons aussi ces héroïnes du quotidien, qui bravent toutes les difficultés avec une rare énergie. Lors de mon dernier séjour au Cameroun, j'ai été frappé par la vivacité des vendeuses de bâton de manioc de la banlieue de la capitale économique, qui courent pendant des heures derrière les automobilistes pour écouler leur modeste production.

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Il y a l'Afrique-embrouille, celle des politiciens trop souvent égoïstes, comme ces députés congolais qui, à peine élus après plus d'une décennie de guerre, se sont offert 500 Nissan Patrol, qui ont, selon Cédric, une valeur de 26 millions de dollars. Je me souviens qu'au Cameroun et en Côte d'Ivoire, les députés ont utilisé leur pouvoir de législateur pour améliorer leur condition à eux alors que leurs pays se trouvaient dans des situations de crise exacerbées.

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