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01/05/2012

Côte d'Ivoire : le monde syndical se réveille

Alors que son "boss", Basile Mahan Gahé, est embastillé arbitrairement à Boundiali, le secrétaire général de la centrale "Dignité", Elie Boga Dago, dresse courageusement le bilan social désastreux du régime Ouattara. Devant le Premier ministre Jeannot Ahoussou Kouadio. A l'occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation des doléances des syndicats au chef de l'Etat.

Une tradition violée par Alassane Ouattara, qui a boycotté la cérémonie, et préféré se rendre en "séjour privé" en France, entre les deux tours de la présidentielle.

15/04/2011

Sarkozy confond Gbagbo et Guei

L'information n'est pas de premier plan mais elle est assez éclairante. Sur le peu de sérieux avec lequel le président français Nicolas Sarkozy traite ses dossiers en général et les dossiers africains en particulier. Mais aussi sur la volonté sans limite de diaboliser Laurent Gbagbo, qui permet de faire feu de tout bois. Le Canard Enchaîné rapporte une conversation au sein du Conseil des ministres en France. Durant laquelle pour convaincre que "Laurent Gbagbo est en état de folie", Sarkozy affirme : "Gbagbo, ne l'oublions pas, c'est celui qui a emprisonné son équipe nationale de football parce qu'elle avait perdu un match."

Et pourtant, les moins informés d'entre les Africains férus de foot savent bien que le chef de l'Etat qui avait interpellé, pour un temps, en 2000, les membres de l'équipe nationale, c'était bien Robert Guei. Cette sortie douteuse de Sarkozy rappelle tous les commentaires de presse où Laurent Gbagbo est présenté comme le concepteur de l'ivoirité, rendue célèbre par Henri Konan Bédié.

 

02/04/2011

Côte d'Ivoire : maudits soient les yeux fermés

Je dois avouer quelque chose : ce blog a souvent été plus animé que ces derniers mois de crise postélectorale en Côte d'Ivoire. Le peu de contenu disponible depuis un certain temps traduit l'embarras du journaliste-blogueur dont la "marque personnelle" est forte mais qui travaille pour un ou des médias qui doivent également préserver leur marque... et qui n'ont, et c'est normal, pas toujours la même sensibilité sur un ou des sujets donnés que tel ou tel rédacteur qui publie dans leurs colonnes.

Pour ne pas déranger mes employeurs, je me suis donc évertué à ne pas trop m'exprimer sur cet espace, me contentant de relayer des papiers qui, à titre personnel, m'avaient intéressé. Je ne changerai pas de cap, et je ne livrerai pas au quotidien mes opinions personnelles. Mais je donnerai à ce blog une nouvelle vocation. Désormais - et ce, pendant le temps qu'il faudra -, il documentera de manière précise et détaillée les crimes, violations des droits de l'homme et exactions dont se rendent coupables les combattants d'Alassane Ouattara, qui contrôle désormais au moins les trois quarts du territoire ivoirien et livre la bataille d'Abidjan, avec l'appui de l'ONUCI et des forces françaises qui la soutiennent. Je publierai des témoignages vérifiés et étayés, loin du chaos manipulatoire qui s'empare du web dans des situations telles que celle que la Côte d'Ivoire connait actuellement. Je mets dans la balance ma réputation de journaliste expérimenté, ayant douze années d'expérience, ayant fait de l'investigation et en ayant payé le prix en Côte d'Ivoire.

Pourquoi ne parler que des crimes des troupes de Ouattara ? Les choses sont claires dans ma tête : les Forces de défense et de sécurité (FDS) ivoiriennes, fidèles à Gbagbo, en commettent aussi - sauf à considérer que dans la guerre, il peut avoir un camp de "purs". Cela dit, je pense que les exactions des FDS et de leurs soutiens sont largement dénoncées par les médias internationaux (c'est méritoire), souvent sur la base de simples comptes-rendus téléphoniques sans vérification (c'est problématique). En revanche, celles des pro-Ouattara sont soigneusement cachées ou peu relayées par des médias dominants qui le protègent, jusqu'à protéger leurs pires ignominies. C'est par devoir d'humanité envers les morts, les violées, les mutilés dont l'existence ne va pas dans le sens du storytelling manichéen qui structure le récit de la crise ivoirienne depuis 2000, que ce blog choisit cet axe fort. Avec l'aide de volontaires, et d'un réseau de blogueurs déjà en place, il dérangera ceux qui préfèrent fermer les yeux, passer leur chemin, et pratiquer l'indignation à géométrie variable.

 

01/03/2011

De quoi Alassane Ouattara est-il le nom ?

J'ai bien aimé cet article paru dans Le Nouveau Courrier d'aujourd'hui et dont je reprends des extraits... Pour lire en intégralité, cliquer ici.

"De quoi Alassane Ouattara est-il donc le nom ? Il est frappant de constater qu’il existe un continuum entre le type de «réformes» que cet homme a promu, en tant que Premier ministre de Côte d’Ivoire et directeur Afrique du Fonds monétaire ivoirien (FMI) et les ressorts que ses alliés utilisent aujourd’hui afin de «l’imposer» au pouvoir. Le fringant «technocrate» qu’il était en 1989, il y a 22 ans, est arrivé en Côte d’Ivoire avec un agenda très clair. Redresser l’économie à travers les privatisations des entreprises et des filières contrôlées par l’Etat – qui étaient, pour la plupart, mal gérées au demeurant. La filière café-cacao, l’eau et l’électricité, les télécommunications, les banques d’Etat… ont été progressivement «attaquées», dans une sorte de plan d’action qui a survécu à son départ à Washington, après sa débâcle de 1993.

Une des caractéristiques des privatisations en Afrique subsaharienne est qu’elles ont eu un effet généralisé : faire reculer l’emprise des nationaux sur l’économie de leurs pays. A l’époque, tout le monde s’est dit : qu’importe ! Le secteur productif et la politique, ce sont deux choses différentes ; une filiale de multinationale bien gérée rapporte des impôts au Trésor public tandis qu’un mastodonte étatique coûte cher à entretenir. Ces arguments relevaient du bon sens élémentaire jusqu’à ce que l’on se rende compte que des instruments économiques «neutres» peuvent être utilisés pour parachever, sur le terrain politique, la recolonisation financière qu’incarnaient au fond les plans d’ajustement structurel.

Pour continuer la lecture, cliquer ici.

25/02/2011

Côte d'Ivoire : le syndrome de Touba ou comment la presse étrangère choisit ses morts

Au moment où j'écris ces lignes, la guerre a recommencé en Côte d'Ivoire, même si personne n'ose encore le dire clairement. A Abidjan, dans le centre et dans l'ouest, les combats ont repris entre l'armée ivoirienne et les insurgés pro-Ouattara. Des combats à l'arme lourde. Immanquablement, les morts se multiplient. Comment la presse doit-elle évoquer les violations des droits de l'homme occasionnées par cette situation ? En Côte d'Ivoire, les journaux ont des identités politiques très marquées, et il semble acquis qu'ils auront plus de compassion pour les morts de leur camp. Mais la presse étrangère, a priori, a le recul nécessaire pour ne pas trier les morts.

A priori, seulement... Car la couverture de la Côte d'Ivoire de ces derniers mois met en lumière une "stratégie du récit" qui occulte volontairement les crimes des pro-Ouattara pour mieux accabler le "méchant" Gbagbo. Le dernier rapport d'Amnesty International, qui évoque les crimes et les agressions sexuelles commis de part et d'autre, illustre de manière magistrale cette stratégie du récit.

- D'une part, il y a les exactions des soldats loyalistes, abondamment commentés par les médias étrangers et par la division des droits de l'Homme de l'ONUCI. Amnesty ne fait que confirmer des allégations déjà rendues publiques par d'autres moyens.

- D'autre part, il y a les exactions des Forces nouvelles, rebelles au service d'Alassane Ouattara. Silence, on regarde ailleurs... Le lecteur naïf qui parcourt le rapport d'Amnesty découvre, effaré, une réalité occultée par des médias qui ont pourtant abondamment couvert la Côte d'Ivoire depuis octobre 2010.

J'entends déjà des justifications : la presse ne peut pas être partout. Et elle n'était pas au courant. Le problème est qu'un des faits évoqués par Amnesty International, la tuerie de Touba, qui a eu lieu en octobre 2010, quelques semaines avant le premier tour, était largement documentée. Les images des victimes ont été abondamment partagées sur Internet. Amnesty International écrit :

"En octobre 2010, des membres des FN ont sommairement exécuté onze hommes qu'ils avaient détenus et qui étaient accusés d'être des « coupeurs de route » et d'avoir assassiné plusieurs voyageurs à Touba (environ 680 km à l'ouest d'Abidjan). Bien que ces assassinats aient été publiquement connus (des membres des FN ont eux-mêmes filmé ces tueries, y compris les cadavres des 11 personnes abattues), aucune mesure concrète ne semble avoir été prise par les dirigeants des FN pour demander des comptes aux auteurs de ces actes."

Expéditions punitives contre des villages de leur zone qui ont eu le "malheur" de voter Gbagbo, tueries sur la base ethnique, viols... Comment se fait-il que ces exactions des Forces nouvelles n'aient pas été évoquées par la "grande presse" ? J'ai ma petite réponse : au nom de ce que je baptise "le syndrome de Touba". Il faut préserver l'image de ceux qui sont estampillés "bons", "gentils", "dignes d'être soutenus". Je me souviens d'octobre 2002. Près d'une centaine de gendarmes et leurs familes avaient été froidement assassinés par les "rebelles qui sourient" et jetés dans une fosse commune. Tout le monde savait : les journalistes sur place, qui ont même filmé l'envoi à la mort des victimes, les organisations des droits de l'homme. Mais il a fallu un mois pour que l'information sorte. C'était dans un rapport tardif... d'Amnesty International.

Utiliser les droits de l'homme dans des guerres d'influence internationales, c'est violer les droits de l'homme.

24/12/2010

A propos des amis français de Gbagbo : réponse à Pierre Haski

 

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Avant toute chose, je voudrais commencer ce post par une mise au point : je connais, j’aime beaucoup et j’admire Pierre Haski, pour la subtilité de sa vision de la France et du monde et pour le talent intuitif qu’il met à construire Rue89, un média que j’aime et auquel je contribue.

Mais je suis tout de même un peu dérangé par son dernier papier sur la Côte d’Ivoire, sur « ces conseillers blancs qui soutiennent Gbagbo ». Ces « curieux appuis » se trouvent « à droite, très à droite », ce qui serait étonnant pour une cause qui se réclame du panafricanisme et est très hostile à la Françafrique.

Pourquoi l’angle de ce papier me dérange-t-il ? Déjà parce que j’estime que l’analyse n’est pas poussée très loin. Lue rapidement, elle peut laisser croire qu’il n’y a plus guère que les vieux chevaux de retour de la droite et de l’extrême droite qui ont des sympathies (forcément embarrassantes) pour le fondateur du Front populaire ivoirien (FPI). Il est vrai que Pierre Haski a fait un papier, il y a déjà plusieurs jours, sur les amis qui restent encore à Gbagbo au Parti socialiste… Il est difficile d’écrire sur ceux qui, à gauche, se taisent par peur de représailles médiatiques et de procès en sorcellerie de la part des gardiens du fameux « cercle de la raison ». Mais il me semble que les prises de position de la classe politique française sur la Côte d’Ivoire traduisent en partie une nouvelle fracture politique hexagonale et peut-être européenne, qui pourrait devenir centrale et remettre en cause le clivage gauche/droite : elle sépare les « nationalistes » et les « internationalistes tendance Grand Soir » des « mondialistes », si l’on peut dire.

Jean-Marie Le Pen et Henri Emmanuelli ont deux points communs : ils se démarquent de l’hallali anti-Gbagbo de la classe politique française ET ils ont fait campagne contre le traité constitutionnel européen. La question ivoirienne, au-delà des bons et mauvais points, peut s’analyser autour de la thématique de la « gouvernance mondiale » et de ses adeptes, qui se recrutent à gauche et à droite – et devraient logiquement finir par fonder un seul parti si les batailles idéologiques revenaient au centre du jeu politique français. Dans quelle mesure la « communauté internationale » peut-elle intervenir dans les affaires intérieures d’un Etat ? Quelle est la légitimité de la Cour pénale internationale (CPI), qui s’arrête brusquement, en général, devant la porte des puissances riches – dont les Etats-Unis, qui ont refusé de ratifier le traité qui la fonde ? La « gouvernance mondiale » n’est-elle pas un nouvel ordre technocratique qui, fatalement, va entrer en conflit avec les souverainetés, mais aussi la démocratie ? Ces questions se posent en Côte d’Ivoire, et en France.

Par ailleurs, j’ai été frappé par le raccourci que Rue89 a fait en ramenant un slogan lu lors d’une manif pro-Gbagbo à Paris – « La France aux Français, la Côte d’Ivoire aux Ivoiriens » – au « La France aux Français » du Front national. On ne peut pas ramener les revendications politiques des Africains et leur manière de les exprimer au corpus symbolique hexagonal et au politiquement correct à la française. Il faut se poser une question : comment un habitant d’Abidjan ou de Bouaké comprendrait-il la phrase mise à l’index ? Sans doute tout simplement comme une revendication d’égalité entre l’ancien colonisateur et l’ancien colonisé.

 

23/12/2010

De l'usage diplomatique des vrais et faux génocides

Un édito du Nouveau Courrier du 22 décembre 2010.

C’est un mediaplanning qui fait froid dans le dos. A peine le gouvernement ivoirien a-t-il demandé le départ des forces onusiennes de son territoire que nous faisons face à une avalanche d’informations (à prendre avec de grosses pincettes) sur des « enlèvements », des « violations massives des droits de l’homme », voire des « marquages » de maisons dont les hôtes, d’une certaine ethnie, devraient être tués dans le cadre d’un remake du Rwanda.

L’idée est la suivante : il faut absolument montrer que le départ des forces internationales entraînerait des massacres épouvantables, voire un génocide. Dans le cas d’espèce, en dépit des diverses incitations médiatiques (notamment de la séditieuse ONUCI FM, dont le contenu sera bientôt étudié par des chercheurs) et de cette dyarchie artificiellement créée pour faire bouillir la marmite des haines locales, les Ivoiriens ne s’entretuent pas encore pour de sombres passions tribales. Il n’empêche : on peut les aider de diverses manières, y compris en allumant la mèche, à travers des provocations bien senties et des artifices diaboliques.

La mauvaise foi médiatique n’ayant pas de limite, on tronquera par exemple les propos de Jacqueline Oble ou de Charles Blé Goudé, qui mettent en garde contre un plan machiavélique préparé par l’ONUCI pour se légitimer à travers des massacres provoqués. On les présentera comme des sombres individus qui menacent la « communauté internationale » d’un génocide.

Ces passions macabres s’expliquent. Face au principe sacro-saint édicté par le droit international – la non-intervention dans les affaires intérieures des Etats –, un concept fait son bout de chemin : le droit d’ingérence. Il ne peut s’exercer, estiment ses défenseurs, qu’en cas de crimes contre l’humanité face auxquels brandir l’argument de la souveraineté de la Nation serait une non-assistance à peuple en danger. Qui peut s’opposer à un tel concept plein de bon sens et de compassion ? C’est au nom du droit d’ingérence que le mandat global des Casques bleus, qui était subordonné à leur impartialité face aux forces en présence, au consentement des parties en conflit et à la limitation de l’usage de la force à des fins de légitime défense, a été élargi à l’utilisation des armes dans le cas où les populations civiles sont en danger. C’est dans la même logique que l’Acte constitutif de l’Union africaine permet de mettre entre parenthèses la souveraineté d’un pays en cas de génocide, notamment.

Les meilleures intentions du monde sont toujours perverties. Le « plus jamais ça » poussé par l’Afrique après le cauchemar rwandais, devient désormais un fonds de commerce pour les services secrets et les impérialistes de tout poil, qui utilisent désormais (et de manière très cynique) l’éventualité du sang versé comme une variable d’intervention. Pour pouvoir s’imposer aux peuples du Sud, il est plus que jamais utile de faire pleurer dans les chaumières, quitte à fabriquer de toutes pièces une réalité médiatique manichéenne. Après la République virtuelle du Golf, il est question d’accoucher d’un génocide virtuel.

Un retour à un passé récent permet de mieux comprendre ce qui se passe actuellement. Quand, après le coup d’Etat avorté du 19 septembre 2002, il fallait faire avaler à l’opinion l’idée de l’invasion de la Côte d’Ivoire par des forces internationales et la nécessité d’une interposition équivalant à une partition de fait, de nombreux éditorialistes en France ont théorisé – déjà ! – sur le spectre du Rwanda. Puis la thématique a disparu aussi vite qu’elle était apparue : l’objectif était atteint.

Un peu plus loin dans l’Histoire, l’on se souvient aisément que la presse française, pour légitimer la rébellion pétrolière que De Gaulle et ses alliés africains menait contre le Nigeria dans la région du Biafra, a utilisé la même technique. Maurice Robert, responsable des services secrets français à l’époque, l’a confessé dans un livre-entretien.  « Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le terme de "génocide" appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l'opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d'écrasement, mais génocide nous a paru plus ''parlant''. Nous avons communiqué à la presse des renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu'elle reprenne rapidement l'expression ''génocide''. Le Monde a été le premier, les autres ont suivi. » En 1982, pour pouvoir légitimer leur combat contre les sandinistes au Nicaragua, l’Amérique de Ronald Reagan a crié au génocide. Face à l’absence d’éléments de preuve, elle a diffusé dans la presse une photo témoignant d’un « massacre d’Indiens Miskitos », une ethnie locale. Or il s’agissait d’un cliché pris bien avant l’arrivée au pouvoir des sandinistes… lors d’un tremblement de terre. De nombreux intellectuels de gauche – comme le gouvernement sandiniste du Nicaragua – tombèrent dans le panneau et jouèrent, à l’époque, le rôle «d’idiots utiles » au service de l’impérialisme le plus réactionnaire. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

 

20/12/2010

Qu'est-ce qui se joue en Côte d'Ivoire ?

Au-delà de l'actualité immédiate, instrumentalisée à des fins de propagande, qu'est-ce qui se joue, du point de vue de la marche du monde, en Côte d'Ivoire ? J'ai bien aimé cet éditorial paru dans "Le Nouveau Courrier" qui refuse de dissocier l'enjeu d'Abidjan du contexte international global. Et qui évoque la thématique de "la démocratie médiatique", où au final, ce sont les puissants relais occidentaux qui arbitrent les élégances électorales partout dans le monde ; et celle d'une nouvelle guerre froide, de nature économique, que l'Occident lance pour barrer la route aux puissances émergentes - ce qui le conduit à une militarisation du monde, qui finira par l'épuiser. Bref, lisons en cliquant sur ce lien.

18/11/2010

Abidjan, chronique de l'entre deux tours, par Michel Galy

Ce n’est que dans la nuit du 3 novembre que les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ivoirienne sont tombés : avec un exceptionnel taux de participation de 85%, le scrutin donne 38% des voix au président Laurent Gbagbo soutenu par le FPI, 32% à M. Ouattara leader du RDR, 26% à l’ex président Bédié, dirigeant du vieux parti d’Houphouët Boigny, le PDCI -RDA.

PEURS ET RUMEURS DE LA CAPITALE

Mais depuis le vote du 31 octobre, Abidjan s’est fait peur, « peur pour rien ! » disent maintenant les citadins soulagés. Drôle d’ambiance tout de même au Plateau, ce quartier d’affaires central, complètement déserté d’habitants et de véhicules ; pendant deux jours les transports en commun et les taxis sont restés dans leurs quartiers, les citadins quant à eux calfeutrés dans les concessions, après avoir fait des stocks de provisions, au cas où…

Il faut dire que le traitement médiatique par l’omniprésente RTI(radiotélévision ivoirienne, media d’Etat) semblait parfois surréaliste, décalé, ou parfois inquiétant. Avec une sorte de carence symbolique du pouvoir, lorsque pendant la nuit électorale le général Mangou, chef d’état -major des forces loyalistes, vint en uniforme- mais d’un ton affable, conseiller à ses concitoyens de prendre patience dans le calme. Bientôt relayé par un surprenant alignement de dignitaires religieux dont le porte parole et archevêque d’Abidjan, Monseigneur Kutwa donna les mêmes recommandations, suivi du nonce apostolique ; enfin l’ex leader des rebelles aujourd’hui premier ministre, M. Guillaume Soro prit la parole à l’écran pour conseiller encore et toujours la patience…

C’est que comme toujours en cas d’événement politique majeur, la « capitale des lagunes » était devenu l’épicentre de toutes les rumeurs, parfois relayés par les états -majors ou la presse nationale, si ce n’est par les « envoyés spéciaux »internationaux et l’armada d’observateurs de toute obédience. Dès le lundi matin par exemple, Alhassane Ouattara, le candidat du RDR, était donné gagnant  au premier tour ! L’après midi, Laurent Gbagbo à son tour l’aurait emporté à plus de 50% des voix. Quelques jours après, Ouattara aurait fui le pays, comme par exemple lors de la tentative de coup d’Etat de 2002.Toutes nouvelles évidemment fausses, que partisans fanatiques et adversaires irréductibles diffusaient à l’envi dans les quartiers.

Le traitement médiatique de l’ après premier tour a d’ailleurs été très en deçà des débats ordinaires en Côte d’ivoire : aussi les ivoiriens ont recouru aux sites spécialisés pour une cartographie des votes(cf. www.abidjan .net) , à l ‘écoute des radios internationales (Africa N°1, Bbc, Voice of America, et surtout RFI), et entendu des missionnaires de retour du terrain décliner leurs impressions de voyage sur Africa 24 ou France 24- pour ceux qui ont les « bouquets satellites » à domicile , c’est à dire une mince élite urbaine, mais qui peut faire l’opinion. Pas de débats entre intellectuels de chaque camp, ni d’analyse des votes à la télévision ivoirienne- comme si le sujet était trop brûlant pour être traité.

Si les esprits s’échauffaient à cause des rumeurs donnant tel ou tel gagnant, durant cette curieuse période de latence entre élections et résultats, il en alla de pis en pis à mesure que les résultats tombaient -ou non. En effet après des résultats aussi exotiques qu’insignifiants en chiffres (Canada, Etats-Unis…) donnés par la commission électorale indépendante (CEI), un long silence s’instaura, rompu in extremis dans la nuit du mercredi pour livrer les résultats provisoires. Pendant ces deux jours de vide, les uns donnaient le candidat du RDR, M. Ouattara, vainqueur au 1er tour, tandis que leurs adversaires du FPI, prétendant depuis la campagne qu’il « n’y avait rien en face », croyant dur comme fer au slogan  « un coup KO ! » ; et même les partisans de Henri Konan Bédié, à la campagne pourtant poussive, voyait leur candidat déjà élu !

En l’absence d’élections réellement libres et pluralistes au précédant, malgré des sondages de la SOFRES concordants, cette autointoxication lourde de tensions était peut être inévitable ; pourtant ces slogans de campagne semblaient devenus des réalités politiques non seulement pour les militants, mais même pour les cadres des trois grands partis. Dans les Q.G. respectifs, l’impression de défaite relative était tangible, notamment au RDR et au FPI : les partisans d’Alhassane Ouattara criaient au complot, ceux de M Gbagbo se crispaient à mesure que le score de leur candidat tombait des 50% supposés aux 38% réels ! Réflexe populiste commun : une mise en accusation des « cadres » par les militants, accusés d’avoir détourné l’ argent du candidat au lieu de battre campagne dans les villages et de faire du porte à porte dans la capitale, accusation en partie bien réelle, mais très partagée …

A quelle élection aurait on pu se référer ? Certainement pas à celles organisée par la junte du général Guei, lorsque Laurent Gbagbo remporta à la surprise générale ce scrutin tronqué par près de 60% des voix en 2000 ; il fallut une montée de la population désarmée vers le centre ville, et un massacre des manifestants avant que les forces armées se divisent et permettent le choix, au fond, d’un régime civil ! Certainement pas aux élections du temps aujourd’hui idéalisé d’Houphouët Boigny, au trop long régime de Parti Unique, malgré la Constitution ; après le pluralisme imposé par des manifestation d’opposants, on se souvient qu’en 1990, le jeune leader du FPI, se vit annoncer à l’avance les 18% des voix qu’il allait obtenir face au vieux président…information donnée par des émissaires français, tant la complicité néocoloniale était de mise !

Comme ailleurs, les élections (si ce n’est le pays tout entier…) se sont tenues  sous tutelle d’un contingent pluraliste d’observateurs, s’appuyant sur les corps expéditionnaires de l’ONUCI et la force française Licorne, associés aux ex belligérants des « Forces nouvelles » (rebelles de la zone Nord, non désarmés ni encasernés, contrairement aux accords de Ouagadougou de 2007) et aux forces gouvernementales dirigées par le général Mangou.  Pour autant ces observateurs extérieurs, « coordonnés » par l’ONUCI, ce qui leur ôte beaucoup de leur indépendance et neutralité, n’ont sans doute eu qu’une vue partielle du vote, en l’ absence de connaissance du pays ; par ailleurs le représentant du secrétaire général de l’ONU, M Choi composa une figure parfois tragi comique d’un diplomate asiatique sans grandes affinités africaines, chargé pourtant de « certifier les élections », formule juridico politique ambiguë, constituant une grande innovation électorale…

A une sorte de consensus mou de la communauté internationale succéda des crises d’autoritarisme d’un autre age : on vit ainsi le chef des observateurs de l’Union européenne, M. Christian Preda , tancer avec une certaine arrogance la Commission électorale indépendante avant de faire marche arrière et d’avaliser le premier tour ; selon des information internes à l’Onuci, le poids de l’occupation militaro civile et la lassitude de la « communauté internationale » amena de fait cette organisation à faire silence sur les principales anomalies de l’élection, craignant à juste titre de « mettre le feu aux poudres » en cas d’invalidation.

ALHASSANE OUATTARA ET LA CONQUETE DU POUVOIR

Il est vrai que les partis ivoiriens restant en lice eux mêmes semblent pressés d’aller au second tour : si le RDR a suivi formellement le PDCI de M. Bédié pour demander le recompte des voix, le refus du Conseil constitutionnel ne semble pas l’empêcher d’aller aux urnes, tant sa politique de la chaise vide lui a porté tort dans le passé. Le FPI de M. Gbagbo se garde bien de demander nouveau décompte ou invalidation, bien qu’il dénonce de graves irrégularités au Nord.

En effet, lors d’une investigation récente dans cette immense zone contrôlée par la rébellion(les deux tiers du pays !), on a pu constater une gouvernance bien particulière : si les « com- zones » militaires de la rébellion  se sont taillés des fiefs par région- contrôlant les trafics en tout genre(café et cacao exportés vers le Burkina, diamants, coton, flux de marchandises et de personnes), les ONG occidentales s’occupent de zones et de secteurs selon leurs propres critères, tandis que préfets et administration nationale « redéployée » sont souvent fictifs ou inexistants. Il n’est que de voir un « commissaire politique » (sic ! comprendre un cadre local du RDR) contrôler la parole paysanne en pays sénoufo pour réaliser les causes d’une élection sous contrainte.

Car s’il est à la limite compréhensible que M. Gbagbo n’y recueille que des scores symboliques après la guerre civile (alors que le FPI était implanté en mosaïque dans cette zone Nord, sous Houphouët Boigny), les faibles pourcentages laissés à M. Bédié (rappelons le, officiellement allié à M. Ouattara dans le cadre du RDPH, ou Rassemblement des houphouetistes) est incompréhensible sauf trucage ou bourrage d’urnes. Bien plus, les gouvernementaux prétendent déceler, 3 mois après l’établissement de la carte électorale, et après distribution des cartes d’électeur, de graves distorsions  dans cette zone nord : il y aurait notamment des localités du Nord où le nombre de votants serait supérieur aux nombres d’ habitants du dernier recensement !

Des cadres du RDR, interrogés sur ce point, rétorquent que ce serait l’effet dune immigration de retour, après les persécutions de la période ivoiritaire et le manque de travail en ville ; l’argument est difficilement recevable, non seulement en fonction de l’importance des discordances, mais surtout parce que la majorité des migrations récentes s’est faite vers Abidjan, passé de trois à cinq millions d’habitants après le conflit.

Toutefois l’affirmation du camp Gbagbo selon lesquelles la différence en question viendrait d’étrangers sahéliens « naturalisés »en fraude reste elle aussi à prouver. Il n’en demeure pas moins que le parti présidentiel fera porter l’effort de ses représentants sur cette zone litigieuse, et qu’il poussera les divers « observateurs » à s’intéresser de près à la sincérité du vote.

Dans le camp de la majorité présidentielle, une surprise inattendue qui contredit bien des affirmations sociologiques sur la corruption des moeurs : ni le maintien de Yamoussoukro comme capitale politique ainsi que le souhaitait Houphouët Boigny, ni l’action et les cadeaux des cadres baoulé du FPI(même déroute d’ailleurs au Nord pour les notables « dyoula » du président, tel Laurent Dona Fologo), ni la politique d’amadouement des migrants baoulé à l’Ouest n’y ont fait : en milieu rural , tous ont voté pour H. Konan bédié comme un seul homme!

Dans l’ensemble, les résultats représentent bien l’analyse selon laquelle les trois candidats maîtrisent, via leurs « blocs ethno-régionaux », environ un tiers de l’électorat, en milieu rural tout au moins ; et invalident les thèses révisionnistes » réduisant l’électorat d’un candidat comme Laurent Gbagbo à son « poids ethnique » (7% selon cette « théorie » trop souvent reprise par les responsables politiques et militaires français !)- et comprennent par ailleurs les hommes politiques ivoiriens selon les stéréotypes ethniques les plus coloniaux, voire racistes.

Pourtant, par l’action politique, des régions peuvent être gagnées : ainsi du Nord Est pour M . Gbagbo, du Sud Ouest pour M. Bédié. Mais ce qui change des analyses d’une ethnicité très prégnante dans les campagnes, c’est bien sur Abidjan, où les résultats sont sans appel : 44% des voix pour Laurent Gbagbo, contre 33% pour Alhassane Dramane Ouattara, soit une avance de 150 000voix ; c’est là que le style populiste du président, ses positions anticolonialistes, son aura d’éternel opposant plus que sa fonction officielle ont séduit la jeunesse et les couches les plus défavorisées- réflexe classiciste plus qu’ethniciste.

Dans l’ensemble, la stratégie présidentielle s’est appuyée sur un électorat urbain et jeune, en quelque sorte en devenir, et a échoué à endiguer le repli ethnique dans les campagnes : quelque part l’idéologie du FPI, loin du matérialisme revendiqué, est un idéalisme ; cet « homme politique ivoirien » s’inscrit contre les réalités socioethniques qui ne laisseraient au camp présidentiel qu’un tiers des suffrages en milieu rural, , plus de 50% dans la capitale,mégalopole  qui représente toutefois un tiers de l’électorat.

La clef du second tour est bien évidemment, comme l’ont noté tous les observateurs, le vote PDCI, notamment l’électorat baoulé. Sans revenir sur cette « question des alliances », on peut s’étonner de cette exclusion du PDCI, alors qu’une bonne partie du territoire baoulé était occupée et mise à sac par la rébellion, et que M. Ouattara est l’ennemi personnel et historique d’Henri Konan Bédié- ce dernier renversé et chassé du pays avec la bénédiction du premier ! Comme si tout avait été fait pour pousser le PDCI vers le RDR, les « talibans » du FPI préférant conserver postes et prébendes plutôt que de les partager, sans prévoir un avenir électoral incertain…

Quoiqu’il en soit du passé, on assiste à deux tactiques complémentaires du FPI envers cet électorat en tout sens centriste : neutraliser leurs voix en prônant l’abstention, ce qui parait probable en zone forestière où les colons baoulé sont des allogènes planteurs sur des terres d’autochtones partisans de Laurent Gbagbo ; récupérer des cadres PDCI et faire éclater le « vieux parti » de Félix Houphouët Boigny.

Mais cette tactique, comme celle inverse du RDR de récupérer les voix PDCI en fonction de leur alliance électorale et des consignes de vote de M. Bédié, semble aléatoire. En effet, comme le souligne le constitutionnaliste Albert Bourgi, les second tours sont extrêmement rares en Afrique subsaharienne, et plus qu’ailleurs  les leaders ne sont pas propriétaires de leurs votes : ce que vient juste d’illustrer l’élection guinéenne, ou les voix de M. Sydia Touré, malgré ses propres consignes, ne sont pratiquement pas reportées sur Cellou Diallo.

GBAGBO OU LE CHAOS ?

Comme dans bien des campagnes électorales, un message latent et des stratégies de l’ombre s’inscrivent contre le message affiché : le champ politique est bien « à double référent »,selon des critères occidentaux, et selon des logiques sociales bien ivoiriennes, plus celées Il n’est pas sur que M. Ouattara ait vraiment affirmé que « la Cote d'ivoire peut brûler si je ne suis pas président », même si son comportement d’appui à la rébellion armée corrobore cette attitude ; nul doute que sa défaite se traduirait par des troubles, voire une reprise de la rébellion qui, rappelons le, n’a pas réellement désarmé :comme un troisième tour politico-militaire à venir !

Mais le scénario inverse, poussé au catastrophisme, semble tout aussi redoutable ; en cas d’échec de M. Gbagbo, si son retrait personnel semble certain, l’acceptation de ses partisans n’est pas acquise : Abidjan semble difficilement gouvernable pour M. Ouattara et une reprise des affrontements interethniques de 2002 n’est pas exclure. Dans ce scénario catastrophe, l’armée du général Mangou et surtout la gendarmerie, arme privilégiée du régime , ne resteraient pas inactifs devant un vide de pouvoir dans la rue. Se sentant « le dos à la mer » devant la séculaire « poussée dyoula », les sudistes, notamment ceux de l’Ouest, et les têtes brûlées d’Abidjan, ont parfois des rêves inavouables : les trois ou quatre millions de sahéliens(Mali, Burkina) de la zone forestière sont des cibles tentantes en cas de très graves tensions politiques, ne serait ce que pour récupérer des terres devenues rares ; les grands quartiers dyoula d’Abidjan sont plus vulnérables qu’on ne le pense, étant toujours dans un statut de migrants minoritaires, sur le plan symbolique …et in fine,pour ces extrémistes , une partition ne serait elle pas préférable à la soumission au « candidat de l’étranger »(et pour pousser à bout les non dits, à la nationalité longtemps contestée et à la religion minoritaire ?)

Dans ce cas extrême de figure, nul doute que les forces internationales et le système des Nations unies se trouveraient dans une situation intenable. C’est bien un paradoxe ivoirien qu’il y aurait un danger de guerre, du à une élection tant souhaitée ; mais le pire n’est pas sûr, surtout en cas de reconduite du président sortant ; comment qualifier pourtant un système électoral qui ne fonctionnerait bien  que dans un seul sens ?

16/09/2010

“Entreprenez”, disent-ils

Cet édito a été publié le Nouveau courrier N°077 du 13 Septembre 2010.


Il est pourtant un fait impossible à éluder : nul ne peut entreprendre en l’absence d’un contexte favorable. Et il semble que la réflexion concrète et pratique sur les conditions favorables devant être mises en place pour favoriser l’initiative économique populaire n’est pas encore mûre. Pour parler plus clairement, elle est quasiment inexistante. Pourtant, il y a beaucoup de choses à dire sur les innombrables aspects de l’environnement global qu’il faut modifier pour que la Côte d’Ivoire cesse d’être une « nation de salariés ».

Il faut assainir le cadre global

Pourquoi un jeune étudiant ambitionnerait- il de se mettre à son compte et de travailler dur durant des années pour construire pierre après pierre, non pas une fortune (la majorité des entrepreneurs ne sont pas riches) mais un patrimoine fragile, à défendre constamment…alors qu’autour de lui, les personnes les plus aisées, celles qui « claquent » des fortunes, sont des fonctionnaires s’enrichissant sans effort ni risque sur le dos de l’Etat ? Il faudrait un jour qu’une enquête indépendante raconte le harcèlement dont sont l’objet les petits entrepreneurs les plus honnêtes de la part de contrôleurs des Impôts qui ne respectent absolument pas la valeur « travail », et qui cherchent à les piéger pour les racketter. Ce sont ces fonctionnaires qui fournissent au secteur informel ses raisons d’exister. Un secteur informel qui subit lui-même les effets d’une grande hypocrisie : ceux qui y exercent paient des impôts communaux (y compris quand ils occupent l’espace public de manière anarchique), puis sont violemment chassés, voire dépouillés, en fonction deb l’actualité (sommet international, nouvelles résolutions au sommet, etc.).

Pourquoi entreprendre quand, dès le moindre litige avec un associé, un client ou un fournisseur, une simple «convocation » vous envoie dans le plus infâme des «violons» des commissariats d’Abidjan, où des réseaux faciles à identifier vous extorquent des centaines de milliers de FCFA pour vous éviter la MACA, que vous ayez raison ou tort ? Où sont les tribunaux de commerce, seuls à même de juger sereinement un certain type de querelles ?

La formation et l’encadrement absolument nécessaires

Dès lors qu’il s’agit d’une affaire dont l’objectif va au-delà de la simple survie quotidienne sans perspective, l’entreprenariat est une chose ardue, difficile, exigeante. On ne peut pas entreprendre si on n’est pas formé pour. De nombreux observateurs ou acteurs politiques et sociaux constatent ou se plaignent de la mainmise des étrangers ouest africains ou syro-libanais dans le secteur des PME et du petit commerce en Côte d’Ivoire. C’est une mauvaise manière de voir les choses. Au-delà de tout, ce sont des gens qui ont été formés – par leurs parents – à marchander et à créer de la valeur ajoutée qui s’en sortent dans ce secteur. Et c’est normal.

Ceux qui n’ont pas eu la chance d’être tombés dans la marmite du business dès leur naissance doivent pouvoir compter sur l’Etat pour les préparer à entreprendre. Le premier secteur dans lequel les Ivoiriens sont appelés à le faire, c’est l’agriculture. Mais où sont les BEP, les BAC, les BTS agricoles ? Où sont les filières de formation spécialisées dans les zones rurales elles-mêmes ?

Entreprendre dans les services est une chose bien moins aisée que ce qu’elle paraît. Où sont les pépinières d’entreprises, qui encadrent, protègent et valorisent des bonnes idées, qui deviennent des plans d’affaires viables puis des entreprises rentables ? Quel interlocuteur, quel statut et quelle fiscalité pour les Très Petites Entreprises (TPE) ? Le débat est ouvert.

La question des opportunités

La meilleure manière d’encourager les jeunes entrepreneurs, c’est de les persuader de l’existence d’opportunités. Par exemple, si l’Etat crée une centrale qui rachète à certaines conditions de qualité le riz local pour le revendre aux grossistes (comme à l’époque de la SODERIZ, où l’incurie a tué un bon système), le marché se clarifie, et devient attractif. Certains marchés des collectivités, voire de l’Etat, pourraient être réservés aux « jeunes entrepreneurs ». Sans pour autant que cette modalité ne devienne, comme d’autres, une foire à la magouille. Tout un programme !