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04/10/2011

Le site du Nouveau Courrier est prêt !

 

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Je suis très fier de présenter à vous, lecteurs, et à toute la communauté, le tout nouveau site du "Nouveau Courrier". Nous avons longtemps hésité avant de le lancer. Parce que le modèle encore indéfini des médias en ligne en Côte d'ivoire fait qu'on se demande toujours si ce qu'on a à perdre n'est pas plus grand que ce qu'on a à gagner quand on plonge dans la grande marmite du numérique.

 

Plus qu'un site, nous espérons, à moyen terme, former une vraie et forte communauté autour du site du "Nouveau Courrier", qui sera un complément idéal à l'offre papier. La première chose que nous vous demanderons, c'est d'imposer le leadership de ce site en le faisant connaître. A travers un travail de diffusion des liens qui vous semblent le plus intéressants sur les réseaux sociaux, dans les forums et dans vos sites et blogs.

Mais arrêtons de parler. Cliquez ici pour découvrir notre site. Que dis-je, votre site !

03/09/2010

En hommage à Pius

Cet édito a été publié le mardi 17 août dans Le Nouveau Courrier.

Pius_Njawe1-0d10e.jpgL’Histoire est malicieuse. Quand, en cette nuit du lundi 12 juillet, dans l’excitation générale, nous finissons de boucler notre livraison du lendemain, où nous diffusons la première partie du «livre noir de la filière café-cacao», je fais un dernier tour sur Facebook avant de rentrer à la maison. Et je découvre une information qui me bouleverse. Pius Njawé, le fondateur du quotidien camerounais Le Messager, vient de s’éteindre dans un accident de la circulation sur une route de Virginie, aux Etats-Unis. A 53 ans.

Pius Njawé était, bien avant son trépas, entré dans le Panthéon des héros de l’Afrique contemporaine. Journaliste autodidacte, qui a vaincu la fatalité de la condition de ses parents grâce à sa passion dévorante pour les livres et la presse, directeur de publication à 22 ans, il a «représenté», comme on le dit dans le milieu du hip-hop. Il a aussi inspiré des générations entières. Et si des jeunes comme moi ont abandonné, au début des années 1990, «OK Podium» pour la presse «sérieuse», si nous avons finalement choisi le journalisme, ce beau métier, c’est grâce à des modèles comme le sien.

Le fondateur du Messager a côtoyé plus souvent qu’à son tour les geôles de son pays, le Cameroun. Etudiant, j’ai suivi avec une attention particulière son incarcération de 1997-1998. Le pouvoir lui reprochait officiellement d’avoir publié un article faisant état d’un malaise du président Paul Biya dans sa loge du stade Ahmadou-Ahidjo. Mais officieusement, il s’agissait de le «punir» pour n’avoir pas révélé la source d’information de son journal. En effet, un nombre très restreint de proches du chef de l’Etat avait été témoin de la mauvaise passe du «chef». Dévoilée, la source du Messager aurait pu être purement et simplement éliminée. A ces niveaux-là, on ne badine pas avec les petites et les grandes «traîtrises».

Pour m’encourager durant nos deux semaines à l’ombre, j’ai souvent pensé à cette mésaventure de Pius Njawé. Il y a plus de douze ans, dans un contexte d’hostilité autrement plus fort que l’adversité à laquelle nous avons fait face, il a tenu bon. Nous devions en faire autant, au moment où l’Afrique entière pleurait un pionnier. Nous devions également être dignes de tous nos confrères partout dans le monde. Avions-nous le droit de brader les acquis historiques de notre profession, juste pour notre petit confort ? Saint-Claver, Stéphane et moi, n’avons pas pu répondre «oui» à cette question. De son repos éternel, Pius a dû être fier de nous. Diégou Bailly aussi, il me semble.

Nous ne nous comparons pas à nos illustres devanciers. Ce serait présomptueux. Il ne serait d’ailleurs pas souhaitable que nous passions par les mêmes chemins de souffrance qu’eux. Le seul fait que des journalistes soient jetés au cachot, menottés, humiliés dans la Côte d’Ivoire de 2010 est traumatisant. Sommes-nous condamnés à tourner en rond, à emprunter les mêmes sentiers rugueux que nos pères quand, ailleurs, les générations nouvelles s’appuient sur leur patrimoine symbolique, sur le socle de leurs acquis politiques et sociaux, pour accomplir leur part de mission et faire progresser les choses ?

Poser cette question, c’est s’interroger sur l’irréversibilité de nos acquis démocratiques, sur la profondeur voire sur la réalité de la révolution d’il y a vingt ans, qui a conduit nos pays au multipartisme et à l’ouverture du paysage médiatique.


Il est sans doute temps que nous redéfinissions la démocratie non seulement comme un principe d’équilibre entre les trois pouvoirs constitutionnels (exécutif, législatif, judiciaire) mais aussi comme un antidote aux abus de pouvoir d’où qu’ils viennent.


C’est une œuvre de longue haleine. Même dans «les grandes démocraties», un principe sacro-saint comme la protection des sources est attaqué, le plus souvent par les dignitaires de l’administration et les acteurs politiques. En France, par exemple, Augustin Scalbert, un journaliste du site d’information Rue89, a été mis en examen le 10 juin dernier pour «recel». Il avait mis en ligne des images non diffusées de France 3 montrant Nicolas Sarkozy méprisant et irritable avant une interview télévisée. Est-ce cette «pichenette» française qui a inspiré le patron du Parquet d’Abidjan ? Toujours est-il qu’Augustin Scalbert n’a pas passé quinze jours en prison. Il n’a pas été menotté. Il n’a pas été traité comme un bandit de grand chemin. Pourquoi ? Parce que les acquis démocratiques de la France ne permettent pas à un magistrat de mauvaise humeur de se laisser aller à ses tendances dictatoriales.

Il ne faut pas être naïf. Si Eric Woerth, ministre du Travail de Nicolas Sarkozy et ex-trésorier de l’UMP, parti au pouvoir en France, avait assez de marge de manœuvre politique pour embastiller les journalistes du quotidien en ligne Mediapart, qui ne cessent de révéler des «affaires» dans lesquelles il est impliqué, peut-on affirmer que sa seule moralité intrinsèque l’aurait retenu ? Ce n’est pas évident. Si les militaires américains pouvaient fermer le site Wikileaks, qui publie des documents confidentiels de l’armée remettant en cause la communication officielle, se seraient-ils abstenus ? La question est purement intellectuelle. Il y a des choses que l’on ne se permet pas, auxquelles on ne pense même pas, sous certains cieux.

Il est temps pour l’Afrique d’aujourd’hui, pour les peuples et surtout pour les «élites» (ah ! le vilain mot), d’élever des murs visant à protéger les principes cardinaux de la démocratie et de la liberté d’expression. Il est temps de mener et de gagner des combats qui installeront définitivement un certain nombre de «tabous fondateurs» devant lesquels les individus momentanément dépositaires d’une partie du pouvoir de l’Etat seront obligés de fléchir le genou.

Si nous n’y arrivons pas, alors nos combats sont vains. Si nous échouons sur ce terrain-là, l’on pourra dire que des pionniers comme Pius Njawé ont vécu et sont morts pour rien.

29/05/2010

Un demi-siècle de turpitudes (3)

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Une fois que seront éteints les lampions de la grande fête du cinquantenaire, qui s’étalera sur toute l’année 2010, une question se posera avec acuité : à quoi ressembleront les cinquante prochaines années ?

Une chose est sûre : cela fait très longtemps que l’Afrique n’a pas été dans une position stratégique aussi favorable. Prise en otage pendant la guerre froide, puis délaissée par un Ouest trop pressé de venir au secours de l’Est, elle a repris de la  «valeur» notamment avec le réveil de la Chine et sa ruée sur les matières premières du continent.

L’Afrique est redevenue intéressante, et les livres «autorisés» écrits sur elle en témoignent. En 2003, le journaliste Stephen Smith, à l’époque plus célèbre spécialiste de l’Afrique dans la presse française, publiait un livre devenu célèbre, Négrologie – Pourquoi l’Afrique meurt, auréolé du prix France Télévisions du meilleur essai. Il décrivait le continent comme un «Ubuland, sans frontières, terre de massacres et de famines, mouroir de tous les espoirs». «L’Afrique agonise, quoi qu’en disent, une fois l’an, au creux de l’actualité, les optimistes forcenés des dossiers spéciaux sur ‘l’Afrique qui bouge», assénait-il.

Le 18 mars 2010, Le Temps de l’Afrique, un livre rédigé par Jean-Michel Severino, ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD), défend une thèse radicalement différente.

Dans son résumé, on peut lire : «Le XXIe siècle sera celui de l’Afrique. On la croyait vide, rurale, animiste, pauvre, oubliée du monde. Or, cinquante ans après les indépendances, la voici pleine à craquer, urbaine, monothéiste. Si la misère et la violence y sévissent encore, la croissance économique y a repris ; les classes moyennes s’y développent à grande vitesse. Elle est désormais au centre de nouveaux grands enjeux mondiaux. Bref, elle était «mal partie» ; la voilà de retour – à grande vitesse.»

Ne nous y trompons pas. La belle promesse de prospérité qui s’offre à l’Afrique ne sera qu’une occasion gâchée de plus si son élite se contente d’accumuler les nouvelles rentes minières et agricoles, de s’endetter et de consommer de manière frénétique. Nous devons croire, au-delà des pétitions de principe énoncées trop souvent de manière mécanique, qu’une belle histoire collective peut s’écrire après ce que l’historien Achille Mbembe a appelé «le temps du malheur». Sans la foi qui soulève les montagnes, comment trouver l’énergie nécessaire pour relever les défis colossaux de la formation là où, cinquante années après l’indépendance, ceux qui sont allés à l’école «des Blancs» sont trois fois plus nombreux à grossir le nombre des chômeurs – dans le cas spécifique de la Côte d’Ivoire – que les analphabètes ? Comment prendre le risque d’ouvrir radicalement des systèmes fermés au profit de l’oligarchie, comment innover, étonner ?

«Les ennemis de l’Afrique, ce sont les Africains», chantait, il y a plus de dix ans, Alpha Blondy. Avait-il raison ? Difficile de trancher de manière radicale, mais il est clair que, dans notre manière de vivre, nos renoncements, notre cynisme ordinaire, nous montrons que nous sommes habités par un afro-pessimisme justifiant toutes les dérives par le principe du «sauve-qui-peut».

Si nous voulons fêter un beau centenaire, c’est contre ce syndrome caché mais puissant de la démission, voire de l’autodestruction, que nous devons nous battre. Un syndrome très finement diagnostiqué par Célestin Monga, intellectuel de haut niveau et décrit avec talent dans son livre Un Bantou à Washington, où il évoque dans un passage le Cameroun de sa jeunesse, qui reste le même aujourd’hui. «Autour de moi, les familles étaient souvent déshumanisées par l'intériorisation de la conscience de la misère matérielle, ou hantées jusqu'à l'obsession par le syndrome du dénuement. Fort logiquement, la fin justifiait les moyens. (...) Rechignant à faire l'inventaire du nationalisme et de ses obsessions idéologiques, beaucoup de chercheurs restaient prisonniers d'une dichotomie stérile : soit ils concentraient leurs efforts à hurler leur dépit superficiel aux anciens colons français notamment, soit ils ambitionnaient simplement de séduire et de mimer l'action de leurs anciens oppresseurs. (...) Le Cameroun m'apparaissait comme le miroir brisé de mes ambitions naïves, comme le résumé d'une Afrique paralysée par un face-à-face tragique : d'un côté, l'hédonisme et le cynisme de la petite élite ayant réussi à tirer son épingle du jeu ; de l'autre, l'autopessimisme et le nihilisme des personnes pauvres. (...) Les deux camps étaient cependant d'accord sur quelques urgences : la libération des désirs et la course effrénée aux plaisirs immédiats, à l'enrichissement facile et à la prédation.»

Il faut changer de paradigme.

27/05/2010

Un demi-siècle de turpitudes

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Faut-il célébrer le Cinquantenaire de l’indépendance ou pas ? Autour de cette question, s’organise en Côte d’Ivoire une polémique rageuse. Les contradicteurs brodent entre autres autour des dépenses qu’occasionneraient des cérémonies festives à une période de crise aiguë, de la nécessité de marquer d’une pierre blanche l’année du Jubilé, des éventuelles récupérations politiques d’un moment dont le caractère historique n’échappe à personne…

Au final, on pourrait en oublier l’enjeu mémoriel. Se rappeler, évaluer le chemin parcouru, interroger les échecs. Peut-être faudrait-il au passage que nous changions notre regard sur l’Histoire, que nous aimons à mobiliser pour régler des comptes toujours très contemporains. Alors que nous avons tout intérêt à la regarder froidement et à nous éclairer de sa lumière crue.

Dix-sept pays africains fêtent leur demi-siècle cette année. Parmi eux, treize anciens pays colonisés ou placés sous tutelle française. De manière générale, on peut résumer leur parcours en quelques étapes. L’enthousiasme délirant des indépendances « cha cha », le temps de la déstabilisation et/ou des tentatives de déstabilisation des « pères de la Nation », les années de croissance et des « pères bâtisseurs », les années de crise et de surendettement, la période des ajustements structurels violents, des revendications démocratiques et des déstabilisations armées… Quand on fait la balance, les turpitudes et les échecs pèsent souvent plus lourd que les succès et les progrès. A qui la faute ?

Pour répondre à cette question, il faut regarder en détail le « butin » qui remplissait la calebasse des indépendances. Tout bien considéré, il était si léger que l’on peut se demander, sans verser dans la provocation inutile, si la décolonisation n’est pas arrivée trop tôt. Les pays à qui l’indépendance était octroyée en 1960 n’avaient pour la plupart aucun pouvoir de négociation (les Anglo-Saxons parlent de « bargaining power » ). Il s’agissait de micro-Etats, à la population faible et faiblement alphabétisée, aux structures de production rudimentaires dépendant de manière absolue des conglomérats coloniaux. De plus, le contexte international caractérisé par la guerre froide ne laissait guère le choix aux « pères de la Nation ». Ils étaient sommés de choisir entre deux marionnettistes : l’Occident (souvent représenté par l’ancien maître, utilisé par le bloc capitaliste comme contremaître) et l’Empire rouge. L’un et l’autre jouaient aux échecs sur des pays dont on disait qu’ils étaient redevenus maîtres de leur destin.

Après la chute du rideau de fer, alors que les « Blancs qui avaient gagné » finançaient la remise à niveau de l’économie des « Blancs qui avaient perdu », les pays africains étaient sommés de se « débrouiller » pour réparer les excès commis par les chefs locaux et leurs anciens marionnettistes, très souvent au nom de la lutte contre le communisme : éléphants blancs, endettement non soutenable, etc…  C’est aussi en Afrique que toutes les armes légères fabriquées durant la guerre froide étaient réexpédiées et mises au service de guerres de prédation habilement camouflées sous des oripeaux de querelles tribales inexpugnables.

Commémorer les indépendances ne va pas sans déterminer le sens qu’elles revêtaient pour les différentes parties prenantes. Avec le recul, on se rend compte que la « libération » qui a été proclamée il y a cinquante ans ne signifiait rien pour les anciens maîtres. Elle n’a été, tout au plus, qu’une modalité de gestion du changement de rapport de force intervenu après la Deuxième guerre mondiale avec l’affaiblissement de nations coloniales européennes épuisées par leurs rivalités et la montée en puissance d’acteurs comme les Etats-Unis et l’Union soviétique.

Le dire n’est pas dédouaner les Africains de leurs responsabilités. Certes, la calebasse des indépendances était presque vide. Mais ont-ils eu le souci de la remplir ? Il aurait fallu pour cela qu’ils aient la conscience claire de l’enjeu, qu’ils donnent du contenu à ce qui n’en avait pas. Qu’ils prennent au sérieux des concepts lancés de manière opportuniste par les anciens dominateurs. Malheureusement, ils ont raté le coche.

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