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02/04/2011

Côte d'Ivoire : maudits soient les yeux fermés

Je dois avouer quelque chose : ce blog a souvent été plus animé que ces derniers mois de crise postélectorale en Côte d'Ivoire. Le peu de contenu disponible depuis un certain temps traduit l'embarras du journaliste-blogueur dont la "marque personnelle" est forte mais qui travaille pour un ou des médias qui doivent également préserver leur marque... et qui n'ont, et c'est normal, pas toujours la même sensibilité sur un ou des sujets donnés que tel ou tel rédacteur qui publie dans leurs colonnes.

Pour ne pas déranger mes employeurs, je me suis donc évertué à ne pas trop m'exprimer sur cet espace, me contentant de relayer des papiers qui, à titre personnel, m'avaient intéressé. Je ne changerai pas de cap, et je ne livrerai pas au quotidien mes opinions personnelles. Mais je donnerai à ce blog une nouvelle vocation. Désormais - et ce, pendant le temps qu'il faudra -, il documentera de manière précise et détaillée les crimes, violations des droits de l'homme et exactions dont se rendent coupables les combattants d'Alassane Ouattara, qui contrôle désormais au moins les trois quarts du territoire ivoirien et livre la bataille d'Abidjan, avec l'appui de l'ONUCI et des forces françaises qui la soutiennent. Je publierai des témoignages vérifiés et étayés, loin du chaos manipulatoire qui s'empare du web dans des situations telles que celle que la Côte d'Ivoire connait actuellement. Je mets dans la balance ma réputation de journaliste expérimenté, ayant douze années d'expérience, ayant fait de l'investigation et en ayant payé le prix en Côte d'Ivoire.

Pourquoi ne parler que des crimes des troupes de Ouattara ? Les choses sont claires dans ma tête : les Forces de défense et de sécurité (FDS) ivoiriennes, fidèles à Gbagbo, en commettent aussi - sauf à considérer que dans la guerre, il peut avoir un camp de "purs". Cela dit, je pense que les exactions des FDS et de leurs soutiens sont largement dénoncées par les médias internationaux (c'est méritoire), souvent sur la base de simples comptes-rendus téléphoniques sans vérification (c'est problématique). En revanche, celles des pro-Ouattara sont soigneusement cachées ou peu relayées par des médias dominants qui le protègent, jusqu'à protéger leurs pires ignominies. C'est par devoir d'humanité envers les morts, les violées, les mutilés dont l'existence ne va pas dans le sens du storytelling manichéen qui structure le récit de la crise ivoirienne depuis 2000, que ce blog choisit cet axe fort. Avec l'aide de volontaires, et d'un réseau de blogueurs déjà en place, il dérangera ceux qui préfèrent fermer les yeux, passer leur chemin, et pratiquer l'indignation à géométrie variable.

 

25/02/2011

Côte d'Ivoire : le syndrome de Touba ou comment la presse étrangère choisit ses morts

Au moment où j'écris ces lignes, la guerre a recommencé en Côte d'Ivoire, même si personne n'ose encore le dire clairement. A Abidjan, dans le centre et dans l'ouest, les combats ont repris entre l'armée ivoirienne et les insurgés pro-Ouattara. Des combats à l'arme lourde. Immanquablement, les morts se multiplient. Comment la presse doit-elle évoquer les violations des droits de l'homme occasionnées par cette situation ? En Côte d'Ivoire, les journaux ont des identités politiques très marquées, et il semble acquis qu'ils auront plus de compassion pour les morts de leur camp. Mais la presse étrangère, a priori, a le recul nécessaire pour ne pas trier les morts.

A priori, seulement... Car la couverture de la Côte d'Ivoire de ces derniers mois met en lumière une "stratégie du récit" qui occulte volontairement les crimes des pro-Ouattara pour mieux accabler le "méchant" Gbagbo. Le dernier rapport d'Amnesty International, qui évoque les crimes et les agressions sexuelles commis de part et d'autre, illustre de manière magistrale cette stratégie du récit.

- D'une part, il y a les exactions des soldats loyalistes, abondamment commentés par les médias étrangers et par la division des droits de l'Homme de l'ONUCI. Amnesty ne fait que confirmer des allégations déjà rendues publiques par d'autres moyens.

- D'autre part, il y a les exactions des Forces nouvelles, rebelles au service d'Alassane Ouattara. Silence, on regarde ailleurs... Le lecteur naïf qui parcourt le rapport d'Amnesty découvre, effaré, une réalité occultée par des médias qui ont pourtant abondamment couvert la Côte d'Ivoire depuis octobre 2010.

J'entends déjà des justifications : la presse ne peut pas être partout. Et elle n'était pas au courant. Le problème est qu'un des faits évoqués par Amnesty International, la tuerie de Touba, qui a eu lieu en octobre 2010, quelques semaines avant le premier tour, était largement documentée. Les images des victimes ont été abondamment partagées sur Internet. Amnesty International écrit :

"En octobre 2010, des membres des FN ont sommairement exécuté onze hommes qu'ils avaient détenus et qui étaient accusés d'être des « coupeurs de route » et d'avoir assassiné plusieurs voyageurs à Touba (environ 680 km à l'ouest d'Abidjan). Bien que ces assassinats aient été publiquement connus (des membres des FN ont eux-mêmes filmé ces tueries, y compris les cadavres des 11 personnes abattues), aucune mesure concrète ne semble avoir été prise par les dirigeants des FN pour demander des comptes aux auteurs de ces actes."

Expéditions punitives contre des villages de leur zone qui ont eu le "malheur" de voter Gbagbo, tueries sur la base ethnique, viols... Comment se fait-il que ces exactions des Forces nouvelles n'aient pas été évoquées par la "grande presse" ? J'ai ma petite réponse : au nom de ce que je baptise "le syndrome de Touba". Il faut préserver l'image de ceux qui sont estampillés "bons", "gentils", "dignes d'être soutenus". Je me souviens d'octobre 2002. Près d'une centaine de gendarmes et leurs familes avaient été froidement assassinés par les "rebelles qui sourient" et jetés dans une fosse commune. Tout le monde savait : les journalistes sur place, qui ont même filmé l'envoi à la mort des victimes, les organisations des droits de l'homme. Mais il a fallu un mois pour que l'information sorte. C'était dans un rapport tardif... d'Amnesty International.

Utiliser les droits de l'homme dans des guerres d'influence internationales, c'est violer les droits de l'homme.

23/12/2010

De l'usage diplomatique des vrais et faux génocides

Un édito du Nouveau Courrier du 22 décembre 2010.

C’est un mediaplanning qui fait froid dans le dos. A peine le gouvernement ivoirien a-t-il demandé le départ des forces onusiennes de son territoire que nous faisons face à une avalanche d’informations (à prendre avec de grosses pincettes) sur des « enlèvements », des « violations massives des droits de l’homme », voire des « marquages » de maisons dont les hôtes, d’une certaine ethnie, devraient être tués dans le cadre d’un remake du Rwanda.

L’idée est la suivante : il faut absolument montrer que le départ des forces internationales entraînerait des massacres épouvantables, voire un génocide. Dans le cas d’espèce, en dépit des diverses incitations médiatiques (notamment de la séditieuse ONUCI FM, dont le contenu sera bientôt étudié par des chercheurs) et de cette dyarchie artificiellement créée pour faire bouillir la marmite des haines locales, les Ivoiriens ne s’entretuent pas encore pour de sombres passions tribales. Il n’empêche : on peut les aider de diverses manières, y compris en allumant la mèche, à travers des provocations bien senties et des artifices diaboliques.

La mauvaise foi médiatique n’ayant pas de limite, on tronquera par exemple les propos de Jacqueline Oble ou de Charles Blé Goudé, qui mettent en garde contre un plan machiavélique préparé par l’ONUCI pour se légitimer à travers des massacres provoqués. On les présentera comme des sombres individus qui menacent la « communauté internationale » d’un génocide.

Ces passions macabres s’expliquent. Face au principe sacro-saint édicté par le droit international – la non-intervention dans les affaires intérieures des Etats –, un concept fait son bout de chemin : le droit d’ingérence. Il ne peut s’exercer, estiment ses défenseurs, qu’en cas de crimes contre l’humanité face auxquels brandir l’argument de la souveraineté de la Nation serait une non-assistance à peuple en danger. Qui peut s’opposer à un tel concept plein de bon sens et de compassion ? C’est au nom du droit d’ingérence que le mandat global des Casques bleus, qui était subordonné à leur impartialité face aux forces en présence, au consentement des parties en conflit et à la limitation de l’usage de la force à des fins de légitime défense, a été élargi à l’utilisation des armes dans le cas où les populations civiles sont en danger. C’est dans la même logique que l’Acte constitutif de l’Union africaine permet de mettre entre parenthèses la souveraineté d’un pays en cas de génocide, notamment.

Les meilleures intentions du monde sont toujours perverties. Le « plus jamais ça » poussé par l’Afrique après le cauchemar rwandais, devient désormais un fonds de commerce pour les services secrets et les impérialistes de tout poil, qui utilisent désormais (et de manière très cynique) l’éventualité du sang versé comme une variable d’intervention. Pour pouvoir s’imposer aux peuples du Sud, il est plus que jamais utile de faire pleurer dans les chaumières, quitte à fabriquer de toutes pièces une réalité médiatique manichéenne. Après la République virtuelle du Golf, il est question d’accoucher d’un génocide virtuel.

Un retour à un passé récent permet de mieux comprendre ce qui se passe actuellement. Quand, après le coup d’Etat avorté du 19 septembre 2002, il fallait faire avaler à l’opinion l’idée de l’invasion de la Côte d’Ivoire par des forces internationales et la nécessité d’une interposition équivalant à une partition de fait, de nombreux éditorialistes en France ont théorisé – déjà ! – sur le spectre du Rwanda. Puis la thématique a disparu aussi vite qu’elle était apparue : l’objectif était atteint.

Un peu plus loin dans l’Histoire, l’on se souvient aisément que la presse française, pour légitimer la rébellion pétrolière que De Gaulle et ses alliés africains menait contre le Nigeria dans la région du Biafra, a utilisé la même technique. Maurice Robert, responsable des services secrets français à l’époque, l’a confessé dans un livre-entretien.  « Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le terme de "génocide" appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l'opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d'écrasement, mais génocide nous a paru plus ''parlant''. Nous avons communiqué à la presse des renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu'elle reprenne rapidement l'expression ''génocide''. Le Monde a été le premier, les autres ont suivi. » En 1982, pour pouvoir légitimer leur combat contre les sandinistes au Nicaragua, l’Amérique de Ronald Reagan a crié au génocide. Face à l’absence d’éléments de preuve, elle a diffusé dans la presse une photo témoignant d’un « massacre d’Indiens Miskitos », une ethnie locale. Or il s’agissait d’un cliché pris bien avant l’arrivée au pouvoir des sandinistes… lors d’un tremblement de terre. De nombreux intellectuels de gauche – comme le gouvernement sandiniste du Nicaragua – tombèrent dans le panneau et jouèrent, à l’époque, le rôle «d’idiots utiles » au service de l’impérialisme le plus réactionnaire. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

 

04/09/2010

Ces oubliés de la MACA

Cet article a été publié le 18 août 2010 dans Le Nouveau Courrier. 

A côté des détenus, jugés et qui purgent leur peine à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), il existe un autre type de prévenus qui demeurent de longues années derrière les barreaux, sans jugement. Enquête sur une grosse faille du système judiciaire ivoirien.

Par Saint-Claver Oula

Combien sont-ils au total ? On ne saurait déterminer avec exactitude le nombre de détenus qui croupissent, avec des fortunes diverses, à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). Mais durant notre séjour, notre attention a été particulièrement attirée par les cas d’un certain nombre de prisonniers. Ils sont dans l’attente, pour deux, trois, six ans voire même plus, d’un hypothétique procès. Incursion dans l’univers des « oubliés » de la justice ivoirienne.

Barry Yaya a 28 ans. Il a été déféré à la Maca le 11 novembre 2005 pour «coup et blessures volontaires». Depuis cinq ans, ce jeune peulh de nationalité malienne attend d’être jugé afin d’être fixé définitivement sur son sort. Son dossier, nous a-t-il confié, est au 1er cabinet au Plateau. Il espère que Dieu touchera le juge d’instruction en charge de son dossier pour qu’il soit enfin jugé. Comme lui, Tiéoulé Roland Hubert, né en 1977, a été placé sous mandat de dépôt le 15 mai 2001 pour «vol avec violence». Et cela fait 9 ans que ce jeune ivoirien croupit, sans jugement, dans l’enfer de la Maca. Il a dit s’être réjoui, il y a quelques années, d’avoir appris le transfert de son dossier en correctionnelle. Mais selon les dernières nouvelles qu’il a reçues, il a été désespéré de savoir que son dossier a disparu au parquet. Ce qui signifierait que ses chances de passer en jugement un jour sont inexistantes. «Je confie ma prison à Dieu, car je ne sais pas combien de temps je passerai ici encore à la Maca», nous confie-t-il.

Sawadogo Alexandre, quant à lui, noie ses soucis dans la sculpture du bois. Il vend ses objets d’art devant le bâtiment des assimilés où loge une certaine classe de détenus. Il a été déféré en 2002 pour «vol et braquage», son dossier, nous confie-t-il, se trouve au 1er cabinet au palais de justice au Plateau. Alexandre achève allègrement, sans procès, 8 ans de présence effective dans la plus célèbre prison de Côte d’Ivoire. Son dernier passage sur les deux devant le juge d’instruction date du 14 décembre 2008. Lui invoque la «lenteur dans le traitement des dossiers des prévenus» par le juge en charge de son dossier. Il a été heureux d’apprendre, aux dernières nouvelles, que son dossier a été transféré chez le procureur général.

Un autre cas, celui de Yaméogo Alexis, a été porté à notre connaissance par Alexandre. Exerçant comme vigile pour le compte de la société Afric Alimentation située en zone 4, rue Paul Langevin, Alexis a été contraint de changer de statut depuis le 30 novembre 2006 pour «vol de nuit à main armée». Mais il ne reconnaît pas les faits. C’est cette ligne de défense qu’il compte argumenter devant un tribunal qui a du mal à siéger depuis qu’il séjourne à la Maca. Son regard est désespérément tourné vers le 7ème cabinet au palais de justice au Plateau.

Dans cette liste de prévenus «en quête de procès» pour être définitivement situés sur leur sort, se trouve le jeune Thierno Fall, de nationalité sénégalaise, né le 10 août 1985. Arrêté le 23 janvier 2002, il a été placé sous mandat de dépôt le 7 février de la même année pour «vol de nuit en réunion». Le 5 avril 2002, le juge d’instruction du 2ème cabinet se dessaisit de son dossier. Depuis lors, il n’a aucune nouvelle venant du parquet. Sa crainte, c’est de demeurer à la Maca «éternellement» sans jugement. Sa sœur aînée qui lui apportait aide et assistance, nous dit-il, est décédée en 2002 et son frère, couturier à Treichville, «lassé par cette éternelle réclusion de son cadet» a cessé de lui rendre visite depuis 5 ans. Un des prévenus arrêtés en même temps que lui a réussi à s’évader le 2 novembre 2004.

Thierno Fall dit être victime de calomnie. C’est un individu, victime de vol de nuit, qui l’a indexé, sans preuve, comme étant le responsable du forfait. Il rappelle qu’en 2007, des émissaires de l’ambassade du Sénégal se sont rendus au parquet pour constater de quoi relevait exactement son dossier. Mais ceux-ci, selon lui, ont été surpris de découvrir qu’il n’y a aucune trace de son dossier. Thierno Fall est inquiet. Il confie son sort à une main providentielle.

Il y a des personnes inculpées pour des délits mineurs et qui croupissent à la MACA sans jugement depuis de longues années. Mélèdje Michel, ex-chargeur de wôrô-wôrô à Koumassi, est l’un d’entre eux. Il livre sa version des faits : « J’ai eu des problèmes avec un monsieur qui refusait que le chauffeur me paie ma commission. Sous prétexte qu’il est agent de police, il se met à me battre quand je veux connaître les raisons de son interposition entre le chauffeur et moi. Quelques temps après, il me fait savoir qu’il a égaré son téléphone portable. Pour cette raison, il m’a conduit au commissariat du 7ème arrondissement à Adjamé où j’ai séjourné 8 jours au violon avant d’être déféré à la Maca le 12 décembre 2005. Je suis allé au procès le 19 décembre 2005. Comme il se faisait tard, ma comparution a dû être reportée. Depuis, plus rien ». Michel, arrêté pour vol simple, croupit en prison depuis bientôt 5 ans. Après renseignement, selon lui, auprès du régisseur de la prison, il a été stupéfait d’apprendre que son dossier n’existe plus au parquet. « J’attends ma libération, je prie pour ça », espère-t-il. Makolo Amidou a, quant à lui, été placé sous mandat de dépôt le 3 octobre 2005 pour «coup mortel». Son dossier se trouve au 1er cabinet de la chambre d’accusation. La dernière fois qu’il a été reçu par un juge, c’était en 2009. Coulibaly Lacina et Boua Kouassi sont derrière les barreaux depuis le 10 janvier 2002 pour le premier et le 20 mai 2007 en ce qui concerne le second cité. Pour « vol ». Konaté Abdoulaye, Fangui Kouassi Maurice, Koulibaly Fernand, Amon Monné Ernest, Yarabou Cyrille, Djoubou Kanouté, Kpéto Gabin… Les «oubliés» connaissent des fortunes diverses et sont nombreux à la Maca, qui héberge environ 6 000 personnes au lieu de 1 500 (sa capacité normale) qui cherchent à être fixés sur leur statut.

Du côté du temple de Thémis, personne ne veut évoquer le dossier concernant ces «oubliés» de la justice ivoirienne. Un procureur, qui a bien voulu se confier à nous sous le couvert de l’anonymat, a évoqué la possibilité pour le juge d’instruction de poursuivre une enquête lorsqu’il estime qu’il y a des éléments à apporter au dossier comme compléments.

En attendant de humer l’air de la liberté, les prisonniers dans leur ensemble se sont accordés sur une organisation en interne pour réguler leur société. Des «procureurs» règlent les conflits sous le regard vigilant du chef de bâtiment (CB) et des «gardes du corps». Des chefs de cellule comptent leurs effectifs chaque soir à partir de 16h, heure d’entrée. Devant chaque porte, patientent des «porteurs de clés». Des «taxis», sorte de passeurs d’informations, multiplient les va-et-vient en direction des parloirs les jours de visite. De petits marchés de vente de légumes et de cigarettes sont disposés ça et là dans la cour où chacun déambule à loisir.

Saint-Claver Oula

Ce que dit la loi ivoirienne en matière de détention préventive

Dans le cas de ces « oubliés » de la justice ivoirienne, l’on évoque la détention préventive pour justifier le maintien des personnes soupçonnées à la Maca. Mais, à ce sujet, la loi ivoirienne prévoit des dispositions.

Lorsqu'elle est décidée, l'inculpé qui en est l'objet est d’abord détenu dans un quartier spécial d'une maison d'arrêt selon un régime différent de celui des condamnés. La durée de la détention préventive varie. Elle est de cinq jours maximum si l'infraction reprochée à l'inculpé est un délit puni d'une peine d'emprisonnement maximale inférieure à 6 mois et si l'inculpé n'a pas déjà été condamné soit pour crime, soit pour délit de droit commun à une peine d'emprisonnement de plus de 3 mois sans sursis. 6 mois maximum dans les autres cas de délits et 18 mois maximum si l'infraction qui lui est reprochée est un crime. Passé ces délais, le juge d'instruction doit ordonner la mise en liberté provisoire de l'inculpé sinon celui-ci sera en état de détention arbitraire engageant la responsabilité de ceux qui l'y maintiennent. La Chambre d'accusation peut être saisie soit par l'inculpé ou son conseil, soit par le ministère public aux fins de la mise en liberté d'office de l'inculpé.

Dans certains cas, la durée de détention préventive décidée par le juge d'instruction est de 4 mois renouvelable. C'est le cas lorsque l'infraction reprochée à l'inculpé est l'une des suivantes : crime de sang, vols aggravés (à main armée, en réunion, dans une maison habitée ...), trafics de stupéfiants, attentat aux mœurs, évasion, détournements de deniers publics, atteintes aux biens dont la valeur est supérieure ou égale à 25 millions Fcfa.

Si la détention de l'inculpé apparaît encore nécessaire, le juge d'instruction peut la prolonger d'une nouvelle durée de 4 mois et ce, jusqu'à la clôture de l'instruction dont il a été chargé. Il a pour cela l'obligation de rendre une ordonnance spécialement motivée après avoir reçu les réquisitions également motivées du Procureur de la République.

Si la prolongation de la détention de l'inculpé n'a pas été faite, le juge d'instruction doit le mettre en liberté. S'il ne le fait pas, comme dans les cas décrits au point 5, il revient à l'inculpé ou à son conseil ou encore au ministère public de saisir la Chambre d'accusation aux fins de la mise en liberté d'office de l'inculpé.

Le Procureur général près la Cour d'appel peut, sur réquisitions spécialement motivées, s'opposer à la mise en liberté provisoire de l'inculpé pour des nécessités impérieuses d'enquête. Si la Chambre d'accusation le suit et décide de maintenir l'inculpé en détention, cette détention ne peut faire l'objet d'une prolongation au delà de 4 mois à compter de l'expiration des délais indiqués aux points 5 et 7.

13/08/2010

Duel journaliste togolais/officier français : le web citoyen a gagné !

Beaucoup d'entre nous ont vu la fameuse vidéo (diffusée par le célèbre blogueur et journaliste multimédia Noël Kokou Tadégnon) montrant l'attitude outrageusement colonialiste d'un officier français, le lieutenant-colonel Romuald Letondot, coopérant au Togo de Faure Gnassingbé, menaçant de manière indigne un journaliste, Didier Ledoux du quotidien Liberté, ayant eu l'outrecuidance de le prendre en photo durant la dispersion d'un congrès de l'UFC, parti d'opposition togolais. Pour ceux qui ne l'ont pas encore vue ou qui veulent la revoir, la voici plus bas.

L'on apprend aujourd'hui que le militaire français, à qui un beau plan de com' a été offert, et qui s'est expliqué comme il pouvait sur le site de L'Express, hebdo français de premier plan, est non seulement désavoué par sa hiérarchie mais sanctionné. Pendant dix jours, il sera privé de liberté.

"La France a voulu montrer qu’elle ne tolérait pas son attitude, aux relents de colonialisme. Le lieutenant-colonel, "rappelé immédiatement à Paris", se voit infliger "une sanction disciplinaire de dix jours" pour "atteinte au renom de l’armée française", a déclaré vendredi le Quai d’Orsay. Interrogé, le ministère de la Défense a précisé que le gradé ne risquait pas de retourner officier au Togo, même après les dix jours d’arrêt forcé. "Le rappel est toujours définitif", a expliqué le ministère." (lejdd.fr)

Habiles en matière de communication, les "spin doctors" de la diplomatie française ont compris à quel point cette vidéo, qui traduit une attitude de mépris condescendant en réalité tout à fait ordinaire, pouvait faire mal. Ils ont frappé fort. Mais il ne faut pas se leurrer : ce n'est qu'un coup de com', d'autant plus intelligent qu'à cette période de l'année, la presse française n'a rien à se mettre sous la dent. Elle aurait donc pu faire mousser encore plus cette affaire, au moment où l'ONU s'inquiète d'un regain de xénophobie dans l'Hexagone.

En tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et le web a gagné en influence depuis novembre 2004 et les insupportables vidéos des crimes commis par l'armée française sur des civils ivoiriens à Abidjan, après le bombardement non élucidé de Bouaké et la révolte de la rue ivoirienne. A l'époque, il avait fallu que Canal + confirme ce que des vidéos d'amateurs montraient depuis des semaines pour mettre en mauvaise position Michèle Alliot-Marie, surnommée à l'époque Mensonges après Mensonges.

Bref, revenons au sujet de l'heure. Pierre Haski, fondateur de l'influent site d'information Rue89, qui a amplifié la "vidéo Letondot", rappelle que l'affaire "serait restée anonyme et presque banale s'il n'y avait eu la force de la vidéo", et met en garde le cercle des pouvoirs africains.

"C'est aussi le signe de l'entrée de l'Afrique de plain-pied dans l'ère du Web et des réseaux sociaux, avec la possibilité pour les puissants d'être piégés par une vidéo déposée sur YouTube, et revenant comme un boomerang. Les dirigeants africains feraient bien d'en prendre note."

Il a raison sur le moyen terme. Mais on ne doit pas oublier que beaucoup de pouvoirs d'Afrique subsaharienne francophone sont "technoploucs" devant l'Eternel, et ne réagissent que quand leur image est écornée... à l'étranger. Voici par exemple deux vidéos qui, bien que choquantes, n'ont pas suscité la réaction qu'elles méritaient. La première montre un fait de corruption ordinaire à Abidjan où on peut reconnaître les policiers "piégés". Et la deuxième, une séance de torture d'étudiants par un corps spécial de l'armée camerounaise (certes relayée par les Observateurs de France24). A mon avis, ils auraient fait bouger les gouvernants de ces deux pays s'ils étaient passés avec force du web à la télé... surtout - et c'est triste de le dire - à "la télé des Blancs". Le web et les réseaux sociaux en Afrique peuvent devenir puissants, mais ils ont aujourd'hui besoin du relais des médias "classiques" occidentaux. C'est malheureux, mais c'est comme ça.