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05/12/2009

La gratuité en ligne, un modèle d'affaires pour tous ?

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Un des livres que j'ai lus avec intérêt ces derniers mois est "La méthode Google", de Jeff Jarvis. Un livre passionnant, qui m'a ouvert les yeux sur les inévitables mutations économiques charriées par la révolution numérique. Evidemment, tous les métiers changent et doivent changer, et ce livre nous permet de mieux comprendre pourquoi et comment...

 

Jeff Jarvis nous apprend par exemple que la publicité classique n'est plus la seule méthode pertinente pour parler à ses clients. Il n'y a plus un émetteur - l'entreprise désirant communiquer - s'adressant à un récepteur - le consommateur muet, dont le seul pouvoir est de décider d'acheter ou pas... et encore ! Il y a un vendeur qui a la parole et des probables acheteurs qui, grâce à Internet, ont eux aussi la parole, et peuvent se mettre en réseau pour féliciter l'entreprise dont ils ont apprécié le service... ou la descendre en flammes !

Cette leçon de Jarvis, beaucoup de services marketing et communication en Afrique subsaharienne francophone (celle que je connais bien) ne l'ont pas encore comprise. Les grandes compagnies n'ont pas de blogs réactifs pour dialoguer avec leurs clients. Au Cameroun, au moment où je vous parle, alors qu'une guerre de l'internet a lieu, la compagnie Ringo, qui a le vent en poupe, ne publie pas son débit déclaré ni le prix de son offre illimitée sur son site. Le site Internet d'Orange Cameroun ne fonctionne pas depuis des semaines, donc ses offres ne sont pas disponibles en ligne. Combien d'entreprises utilisent les réseaux sociaux pour gérer (à moindre coût) leur service clientèle ? Or, les marchés sont des conversations, nous apprend Jeff Jarvis. A quoi sert-il de dépenser des sommes folles en panneaux urbains alors que, lorsque vous "googlise", votre nom est "gâté" ?

J'ai aussi beaucoup apprécié le conseil de Jarvis qui nous demande de "penser plateforme". Google est devenu Google non pas en étant éditeur de services ou de contenus, mais créateur de plateformes permettant à d'autres d'améliorer leur expérience utilisateur, de mieux créer ou découvrir des contenus, de faciliter leur vie quotidienne, voire de mieux organiser leur entreprise. De quelles types de plateformes spécifiques avons-nous besoin à Abidjan, en Côte d'Ivoire, en Afrique subsaharienne ? Le débat est lancé.

Il n'empêche que j'ai tiqué face à ce que je considère comme le "fanatisme de la gratuité" qui anime Jarvis. La gratuité est un modèle d'affaires, d'accord. Mais comment financer cette gratuité ? Des fois, j'ai l'impression que la gratuité est l'arme fatale des pays comme les Etats-Unis, dont les "venture capitalists" et les fonds d'investissement. Sans ces ressources quasiment illimitées, Facebook aurait-il aujourd'hui 350 millions d'inscrits ? Twitter, qui ne rapporte encore rien mais qui gagne des utilisateurs en attendant de les monétiser, repose sur ce modèle qui n'existe pas encore sous nos contrées.

Aura-t-on alors de grosses plateformes gratuites au rayonnement mondial, et rien d'autre en face ? La gratuité intégrale et érigée au rang de religion marche pour les produits et services grand public (et grand public sur le web, ça signifie des millions et des millions). Si l'on rapporte ce débat au cas pratique des contenus d'information, qui est mon métier, comment financer une information qui intéresse quelques milliers de personnes seulement ? Ne courons-nous pas le risque de ne voir survivre, sur l'info africaine, que de l'info subventionnée, du style RFI, BBC ou les médias d'Etat africains, souvent bien obtus ? Le débat est ouvert, et il a quelque chose à voir avec celui de la citoyenneté.

27/10/2009

Un "mur de Berlin" linguistique divise le web africain

Ce post m'a été inspiré par des discussions avec des amis blogueurs vivant aux Etats-Unis, en France et en Afrique. Si l'on sent que le petit monde des "techies" passionnés par les problématiques africaines (blogueurs, développeurs, entreprenautes) arrive d'une certaine manière à maturité et si l'on voit de belles initiatives poindre ici et là, une impression confuse demeure : celle d'une sorte de "mur de Berlin linguistique", qui sépare notamment les Francophones et les Anglophones, qui semblent évoluer dans des univers parallèles.

Je ne voudrais pas contrarier les évidences. Il est difficile de se tenir informés de manière régulière de ce qui se passe de l'autre côté. Il peut sembler presque impossible de lire les blogueurs afros qui écrivent dans une langue que nous ne connaissons pas - même si un ami m'a fait remarquer que Google Translate, ce n'est pas pour les chiens ;)

Il me semble tout de même que nous ne devons pas nous résigner à nos ghettos linguistiques, que ni l'histoire ni la géographie ne justifient. Il nous faut être plus curieux et nous débrouiller pour mieux nous connaître et mieux échangr. Combien de fois ai-je entendu des récriminations à propos des acteurs du web 2.0 africain anglophone, qui ne font aucun effort, fonctionnent "entre eux" et n'ont pas le réflexe d'associer les autres aux événements et rencontres qu'ils initient ? Comment expliquer cet "autisme présumé" ?

Au-delà de ce qui peut s'apparenter à des problèmes de communication interpersonnelle, il me semble que le défi linguistique est également un défi technologique et économique pour nous. Par exemple, les grosses plateformes comme Facebook et Google se font fort de traduire leurs interfaces dans le maximum de langues possibles, tout simplement parce qu'elles veulent élargir leur base d'utilisateurs et leur valeur, tout simplement. Pourquoi ne pas faire pareil ? Combien de start-ups kenyanes ou sud-africaines sont développées par des développements en Côte d'Ivoire ou au Gabon ? Combien de start-ups camerounaises gagneraient à traverser la frontière et à conquérir le Nigeria ? Il me semble que l'intérêt des investisseurs s'accroîtrait si nous arrivions à développer des marques en ligne qui iraient plus loin que les barrières linguistiques. A cet égard, la plateforme de blogs Maneno montre le chemin.

Comment faire ? Par où commencer ? Le débat est ouvert !