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11/04/2011

Ce sont les forces pro-Ouattara qui ont libéré les 6 000 prisonniers de la MACA (confirmation IB)

Qui a pris la responsabilité politique de libérer les prisonniers de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan, entraînant mécaniquement une recrudescence de l'insécurité et de la confusion dans un contexte déjà troublé ? Les dépêches des agences de presse (dont l'AFP) se refusent à trancher. Le camp Gbagbo accuse le camp Ouattara. Alain Lobognon, conseiller spécial de Guillaume Soro, a rejeté cette accusation sur son compte Twitter, attribuant ce choix pour le moins irresponsable à l'adversaire. Les FDS l'auraient fait pour couvrir leur fuite.

Anciens pensionnaires de la MACA, disposant donc de bons informateurs parmi les prisonniers, le journaliste Saint-Claver Oula (rédacteur en chef du Nouveau Courrier) et moi avons enquêté sur le sujet. Nos conclusions, après vérification et recoupements.

- Ce sont "les hommes d'IB" (Ibrahim Coulibaly, qui passe pour être la tête du "commando invisible" pro-Ouattara à Abidjan) qui ont libéré les prisonniers. Les détenus de droit commun, les prévenus et les bandits de grand chemin.

- Les prisonniers ont été conduits à Abobo PK 18, où les combattants pro-Ouattara ont tenté de les convaincre de s'enrôler auprès d'eux parce que c'est sous le régime Gbagbo qu'ils auraient été emprisonnés. Ceux qui ont dit "oui" ont pris les armes et sont aujourd'hui au nombre des combattants. Ce qui explique (en partie) les pillages très graves enregistrés à Angré, le quartier de Cocody le plus proche d'Abobo.

- Certains prisonniers ont été "libérés" de toute forme d'obligation militaire et ont tenté de joindre qui leur famille qui des amis dans un district d'Abidjan déserté et où la méfiance règne. Bien entendu, ils seront tentés, alors qu'ils n'ont pas un sou vaillant et que les déplacements massifs font qu'ils ne retrouveront pas forcément leurs familles, de se payer sur le dos de la bête.

Ajout effectué le 11 avril 2011 : Ibrahim Coulibaly a reconnu avoir "libéré des prisonniers" parce qu'il devait "récupérer deux de mes hommes emprisonnés depuis plusieurs années", dans un entretien accordé à Jeune Afrique. Dans la même interview, il confirme ses contacts réguliers avec Alassane Ouattara et son épouse.

08/09/2010

La fin de l’innocence

Cet éditorial est paru dans Le Nouveau Courrier du 7 septembre 2010.

Ces derniers jours, j’ai relu « Divagations », roman publié par Bédi Holy durant la décennie dernière et que j’ai dans ma bibliothèque depuis sept ans. « Divagations » s’inspire des grandes batailles politiques et syndicales qui ont marqué le début des années 1990. L’auteur les raconte à travers son personnage central – le prince-érudit Oko Ménéda revenu de son exil occidental, qui fait face aux persécutions du régime et est entraîné par son neveu dans le combat contre les excès du Père de la nation. Un Oko Ménéda finalement tué par les séides du régime, mais qui sera ressuscité dans le secret, par des forces telluriques d’une Afrique profonde échappant à l’emprise totalitaire.

L’épilogue de « Divagations » est plein d’espoir, et préfigure d’un avenir radieux pour la République (imaginaire) de Logadou, avec une relève assurée – Oko Ménéda et son fils, en exil temporaire, mais qui reviendront. Pourtant, quand on lit ce livre avec nos yeux de 2010, l’on ne peut s’empêcher d’avoir un goût d’amertume à la bouche. Voire de nourrir sa besace d’ivoiropessimisme.

Dans «Divagations», il y a une omniprésence de la figure romantique, à côté de celle du « tyran éternel » (selon l’expression du romancier Patrick Grainville) et de ses courtisans. Oko Ménéda, l’intellectuel intègre qui refuse l’offre du président de la République – devenir ministre ! – et préfère chercher du travail en dépit des persécutions, est là pour tracer un sillon nouveau. La « Fédé » (terme utilisé pour désigner l’équivalent romancé de la FESCI) est un groupe de jeunes à l’intelligence vive et au sens critique acéré, adepte des débats d’idées. Et capable d’héroïsme. « Nous lutterons contre toutes les adversités, quitte à en perdre la vie (…) Jeunesse orpheline, nous refusons de servir d’agneau de sacrifice aux ambitions cupides de nos devanciers : ils ne le méritent pas ! », scande un des étudiants que campe Bédi Holy.

Quelles sont les organisations, les individus, les courants d’idées qui incarnent ce type de figure romantique, près de vingt ans après les événements décrits par l’auteur de « Divagations » ? Violente question ! Au point de vue politique, le Père de la Nation hostile à la démocratie n’est plus. Dans la douleur, une alternance s’est même réalisée. Laurent Gbagbo, longtemps figure romantique et porteur de la « folie » qui seule fait avancer l’Histoire, est président de la République. Mais l’âge d’or n’est pas venu. Chacun a ses raisons pour expliquer le bégaiement de notre Histoire, mais il est là. Implacable.

Dans les faits, ceux qui incarnaient le système et ceux qui le combattaient ont eu l’occasion de gouverner. Ces dix dernières années, ils l’ont même fait à la fois ensemble et les uns contre les autres. La dictature d’un seul chef s’est transformée en tyrannie des politiques, chacun jouant avec (et se jouant souvent de) ses soutiens les plus zélés. Les tendances prédatrices des gouvernants, qu’ils soient d’anciens imprécateurs ou des bébés gâtés de l’oligarchie, se sont renforcées – implicitement appuyées par un peuple nourri à la mamelle du clientélisme.

La « Fédé » dont parle « Divagations » est méconnaissable. Hier, elle se battait pour la qualité des repas dans les restaurants universitaires, aujourd’hui elle intimide et veut fermer les yeux de ceux qui y furètent et racontent ce qu’ils y ont vu : des bâtiments délabrés, une nourriture immangeable. Elle s’est à la fois alliée à l’autorité et aux entreprises qui font leurs marges en dégradant la « pitance » des étudiants. Ses responsables de l’époque sont aujourd’hui dans l’arène politique, où certains sont entrés par la force de la kalach. Et on ne peut pas dire que le souci des générations d’après eux soit déterminant dans leur pratique de leur « métier ».

Sur les chantiers sociaux, on n’a pas avancé. La MACA (rebaptisée C.A.C.A) que décrit Bédi Holy n’a pas changé, en dépit du fait que ses pensionnaires d’il y a dix-huit ans sont aujourd’hui aux affaires. Elle demeure un univers de « déshumanisation », où des « adultes violeurs » continuent d’abuser d’adolescents sans défense. Bédi Holy parle de Samuel, arrivé en prison à 13 ans, et qui s’y trouve toujours à 25 ans… sans avoir été jugé. Aujourd’hui, des Samuel pullulent toujours à la MACA. « Et voilà, dans toute sa laideur, la vanité des discours : ceux qui ont le pouvoir ont-ils idée de la réalité des institutions sous leur autorité ? Ceux qui sont administrés se rendent-ils compte de la dichotomie entre les discours et les faits ? Et ceux qui critiquent, connaissent-ils vraiment la densité concrète des tares qu’ils dénoncent ? », s’interroge l’écrivain. Ses questions sont toujours d’actualité.

Voici donc notre imaginaire bien sec, et nos rations de cynisme renouvelées. C’est dans ce contexte que Laurent Gbagbo, numéro un ivoirien, a appelé, lors de sa tournée de l’Agnéby (précisément lors de l’escale de Rubino) à réhabiliter la politique. Vaste chantier ! Qui ne pourra avancer que si les différents bords politiques laissent l’occasion à ceux qui participent au renouvellement de l’intelligence de revisiter l’utopie, comme aux jours où il était totalement fou d’imaginer le multipartisme et la liberté d’expression… et où certains l’imaginaient. Il faut surtout que cette utopie soit force créative, qui s’incarne et s’enracine, et non verbiage d’un instant… qui s’envole, puisque les paroles s’envolent.

01/09/2010

Décembre 2008 à la MACA : retour sur une mutinerie meurtrière et étouffée

 

 

L'article qui suit est paru dans Le Nouveau Courrier du 17 août 2010. Il revient sur une mutinerie à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan, au cours de laquelle des tortures innommables, des meurtres de sang-froid et des violations élémentaires des droits de l'homme - les prisonniers étant des hommes - ont eu lieu.  Et ont été étouffées. Pour que la presse se taise à l'époque, un journaliste d'Alerte Info avait été mis en garde à vue pendant cinq jours (plus que la durée légale, donc), et traité comme un "bandit de grand chemin". Une arrestation qui aurait dû faire le même bruit que la nôtre, plus de deux ans après. Aujourd'hui,  le quotidien L'Intelligent d'Abidjan a publié une photo de Jean-Paul Ney, photographe français à la MACA à l'époque, qui a filmé la torture collective digne de l'esclavage infligée aux prisonniers à l'époque. C'est une confirmation par l'image d'une partie de nos révélations. Pour voir cette image et lire le témoignage de Ney, cliquer ici.

 

Retour sur une mutinerie meurtrière et «étouffée»

En décembre 2008, une mutinerie a éclaté à la MACA. Combien de personnes ont été tuées, et dans quelles conditions ? Pourquoi la quasi-totalité des prisonniers a été torturée ? Pourquoi un journaliste trop curieux a-t-il été arrêté ? Le Nouveau Courrier a enquêté.

Par Sylvie Kouamé

C’est une atteinte à la liberté de la presse qui n’a pas eu le même écho que l’affaire Le Nouveau Courrier/Raymond Tchimou. Pourtant, non seulement elle est tout autant scandaleuse, mais elle met aussi face à face une institution judiciaire abonnée aux abus de pouvoir et une presse dont le seul tort est de «porter la plume dans la plaie».

Le samedi 13 décembre 2008, l’agence de presse Alerte Info, spécialisée dans la diffusion d’informations par SMS et en ligne, apprend de ses sources à l’intérieur de la prison qu’une violente mutinerie a lieu à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Une source qui indique que trois morts ont déjà été enregistrées. L’agence endosse l’information sur la mutinerie, suffisamment recoupée, mais relaie prudemment celle sur le nombre de morts, qu’elle attribue très clairement à des témoins.

Le même jour, Alerte Info reçoit un coup de fil venant du cabinet du ministre de l’Intérieur Désiré Tagro. L’interlocuteur d’Ebenezer Viwami est convié amicalement à se rendre devant la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Pour, croit-il, un complément d’informations. Mais il s’agit d’un guet-apens. Il est écroué sur instruction du procureur de la République de Yopougon, Rouba Daléba pour «diffusion de fausses nouvelles». Pendant cinq jours, il est en garde à vue «dans des conditions similaires à celles d’un bandit de grand chemin» au violon d’un poste de gendarmerie à Yopougon. Certains articles de presse essaient de remettre en cause son statut de journaliste, afin de contourner la loi de 2004. Au final, il est libéré sans aucune autre forme de procès, après une intervention d’Alfred Dan Moussa, président de l’Union de la presse francophone (UPF).

Le séjour à la MACA de nos confrères Théophile Kouamouo, Saint-Claver Oula et Stéphane Guédé permet aujourd’hui au Nouveau Courrier de revenir sur la mutinerie de décembre 2008, sur laquelle ils ont recueilli et recoupé de nombreux témoignages poignants. Qui donneraient froid au dos à tous ceux qui croient sincèrement à la construction d’un Etat de droit solide en Côte d’Ivoire.

Y a-t-il vraiment eu des morts lors de la mutinerie ?

Indubitablement, il y a eu des morts pendant la période de la mutinerie de décembre 2008. Mais la difficulté est de savoir dans quelles conditions ils sont passés de vie à trépas. Dans une déclaration très médiatisée, le procureur de la République a reconnu qu’il y avait eu six morts durant la période de la mutinerie. Mais trois seraient décédés avant les événements suite à de diverses affections. Un quatrième serait mort d’une tuberculose pulmonaire deux jours après la mutinerie. Les deux derniers auraient été tués lors de rixes entre prisonniers (le premier le samedi 13, le second le lundi 15, lors d’une bagarre dont l’enjeu aurait été les faveurs d’un détenu homosexuel).

Cette version des faits est contestée par tous les prisonniers que nos collègues ont pu rencontrer durant leurs deux semaines à la MACA. «Il y a eu au moins cinq morts, et au moins l’un d’entre eux a été tué par balle, victime d’un tir tendu dans la cour», martèle un détenu. Son récit est confirmé par plusieurs autres prisonniers. En l’absence d’autopsies rendues publiques, difficile de savoir qui dit vrai entre autorités judiciaires et prisonniers. Une version des faits assez informée évoque effectivement six blessés graves dès le samedi. Elle ajoute que cinq l’ont été par balles dans la matinée, alors que les gardes pénitentiaires faisaient face à la mutinerie avant le renfort des policiers et des gendarmes intervenu l’après-midi. Parmi ces blessés, trois auraient été évacués vers l’hôpital militaire d’Abidjan (HMA) dans un état comateux tel qu’ils étaient donnés pour morts dans toute la prison. A posteriori, cette version explique pourquoi des sources concordantes ont alors parlé de trois morts. Parmi ces trois prisonniers dans le coma, l’un aurait succombé à ses blessures à l’hôpital. «C’est le nommé N’Guépé Franck, mandat de dépôt du 25-07-2008 au bâtiment A, cellule 210», chuchote ainsi un informateur. Lui aussi évacué à l’HMA dans un coma profond, Ouattara Modibo, mandat de dépôt du 01-08-2008, aura la vie sauve.

Des traitements inhumains et dégradants

Les personnes interrogées par Le Nouveau Courrier sont unanimes sur une mort qui a traumatisé tous les prisonniers. Celle de Konaté Moussa dit «Django», victime de sévices corporels. En effet, des témoignages concordants font état de traitements inhumains et dégradants mais aussi d’une séance de torture qui a eu lieu le lundi 15 décembre 2008. Une vraie punition collective de tous les prisonniers (en dehors bien entendu des détenus VIP logés au bâtiment des assimilés), mutins ou non. «Jusqu’au lundi 15, nous avons souffert le martyre, nous qui étions restés dans nos cellules. En dehors des bruits d’armes à feu que nous entendions, nous étions étouffés par l’odeur des gaz lacrymogènes qu’on nous balançait de l’extérieur. A chaque instant, de jour comme de nuit. C’était infernal. Nous manquions de sommeil», raconte un détenu.

Le lundi, un ordre est donné. Tout le monde doit sortir des cellules pour descendre dans la cour. «On croyait que c’était la fin du cauchemar», se souvient un détenu. Pas du tout. Ce n’est que le commencement des douleurs. Les prisonniers sont forcés de se déshabiller entièrement sur le «terrain», pendant que les cellules sont fouillées de fond en comble. «Puis ils se sont mis à nous tabasser avec tout ce qu’ils pouvaient trouver. Des bâtons de bois, des fils de fer, des matraques. On nous a obligés à ramper nus. Dans cette position, on nous a frappés pendant des heures. Quand le ministre de la Justice est arrivé, on nous a forcés à nous taire. De toute façon, il n’est pas arrivé jusqu’au terrain.» C’est à ces sévices que Konaté Moussa dit «Django» a succombé après un passage à l’infirmerie.

En Côte d’Ivoire, les prévenus (qui devaient a priori bénéficier de la présomption d’innocence) et les prisonniers sont-ils des sous-hommes ? En tout cas, c’est la conviction de nombreux pensionnaires de la MACA qui n’ont rien oublié de ces journées noires de décembre 2008. «On a tabassé tout le monde. Ce jour-là, est-ce qu’on savait qui était vieux, qui était jeune ? Les femmes gardes pénitentiaires venaient nous regarder et faire des commentaires sur les dimensions de nos attributs génitaux, allant jusqu’à se moquer de certains d’entre nous de manière ordurière», se souvient un détenu. Quand un jeune prisonnier se confie : «En fait, je ne pleurais pas vraiment à cause des coups. C’est l’humiliation qui faisait couler mes larmes. J’avais la rage au fond de moi. Je me demandais : mon pays là, c’est vraiment comme ça ?»

Les raisons de la mutinerie

Cette mutinerie matée dans le sang aurait-elle pu être évitée ? Oui, selon des prisonniers et observateurs. Elle est partie d’une décision administrative mal vécue et surtout mal interprétée. Jusqu’au 13 décembre 2008, tous les prisonniers, à part ceux du bâtiment C – celui où sont logés les détenus considérés comme les plus dangereux – ont le droit de recevoir leurs proches dans le hall du greffe. Ils peuvent leur parler sans être séparés par les grilles du parloir, les toucher, prendre «main à main» la nourriture qui leur est envoyée. C’est un régime de faveur, qui contrevient aux dispositions du décret n°69-189 du 14 mai 1969, a expliqué a posteriori le procureur de la République Rouba Daléba. Quand on leur apprend, ce samedi-là, qu’ils n’auront plus droit aux visites au greffe, les détenus des bâtiments A et B, mais aussi les mineurs, crient à l’injustice. D’autant plus que le parloir des bâtiments A et B est fermé depuis le mois d’octobre par le régisseur Sinali Ouattara. Les prisonniers remarquent aussi que les détenus se trouvant au bâtiment «femmes» mais surtout au bâtiment «assimilés» continuent de bénéficier du privilège qui leur est désormais refusé. Une rumeur parcourt la MACA et contribue à radicaliser les positions. «Ce sont les barons de la filière café-cacao qui ont demandé cette mesure. Ils disent qu’on sent mauvais, qu’on indispose leurs visiteurs», entend-on dans la cour et dans les cellules. Ce sont les mineurs qui ouvrent le bal de la mutinerie. Les bâtiments A et B suivent. Les mineurs sont-ils parvenus à ouvrir les grilles du bâtiment C pour «délivrer» les caïds ? En tout cas, des évasions ont eu lieu le dimanche 14 décembre à partir de 10 heures quand la garde a abandonné le mirador situé derrière le fameux bâtiment C. Selon des statistiques officieuses, il y a eu au final 83 détenus introuvables au bâtiment C, 49 détenus introuvables au bâtiment bas et 61 détenus introuvables au bâtiment A.

Des questions qui demeurent

Si les investigations du Nouveau Courrier n’ont pas réussi à établir de vérité complète sur cette mutinerie et sa répression, elle suscite un certain nombre de questions légitimes. Une enquête indépendante du pouvoir judiciaire, qui a piloté cette affaire de bout en bout – et ne peut donc s’accuser lui-même – n’est-elle pas souhaitable ? Faut-il balayer du revers de la main les témoignages précis des prisonniers faisant état de morts liés directement à la mutinerie ? Dans quelle mesure des prisonniers n’ont-ils pas pu mourir par asphyxie suite aux «rafales» de gaz lacrymogènes qu’ils ont reçues ? Comment croire à une version officielle évoquant des querelles «amoureuses» supposées avoir eu lieu durant le «lundi noir», après la rudesse des sévices corporels infligés aux détenus ? Dans quelle mesure peut-on déterminer aujourd’hui qui s’est évadé ou qui a perdu la vie parmi les «détenus introuvables» ?