topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

16/04/2012

Premier Congrès du Mouvement des Africain-Français : le discours intégral de Calixthe Beyala

Chers amis,

Merci d’être venus aussi nombreux, d’être venus quelquefois de si loin, d’Allemagne ou de Dakar, de l’Italie ou de Ouagadougou pour assister à ce premier Congrès extraordinaire du Mouvement des Africain-français.

Etre Africain-français, c’est clamer son attachement à la France, c’est  l’aimer et la chérir, mais aussi d’avoir une passion pour l’Afrique, pour sa culture et se soucier de son avenir. 

Etre Africain-Français c’est se reconnaître dans des valeurs de paix universelle, d’égalité universelle et de fraternité universelle

Etre Africain-français,  c’est réaffirmer son attachement aux valeurs de la République.

Etre Africain-français c’est être fiers d’être français, tout aussi fiers de puiser ses racines dans l’Afrique Ancestrale, cette Afrique berceau de l’humanité et de la civilisation, mais qui en ce troisième millénaire a décidé de sortir de son berceau.

Etre Africain-français, c’est se réclamer aussi bien des Lumières que de l’Africain Wilhem AMO, d’APULEE DE MADAURE que de Condorcet.

Etre Africain-français c’est être fiers d’avoir pour ancêtre le berbère Saint-Augustin d’Hippone un des pères fondateurs de l’église, que d’Olympe de Gouge, la révolutionnaire qui a combattu l’esclavage  et rédigé la déclaration universelle des droits de la femme et de la citoyenne.

Etre Africain-français c’est être cette double combinaison, d’Occident et d’Afrique dont l’un ne saurait se prévaloir sur l’autre.

Etre Africain-français, c’est accepter son métissage culturel, ethnique et géographique qui est un atout pour la France 

Etre Africain-français c’est contribuer à la civilisation française dans sa vocation universaliste.

Chers amis, Honorables invités, 

Etre Africain-français n’est pas une question de couleur de peau étant donné que l’Afrique est le continent de toutes les couleurs, de toutes les nuances … Etre Africain-français est avant tout une vision, une manière de concevoir l’humanité comme un tout indissociable au-delà des différences culturelles, ethniques ou religieuses,

Etre Africain-français est un art de vivre.

Etre Africain-français, c’est faire partie sans nul doute du dernier carré des Républicains porteurs des idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité

C’est pourquoi chers amis,

Les Africain-français ont le privilège aujourd’hui, dans ce lieu mythique en cette date du 14 avril de l’année 2012 d’annoncer l’abrogation du décret Royal du 5 avril et 9 août 1777 interdisant aux Noirs, mulâtres et autres hommes de couleur, l’entrée sur le territoire Français et les mariages interraciaux.

Etre Africain-Français, c’est proclamer l’abrogation de ce décret Royal, avec effet immédiat, d’autant qu’il est censé être toujours en vigueur. 

Etre Africain-français, c’est s’interroger  sur ce curieux oubli qui donne une légitimité aux partis de l’extrême droite française dont les programmes portent en eux la gangrène du racisme, les nécroses du rejet de l’Autre et dont les discours nauséabonds se résument à faire de l’immigration-intégration, un couple indissociable, responsable des tous les malheurs de la France, responsable de l’insécurité, du chômage et de la déliquescence de notre identité française.   

Qu’ils sont ridicules ces partis xénophobes qui se donnent tant de mal  pour exprimer de telles inepties, de telles stupidités !

Chers amis, Honorables invités, mes frères et sœurs, 

Nous, Africain-français tenons à dire à ces politiques xénophobes et racistes qu’ils sont indignes de représenter notre si belle République car elle est  fondée sur des principes humanistes.

Nous leur disons d’une seule et même voix  que, la générosité, l’altruisme, la bonté, l’hospitalité sont les socles de la République française !

Nous leur disons avec virulence que la haine,  l’égoïsme et l’individualisme qu’ils prônent sont contraires à notre tradition judéo-chrétienne. 

Nous leurs disons que nous ne nous tairons plus face à leurs diatribes ignobles, à leurs libelles infâmes, à leurs palabres hideuses.

Nous affirmons d’une seule et même voix, à ceux qui préconisent la haine et le rejet,  nous crions à Marine Le Pen,  que pour nous Africain-français donner à boire à celui qui a soif est pour nous un besoin et non une obligation, que donner à manger à celui qui a faim est pour nous une nécessité, qu’offrir un coin de feu pour se réchauffer à celui qui a froid est pour nous une aspiration aussi forte que celle de vivre. Car générosité et hospitalité fondent notre identité africaine et chrétienne. Nous  soignerons le malade et l’indigent tel que l’exigent les préceptes que nous épousons. Nous nous battrons pour que notre cher pays la France et nos HLM demeurent des lieux d’accueil pour tous  les nécessiteux sans distinction de race, de couleur ou de religion !

Parce que donner nous enrichit, parce que donner nous donne sens, parce que donner nous distingue de l’animal car cet acte fait de nous des hommes

Nous affirmons cela avec d’autant plus de force que les valeurs d’égalité et de fraternité si chères à notre République, vont chaque jour en s’effilochant. 

Nous mettons en garde, les partis politiques Républicains tentés de reprendre à leur compte ce discours honteux pour des raisons électoralistes, ceux-là qui quelques mois encore nous proposaient un misérable débat sur l’identité nationale, un débat somme toute passionnant, mais étriqué et douteux dans sa formulation. 

Nous affirmons qu’une identité est comme une planète, en perpétuelle mouvement… ce qui fait toute sa beauté, toute sa richesse, toute sa magnificence n’en déplaise aux tenants d’une identité française figée qui serait exclusivement  d’extraction européenne et judéo-chrétienne.

Nous sommes convaincus que,  l’identité géographique des peuples  est plus importante que l’identité raciale. 

Nous sommes convaincus que les hommes appartiennent plus à leur époque et à leur espace géographique qu’à leur origine ethnique. 

Ce constat établi, nous appelons - d’une seule et même voix tous les partis -politiques à travailler ardemment au renforcement de la cohésion sociale, mise à mal depuis cinq ans par moult discours et propositions clivant 

Honorables invités, chers amis,

Plaider la cause d’un peuple devant une nation à laquelle il est censé appartenir voilà qui n’est pas aisé ; ceci est d’autant plus difficile que ce peuple a depuis des siècles accepté par la force ou par facilité les épithètes les plus saugrenues qu’on lui accole ; Il arrive quelquefois qu’il utilise lui-même  certaines épithètes qui le disqualifient en tant qu’être social, en tant que entité culturelle ayant une pensée, une capacité d’analyse et finalement en tant que personne physique ayant des droits et des devoirs.

La dernière trouvaille en date pour désigner les Africain-français est le mot « diversité. » Et nul n’argue que s’il existe bel et bien une diversité dans la faune et la flore, il n’existe qu’une seule race humaine, celle des hommes.

Pourtant, personne ne s’étonne d’entendre d’éminents politiques ou intellectuels hautement instruits, de grands journalistes et d’importants économistes qualifier les africain-français de « diversité » Et sans esprit de polémique, nous invitons le lecteur à se référer au Petit Larousse qui propose d’autres mots de la même famille, dont il ne serait point vain d’en faire un rapprochement avec « diversité » à savoir, divergent, divers, diversifier …. Jusqu’à divertissement !

L’utilisation du mot « diversité » à l’égard de l’Africain-français est-elle une manière de le considérer comme une quantité négligeable au sein de la Nation ? Est-ce une tournure linguistique pour lui signifier qu’en tant que « diversité » il n’est pas une nécessité absolue ? Est-ce un contournement pour lui notifier qu’il n’est pas essentiel au fonctionnement d’une économie, d’une administration et encore moins de la politique exclusivement réservée à une certaine élite ? Le « divers » n’est pas le centre de préoccupation d’une société ; il est son accessoire, sa périphérie… Et l’on peut s’en passer sans que n’intervienne un bouleversement dans l’établi.

Chers amis, honorables, nous ne sommes pas une diversité, nous sommes des Africain-français.

Des Français se définissant comme des Africain-français représentent près de 20 % de la population nationale.

Pourtant, aucun Africain-français ne dirige une entreprise du CAC 40, aucun  Africain-français n’occupe un haut poste de responsabilité dans les instances politiques.  Le taux de chômage dans cette frange particulière des Français y est de 40 % alors que sur le plan national il oscille autour de 10 %. Comment s’en étonner si nous sommes considérés comme une diversité ?

Cette absence des Africain-français dans les sphères politiques, économiques et culturelles est liée à l’incapacité des dirigeants de cette cinquième République à veiller à l’application de notre constitution qui stipule que l’on ne saurait discriminer un citoyen en fonction de sa couleur, de ses origines, de sa croyance religieuse ou de son sexe…

Et le Mouvement des Africain-français s’est créé  pour obliger la République à revenir à ses fondamentaux, à respecter ses principes, tous ses principes sans exception. 

En ce sens, le Mouvement des Africain-français usera de tous les moyens légaux dont il dispose pour obtenir gain de cause.

Honorables invités, Chers amis,

Nous sommes aujourd’hui réunis pour dire notre malaise face à de telles injustices, pour exiger notre part du gâteau Républicain. Nous exigeons que sortent de nos rangs des députés, des ministres, d’imminents industriels et d’hommes et femmes de culture et nous disons d’une seule et même voix : assez de l’exclusion ! Assez des discriminations ! Assez de ces formes d’occultations subtiles mais réelles d’une grande frange de la population française. 

Africain-français : D’une seule et même voix nous disons

Que Nous sommes des métis et non des métèques.

D’une seule et même voix nous exigeons que des mesures d’urgence soient prises afin que le mot égalité devienne une réalité pour chaque homme, chaque femme ! Nous exigeons une égalité de fond et non seulement de forme comme c’est encore le cas jusqu’à ce jour.

Parce que nous en avons assez de voir nos CV rejetés à cause de la consonance ou de la couleur de notre peau; parce que nous en avons assez de n’avoir point accès à un logement  décent du fait de nos origines…. 

Chers amis, Honorables invités, ces discriminations dont nous sommes victimes ne s’expriment pas seulement sur le territoire national, mais également à l’extérieur. C’est ainsi que nous constatons avec tristesse, que le sort d’un Africain-français emprisonné dans les geôles des pays étrangers n’intéresse personne, fût-il innocent. Michel Gbagbo, un Africain-français innocent emprisonné depuis plus d’un an en Côte d’Ivoire en est la parfaite illustration alors qu’au même moment, l’Etat déploie des moyens colossaux pour libérer nos compatriotes emprisonnés en Amérique Latine.

Nous disons, ça suffit ! Assez ! Assez !

Africain-français !!!!!!

D’une seule et même voix, nous appelons au respect les tenants du discours universaliste qui n’ont cesse de dénoncer toute manifestation de nos revendications, toute tentative de regroupement des populations africain-françaises en nous accusant de communautaristes.

D’une seule et même voix nous les enjoignons de nous accepter dans notre totalité.

D’une seule et même voix, nous leurs signifions que nous connaissons leur manœuvre qui ont pour but de nous acculer au silence, alors que dans le même temps nous avons observé de leur part une acceptation sans aucune forme de procès, de l’expression des cultures d’extractions européennes alors même qu’elles se définissent comme une communauté. 

Leurs tentatives d’occultation de notre présence explique sans doute pourquoi, la population africain-française n’a pas donné lieu à des études scientifiques approfondies susceptibles d’en cerner les contours démographiques, les aspirations, les attentes, les pensées, les parcours socioprofessionnels, le niveau de vie, le taux de chômage, les maladies spécifiques dont elle souffre etc.… Pourtant on se rend compte que dans le même temps, ces experts sont à même de produire des statistiques des jeunes Africain-français emprisonnés dans les geôles de la République ou leur taux d’échec scolaire.

Chers amis, honorables invités, nous dénonçons ces travers, cette manière différentielle de nous traiter non dans un esprit de polémique, mais de rapprochement.

Nous sommes intimement convaincus que les mots, la connaissance, l’éthique et la pensée peuvent conquérir le chaos, venir à bout de l’ignorance et transformer le mépris d’hier en admiration d’aujourd’hui.

Chers amis, Honorables invités, avez-vous comme nous constatez oh, combien est absente la politique étrangère de la France dans les débats de ces présidentielles ? 

 Existe-t-il réellement une politique Africaine de la France ? 

A cette question, la réponse est non. Il n’existe aucune lisibilité, aucune ligne directrice de la politique de la France en Afrique. Celle-ci varie en fonction des intérêts de petits groupes et autres obscures officines.

Politiques et médias nous ont justifié  les interventions armées de l’année 2011 sur le continent noir par le souci de nos dirigeants occidentaux d’instaurer la démocratie dans les pays africains. 

Nous rétorquons que la démocratie n’est pas un produit exportable. Il appartient à chaque peuple de construire la sienne en fonction de son histoire et de son évolution.

Nous disons que notre si belle République a tant d’atouts, qu’elle n’a pas besoin de mener des croisades çà et là pour s’imposer dans un univers mondialisé. Nous ne saurons soutenir ces guerres de conquête et de recolonisation d’un nouveau genre.

Nous exigeons le retrait rapide de nos soldats de plusieurs pays, parmi lesquels l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la RCA, le Tchad et le Gabon.

Au Mouvement des Africain-français, nous aimons la paix, la fraternité, la solidarité et la justice. Nous disons qu’avec les pays émergeants, la France se doit d’entretenir des relations de partenariat et de respect mutuel.

Chers amis, Honorables invités, les pays d’Afrique, notre continent d’origine n’est pas seulement victime des guerres meurtrières menées contre ses populations pour la captation de ses matières premières. Il est également de nouvelles formes des pressions juridiques spécifiquement conçues.

C’est ainsi que la dernière trouvaille des dirigeants du Nord pour mieux soumettre les gouvernements du Sud à travers des ONG complices est la notion de « Biens Mal acquis ».

Nous constatons :

A – Que les pays concernés par la question des « biens mal acquis » sont les pays pétroliers du Golfe de Guinée, de la Guinée Equatoriale au Cameroun, du Gabon en passant par le Congo.  Quid des Emirats ? Quid du Qatar ? Quid de la Russie ? Pourquoi les dirigeants de ces pays ne sont pas eux aussi mis au banc des accusés alors qu’ils achètent palaces et yachts de luxe en France ? S’agirait-il de faire chanter les dirigeants Africains pour les rendre encore plus dociles ? S’agirait-il de fragiliser ces Etats pour ensuite justifier des interventions militaires comme en Côte d’Ivoire ou en Libye ? 

Où sont donc passés les milliards soit disant volés par Mobutu ? Qu’en est-il de la fortune Libyenne ? Quant à ceux de la Côte d’Ivoire, nous savons aujourd’hui que Laurent Gbagbo est indigent et que la Cour Pénale Internationale est obligée de payer ses avocats.

Chers amis, Honorables invités, 

Nous venons de  nommer la Cour Pénale Internationale.

Il est curieux de constater que la plupart des puissances occidentales qui ne reconnaissent pas la compétence de cette cour pour juger leurs propres ressortissants, sont les mêmes qui exigent à cors et à cris que les Africains y soient envoyés pour y être jugés et ceci pour des crimes commis en Afrique contre les Africains. Il est temps de dénoncer cette fumisterie au nom des droits universels de l’homme.

L’existence de la Cour Pénale Internationale est pour chaque Africain descendant une humiliation. Elle nous rappelle les périodes sombres de l’esclavage lorsqu’on expédiait les résistants Noirs mourir loin de la chaleur de leur terre natale, loin de leur soleil. Il en avait été ainsi de Toussaint Louverture, de Jean-Jacques Dessalines,  de Boukman Duty,  de Makandal pour ne citer que ceux-là, paix à leur âme !

Nous ne préjugeons pas de l’innocence ou de la culpabilité de ceux qui sont enfermés dans cette prison pour nègre. Nous demandons pour eux un traitement humain, à savoir celui d’être jugés dans leur pays, sur la terre de leurs ancêtres et par les leurs. 

Ceci explique pourquoi, le Mouvement des Africain-français demande la fermeture de la cours pénale Internationale, cette prison qui porte en elle les germes de l’esclavage et de la colonisation, cette prison qui ressemble étrangement en un purgatoire pour Africain récalcitrant, ce goulag pour peuple dominé.

Nous, au Mouvement des Africain-français déclarons, que dorénavant nous serons l’interface entre la France et l’Afrique parce que nous sommes les héritiers naturels de l’Afrique en Occident, parce que nous sommes les mieux fondés à défendre les intérêts des peuples d’Afrique.

 

Chers amis, Honorables Invités,

Nous ne saurons conclure ce congrès sans vous parler des objectifs à court long et moyen terme de notre Mouvement.

 Le Mouvement des Africain-français, n’est pas  un mouvement de contestation, mais de construction et de responsabilisation. 

Oui, les Africain-français ont décidé en se réunissant, en formant un tout indissociable, de prendre leur responsabilité devant les hommes et devant la République.

Oui, nous voulons exister au sein de la République par nous-mêmes et non sous forme d’assistanat. Nous n’accepterons jamais une subvention sous une forme ou sous une autre. Nous tenons à rester autonomes, à financer nous-mêmes nos différentes activités et nos différents projets.  

Etre au MAF, c’est être une femme ambitieuse,  c’est être un homme extrêmement courageux.

Au Mouvement des Africain-français, nous suscitons les ambitions et nous les accompagnons. Nous voulons des postes et nous allons les conquérir afin d’apporter notre contribution à la construction Républicaine.

En matière économique, grâce au nombre de nos adhérents qui nous l’espérons atteindront 1 000 000 de personnes en une année, voire au plus tard  dans deux ans, nous générerons de l’argent. Nous serons alors en mesure de prêter des fonds à nos entrepreneurs afin qu’ils puissent créer des entreprises et des emplois, améliorant ainsi la condition sociale des Français.

Et nous y arriverons. 

Sur le plan culturel, le MAF a pour projet la création des MAISONS DES CULTURES AFRICAIN-FRANCAISES. Et ce, grâce aux cotisations, à la bonne de volonté de chaque adhérent et aux divers dons. Nous ne tendrons plus jamais la main, car la main qui donne est au dessus de celle qui reçoit. 

Dans les 10 prochaines années, nous envisageons d’acheter un bien immeuble à Paris, Lille, Marseille, Lyon et Bordeaux.

Ces lieux seront des endroits d’éducation de nos jeunes, de lecture, d’apprentissage des langues africaines, de prise en charge de ceux qui ont été déscolarisés, un lieu de formation à une véritable citoyenneté. 

Oui, nous y réussirons, nous le ferons, ensemble, main dans la main, comme un seul homme !

En matière politique… fort de l’engouement que suscite notre Mouvement, fort de l’approbation et du crédit que lui porte chaque Africain-français dans l’hexagone, à travers l’Afrique, l’Europe et même l’Amérique, le Mouvement des Africain-français sera dans un futur très proche, le premier Mouvement politique de France. Il compte peser lourdement sur les prochaines échéances électorales en France.

Pour les élections régionales, municipales ou législatives, nous voterons au coup par coup, selon l’esprit des candidats à partir des accords préétablis avec les différents candidats au-delà des partis.

Il n’est pas question pour le MAF de nous contenter du saupoudrage habituel où l’on nous jette çà et là, sur des listes électorales quelques Noirs, quelques arabes sans que l’on sache d’où ils viennent, où ils vont, ce, juste pour capter nos voix. Aussi, les seuls qui feront parti des listes et pour lesquels nous voterons seront d’abord et avant tout des membres du MAF. Les Africain-français sont d’abord du MAF avant d’être au PS, à l’UMP ou au Parti communiste. Le MAF vote pour le MAF.

Le MAF est d’abord le MAF car il contient en son sein tous les ingrédients pour bâtir une vie meilleure, une société de paix et de respect telle que l’ont imaginé les grands humanistes, les grands hommes de paix et les grands universalistes. 

Au cas où nous n’aurions pas d’accord avec les partis classiques, fort de notre mobilisation en France, nous présenterons nos propres candidats aux diverses élections.

Parce que nous en avons assez de souffrir.

Parce que nous en avons assez d’être méprisés.

Parce que nous en avons assez d’être exclus. Nous nous inclurons dans la République avec l’amour qui nous caractérise, avec le sens d’équité et de justice que nous ont légué nos ancêtres Africains et Français.

Dimanche 22 avril,  les Africain-français voteront d’une seule et même voix lors des Présidentielles pour le candidat de gauche ou de droite, qui répondra de manière claire aux doléances des Africain-français et prendra des engagements ferme avec le MAF

Et en ce sens, notre candidat est François Hollande.

Nous tenons à remercier tous les africain-français pour leur forte mobilisation, pour leur sens aigu des responsabilités dans l’organisation de cette rencontre exceptionnelle. Chacun de nous, chacun de vous à donner le meilleur de lui-même pour que plus jamais, il ne soit dit que nous n’existons pas, que nous ne savons pas faire foule

Merci à tous et que la Mobilisation Continue ! Vive les Africain-français. Vive la France !

 

Calixthe Beyala

25/02/2011

Côte d'Ivoire : le syndrome de Touba ou comment la presse étrangère choisit ses morts

Au moment où j'écris ces lignes, la guerre a recommencé en Côte d'Ivoire, même si personne n'ose encore le dire clairement. A Abidjan, dans le centre et dans l'ouest, les combats ont repris entre l'armée ivoirienne et les insurgés pro-Ouattara. Des combats à l'arme lourde. Immanquablement, les morts se multiplient. Comment la presse doit-elle évoquer les violations des droits de l'homme occasionnées par cette situation ? En Côte d'Ivoire, les journaux ont des identités politiques très marquées, et il semble acquis qu'ils auront plus de compassion pour les morts de leur camp. Mais la presse étrangère, a priori, a le recul nécessaire pour ne pas trier les morts.

A priori, seulement... Car la couverture de la Côte d'Ivoire de ces derniers mois met en lumière une "stratégie du récit" qui occulte volontairement les crimes des pro-Ouattara pour mieux accabler le "méchant" Gbagbo. Le dernier rapport d'Amnesty International, qui évoque les crimes et les agressions sexuelles commis de part et d'autre, illustre de manière magistrale cette stratégie du récit.

- D'une part, il y a les exactions des soldats loyalistes, abondamment commentés par les médias étrangers et par la division des droits de l'Homme de l'ONUCI. Amnesty ne fait que confirmer des allégations déjà rendues publiques par d'autres moyens.

- D'autre part, il y a les exactions des Forces nouvelles, rebelles au service d'Alassane Ouattara. Silence, on regarde ailleurs... Le lecteur naïf qui parcourt le rapport d'Amnesty découvre, effaré, une réalité occultée par des médias qui ont pourtant abondamment couvert la Côte d'Ivoire depuis octobre 2010.

J'entends déjà des justifications : la presse ne peut pas être partout. Et elle n'était pas au courant. Le problème est qu'un des faits évoqués par Amnesty International, la tuerie de Touba, qui a eu lieu en octobre 2010, quelques semaines avant le premier tour, était largement documentée. Les images des victimes ont été abondamment partagées sur Internet. Amnesty International écrit :

"En octobre 2010, des membres des FN ont sommairement exécuté onze hommes qu'ils avaient détenus et qui étaient accusés d'être des « coupeurs de route » et d'avoir assassiné plusieurs voyageurs à Touba (environ 680 km à l'ouest d'Abidjan). Bien que ces assassinats aient été publiquement connus (des membres des FN ont eux-mêmes filmé ces tueries, y compris les cadavres des 11 personnes abattues), aucune mesure concrète ne semble avoir été prise par les dirigeants des FN pour demander des comptes aux auteurs de ces actes."

Expéditions punitives contre des villages de leur zone qui ont eu le "malheur" de voter Gbagbo, tueries sur la base ethnique, viols... Comment se fait-il que ces exactions des Forces nouvelles n'aient pas été évoquées par la "grande presse" ? J'ai ma petite réponse : au nom de ce que je baptise "le syndrome de Touba". Il faut préserver l'image de ceux qui sont estampillés "bons", "gentils", "dignes d'être soutenus". Je me souviens d'octobre 2002. Près d'une centaine de gendarmes et leurs familes avaient été froidement assassinés par les "rebelles qui sourient" et jetés dans une fosse commune. Tout le monde savait : les journalistes sur place, qui ont même filmé l'envoi à la mort des victimes, les organisations des droits de l'homme. Mais il a fallu un mois pour que l'information sorte. C'était dans un rapport tardif... d'Amnesty International.

Utiliser les droits de l'homme dans des guerres d'influence internationales, c'est violer les droits de l'homme.

19/02/2010

Une conseillère de Gbagbo publie un article au vitriol... contre son boss !

Vous avez dit bizarre... comme c'est bizarre... Une journaliste basée en Suisse, dénommée Catherine Fiankan-Bokonga, entre autres correspondante du quotidien gouvernemental Fraternité-Matin et conseillère à la présidence de la République de Côte d'Ivoire (si l'on en croit cette liste où son nom se trouve à la neuvième position dans la sous-liste des conseillers techniques) publie un article au vitriol contre son "boss" sur le site de l'agence de presse Infosud. Article repris par son partenaire Rue89.

Extraits :

"Le Président de la Côte d'Ivoire semble avoir atteint les limites de son jeu qui lui a permis de se maintenir au pouvoir en exacerbant les questions d'identité nationale (ivoirité), les tensions religieuses et tribales entre le Nord et le Sud du pays. (...)

Reste à savoir comment la « pierre angulaire de l'Afrique de l'Ouest » va éviter une nouvelle crise politique. L'actuel climat de suspicion, de délation et de lassitude entourant le contentieux de l'inscription sur les listes électorales pousse les Ivoiriens à des actes de plus en plus violents.

L'ONU et le Premier ministre et ex-chef de la rébellion, Guillaume Soro, ont lancé un appel au calme. Le porte-parole de l'ex-rébellion, Sidiki Konaté, également ministre du Tourisme, a mis en garde contre un risque de « guerre civile. C'est le Rwanda qui se prépare ». Une perspective qui menace aussi de déstabiliser les États voisins, tributaires de la santé économique de la Côte d'Ivoire."

Post-Scriptum

Catherine Fiankan-Bokonga a réagi à mon post sur Rue89 en ces termes :

"Monsieur,

Suite à vos commentaires laissés sur le blog de «Rue 89» après la publication de l’article intitulé : « Après le report des élections, la Côte d'Ivoire de nouveau en crise », je me permets de vous apporter quelques précisions.

L’article que vous avez lu sur rue89, a été publié une première fois le 10 février 2010 dans un quotidien suisse « Le Temps » et sur le site "www.infosud.org" sous le titre : « Nouvelle menace d’éclatement ». Le chapeau que j'avais alors rédigé était le suivant : « Depuis 2005, date de la fin du mandat du président Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire attend l’o! rganisation d’une élection présidentielle. La communauté internationale perd patience. Le peuple aussi. »

Cet article a été rédigé suite aux déclarations et faits survenus entre le 5 et le 7 février 2010 en Côte d’Ivoire. C'est-à-dire avant que les dissolutions du gouvernement et de la Commission Electorale Indépendante n’interviennent. Vous noterez que je ne fais que reprendre les déclarations officielles des acteurs de la vie politique ivoirienne, des dirigeants du FMI et de la Banque Mondiale.

Pour répondre à vos insinuations, j’ai été citée comme témoin à la barre lors du procès Gbagbo vs Le Monde car j’avais publié, un article sur le fait qu’il n’existait pas d’annexes secrètes au Rapport sur la Côte d’Ivoire présenté par le Haut Commissariat des Droits de l’Homme (février 2003) comme l’affirmait le quotidien français. Le Haut Commissaire de l’époque, Sergio Vieira de Mello, m’avait accordée une interview filmée dans laquelle il infirmait l’existence d’un tel document (arrêt rendu le 5 avril 2006 par la Cour d’appel de Paris).

Force est de constater que vous-même, monsieur Théophile Kouamouo aviez été cité dans cette affaire comme témoin à charge contre le quotidien français « Le Monde » duquel vous aviez démissionné en octobre 2002 du poste de correspondant en Afrique de l’Ouest, basé à Abidjan (http://www.africultures.com/php/index.php?nav=murmure&...).

Je vous rappelle également que lorsque vous étiez rédacteur en chef du quotidien ivoirien « Le courrier d’Abidjan », réputé appartenir à Madame Simone Ehivet-Gbagbo, la publication a relaté le contenu de mon intervention devant le tribunal (Le courrier d’Abidjan du 27 mai 2004, article de William Aka).

A cette époque, mon interview du Haut Commissaire avait été interprété comme un acte pro-Gbagbo car il n’allait pas dans le sens de la majorité des publications françaises.

Concernant la présence de mon nom sur la liste des conseillers techniques de la Présidence de la République ivoirienne, j’en ignorais l’existence. En consultant cette liste grâce à vos indications, j’ai constaté que les noms d’autres journalistes professionnels étrangers sont cités. J’ai pris contact avec eux et, tout comme moi, ils sont surpris de cet état de fait. Je ne suis en aucun cas un des conseillers politiques du Président Laurent Gbagbo.

Je suis journaliste professionnelle depuis plus de 28 ans ainsi j’ai travaillé avec de multiples médias de la presse écrite, de la radio et de la télévision. Je suis accréditée au Palais des Nations Unies, à Genève, depuis 12 ans comme correspondante de plusieurs publications européennes et africaines dont le quotidien ivoirien « Fraternité-Matin » dans lequel je publie des articles relatifs à l’ONU et aux agences spécialisées du système des Nations Unies. Fraternité Matin est le plus ancien quotidien ivoirien, créé le 9 décembre 1964, et ainsi le journal le plus lu. Le quotidien du parti au pouvoir (FPI) s’appelle : «Notre Voie».

Je m’intéresse particulièrement aux événements de Côte d’Ivoire depuis la tentative de coup d’Etat du 18 septembre 2002. Dès novembre 2002, j’ai été sollicitée par l’ONG suisse « Media Action International » afin d’animer en Côte d’Ivoire, à Bassam, un séminaire financé par la Direction du Développement de la Coopération suisse qui regroupait l’ensemble de la presse ivoirienne. Le but de la réunion était d’expliquer aux journalistes présents le pouvoir de la presse en cas de conflit et son devoir d’information non partisane. Il a été suivi d’autres ateliers à Abidjan (2003) effectués en collaboration avec the Int! ernational Federation of Journalists (IFJ) et à Accra pour évoquer la dimension régionale du conflit ivoirien avec le Bureau de Coordination Humanitaire des Nations Unies (OCHA) et Media Foundation West Africa (http://africa.ifj.org/en/articles/report-on-ifj-mission-t...). Le travail de MAI avait d’ailleurs été salué dans un rapport des Nations Unies.

A ce titre, mon nom est cité sur divers sites officiels ou non, car mes nombreux écrits et actions ont souvent dérangés.

Tout au long de ma carrière j’ai été parfois confrontée à des accusations diverses et variées par des lecteurs qui pensent que la rédaction d’un article est une prise de position de la part de l’auteur pour une situation donnée ou un individu.

Mes articles ont comme seul but d’informer le lecteur, grâce aux faits exposés et de susciter une réflexion."

J'ai jugé nécessaire de répondre à sa réponse :

"Mme Fiankan,

Je n'ai fait aucune "insinuation". Tout ce que j'ai écrit était très clair. J'ai évoqué votre papier et je l'ai mis en relation avec le statut de conseillère du président ivoirien que vous attribue le site officiel de la Présidence de la République de Côte d'Ivoire. Par ailleurs, je serais curieux de connaître les noms des journalistes professionnels étrangers figurant sur la liste officielle des conseillers de Gbagbo. J'ai beau fouiller, je n'en trouve aucun.
De plus, "Le Courrier d'Abidjan" n'a jamais appartenu à Simone Gbagbo. J'en étais le copropriétaire avec mon associé Sylvestre Konin. Par la suite, j'ai vendu mes parts. Ce journal a eu ses engagements, qu'on peut discuter, mais en tant que journal indépendant, non lié contractuellement à quiconque. Fraternité-Matin est bien un journal gouvernemental, puisqu'il est la propriété du gouvernement, qui désigne ses responsables. Cela n'empêche pas ce journal d'être professionnel et de jouir de la confiance de ses lecteurs."

Post-Scriptum 2 : 19 février 2010

Suite à la réaction de Catherine Fiankan-Bokonga sur ce blog, j'ai reçu un coup de fil d'un conseiller spécial du président ivoirien qui affirme qu'ils ont "cohabité" dans les couloirs du Palais présidentiel et qu'elle revendiquait son titre de conseiller technique. Il nous propose de regarder ici une vidéo où elle apparaît, dans une délégation officielle lors d 'une visite de Gbagbo au Qatar. On la voit à côté du gouverneur du district de Yamoussoukro à partir de la 51è seconde.

17/11/2009

Pasqua accuse Villepin d’avoir tenté de renverser Gbagbo

Il n’y a pas qu’en Côte d’Ivoire que les « petits meurtres entre amis » sont furieusement tendance. Au sein de la droite française, on se déchire, on hurle… Menacé par les développements judiciaires de l’Angolagate, Charles Pasqua commence à parler en ne disant presque rien, en mode « arrêtez cette procédure judiciaire ou je mets en lumière notre misérable tas de secrets ». Extrait d’un article de François Soudan dans la dernière livraison de Jeune Afrique :

« Dans Le Journal du dimanche du 8 novembre dernier, le sénateur des Hauts-de-Seine accuse Dominique de Villepin d’avoir « planifié le renversement de deux chefs d’Etat africains », ajoutant que ce dernier, alors secrétaire général de l’Elysée, avait chargé le très sulfureux Jean-Charles Marchiani de s’en occuper.

Prié, quatre jours plus tard, de citer les noms des deux « cibles » de Villepin, Pasqua répond : « Je ne sais pas », tout en ajoutant : « J’imagine mal que le président de la République [Jacques Chirac] n’ait pas été mis au courant. » Quoi d’autre ? Rien. Il faut confesser, off the record, l’un de ses avocats, pour en savoir plus sur cette grave accusation que son auteur, apparemment, hésite à assumer : « L’un des deux, c’est Laurent Gbagbo ;l’autre, je l’ignore », confie ce proche sous le couvert de l’anonymat. »

Intéressant… Tout cela va bien finir par se savoir…

10/09/2009

Gbagbo vainqueur de la présidentielle, selon un sondage commandé par ADO

ado_bedie_gbagbo.jpgC'est "La Lettre du continent" qui l'indique. Selon un sondage commandé au cabinet Liaison Marketing, "référencé à l'IFOP et affilié à l'ESOMAR (European Society for Opinion and Research)" par Voodoo, agence de com' d'Alassane Ouattara, Gbagbo serait en "tête d'affiche présidentielle".

Selon Maurice Fotsing, le patron du cabinet, qui n'a pas voulu communiquer les chiffres exacts à "La Lettre du continent", les résultats de son étude sont "du même ordre de grandeur" que ceux de la SOFRES.

Mécontent de ces résultats, Mamadou Sanogo, secrétaire national aux élections du RDR, aurait confié le même sondage aux élèves d'Agitel, grande école d'Abidjan, selon La Lettre du continent. Sans grand changement de tendance.

ADO se serait résolu à repartir au combat. A priori, un sondage n'est qu'une photographie de l'opinion à un moment donné. L'émotion que les sondages produisent au sein de l'opposition ivoirienne s'explique, à mon avis, par un certain nombre de facteurs.

- Notre faible culture des sondages et des études d'opinion, dès lors qu'il s'agit de politique. En effet, les entreprises (notamment dans le domaine des télécoms) recourent régulièrement aux sondages en Côte d'Ivoire.

- Les assurances données, par les ténors de l'opposition, depuis des longues années, à leurs mentors à l'étranger. Désormais, ils ont peur que ces mentors se découragent et rejoignent Laurent Gbagbo avec armes et bagages pour continuer à avoir des marchés et rentes de situation.

- L'opportunisme de la "classe politique intermédiaire", en Côte d'Ivoire ou ailleurs dans le monde. Si les députés de l'opposition qui ont une certaine assise locale se rendent compte que leurs leaders se noient, ils risquent de "dealer" avec le pouvoir pour négocier un "pacte de non-agression", voire rejoindre d'une certaine manière la majorité avant la présidentielle.

 

 

12/02/2009

Affaire des 65 millions : le juge va plus loin que le procureur

Mme Gomé Hilaire (1).JPG
Le tribunal des flagrants délit est allé au delà des douze mois d’emprisonnement requis par le procureur de la République, contre la principale inculpée. Cinq années d’emprisonnement ferme assorties d’une amende de 300.000 F, de dix ans de privation des droits civiques et d’une interdiction de paraître et de séjour pendant cinq ans ! Telle est la peine infligée hier sur le coup de 14 h, par le tribunal des flagrants délits d’Abidjan à Mmes Gomé Gnohité née Bléhon Emilienne, secrétaire particulière du Président de la République et Umviga épse Metté Elise.

Si la première a été déclarée coupable d’escroquerie, la seconde a été sa complice dans la commission du délit. Le tribunal qui a fait droit à la requête du Président de la République a aussi condamné les deux femmes à lui payer chacune à titre de dédommagement, le franc symbolique. Au terme du procès qui s’est tenu avant-hier mardi, le parquet d’Abidjan, à travers ses représentants à l’audience, avait requis à l’encontre de Mme Gomé Emilienne la peine de 12 mois de prison ferme et 300.000 F d’amende. Et la relaxe pure et simple pour délit non établi en ce qui concerne Mme Umviga épse Metté Elise. Un réquisitoire particulièrement clément au regard du jugement qui vient d’être rendu. Jugement auquel, les avocats de la défense des deux condamnées entendent relever appel. Ce qui constitue une lueur d’espoir pour non seulement, les deux concernées, mais aussi pour leurs parents, amis et connaissances qui, arrivés massivement hier au tribunal, ont élevé des cris de vive protestation au prononcé du jugement qu’ils estiment injuste et trop sévère. Beaucoup de femmes ont tout simplement fondu en pleurs.

Pour rappel, disons que Mmes Gomé Gnohité née Bléhon Emilienne, secrétaire particulière du Président de la République et Umviga épse Metté Elise se disant, « collaboratrice extérieure » du Président ont été traduites devant la justice pour s’être fait remettre par le directeur général de la société de téléphonie mobile Mtn, M. Rwi Yegura Mporé Aimable, la somme de 65.542.610 F. Cette remise de fonds s’est faite autour au nom du Président de la République. La substance des débats à l’audience établit que Mme Gomé a été contactée par Mme Metté Elise, Ivoirienne d’origine rwandaise, pour solliciter pour le compte du DG de Mtn, son compatriote rwandais, une audience auprès du Chef de l’Etat. Une véritable polémique s’est engagée entre les deux femmes à la barre sur l’objet de l’audience demandée. Pour Mme Metté, la demande d’audience répond à la volonté du DG de Mtn, Mporé Aimable, d’aller présenter au Président Laurent Gbagbo un trophée acquis à l’extérieur par sa société. Question pour lui de se faire connaître par le Chef de l’Etat, qu’il dit n’avoir jamais eu l’occasion de rencontrer. Les déclarations de Mme Metté ont été corroborées à l’enquête préliminaire par le DG de Mtn, lequel, expulsé de la Côte d’Ivoire à cause de cette affaire n’était pas présent au procès. Toujours selon dame Metté Elise, l’initiative du don est venue de la secrétaire qui, en acceptant de transmettre la demande d’audience du DG de Mtn, aurait demandé que ce dernier ne vienne pas voir le Président les mains vides. Pour lui permettre de faire don d’une ambulance et la réfection du dispensaire d’un village sinistré. Mme Metté soutient que c’est bien Mme Gomé Gnohité qui a fait parvenir au DG une facture de construction, à partir de laquelle il a procédé à la détermination du montant et à son décaissement de la comptabilité de sa société. Ses déclarations font état de ce que la secrétaire du Président, une fois en possession des fonds qu’elle a reversés sur son compte personnel, aurait oeuvré pour ne pas faire aboutir l’audience demandée. Et donc, c’est face à tous les obstacles constitués, que Mme Metté Elise dit avoir, avec le DG de Mtn, utilisé d’autres voies qui ont permis à Mporé d’être reçu finalement par le Président Gbagbo. Sitôt informé de toutes les manigances faites dans son dos, le Chef de l’Etat, a lui-même actionné les poursuites judiciaires. Sur l’objet de l’audience demandée par le DG de Mtn au Président de la République, l’ex-secrétaire particulière donne une version contraire à celle de sa co-accusée. Elle déclare en effet, que c’est bien pour faire un don au Président de la République que le rendez-vous a été sollicité. Et si elle a offert sa contribution pour faire aboutir le décaissement, c’est pour marquer son soutien à l’action. Raison pour laquelle elle a accepté la garde des fonds. Elle dit n’en avoir pas soufflé mot au Président parce que le donateur voulait que ce soit une surprise. Quel est alors l’objet de l’audience pourtant validée par le Président Gbagbo ? Cette question essentielle est restée hélas, sans réponse précise.

Pour le gouvernement, le DG de Mtn, «alors qu’il savait que les fonds dont il s’est défait aussi facilement avaient été virés sur les comptes de la société Emika Entreprises et non à la Présidence de la République, il a fait figurer, gratuitement, dans les livres comptables de la société Mtn Côte d’Ivoire, la mention «Don au chef de l’Etat» correspondant à la remise de ces fonds» (confère communiqué du ministre de l’Intérieur). Il est accusé d’avoir fait preuve d’une «légèreté évidente» et tenté «de jeter le discrédit sur une institution de la République de Côte d’Ivoire, en l’occurrence le Président de la République». Il a été expulsé par arrêté du ministre de l’Intérieur. Et depuis avant-hier, il a quitté le territoire ivoirien.

Landry Kohon (Frat-Mat)