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20/02/2008

Kosovo : un dangereux précédent

Ce que beaucoup d'observateurs considéraient comme impossible a finalement eu lieu. Le Kosovo, province serbe majoritairement peuplée d'ex-immigrés albanais, qui a été le théâtre d'une guerre sanglante sous Slobodan Milosevic, a finalement déclaré (unilatéralement) son indépendance. Les pays occidentaux - notamment la France et les Etats-Unis - ont chaleureusement salué cet acte contraire au droit international contemporain et aux résolutions de l'ONU. L'OTAN et l'Union européenne se précipitent au berceau de l'Etat nouveau-né pour lui proposer un statut de dominion qui ne dit pas son nom.
Personnellement, je considère l'indépendance du Kosovo comme une mauvaise nouvelle pour les pays du Sud. Il est vrai que ce précédent donnera du coeur à l'ouvrage aux mouvements séparatistes corses ou basques en Europe, mais les Etats européens sont assez forts pour maintenir leur intégrité territoriale.
En réalité, le cas kosovar nous permet d'entrevoir une nouvelle arme impérialiste, qui permettra de faire peur aux régimes qui, au Sud, refusent de marcher au pas : le chantage territorial. L'Occident instrumentalisait déjà des rébellions. Désormais, il pourra parrainer des sécessions en se fondant sur des arguments s'appuyant sur des concepts tels que les droits de l'homme et les ethnies martyrisées. Lorsqu'on a vécu ce que l'on a vécu en Côte d'Ivoire, l'on sait très bien qu'on peut faire de tout peuple un peuple détesté grâce à la puissance des médias.
Des intérêts coalisés - parmi lesquels on retrouvait ceux d'Houphouët-Boigny et de la France foccartienne - ont essayé de cisailler le Nigeria en s'appuyant sur le mouvement séparatiste biafrais dans les années 60-70. Le droit international les a bloqués. Demain, que se passera-t-il ? Le précédent kosovar ouvre la voie à une brutalisation des rapports à l'intérieur des corpus nationaux les plus fragiles des pays pauvres.
Demain, les populations de Bakassi (majoritairement nigérianes) pourront s'armer, "jouir" de l'asymétrie des forces militaires par rapport à l'Etat du Cameroun pour se victimiser et demander leur indépendance. Les Burkinabé du Sud-Ouest ivoirien "victimes de l'ivoirité" pourront demander leur indépendance. Conséquence logique : la xénophobie gagnera du terrain et le fantasme de la guerre démographique se justifiera.
Je suis pessimiste. Et vous, qu'en pensez-vous ?