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19/02/2010

Une conseillère de Gbagbo publie un article au vitriol... contre son boss !

Vous avez dit bizarre... comme c'est bizarre... Une journaliste basée en Suisse, dénommée Catherine Fiankan-Bokonga, entre autres correspondante du quotidien gouvernemental Fraternité-Matin et conseillère à la présidence de la République de Côte d'Ivoire (si l'on en croit cette liste où son nom se trouve à la neuvième position dans la sous-liste des conseillers techniques) publie un article au vitriol contre son "boss" sur le site de l'agence de presse Infosud. Article repris par son partenaire Rue89.

Extraits :

"Le Président de la Côte d'Ivoire semble avoir atteint les limites de son jeu qui lui a permis de se maintenir au pouvoir en exacerbant les questions d'identité nationale (ivoirité), les tensions religieuses et tribales entre le Nord et le Sud du pays. (...)

Reste à savoir comment la « pierre angulaire de l'Afrique de l'Ouest » va éviter une nouvelle crise politique. L'actuel climat de suspicion, de délation et de lassitude entourant le contentieux de l'inscription sur les listes électorales pousse les Ivoiriens à des actes de plus en plus violents.

L'ONU et le Premier ministre et ex-chef de la rébellion, Guillaume Soro, ont lancé un appel au calme. Le porte-parole de l'ex-rébellion, Sidiki Konaté, également ministre du Tourisme, a mis en garde contre un risque de « guerre civile. C'est le Rwanda qui se prépare ». Une perspective qui menace aussi de déstabiliser les États voisins, tributaires de la santé économique de la Côte d'Ivoire."

Post-Scriptum

Catherine Fiankan-Bokonga a réagi à mon post sur Rue89 en ces termes :

"Monsieur,

Suite à vos commentaires laissés sur le blog de «Rue 89» après la publication de l’article intitulé : « Après le report des élections, la Côte d'Ivoire de nouveau en crise », je me permets de vous apporter quelques précisions.

L’article que vous avez lu sur rue89, a été publié une première fois le 10 février 2010 dans un quotidien suisse « Le Temps » et sur le site "www.infosud.org" sous le titre : « Nouvelle menace d’éclatement ». Le chapeau que j'avais alors rédigé était le suivant : « Depuis 2005, date de la fin du mandat du président Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire attend l’o! rganisation d’une élection présidentielle. La communauté internationale perd patience. Le peuple aussi. »

Cet article a été rédigé suite aux déclarations et faits survenus entre le 5 et le 7 février 2010 en Côte d’Ivoire. C'est-à-dire avant que les dissolutions du gouvernement et de la Commission Electorale Indépendante n’interviennent. Vous noterez que je ne fais que reprendre les déclarations officielles des acteurs de la vie politique ivoirienne, des dirigeants du FMI et de la Banque Mondiale.

Pour répondre à vos insinuations, j’ai été citée comme témoin à la barre lors du procès Gbagbo vs Le Monde car j’avais publié, un article sur le fait qu’il n’existait pas d’annexes secrètes au Rapport sur la Côte d’Ivoire présenté par le Haut Commissariat des Droits de l’Homme (février 2003) comme l’affirmait le quotidien français. Le Haut Commissaire de l’époque, Sergio Vieira de Mello, m’avait accordée une interview filmée dans laquelle il infirmait l’existence d’un tel document (arrêt rendu le 5 avril 2006 par la Cour d’appel de Paris).

Force est de constater que vous-même, monsieur Théophile Kouamouo aviez été cité dans cette affaire comme témoin à charge contre le quotidien français « Le Monde » duquel vous aviez démissionné en octobre 2002 du poste de correspondant en Afrique de l’Ouest, basé à Abidjan (http://www.africultures.com/php/index.php?nav=murmure&...).

Je vous rappelle également que lorsque vous étiez rédacteur en chef du quotidien ivoirien « Le courrier d’Abidjan », réputé appartenir à Madame Simone Ehivet-Gbagbo, la publication a relaté le contenu de mon intervention devant le tribunal (Le courrier d’Abidjan du 27 mai 2004, article de William Aka).

A cette époque, mon interview du Haut Commissaire avait été interprété comme un acte pro-Gbagbo car il n’allait pas dans le sens de la majorité des publications françaises.

Concernant la présence de mon nom sur la liste des conseillers techniques de la Présidence de la République ivoirienne, j’en ignorais l’existence. En consultant cette liste grâce à vos indications, j’ai constaté que les noms d’autres journalistes professionnels étrangers sont cités. J’ai pris contact avec eux et, tout comme moi, ils sont surpris de cet état de fait. Je ne suis en aucun cas un des conseillers politiques du Président Laurent Gbagbo.

Je suis journaliste professionnelle depuis plus de 28 ans ainsi j’ai travaillé avec de multiples médias de la presse écrite, de la radio et de la télévision. Je suis accréditée au Palais des Nations Unies, à Genève, depuis 12 ans comme correspondante de plusieurs publications européennes et africaines dont le quotidien ivoirien « Fraternité-Matin » dans lequel je publie des articles relatifs à l’ONU et aux agences spécialisées du système des Nations Unies. Fraternité Matin est le plus ancien quotidien ivoirien, créé le 9 décembre 1964, et ainsi le journal le plus lu. Le quotidien du parti au pouvoir (FPI) s’appelle : «Notre Voie».

Je m’intéresse particulièrement aux événements de Côte d’Ivoire depuis la tentative de coup d’Etat du 18 septembre 2002. Dès novembre 2002, j’ai été sollicitée par l’ONG suisse « Media Action International » afin d’animer en Côte d’Ivoire, à Bassam, un séminaire financé par la Direction du Développement de la Coopération suisse qui regroupait l’ensemble de la presse ivoirienne. Le but de la réunion était d’expliquer aux journalistes présents le pouvoir de la presse en cas de conflit et son devoir d’information non partisane. Il a été suivi d’autres ateliers à Abidjan (2003) effectués en collaboration avec the Int! ernational Federation of Journalists (IFJ) et à Accra pour évoquer la dimension régionale du conflit ivoirien avec le Bureau de Coordination Humanitaire des Nations Unies (OCHA) et Media Foundation West Africa (http://africa.ifj.org/en/articles/report-on-ifj-mission-t...). Le travail de MAI avait d’ailleurs été salué dans un rapport des Nations Unies.

A ce titre, mon nom est cité sur divers sites officiels ou non, car mes nombreux écrits et actions ont souvent dérangés.

Tout au long de ma carrière j’ai été parfois confrontée à des accusations diverses et variées par des lecteurs qui pensent que la rédaction d’un article est une prise de position de la part de l’auteur pour une situation donnée ou un individu.

Mes articles ont comme seul but d’informer le lecteur, grâce aux faits exposés et de susciter une réflexion."

J'ai jugé nécessaire de répondre à sa réponse :

"Mme Fiankan,

Je n'ai fait aucune "insinuation". Tout ce que j'ai écrit était très clair. J'ai évoqué votre papier et je l'ai mis en relation avec le statut de conseillère du président ivoirien que vous attribue le site officiel de la Présidence de la République de Côte d'Ivoire. Par ailleurs, je serais curieux de connaître les noms des journalistes professionnels étrangers figurant sur la liste officielle des conseillers de Gbagbo. J'ai beau fouiller, je n'en trouve aucun.
De plus, "Le Courrier d'Abidjan" n'a jamais appartenu à Simone Gbagbo. J'en étais le copropriétaire avec mon associé Sylvestre Konin. Par la suite, j'ai vendu mes parts. Ce journal a eu ses engagements, qu'on peut discuter, mais en tant que journal indépendant, non lié contractuellement à quiconque. Fraternité-Matin est bien un journal gouvernemental, puisqu'il est la propriété du gouvernement, qui désigne ses responsables. Cela n'empêche pas ce journal d'être professionnel et de jouir de la confiance de ses lecteurs."

Post-Scriptum 2 : 19 février 2010

Suite à la réaction de Catherine Fiankan-Bokonga sur ce blog, j'ai reçu un coup de fil d'un conseiller spécial du président ivoirien qui affirme qu'ils ont "cohabité" dans les couloirs du Palais présidentiel et qu'elle revendiquait son titre de conseiller technique. Il nous propose de regarder ici une vidéo où elle apparaît, dans une délégation officielle lors d 'une visite de Gbagbo au Qatar. On la voit à côté du gouverneur du district de Yamoussoukro à partir de la 51è seconde.