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15/04/2011

Sarkozy confond Gbagbo et Guei

L'information n'est pas de premier plan mais elle est assez éclairante. Sur le peu de sérieux avec lequel le président français Nicolas Sarkozy traite ses dossiers en général et les dossiers africains en particulier. Mais aussi sur la volonté sans limite de diaboliser Laurent Gbagbo, qui permet de faire feu de tout bois. Le Canard Enchaîné rapporte une conversation au sein du Conseil des ministres en France. Durant laquelle pour convaincre que "Laurent Gbagbo est en état de folie", Sarkozy affirme : "Gbagbo, ne l'oublions pas, c'est celui qui a emprisonné son équipe nationale de football parce qu'elle avait perdu un match."

Et pourtant, les moins informés d'entre les Africains férus de foot savent bien que le chef de l'Etat qui avait interpellé, pour un temps, en 2000, les membres de l'équipe nationale, c'était bien Robert Guei. Cette sortie douteuse de Sarkozy rappelle tous les commentaires de presse où Laurent Gbagbo est présenté comme le concepteur de l'ivoirité, rendue célèbre par Henri Konan Bédié.

 

24/12/2010

A propos des amis français de Gbagbo : réponse à Pierre Haski

 

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Avant toute chose, je voudrais commencer ce post par une mise au point : je connais, j’aime beaucoup et j’admire Pierre Haski, pour la subtilité de sa vision de la France et du monde et pour le talent intuitif qu’il met à construire Rue89, un média que j’aime et auquel je contribue.

Mais je suis tout de même un peu dérangé par son dernier papier sur la Côte d’Ivoire, sur « ces conseillers blancs qui soutiennent Gbagbo ». Ces « curieux appuis » se trouvent « à droite, très à droite », ce qui serait étonnant pour une cause qui se réclame du panafricanisme et est très hostile à la Françafrique.

Pourquoi l’angle de ce papier me dérange-t-il ? Déjà parce que j’estime que l’analyse n’est pas poussée très loin. Lue rapidement, elle peut laisser croire qu’il n’y a plus guère que les vieux chevaux de retour de la droite et de l’extrême droite qui ont des sympathies (forcément embarrassantes) pour le fondateur du Front populaire ivoirien (FPI). Il est vrai que Pierre Haski a fait un papier, il y a déjà plusieurs jours, sur les amis qui restent encore à Gbagbo au Parti socialiste… Il est difficile d’écrire sur ceux qui, à gauche, se taisent par peur de représailles médiatiques et de procès en sorcellerie de la part des gardiens du fameux « cercle de la raison ». Mais il me semble que les prises de position de la classe politique française sur la Côte d’Ivoire traduisent en partie une nouvelle fracture politique hexagonale et peut-être européenne, qui pourrait devenir centrale et remettre en cause le clivage gauche/droite : elle sépare les « nationalistes » et les « internationalistes tendance Grand Soir » des « mondialistes », si l’on peut dire.

Jean-Marie Le Pen et Henri Emmanuelli ont deux points communs : ils se démarquent de l’hallali anti-Gbagbo de la classe politique française ET ils ont fait campagne contre le traité constitutionnel européen. La question ivoirienne, au-delà des bons et mauvais points, peut s’analyser autour de la thématique de la « gouvernance mondiale » et de ses adeptes, qui se recrutent à gauche et à droite – et devraient logiquement finir par fonder un seul parti si les batailles idéologiques revenaient au centre du jeu politique français. Dans quelle mesure la « communauté internationale » peut-elle intervenir dans les affaires intérieures d’un Etat ? Quelle est la légitimité de la Cour pénale internationale (CPI), qui s’arrête brusquement, en général, devant la porte des puissances riches – dont les Etats-Unis, qui ont refusé de ratifier le traité qui la fonde ? La « gouvernance mondiale » n’est-elle pas un nouvel ordre technocratique qui, fatalement, va entrer en conflit avec les souverainetés, mais aussi la démocratie ? Ces questions se posent en Côte d’Ivoire, et en France.

Par ailleurs, j’ai été frappé par le raccourci que Rue89 a fait en ramenant un slogan lu lors d’une manif pro-Gbagbo à Paris – « La France aux Français, la Côte d’Ivoire aux Ivoiriens » – au « La France aux Français » du Front national. On ne peut pas ramener les revendications politiques des Africains et leur manière de les exprimer au corpus symbolique hexagonal et au politiquement correct à la française. Il faut se poser une question : comment un habitant d’Abidjan ou de Bouaké comprendrait-il la phrase mise à l’index ? Sans doute tout simplement comme une revendication d’égalité entre l’ancien colonisateur et l’ancien colonisé.

 

23/12/2010

De l'usage diplomatique des vrais et faux génocides

Un édito du Nouveau Courrier du 22 décembre 2010.

C’est un mediaplanning qui fait froid dans le dos. A peine le gouvernement ivoirien a-t-il demandé le départ des forces onusiennes de son territoire que nous faisons face à une avalanche d’informations (à prendre avec de grosses pincettes) sur des « enlèvements », des « violations massives des droits de l’homme », voire des « marquages » de maisons dont les hôtes, d’une certaine ethnie, devraient être tués dans le cadre d’un remake du Rwanda.

L’idée est la suivante : il faut absolument montrer que le départ des forces internationales entraînerait des massacres épouvantables, voire un génocide. Dans le cas d’espèce, en dépit des diverses incitations médiatiques (notamment de la séditieuse ONUCI FM, dont le contenu sera bientôt étudié par des chercheurs) et de cette dyarchie artificiellement créée pour faire bouillir la marmite des haines locales, les Ivoiriens ne s’entretuent pas encore pour de sombres passions tribales. Il n’empêche : on peut les aider de diverses manières, y compris en allumant la mèche, à travers des provocations bien senties et des artifices diaboliques.

La mauvaise foi médiatique n’ayant pas de limite, on tronquera par exemple les propos de Jacqueline Oble ou de Charles Blé Goudé, qui mettent en garde contre un plan machiavélique préparé par l’ONUCI pour se légitimer à travers des massacres provoqués. On les présentera comme des sombres individus qui menacent la « communauté internationale » d’un génocide.

Ces passions macabres s’expliquent. Face au principe sacro-saint édicté par le droit international – la non-intervention dans les affaires intérieures des Etats –, un concept fait son bout de chemin : le droit d’ingérence. Il ne peut s’exercer, estiment ses défenseurs, qu’en cas de crimes contre l’humanité face auxquels brandir l’argument de la souveraineté de la Nation serait une non-assistance à peuple en danger. Qui peut s’opposer à un tel concept plein de bon sens et de compassion ? C’est au nom du droit d’ingérence que le mandat global des Casques bleus, qui était subordonné à leur impartialité face aux forces en présence, au consentement des parties en conflit et à la limitation de l’usage de la force à des fins de légitime défense, a été élargi à l’utilisation des armes dans le cas où les populations civiles sont en danger. C’est dans la même logique que l’Acte constitutif de l’Union africaine permet de mettre entre parenthèses la souveraineté d’un pays en cas de génocide, notamment.

Les meilleures intentions du monde sont toujours perverties. Le « plus jamais ça » poussé par l’Afrique après le cauchemar rwandais, devient désormais un fonds de commerce pour les services secrets et les impérialistes de tout poil, qui utilisent désormais (et de manière très cynique) l’éventualité du sang versé comme une variable d’intervention. Pour pouvoir s’imposer aux peuples du Sud, il est plus que jamais utile de faire pleurer dans les chaumières, quitte à fabriquer de toutes pièces une réalité médiatique manichéenne. Après la République virtuelle du Golf, il est question d’accoucher d’un génocide virtuel.

Un retour à un passé récent permet de mieux comprendre ce qui se passe actuellement. Quand, après le coup d’Etat avorté du 19 septembre 2002, il fallait faire avaler à l’opinion l’idée de l’invasion de la Côte d’Ivoire par des forces internationales et la nécessité d’une interposition équivalant à une partition de fait, de nombreux éditorialistes en France ont théorisé – déjà ! – sur le spectre du Rwanda. Puis la thématique a disparu aussi vite qu’elle était apparue : l’objectif était atteint.

Un peu plus loin dans l’Histoire, l’on se souvient aisément que la presse française, pour légitimer la rébellion pétrolière que De Gaulle et ses alliés africains menait contre le Nigeria dans la région du Biafra, a utilisé la même technique. Maurice Robert, responsable des services secrets français à l’époque, l’a confessé dans un livre-entretien.  « Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le terme de "génocide" appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l'opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d'écrasement, mais génocide nous a paru plus ''parlant''. Nous avons communiqué à la presse des renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu'elle reprenne rapidement l'expression ''génocide''. Le Monde a été le premier, les autres ont suivi. » En 1982, pour pouvoir légitimer leur combat contre les sandinistes au Nicaragua, l’Amérique de Ronald Reagan a crié au génocide. Face à l’absence d’éléments de preuve, elle a diffusé dans la presse une photo témoignant d’un « massacre d’Indiens Miskitos », une ethnie locale. Or il s’agissait d’un cliché pris bien avant l’arrivée au pouvoir des sandinistes… lors d’un tremblement de terre. De nombreux intellectuels de gauche – comme le gouvernement sandiniste du Nicaragua – tombèrent dans le panneau et jouèrent, à l’époque, le rôle «d’idiots utiles » au service de l’impérialisme le plus réactionnaire. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

 

20/12/2010

Qu'est-ce qui se joue en Côte d'Ivoire ?

Au-delà de l'actualité immédiate, instrumentalisée à des fins de propagande, qu'est-ce qui se joue, du point de vue de la marche du monde, en Côte d'Ivoire ? J'ai bien aimé cet éditorial paru dans "Le Nouveau Courrier" qui refuse de dissocier l'enjeu d'Abidjan du contexte international global. Et qui évoque la thématique de "la démocratie médiatique", où au final, ce sont les puissants relais occidentaux qui arbitrent les élégances électorales partout dans le monde ; et celle d'une nouvelle guerre froide, de nature économique, que l'Occident lance pour barrer la route aux puissances émergentes - ce qui le conduit à une militarisation du monde, qui finira par l'épuiser. Bref, lisons en cliquant sur ce lien.

18/11/2010

Abidjan, chronique de l'entre deux tours, par Michel Galy

Ce n’est que dans la nuit du 3 novembre que les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ivoirienne sont tombés : avec un exceptionnel taux de participation de 85%, le scrutin donne 38% des voix au président Laurent Gbagbo soutenu par le FPI, 32% à M. Ouattara leader du RDR, 26% à l’ex président Bédié, dirigeant du vieux parti d’Houphouët Boigny, le PDCI -RDA.

PEURS ET RUMEURS DE LA CAPITALE

Mais depuis le vote du 31 octobre, Abidjan s’est fait peur, « peur pour rien ! » disent maintenant les citadins soulagés. Drôle d’ambiance tout de même au Plateau, ce quartier d’affaires central, complètement déserté d’habitants et de véhicules ; pendant deux jours les transports en commun et les taxis sont restés dans leurs quartiers, les citadins quant à eux calfeutrés dans les concessions, après avoir fait des stocks de provisions, au cas où…

Il faut dire que le traitement médiatique par l’omniprésente RTI(radiotélévision ivoirienne, media d’Etat) semblait parfois surréaliste, décalé, ou parfois inquiétant. Avec une sorte de carence symbolique du pouvoir, lorsque pendant la nuit électorale le général Mangou, chef d’état -major des forces loyalistes, vint en uniforme- mais d’un ton affable, conseiller à ses concitoyens de prendre patience dans le calme. Bientôt relayé par un surprenant alignement de dignitaires religieux dont le porte parole et archevêque d’Abidjan, Monseigneur Kutwa donna les mêmes recommandations, suivi du nonce apostolique ; enfin l’ex leader des rebelles aujourd’hui premier ministre, M. Guillaume Soro prit la parole à l’écran pour conseiller encore et toujours la patience…

C’est que comme toujours en cas d’événement politique majeur, la « capitale des lagunes » était devenu l’épicentre de toutes les rumeurs, parfois relayés par les états -majors ou la presse nationale, si ce n’est par les « envoyés spéciaux »internationaux et l’armada d’observateurs de toute obédience. Dès le lundi matin par exemple, Alhassane Ouattara, le candidat du RDR, était donné gagnant  au premier tour ! L’après midi, Laurent Gbagbo à son tour l’aurait emporté à plus de 50% des voix. Quelques jours après, Ouattara aurait fui le pays, comme par exemple lors de la tentative de coup d’Etat de 2002.Toutes nouvelles évidemment fausses, que partisans fanatiques et adversaires irréductibles diffusaient à l’envi dans les quartiers.

Le traitement médiatique de l’ après premier tour a d’ailleurs été très en deçà des débats ordinaires en Côte d’ivoire : aussi les ivoiriens ont recouru aux sites spécialisés pour une cartographie des votes(cf. www.abidjan .net) , à l ‘écoute des radios internationales (Africa N°1, Bbc, Voice of America, et surtout RFI), et entendu des missionnaires de retour du terrain décliner leurs impressions de voyage sur Africa 24 ou France 24- pour ceux qui ont les « bouquets satellites » à domicile , c’est à dire une mince élite urbaine, mais qui peut faire l’opinion. Pas de débats entre intellectuels de chaque camp, ni d’analyse des votes à la télévision ivoirienne- comme si le sujet était trop brûlant pour être traité.

Si les esprits s’échauffaient à cause des rumeurs donnant tel ou tel gagnant, durant cette curieuse période de latence entre élections et résultats, il en alla de pis en pis à mesure que les résultats tombaient -ou non. En effet après des résultats aussi exotiques qu’insignifiants en chiffres (Canada, Etats-Unis…) donnés par la commission électorale indépendante (CEI), un long silence s’instaura, rompu in extremis dans la nuit du mercredi pour livrer les résultats provisoires. Pendant ces deux jours de vide, les uns donnaient le candidat du RDR, M. Ouattara, vainqueur au 1er tour, tandis que leurs adversaires du FPI, prétendant depuis la campagne qu’il « n’y avait rien en face », croyant dur comme fer au slogan  « un coup KO ! » ; et même les partisans de Henri Konan Bédié, à la campagne pourtant poussive, voyait leur candidat déjà élu !

En l’absence d’élections réellement libres et pluralistes au précédant, malgré des sondages de la SOFRES concordants, cette autointoxication lourde de tensions était peut être inévitable ; pourtant ces slogans de campagne semblaient devenus des réalités politiques non seulement pour les militants, mais même pour les cadres des trois grands partis. Dans les Q.G. respectifs, l’impression de défaite relative était tangible, notamment au RDR et au FPI : les partisans d’Alhassane Ouattara criaient au complot, ceux de M Gbagbo se crispaient à mesure que le score de leur candidat tombait des 50% supposés aux 38% réels ! Réflexe populiste commun : une mise en accusation des « cadres » par les militants, accusés d’avoir détourné l’ argent du candidat au lieu de battre campagne dans les villages et de faire du porte à porte dans la capitale, accusation en partie bien réelle, mais très partagée …

A quelle élection aurait on pu se référer ? Certainement pas à celles organisée par la junte du général Guei, lorsque Laurent Gbagbo remporta à la surprise générale ce scrutin tronqué par près de 60% des voix en 2000 ; il fallut une montée de la population désarmée vers le centre ville, et un massacre des manifestants avant que les forces armées se divisent et permettent le choix, au fond, d’un régime civil ! Certainement pas aux élections du temps aujourd’hui idéalisé d’Houphouët Boigny, au trop long régime de Parti Unique, malgré la Constitution ; après le pluralisme imposé par des manifestation d’opposants, on se souvient qu’en 1990, le jeune leader du FPI, se vit annoncer à l’avance les 18% des voix qu’il allait obtenir face au vieux président…information donnée par des émissaires français, tant la complicité néocoloniale était de mise !

Comme ailleurs, les élections (si ce n’est le pays tout entier…) se sont tenues  sous tutelle d’un contingent pluraliste d’observateurs, s’appuyant sur les corps expéditionnaires de l’ONUCI et la force française Licorne, associés aux ex belligérants des « Forces nouvelles » (rebelles de la zone Nord, non désarmés ni encasernés, contrairement aux accords de Ouagadougou de 2007) et aux forces gouvernementales dirigées par le général Mangou.  Pour autant ces observateurs extérieurs, « coordonnés » par l’ONUCI, ce qui leur ôte beaucoup de leur indépendance et neutralité, n’ont sans doute eu qu’une vue partielle du vote, en l’ absence de connaissance du pays ; par ailleurs le représentant du secrétaire général de l’ONU, M Choi composa une figure parfois tragi comique d’un diplomate asiatique sans grandes affinités africaines, chargé pourtant de « certifier les élections », formule juridico politique ambiguë, constituant une grande innovation électorale…

A une sorte de consensus mou de la communauté internationale succéda des crises d’autoritarisme d’un autre age : on vit ainsi le chef des observateurs de l’Union européenne, M. Christian Preda , tancer avec une certaine arrogance la Commission électorale indépendante avant de faire marche arrière et d’avaliser le premier tour ; selon des information internes à l’Onuci, le poids de l’occupation militaro civile et la lassitude de la « communauté internationale » amena de fait cette organisation à faire silence sur les principales anomalies de l’élection, craignant à juste titre de « mettre le feu aux poudres » en cas d’invalidation.

ALHASSANE OUATTARA ET LA CONQUETE DU POUVOIR

Il est vrai que les partis ivoiriens restant en lice eux mêmes semblent pressés d’aller au second tour : si le RDR a suivi formellement le PDCI de M. Bédié pour demander le recompte des voix, le refus du Conseil constitutionnel ne semble pas l’empêcher d’aller aux urnes, tant sa politique de la chaise vide lui a porté tort dans le passé. Le FPI de M. Gbagbo se garde bien de demander nouveau décompte ou invalidation, bien qu’il dénonce de graves irrégularités au Nord.

En effet, lors d’une investigation récente dans cette immense zone contrôlée par la rébellion(les deux tiers du pays !), on a pu constater une gouvernance bien particulière : si les « com- zones » militaires de la rébellion  se sont taillés des fiefs par région- contrôlant les trafics en tout genre(café et cacao exportés vers le Burkina, diamants, coton, flux de marchandises et de personnes), les ONG occidentales s’occupent de zones et de secteurs selon leurs propres critères, tandis que préfets et administration nationale « redéployée » sont souvent fictifs ou inexistants. Il n’est que de voir un « commissaire politique » (sic ! comprendre un cadre local du RDR) contrôler la parole paysanne en pays sénoufo pour réaliser les causes d’une élection sous contrainte.

Car s’il est à la limite compréhensible que M. Gbagbo n’y recueille que des scores symboliques après la guerre civile (alors que le FPI était implanté en mosaïque dans cette zone Nord, sous Houphouët Boigny), les faibles pourcentages laissés à M. Bédié (rappelons le, officiellement allié à M. Ouattara dans le cadre du RDPH, ou Rassemblement des houphouetistes) est incompréhensible sauf trucage ou bourrage d’urnes. Bien plus, les gouvernementaux prétendent déceler, 3 mois après l’établissement de la carte électorale, et après distribution des cartes d’électeur, de graves distorsions  dans cette zone nord : il y aurait notamment des localités du Nord où le nombre de votants serait supérieur aux nombres d’ habitants du dernier recensement !

Des cadres du RDR, interrogés sur ce point, rétorquent que ce serait l’effet dune immigration de retour, après les persécutions de la période ivoiritaire et le manque de travail en ville ; l’argument est difficilement recevable, non seulement en fonction de l’importance des discordances, mais surtout parce que la majorité des migrations récentes s’est faite vers Abidjan, passé de trois à cinq millions d’habitants après le conflit.

Toutefois l’affirmation du camp Gbagbo selon lesquelles la différence en question viendrait d’étrangers sahéliens « naturalisés »en fraude reste elle aussi à prouver. Il n’en demeure pas moins que le parti présidentiel fera porter l’effort de ses représentants sur cette zone litigieuse, et qu’il poussera les divers « observateurs » à s’intéresser de près à la sincérité du vote.

Dans le camp de la majorité présidentielle, une surprise inattendue qui contredit bien des affirmations sociologiques sur la corruption des moeurs : ni le maintien de Yamoussoukro comme capitale politique ainsi que le souhaitait Houphouët Boigny, ni l’action et les cadeaux des cadres baoulé du FPI(même déroute d’ailleurs au Nord pour les notables « dyoula » du président, tel Laurent Dona Fologo), ni la politique d’amadouement des migrants baoulé à l’Ouest n’y ont fait : en milieu rural , tous ont voté pour H. Konan bédié comme un seul homme!

Dans l’ensemble, les résultats représentent bien l’analyse selon laquelle les trois candidats maîtrisent, via leurs « blocs ethno-régionaux », environ un tiers de l’électorat, en milieu rural tout au moins ; et invalident les thèses révisionnistes » réduisant l’électorat d’un candidat comme Laurent Gbagbo à son « poids ethnique » (7% selon cette « théorie » trop souvent reprise par les responsables politiques et militaires français !)- et comprennent par ailleurs les hommes politiques ivoiriens selon les stéréotypes ethniques les plus coloniaux, voire racistes.

Pourtant, par l’action politique, des régions peuvent être gagnées : ainsi du Nord Est pour M . Gbagbo, du Sud Ouest pour M. Bédié. Mais ce qui change des analyses d’une ethnicité très prégnante dans les campagnes, c’est bien sur Abidjan, où les résultats sont sans appel : 44% des voix pour Laurent Gbagbo, contre 33% pour Alhassane Dramane Ouattara, soit une avance de 150 000voix ; c’est là que le style populiste du président, ses positions anticolonialistes, son aura d’éternel opposant plus que sa fonction officielle ont séduit la jeunesse et les couches les plus défavorisées- réflexe classiciste plus qu’ethniciste.

Dans l’ensemble, la stratégie présidentielle s’est appuyée sur un électorat urbain et jeune, en quelque sorte en devenir, et a échoué à endiguer le repli ethnique dans les campagnes : quelque part l’idéologie du FPI, loin du matérialisme revendiqué, est un idéalisme ; cet « homme politique ivoirien » s’inscrit contre les réalités socioethniques qui ne laisseraient au camp présidentiel qu’un tiers des suffrages en milieu rural, , plus de 50% dans la capitale,mégalopole  qui représente toutefois un tiers de l’électorat.

La clef du second tour est bien évidemment, comme l’ont noté tous les observateurs, le vote PDCI, notamment l’électorat baoulé. Sans revenir sur cette « question des alliances », on peut s’étonner de cette exclusion du PDCI, alors qu’une bonne partie du territoire baoulé était occupée et mise à sac par la rébellion, et que M. Ouattara est l’ennemi personnel et historique d’Henri Konan Bédié- ce dernier renversé et chassé du pays avec la bénédiction du premier ! Comme si tout avait été fait pour pousser le PDCI vers le RDR, les « talibans » du FPI préférant conserver postes et prébendes plutôt que de les partager, sans prévoir un avenir électoral incertain…

Quoiqu’il en soit du passé, on assiste à deux tactiques complémentaires du FPI envers cet électorat en tout sens centriste : neutraliser leurs voix en prônant l’abstention, ce qui parait probable en zone forestière où les colons baoulé sont des allogènes planteurs sur des terres d’autochtones partisans de Laurent Gbagbo ; récupérer des cadres PDCI et faire éclater le « vieux parti » de Félix Houphouët Boigny.

Mais cette tactique, comme celle inverse du RDR de récupérer les voix PDCI en fonction de leur alliance électorale et des consignes de vote de M. Bédié, semble aléatoire. En effet, comme le souligne le constitutionnaliste Albert Bourgi, les second tours sont extrêmement rares en Afrique subsaharienne, et plus qu’ailleurs  les leaders ne sont pas propriétaires de leurs votes : ce que vient juste d’illustrer l’élection guinéenne, ou les voix de M. Sydia Touré, malgré ses propres consignes, ne sont pratiquement pas reportées sur Cellou Diallo.

GBAGBO OU LE CHAOS ?

Comme dans bien des campagnes électorales, un message latent et des stratégies de l’ombre s’inscrivent contre le message affiché : le champ politique est bien « à double référent »,selon des critères occidentaux, et selon des logiques sociales bien ivoiriennes, plus celées Il n’est pas sur que M. Ouattara ait vraiment affirmé que « la Cote d'ivoire peut brûler si je ne suis pas président », même si son comportement d’appui à la rébellion armée corrobore cette attitude ; nul doute que sa défaite se traduirait par des troubles, voire une reprise de la rébellion qui, rappelons le, n’a pas réellement désarmé :comme un troisième tour politico-militaire à venir !

Mais le scénario inverse, poussé au catastrophisme, semble tout aussi redoutable ; en cas d’échec de M. Gbagbo, si son retrait personnel semble certain, l’acceptation de ses partisans n’est pas acquise : Abidjan semble difficilement gouvernable pour M. Ouattara et une reprise des affrontements interethniques de 2002 n’est pas exclure. Dans ce scénario catastrophe, l’armée du général Mangou et surtout la gendarmerie, arme privilégiée du régime , ne resteraient pas inactifs devant un vide de pouvoir dans la rue. Se sentant « le dos à la mer » devant la séculaire « poussée dyoula », les sudistes, notamment ceux de l’Ouest, et les têtes brûlées d’Abidjan, ont parfois des rêves inavouables : les trois ou quatre millions de sahéliens(Mali, Burkina) de la zone forestière sont des cibles tentantes en cas de très graves tensions politiques, ne serait ce que pour récupérer des terres devenues rares ; les grands quartiers dyoula d’Abidjan sont plus vulnérables qu’on ne le pense, étant toujours dans un statut de migrants minoritaires, sur le plan symbolique …et in fine,pour ces extrémistes , une partition ne serait elle pas préférable à la soumission au « candidat de l’étranger »(et pour pousser à bout les non dits, à la nationalité longtemps contestée et à la religion minoritaire ?)

Dans ce cas extrême de figure, nul doute que les forces internationales et le système des Nations unies se trouveraient dans une situation intenable. C’est bien un paradoxe ivoirien qu’il y aurait un danger de guerre, du à une élection tant souhaitée ; mais le pire n’est pas sûr, surtout en cas de reconduite du président sortant ; comment qualifier pourtant un système électoral qui ne fonctionnerait bien  que dans un seul sens ?

13/09/2010

Paix et élections

Paru dans Le Nouveau Courrier du 11 septembre 2010.

Epuisés après huit ans de sécession et plus de dix ans d’instabilité politique chronique, les Ivoiriens soupirent légitimement après le prochain scrutin présidentiel. Bon nombre d’entre eux espèrent que les urnes apporteront une paix définitive, là où les kalachs ont charrié la guerre, le sang et la mort. Leur attente sera-t-elle déçue ? Le pays tout entier prie pour que la réponse à cette question soit négative.

Pour conjurer le malheur, il serait tout de même bon de s’interroger sur la nature exacte de la relation entre la paix et les élections en Côte d’Ivoire. En d’autres termes, est-ce l’absence d’élections qui a entraîné la guerre ? Bien évidemment, non. La crise armée a commencé le 19 septembre 2002, moins de deux ans après la présidentielle du 22 octobre 2000, et quelques semaines après les premiers scrutins départementaux du pays. C’est la volonté de contrarier un processus électoral dont l’issue était considérée par certains comme illégitime qui a donné naissance à la rébellion. Une rébellion dont le projet initial était un coup d’Etat.

L’on peut considérer que la guerre est la conséquence d’un scrutin jugé illégitime par certains, parce que le processus qui y a conduit était fondé sur de mauvaises bases, selon eux. C’est ainsi que, quand ils ont jeté le masque de « zinzins » et « bahéfoués » derrière lequel ils se cachaient, les rebelles ivoiriens ont fustigé « l’exclusion » dont certains candidats ont été victimes en octobre 2000, puis exigé que « chaque Ivoirien » ait sa carte d’identité – après avoir, curieusement, compromis le processus d’identification en détruisant de manière systématique tous les registres d’état-civil se trouvant sur leur passage.

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En résumé, c’est la contestation électorale qui a conduit la Côte d’Ivoire à la crise armée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, faut-il s’inquiéter d’une tragique répétition de l’Histoire ? Les croyants doivent en tout cas redoubler de ferveur dans la prière, dans un contexte où un leader du RHDP appelle les militants de son bord à descendre dans les rues en cas de proclamation de Gbagbo comme vainqueur et où les dignitaires du camp présidentiel pestent contre une liste électorale qu’ils considèrent comme « truffée de fraudeurs ».

Il est incontestable que ce qui préserve un pays de la guerre, c’est le refus de ceux qui en ont les moyens d’en prendre l’initiative. C’est la sagesse et le sens des responsabilités de l’élite politique qui protègent le peuple. C’est sa conception de l’entreprenariat politique qui détermine tout. Ce qui nous a malheureusement été donné de voir durant les huit dernières années, c’est une compétition dans la « course aux ressources », qu’elles soient directement financières ou « monétisables », tant au sein du gouvernement qu’entre les belligérants. L’exemple le plus tragiquement évocateur restera dans l’Histoire le cacao ivoirien, dont une partie des recettes a été détournée dans la zone gouvernementale, tandis que la totalité de la production des zones sous contrôle de la rébellion était exportée à travers une « nouvelle route contrebandière » passant par le Burkina Faso et le Togo. Le fruit des rapines des deux bords étant pour partie précieusement conservé dans des banques européennes…

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Si la politique est vue comme un moyen d’enrichissement facile, et si perdre les élections signifie perdre une source de revenus confortables, pourquoi ne pas investir une partie de ce qu’on a pour « garantir l’avenir », y compris par un recours à la force armée aux fins de conquérir des territoires ou des postes ministériels « juteux » ? De plus, les diverses formes de « partage tribal/clanique » des différentes portions de la rente politique nationale lient étroitement des leaders (nationaux ou régionaux) à leurs bases, constituées en général sur le mode communautaire. Ce sont donc des « armées dormantes » qui peuvent être mobilisées à n’importe quel moment.

La Côte d’Ivoire demeure donc tout aussi fragile que le jour où le démon de la guerre l’a visitée. Sa sortie de convalescence dépend de manière centrale de ses hommes politiques. De leur capacité à laisser le jeu démocratique se faire, mais aussi de leur volonté de bâtir des consensus solides, y compris en ce qui concerne le partage du pouvoir aux différents niveaux, et la détribalisation – qui ne peut être que progressive – d’une société ivoirienne qui a trop souffert et qui rêve d’une nouvelle ère. Celle de « l’entente cordiale ».

 

10/09/2010

Café-cacao : les barons peuvent-ils faire sauter la République ?

Cet article a été publié dans Le Nouveau Courrier du 9 septembre 2010.

 

 

Certains observateurs estiment que les « fortes têtes » de la filière font peur. Parce qu’elles auraient pu, si le procès s’était tenu avant la présidentielle, créer un climat délétère et interférer dans la campagne électorale en procédant à des mises en cause « ciblées ».

Par Benjamin Silué

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Des ministres et des gros bonnets auraient-ils pu être directement mis en cause par les « barons de la filière café-cacao » si le procès s’était effectivement ouvert hier comme cela était prévu ? Des révélations fracassantes auraient-elles pu éclabousser tout ou partie du personnel politique ivoirien, au pouvoir ou dans l’opposition ? C’est en tout cas ce que pensent une partie des observateurs, après le spectaculaire report du procès sur les malversations dans la filière, qui est intervenu hier.

Une chose est sûre : aucun ministre ou ancien ministre n’a été jusqu’ici inculpé. Sur les cinq qui ont exercé une tutelle administrative ou financière – Alphonse Douaty, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, Charles Diby Koffi, Sébastien Dano Djédjé et Amadou Gon Coulibaly –, seuls les deux derniers pourraient de toute façon être mis en accusation devant le tribunal correctionnel, le cas échéant, puisqu’ils ont été congédiés du gouvernement. Ministres en exercice, les autres ne pourraient être mis en accusation que par la Haute Cour de Justice, institution prévue dans la Constitution votée en août 2000. Mais toujours pas mise en place.

« Sortir des sous » en dehors de toute orthodoxie financière

De quelle manière les ministres de tutelle auraient-ils pu participer à la gabegie supposée qui a eu cours dans la filière café-cacao, au-delà des « fantasmes populaires » ? Selon nos investigations, le mode des décaissements des précieux fonds issus des prélèvements relevant de la parafiscalité agricole ont évolué dans le temps. Du début de la réforme jusqu’en 2004, les structures de la filière avaient une certaine autonomie en matière de mouvements financiers. Une autonomie qui leur a été « arrachée » en partie en 2005 par une décision selon laquelle, en dehors des fonds de fonctionnement, les dépenses relatives aux investissements et à la « réserve de prudence » devaient être autorisées par les ministres de tutelle. Mais cette disposition a très vite été contournée et des décaissements irréguliers ont eu lieu. Ils n’ont pas cessé quand un Comité d’examen et de suivi des projets et programmes de la filière café-cacao a été créé en 2006, pour « surveiller » le petit monde des « barons ». Qui s’organisent assez vite dans le cadre d’une structure sans statut légal : la Conférence des Présidents de Conseil d’Administration et des Directeurs Généraux. Un « outil » qui leur aurait donné la liberté de « sortir des sous » des différentes caisses en dehors de toute règle d’orthodoxie financière. Et bien entendu, dans la plus grande opacité.

Des « appels de fond » venant du ministère de l’Agriculture

Quand bien même les règles de validation par les ministres de tutelle auraient été observées scrupuleusement, les procédures n’auraient pas permis que les services des concernés « touchent » directement les fonds de la filière. Ils n’ont jamais eu plus qu’un pouvoir d’autorisation. Toutefois, un Comité interministériel des matières premières (CIMP) a existé durant un moment, et aurait apporté un appui financier à certains ministères membres. Dans leurs confidences à leurs proches, certains barons évoquent aujourd’hui des « appels de fond » multiples provenant d’un ministère : celui de l’Agriculture ! A quelle période (sous quel ministre) ont-ils eu lieu ? Etaient-ils réguliers ? Ont-ils servi à des usages légitimes ? Ce sont des questions qui pourraient s’avérer délicates.

Ce n’est un secret pour personne : durant la crise, les planteurs de la filière sont venus en appui aux institutions du pays, dans le cadre d’usages relevant souvent de l’effort de guerre, donc de la Défense nationale. La nature exacte des transactions et leur caractère officiel et formaté n’a jamais été élucidé. Les « barons » peuvent-ils utiliser ce « flou » pour « mouiller » le sommet de l’Etat et « se venger » d’une détention que certains d’entre eux estiment exagérément prolongée ? Possible.

Les « barons » étaient les seuls à pouvoir puiser dans les caisses et gérer le « cash ». Mais vu l’ampleur des sommes considérées comme détournées, et les nombreuses mises à disposition de fonds à des personnes privées, par chèque ou « de main à main », l’on ne peut écarter que certaines figures de la filière aient par devers eux des « preuves » de leurs largesses envers des personnalités liées à la classe politique. Même si ces largesses ont pu bénéficier de manière œcuménique à tous les bords politiques, les « barons » auraient pu, durant le procès qui est finalement ajourné, choisir qui mettre en cause et qui épargner. Histoire de « punir » des « amis » qui ne les ont pas sortis des « problèmes ».

 

 


 

 

13/07/2010

Filière café-cacao : la «bombe» du Nouveau Courrier

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Dès aujourd’hui, mardi 13 juillet, et jusqu’au samedi 17 juillet, le quotidien Le Nouveau Courrier publie une série explosive de cinq articles sur le «dossier chaud» de la filière café-cacao, remis par le procureur Raymond Tchimou au président Laurent Gbagbo le jeudi 24 juin dernier.

 

Un réquisitoire judiciaire supervisé par le doyen des juges Ladji Gnakadé, qui court sur 137 pages et qui est accablant. Il décrit par le menu les faits sur lesquels les «barons» de la filière, notamment les figures de proue Henri Amouzou et Lucien Tapé Doh, sont accusés d’avoir commis des incroyables forfaitures, aux fins de soustraire des dizaines de milliards de FCFA des caisses de la filière.

Escroqueries, abus de confiance, détournements de fonds, faux et usage de faux en écriture, abus de biens sociaux… Le Nouveau Courrier décrit par le menu les méthodes utilisées, évoquant des manipulations financières, des achats de propriétés en France, des comptes à Monaco, etc…

Un dossier haletant, qui se lira comme un thriller.

26/03/2010

Garba de la paix en Côte d'Ivoire

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Hilarant, n'est-ce pas ? Un peu de détente dans un monde de brutes. Merci, Gbich !

08/02/2009

Affaire des 65 millions : deux signaux contradictoires

Aimable_Mpore.jpgLe Tout-Abidjan débat ces derniers jours de ce que l'on appelle désormais "l'affaire des 65 millions". Au départ, c'est l'histoire d'une des secrétaires du chef de l'Etat ivoirien qui, munie d'un papier à en-tête de la Présidence de la République de Côte d'Ivoire, escroque le directeur général de MTN Côte d'Ivoire en lui faisant croire que le président de la République lui demande 100 mille euros destinés à faire des dons en nature à un village sinistré par une intoxication alimentaire. Informé par le directeur général de MTN, curieux de ne pas recevoir de remerciements présidentiels, Laurent Gbagbo jette sa secrétaire en prison et se fend, le 4 février, d'un communiqué présentant cette dernière comme la coupable et le patron qui a permis à la vérité d'être sue de tous comme la victime.

Madame BLEHON Emilienne épouse Gomé Gnohité, en service au Secrétariat du Président de la République, est poursuivie par la Section de Recherches de la Gendarmerie Nationale pour escroquerie portant sur la somme de 65. 542.610 F CFA, au préjudice de la société de téléphonie mobile MTN.

Ce forfait a été réalisé en usant de sa qualité de Secrétaire à la Présidence et du nom du Président de la République.

Madame BLEHON Emilienne épouse Gomé Gnohité a été déférée ce jour, devant le Parquet du Tribunal de Première Instance d’Abidjan Plateau.

En conséquence, le Président de la République informe l’ensemble de la population que Madame BLEHON Gomé Gnohité ne fait plus partie des effectifs du personnel des Services de la Présidence de la République.

Le Président de la République tient à signifier qu’il n’a mandaté personne à l’effet de solliciter en son nom et pour son compte, des sommes d’argent auprès des opérateurs économiques.
Par ailleurs, le Président de la République rappelle à ses collaborateurs, parents et amis, que ceux d’entre- eux qui se rendraient coupables de faits de cette nature, subiront la rigueur de la loi.
Le Président de la République exhorte donc les opérateurs économiques à plus de vigilance face à toutes sollicitations tendant au versement de sommes d’argent pour quelque motif que ce soit, en son nom et pour son compte.

Le Président de la République rappelle à toutes fins utiles, que le financement des activités de la Présidence de la République relève uniquement des fonds de l’Etat. Le Président de la République n’accepte pas et n’acceptera jamais que ses nom et qualité soient utilisés pour dépouiller les honnêtes citoyens exerçant leurs activités en Côte d’Ivoire.

Il invite par conséquent, les opérateurs économiques, les personnes physiques ou morales, à dénoncer systématiquement auprès des Services compétents de la Police et de la Gendarmerie, ce type d’agissements.


La morale est sauve. Désormais, la peur est du côté des racketteurs se prévalant de prétendus ordres présidentiels. Le lendemain, coup de tonnerre ! Le ministère de l'Intérieur annonce qu'il a pris un arrêté d'expulsion contre celui que la Présidence présentait comme une victime, pour légèreté, voire pour malveillance. Plus bas, le communiqué signé par le porte-parole du ministre Tagro.

Ce jour, 05 février 2009, suite au communiqué en date du 04 février 2009 lu à la Télévision Nationale par Monsieur le Porte-Parole du Président de la République faisant état de la mise en cause de Madame BLEHON Emilienne épouse GNOHITE, Secrétaire à la Présidence de la République, dans une affaire d'escroquerie au préjudice de la société MTN CI portant sur la somme de 65.542.610 FCFA, le Ministre de l'Intérieur a accordé une audience à Monsieur MPORE Aimable, Directeur Général de la société MTN Côte d'Ivoire.

Au cours de l'entretien, Mon MPORE Aimable a déclaré avoir fait la connaissance de Madame BLEHON Emilienne épouse GNOHITE par l'intermédiaire d'une autre dame se faisant appeler METE Elise qui lui a été présentée comme étant «interprète» à la Présidence de la République.
Monsieur MPORE a affirmé que leurs rapports ont été des rapports suivis jusqu'au jour où, Madame BLEHON l'a entrepris à l'effet de le voir venir en aide aux populations d'AHOUNIENFOUTOU suite à l'intoxication alimentaire dont elles avaient été victimes. L'ex-Secrétaire de la République a promis, aux populations d'AHOUNIENFOUTOU, la réfection du dispensaire et l'octroi d'une ambulance.

Il affirme avoir donné son accord pour venir en aide aux populations d'AHOUNIENFOUTOU à condition qu'une demande officielle lui soit adressée en ce sens par courrier émanant de la Présidence de la République et que les fonds soient effectivement utilisés au bénéfice desdites populations.

Sur ce, Monsieur MPORE dit avoir reçu de Madame BLEHON, une première lettre adressée à la société MTN Côte d'Ivoire par la société EMIKA Entreprise demandant que les fonds à verser le soient sur les comptes de ladite entreprise.

Monsieur MPORE affirme avoir refusé pareille requête au motif que la société EMIKA Entreprise n'était pas habilitée à écrire au nom et pour le compte du Président de la République.

C'est alors qu'il a affirmé avoir reçu une autre lettre à en tête de la Présidence de la République et signée de Madame BLEHON Emilienne épouse GNOHITE laquelle précisait sa qualité de Secrétaire et lui demandait de verser les fonds destinés au Président de la République et indiqués par des factures jointes en annexes, sur les comptes de la société EMIKA Entreprise.

Monsieur MPORE Aimable a indiqué alors avoir donné Instructions à ses services de mettre à la disposition de la société EMIKA Entreprise la somme de 65.542.610 FCFA
Pour sa part, le Ministre de l'Intérieur fait remarquer à Monsieur MPORE Aimable ce qui suit :

Premièrement, les Secrétaires, fussent-elles celles du Président de la République, n'ont aucune compétence pour écrire aux correspondants du Président de la République quels qu'ils soient

Deuxièmement, Monsieur MPORE qui a affirmé avoir refusé la demande de fonds émanant d'une lettre de la société EMIKA Entreprise, a finalement accepté que ces mêmes fonds soient versés sur les comptes de la société EMIKA Entreprise.

Troisièmement, alors qu'il savait que les fonds dont il s'est défait aussi facilement avaient été virés sur les comptes de la société EMIKA Entreprise et non à la Présidence de la République, il a fait figurer, gratuitement, dans les livres comptables de la société MTN Côte d'Ivoire, la mention «Don au Chef de l'Etat» correspondant à la remise de ces fonds.

Enfin, Monsieur MPORE qui n'a pas pris soin de vérifier que Madame METE Elise se disant interprète à la Présidence de la République et qui l'a mis en contact avec Madame BLEHON Emilienne épouse GNOHITE, était, en réalité, inconnue dans les effectifs des services de la Présidence de la République.

Le Ministre de l'Intérieur estime qu'une telle attitude et un tel comportement, outre la légèreté évidente qui les caractérise au regard des fonctions de Monsieur MPORE Aimable, visent, en réalité, à tenter de jeter le discrédit sur une institution de la République de Côte d'Ivoire en l'occurrence le Président de la République.

C'est purquoi, il a pris ce jour, 05 février 2009, un arrêté portant expulsion du territoire national du nommé MPORE Aimable, en lui donnant un délai de 5 jours pour s'exécuter après en avoir informé au préalable la Représentation diplomatique du pays dont il est le national. Ladite décision lui a été notifiée ce soir.


Mon point de vue est qu'on peut effectivement considérer qu'Aimable Mporé a été léger dans cette affaire. Je peux juste dire que je connais un homme qui a été responsable d'une multinationale dans un pays d'Afrique de l'Ouest et dont une des tâches était de convoyer des sacs d'argent au président de la République himself. L'Afrique est riche de toutes sortes de pratiques curieuses au sommet...

Cela dit, quelle est la conséquence du deuxième communiqué sur le premier ? Désormais, il est clair que ceux qui, à la Présidence, ont grugé des opérateurs économiques sont certes en danger, mais ils le sont tout autant que les opérateurs économiques "légers" qu'ils ont grugé. Qui, après l'épisode M'Poré, osera aller révéler au chef de l'Etat une des escroqueries faites en son nom ? La loi du silence peut continuer de prévaloir, et c'est dommage.