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05/09/2009

Gabon : le dégoût (1)

 

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Terrible bégaiement de l'Histoire de l'Afrique ! Après Joseph Kabila (République démocratique du Congo) et Faure Gnassingbé (Togo), Ali Bongo Ondimba, grotesque caricature du "fils-à-papa-sans-talent-et-plein-de-lui-même" accède à la magistrature suprême après la mort de son père, dans un schéma de succession dynastique qui s'abat sur l'Afrique comme une invasion de sauterelles ou une peste malfaisante.

 

Comme Faure, Ali est entouré de puissants parrains, nationaux et étrangers, qui le tiennent et le poussent pour que rien ne change ; et pour que leur rente, qu'ils ont su sauvegarder depuis près de 50 ans, demeure. Faure avait son Charles Debbasch, Ali a son Robert Bourgi.

Comme Faure, Ali peut compter sur une soldatesque léguée par papa comme une sorte d'assurance anti-démocratie. Elle peut tuer pour lui. Elle tue pour lui, à la manière d'une meute mercenaire au service d'un clan familial prévaricateur.

Au Togo comme au Gabon, une immense fraude électorale a été nécessaire pour imposer le "prince héritier". Une fraude sanctifiée par les litotes approbatrices de Paris, par les silences de Washington ou de Londres - qui ne voient la démocratie qu'aux portes de l'Iran ou d'autres régimes hostiles. Et surtout par la lâcheté incommensurable des "élites" africaines, sur le continent et dans la diaspora.

L'enjeu saute pourtant aux yeux. Nos Etats sont déjà très fragiles, surinvestis par les pouvoirs exécutifs qui accaparent souvent la quasi-totalité de la richesse nationale. Si nous acceptons, par nos silences, leur transformation en monarchies crapuleuses dont la seule raison d'être est d'empêcher des yeux indiscrets - y compris au sein des partis au pouvoir - de "voir clair" dans un amalgame d'arrangements mafieux, alors NOS YEUX NE VERRONT PAS UNE AFRIQUE MEILLEURE QUE CELLE QUE L'ON VOIT AUJOURD'HUI.

Approuver par le silence un schéma qui pourrait se reproduire ailleurs (au Sénégal, au Congo, en Egypte...) est lamentable. C'est ce qui se passe pourtant. Les voix qui portent en Afrique, y compris parmi nos "journalistes internationaux" volent, dans un schéma conservateur incroyable, au secours d'Ali Ben.

Elles disent que l'opposition était divisée, comme si une opposition divisée ne pouvait pas créer la surprise.

Elles disent que l'opposition n'était pas prête à diriger, comme si le pouvoir était quelque chose qu'on n'apprend qu'en composant avec les "tyrans éternels", puis en s'en distanciant, dans la stratégie du parfait petit opportuniste.

Elles ne dénoncent pas les tripatouillages du parti qui éreinte le pays depuis tellement d'années que la majorité du pays n'a connu que lui, mais elles dénoncent les méthodes de contestation de l'opposition, mauvaise, incapable, peu imaginative. Comme s'il y avait une manière imaginative de se battre contre une machine oppressive prête à tout. Là où on doit parler "principes", "valeurs", "leçons pour l'avenir", "perspectives au long terme", on commente le destin d'une Nation comme un match de football.

Elles parlent comme si la démocratie était conditionnée à un ensemble de critères étranges qui ressemblent bien à ceux des coteries internationales qui tiennent l'Afrique en laisse.

Elles disent que de toute façon, ça va se passer comme ça "et puis voilà". Pourquoi se fatiguer à contrarier les évidences ?

C'est grave.

Jamais l'Afrique francophone n'identifie clairement un certain nombre de causes communes qui la souderait... pour faire avancer l'Histoire. Pourquoi à Abidjan, à Dakar, à Douala... les voix qui défendent les valeurs de progrès chez elles, détournent le visage ? Pourquoi nos grands journalistes qui ont le privilège de débattre sur des plateaux très visibles semblent-ils aussi apeurés, aussi frileux, aussi conformistes, quand on les compare aux journalistes français dont les patrons, souvent des marchands de canon ou des vendeurs de gros projets BTP, ont pourtant, souvent, de gros atomes crochus avec les pouvoirs africains d'un certain type ?

L'amour de la liberté, l'attachement aux principes, les rêves sains d'alternance sont-ils désormais considérés comme des lubies de rêveurs impénitents ?

Pourtant, elle est nécessaire la colère.