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06/04/2011

L'Etat français a armé les forces pro-Ouattara (Le Canard Enchaîné)

Accusées de massacres massifs par des organisations internationales impartiales (le CICR et Amnesty International notamment), les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), constituées majoritairement par les rebelles qui occupent la moitié nord du pays depuis plus de huit ans, ont été armées par l'Etat français. C'est en tout cas ce que révèle Le Canard Enchaîné, hebdomadaire satirique et d'investigation français, dans sa parution de ce mercredi 6 avril. Extraits.

"Selon plusieurs témoignages d'officiers supérieurs au "Canard", la France a appuyé la conquête du sud du pays par les forces de Ouattara. L'un d'eux, proche de l'Elysée, se félicite de "notre efficacité dans l'organisation de la descente sur Abidjan." (...) Un autre galonné, membre des services de renseignements, confie : "On a fourni des conseils tactiques aux FRCI", mais aussi "des munitions et des Famas (fusils d'assaut). De son côté, le contingent militaire français est porté, le 4 avril, à 1 700 hommes. Les 900 hommes du dispositif permanent Licorne ont été notamment renforcés par des Rambo de la Direction des opérations (ex-Service action) de la DGSE et des Forces spéciales.

Quelques-uns, parmi ces derniers, se sont retrouvés en contact direct avec l'entourage de Ouattara. A 19h30, quatre hélicos PUMA, soutenus par des MI 24 de l'ONUCI, commencent leur pilonnage, frappant au passage des objectifs aussi stratégiques que le CHU et un supermarché du quartier de Cocody. Pour la seconde fois en sept ans, "l'ancienne puissance coloniale" bombardait des soldats et des populations ivoiriennes.

Cet héroïque canardage, qui, selon l'Elysée, laissait entrevoir une reddition rapide de Gbagbo, risque pourtant de laisser des traces profondes. Et une situation difficilement gérable à Abidjan. D'abord parce que Ouattara pourrait pâtir, dans cette ville majoritairmeent acquise à Gbagbo, de son image de protégé de la France et des pays riches. L'armement de ses troupes, son équipement tout neuf ont suscité l'étonnement des Ivoiriens. Si l'aide du Burkina et du Nigeria est reconnue, d'autres pistes de financement apparaissent. Selon des témoignages et des documents obtenus par "Le Canard", des proches de Ouattara ont monnayé, en 2009 et 2010, d'importantes quantités d'or extraites des mines du Nord. Plusieurs tonnes ont été acheminées au Ghana voisin sous couvert de véhicules de... l'ONU. Puis envoyées, par petites quantités, à Anvers (Belgique) pour y être transformées. A l'état de poudre, cet or a été négocié à plus de 15 000 euros le kilo.

L'image du camp Ouattara - présenté par certains comme "l'axe du bien" - restera également entachée par les massacres commis ces derniers jours. A Duékoué, par exemple, plusieurs centaines de morts seraient, selon l'ONU et diverses organisations internationales, surtout imputables aux FRCI, les forces de Gbagbo se voyant aussi accusées d'atrocités.

En contact téléphonique permanent avec Ouattara, Sarkozy, qui prétendait le soutenir au nom de la protection des civils, devra ramer dur pour faire oublier les exploits de certains de ses chefs de guerre. Et pour transformer cette intrusion meurtrière en victoire de la démocratie."

Que retenir de cet article bien informé ? Premièrement, que la France a violé le cessez-le-feu au nom duquel Ban Ki Moon réunissait d'urgence le Conseil de sécurité il y a quelques semaines, affirmant sans preuves que la Biélorussie avait vendu des hélicoptères de guerre à Laurent Gbagbo. Deuxièmement, que, comme au Rwanda en 1994, la France officielle a entraîné et équipé des tueurs. Comme au Rwanda, elle est coresponsable des massacres.

17/11/2009

Pasqua accuse Villepin d’avoir tenté de renverser Gbagbo

Il n’y a pas qu’en Côte d’Ivoire que les « petits meurtres entre amis » sont furieusement tendance. Au sein de la droite française, on se déchire, on hurle… Menacé par les développements judiciaires de l’Angolagate, Charles Pasqua commence à parler en ne disant presque rien, en mode « arrêtez cette procédure judiciaire ou je mets en lumière notre misérable tas de secrets ». Extrait d’un article de François Soudan dans la dernière livraison de Jeune Afrique :

« Dans Le Journal du dimanche du 8 novembre dernier, le sénateur des Hauts-de-Seine accuse Dominique de Villepin d’avoir « planifié le renversement de deux chefs d’Etat africains », ajoutant que ce dernier, alors secrétaire général de l’Elysée, avait chargé le très sulfureux Jean-Charles Marchiani de s’en occuper.

Prié, quatre jours plus tard, de citer les noms des deux « cibles » de Villepin, Pasqua répond : « Je ne sais pas », tout en ajoutant : « J’imagine mal que le président de la République [Jacques Chirac] n’ait pas été mis au courant. » Quoi d’autre ? Rien. Il faut confesser, off the record, l’un de ses avocats, pour en savoir plus sur cette grave accusation que son auteur, apparemment, hésite à assumer : « L’un des deux, c’est Laurent Gbagbo ;l’autre, je l’ignore », confie ce proche sous le couvert de l’anonymat. »

Intéressant… Tout cela va bien finir par se savoir…

31/03/2008

Obama et Sarkozy : le jour et la nuit

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Récemment, en "feuilletant" le blog de Loïc Le Meur, je suis tombé sur un post où il réaffirmait tout le bonheur qu'il avait ressenti en faisant partie de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Et où il confiait que s'il votait aux Etats-Unis, il aurait choisi Obama. Ce n'est pas la première fois que les deux hommes sont comparés. Obama lui-même a encouragé les analyses rapprochant son profil de celui de Sarkozy en rendant vivement hommage au président français - pour des raisons que je ne cerne pas.
Obama et Sarkozy m'apparaissent radicalement différents, surtout depuis que j'ai lu (en français) son fameux discours sur la question raciale.
Tout au long de sa campagne, Sarkozy m'est apparu comme un homme prospérant dans les lignes de fracture de la société, captivant "sa France à lui" en lui faisant croire qu'elle est le bon grain à séparer de l'ivraie. De nombreux Français qui ont élu Sarkozy l'ont fait CONTRE LEURS VOISINS. Ils représentaient la France qui se lève tôt, et non la France des flemmards qui réclament l'Etat-providence. Quand Sarkozy disait : "Aimez la France ou quittez la" aux fils d'immigrés qui ont des "griefs historiques" contre un pays qui est leur seul pays, ils se réjouissaient, et pour cause. Cette phrase, ils auraient aimé la lancer au voisin d'en face, l'intellectuel "black" ou "beur" qui la ramène tout le temps avec les histoires d'esclavage et de colonisation.
Sarkozy est d'accord avec les envolées d'un Alain Finkielkraut, qui assimile toute expression de la douleur historique des "Français issus de la colonisation" à un chantage mémoriel. Il aime les généralités et joue avec les sous-entendus racistes : le paysan africain n'est jamais entré dans l'Histoire, n'est-ce pas, et ses petits-enfants viennent nous reprocher de l'y avoir inséré avec, certes, un peu de brutalité...
Barack Obama - à qui j'ai longtemps préféré Hillary Clinton, exemple de femme politique aux convictions trempées - est l'anti-Sarkozy. Déjà parce qu'il témoigne de ses convictions sociales d'homme de gauche là où Sarkozy cherche dans la génétique une explication rassurante aux déséquilibres sociaux.
Là où il existe un antagonisme au fond artificiel, Obama fait un travail de pédagogue pour expliquer les ressentiments et appeler à leur dépassement. Alors que l'on voulait le piéger avec les déclarations violentes de son ancien pasteur sur le racisme d'une Amérique blanche qui mériterait d'être maudite, Barack prend de la hauteur et prouve qu'il peut être un réconciliateur. Prenez le temps de lire. Cela me fait penser aux plus beaux éditoriaux de Pius Njawé sur la question ethnique au Cameroun. Dans la France où Finkielkraut et Dieudonné se regardent dans les yeux remplis de ressentiment, il faudrait peut-être un Barack Obama.

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