topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

17/07/2009

Yannick Nino Njopkou : la belle histoire de kerawa.com

Dans la perspective du Carrefour des possibles consacré à l'Afrique qui sera bientôt organisé par la Fondation Internet Nouvelle Génération, je lance sur ce blog une série d'interviews d'entrepreneurs africains spécialisés dans les contenus et applications en ligne et sur téléphone mobile. Cette série d'interviews annonce également la naissance prochaine d'un portail spécialisé dans l'actualité et la vie des entreprises et des entrepreneurs africains. Le nom ? Vous le saurez bientôt. Pour ouvrir cette série, j'interviewe Yannick Nino Njopkou (@yn3 sur twitter), un des fondateurs du site d'annonces panafricain kerawa.com.

 

 

IMG_3103.JPG

- Vous êtes un des fondateurs de Kerawa, site d'annonces qui se veut le "Craiglist africain". Pouvez-vous nous raconter sa naissance ?

 

L’idée de Kerawa.com naît un soir de Septembre 2007, alors que l’autre co-fondateur Ekwoge Fritz ((@kerawa_coder sur Twitter) et moi étions en chat sur l’amélioration des fonctionnalités de la plateforme de blogs sur laquelle nous travaillions http://www.akopo.com

Fritz venait de finir ses études, et cherchait un appartement à louer à Douala. Comme il travaillait déjà et ne trouvait pas de temps pour la recherche de son appartement, il s’est plaint en disant qu’il gagnerait du temps s’il y avait un site où des appartements à louer était proposé.

Nous avons alors approfondi fébrilement l’idée, avec la conviction que nous tenions là un diamant qui ne demandait qu’à être poli. Nos recherches nous ont rapidement montré que le marché était encore relativement vierge, aussi bien au Cameroun que dans d’autres pays africains/.

Voilà donc comment nous lançons le site web http://www.kerawa.com en Octobre 2007, tout simplement à partir d’un besoin exprimé par un co-fondateur, pour lequel nous identifions un énorme potentiel.

- Quels sont les principes fondamentaux qui régissent votre site ? Peut-on dire qu'il fait partie de l'univers du web 2.0 africain ?

Le principe fondamental est que Kerawa.com est le carrefour de l’offre et de la demande. Nous partons du principe que quelque soit ce dont vous avez légalement besoin, il existe peut-être quelqu’un qui peut le résoudre. La force du site est de mettre en contact un grand nombre d’acteurs pour augmenter les chances de chacun de trouver le bon interlocuteur.

Kerawa.com fait assurément partie du web2.0 africain, puisque le contenu (c'est-à-dire les annonces) sont écrites par les utilisateurs, pas par nous. Il est vrai que le web2.0 est souvent assimilé aux divertissements et aux loisirs, mais beaucoup de sites commerciaux font partie du web2.0 aussi.

- Quel âge a Kerawa ? Quel bilan pouvez-vous dresser ?

Né donc en Octobre 2007, Kerawa.com soufflera bientôt sur sa 2ème bougie. Nous dressons un bilan positif à cette étape.

Positif parce que le concept prouve sa pertinence, quand on voit l’affluence de visiteurs sur le site. Nous atteignons déjà des moyennes de 70.000 visiteurs mensuels. Un site d’annonces comme Kerawa.com, qui ne fait dans pas les rencontres, est relativement nouveau pour des opérateurs économiques. En 2 ans, nous avons changé le design du site 2 fois, nous avons pénétré des marchés improbables comme le Ghana, le Sénégal ou le Maroc, alors qu’on nous confinait au marché camerounais. Bref, le bilan est positif, mais nous ne nous arrêtons pas là, nous regardons devant nous. Plus loin, plus haut.

- Sur vos marchés naturels, l'Internet haut débit est encore un luxe, tandis que le mobile est démocratique ? Pensez-vous vous diversifier sur ce terminal ? Plus globalement, quelles sont vos perspectives ?

Kerawa.com est déjà présent sur mobile. Si vous avez Internet sur votre mobile et un navigateur full HTML, vous accédez à www.kerawa.com

Si la question concerne plutôt l’utilisation du canal SMS, je dirais que nos statistiques de visite montrent que dans les pays que nous ciblons, nous ne touchons même pas encore 20% des internautes. Alors, il est primordial pour nous de solidifier notre présence auprès de notre cible naturelle, avant d’attaquer d’autres cibles via d’autres terminaux.

Notre objectif 2009 est de toucher annuellement et en moyenne au moins 10% des internautes des pays que nous ciblons. Cela donne déjà plus d’1 million d’internautes par an. Donc, avant de parler de mobile, nous devons nous assurer d’avoir bien pénétré le marché sur lequel nous sommes actuellement positionnés.

- Quel regard portez-vous sur les usages de l'Internet et du web en Afrique subsaharienne ? Quelles sont les applications qui vous intéressent le plus ?

Je prends Internet en Afrique aujourd’hui comme la téléphonie mobile des années 1995. Internet se démocratise ailleurs. Soit l’Afrique adopte le canal de communication prépondérant, soit elle s’isole du reste du monde et devient incapable de communiquer. L’enjeu est là : déployer Internet ou s’isoler.

Comme applications d’Internet, il y’a les divertissements, l’apprentissage de la discussion libre avec des amis. Je pense que c’est en prenant du plaisir à utiliser Internet qu’on en saisit les applications plus profondes.

- Pensez-vous que les nouvelles technologies peuvent permettre de vraies créations d'emplois sur un continent où le chômage est endémique ?

La question est complexe. Sans stratégie globale d’éducation et d’investissement, les NTIC auront le même impact que le téléphonie fixe, c'est-à-dire aucun. Aucun secteur ne crée des emplois tout seul, il faut provoquer la création d’emplois. Hélas, la réalité est qu’il n’y que quelques pays à saisir les enjeux des NTIC et à avoir une stratégie globale d’adoption et de vulgarisation. Il est sûr qu’en la lançant en 2010, une stratégie pourrait produire des résultats vers 2016.

- Quel livre, quelle vidéo ou quel blog conseilleriez-vous à un jeune Africain intéressé par les TIC ?

Ceux qui sont intéressés par les TIC savent qu’il n’y a pas une bible des TIC. Il faut beaucoup lire, rester curieux à chaque moment, rester espiègle, savoir décrypter rapidement les impacts d’une innovation. Le web évolue vite, trop vite. Je n’ai ni livre, ni vidéo, ni blog fétiche. Sinon, les blogs que je consulte régulièrement sont http://africa2.0.com , http://babiwatch.ivoire-blog.com, http://techcrunch.com , http://mashable.com , ou http://www.afrikeo.com pour avoir un panorama de ce que disent les blogs et magazines online africains.