topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

14/03/2008

Le nouveau combat de Blé Goudé

459b6d8599a3ed4de3c5b7cdfca61712.jpg
Cet après-midi, j'ai assisté au lancement de la Foire d'information et d'orientation pour l'insertion de la jeunesse. La cérémonie avait pour objectif d'annoncer la tenue prochaine d'un événementiel au cours duquel les jeunes diplômés ou déscolarisés rencontreront les institutions publiques chargées de leur insertion (Agence pour la Formation professionnelle, Fonds national de solidarité, etc...) mais aussi les banques et organismes de financement privés. Ils trouveront ainsi un espace unique où ils pourront s'informer sur toutes les possibilités en vue de la création de leur propre entreprise ou micro-entreprise. A cette Foire, ils pourront aussi rencontrer des spécialistes du montage de projets qui pourront, explique-t-on, transformer leur idée en dossier "bancable".
La particularité de cette Foire, c'est que son initiateur est... Charles Blé Goudé, leader des jeunes patriotes dont l'image d'activiste nationaliste, voire "anti-Français", a fait le tour du monde. Charles Blé Goudé, c'est celui qui a appelé la jeunesse ivoirienne à se mobiliser contre la rébellion, contre les accords de Linas-Marcoussis, contre la France aussi (en novembre 2004, quand l'ex-colonisateur avait détruit la quasi-totalité de la flotte aérienne militaire ivoirienne et avait choisi d'occuper Abidjan).
Aujourd'hui, Blé Goudé, qui s'est entouré pour sa cérémonie d'anciens de la FESCI comme Martial Ahipeaud et de dirigeants des jeunesses de l'opposition et de la rébellion, veut se positionner comme "le grand frère qui aide ses petits à trouver une voie dans le monde économique". Il parle lui-même de "rupture" (le mot de Nicolas Sarkozy) avec un sourire en coin. Cet après-midi, devant un parterre composé de jeunes mais aussi de banquiers (Banque régionale de solidarité, Banque nationale d'investissement, Banque pour le financement de l'Agriculture...), de directeurs généraux d'entreprises publiques et privées, il a explicité sa démarche. Il faut, a-t-il expliqué, "sortir de la politique de la main tendue", parce que "la main qui donne est la main qui ordonne". "Si les chars français ne vous ont pas effrayés, ce n'est pas la réussite qui va vous effrayer, ce n'est pas le travail qui va vous effrayer", a-t-il scandé, en ajoutant : "Votre succès se trouve en vous." Au passage, Blé Goudé a abondamment fait la publicité de son entreprise de communication, Leader's Team Associated, stipulant avec humour qu'il est, comme les jeunes qu'il veut mettre en relation avec les institutions de financement, "en réinsertion".
Blé Goudé réussira-t-il à ouvrir des voies d'avenir aux jeunes qu'il a mobilisés dans le cadre du combat patriotique ? L'enjeu est politique, car il s'agit de fidéliser, de transformer des "marcheurs" en électeurs demain - pour Gbagbo - mais aussi après-demain - pour qui ?
L'enjeu est aussi économique. On a souvent parlé de la "génération qui veut le pouvoir", et qui a émergé dans les années 90 au travers de l'agitation étudiante. Elle s'est profondément incrustée dans l'univers politique (mouvement patriotique, opposition légale, rébellion, etc...) et dans les médias. Demain, trustera-t-elle des positions dans les secteurs économique ? Va-t-elle, dans un contexte différent, imiter la "génération 68" française, qui a utilisé opportunément sa révolte de jeunesse pour la transformer en instrument de pouvoir pérenne ?
En tout cas, les institutions de l'Etat chargées de l'insertion des jeunes, qui ne brillent pas toujours par leur efficacité, rouspètent déjà contre les initiatives de Blé Goudé.
Par ailleurs, une question de fond se pose : la jeunesse ivoirienne, que l'on dit plus prompte à brûler la chandelle par les deux bouts et à chercher à s'intégrer dans la fonction publique, saura-t-elle relever le pari de l'entrepreneuriat ? Les leaders de la jeunesse politisée auront-ils la capacité de faire triompher en Côte d'Ivoire, la "révolution culturelle" de l'initiative privée nationale, annoncée depuis longtemps mais jamais réalisée ?
Le débat est ouvert.

05/02/2008

Côte d'Ivoire : ce que je pense de la crise dans la galaxie patriotique

4126667c502e15c5c84563447f2f7939.jpgJ'avais promis de donner mon point de vue après un post plus informatif qu'autre chose au sujet de l'affaire "haro sur Blé Goudé" qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive. La promesse est une dette. En quelques lignes, ce que j'en pense.

- La galaxie patriotique est actrice et victime des intrigues du Palais. La Présidence de la République est, en Côte d'Ivoire comme dans d'autres pays, un concentré d'ambitions, de haines, de vanités qui s'entrechoquent sans arrêt. Là-bas, on fait de la politique, quel que soit le rang que l'on occupe. On veut montrer, positivement ou négativement, son influence. On peut aller jusqu'à la monnayer. Tout individu côtoyant le chef de l'Etat représente soit un danger, soit un intrus, soit une opportunité. C'est la règle du jeu. Ceux qui savent naviguer dans ces eaux, qui anticipent les jeux d'intérêt des piliers de la Cour, qui savent remercier Untel ou Untel d'avoir indiqué l'heure à laquelle le "boss" est disponible et d'avoir ouvert la porte les séparant du boss, triomphent. Tandis que les autres voient devant eux les portes se fermer, les visages se froisser, les prétextes se multiplier. Etre ou ne pas être dans un clan influent dans l'administration quotidienne de l'agenda du "PR", là est la question.

- La galaxie patriotique est victime de l'idéologie égalitaire. Dans les milieux issus du combat politique et où à un moment donné la camaraderie semblait simple et sans barrières, l'on a tendance à penser qu'il faut satisfaire au même niveau tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont posé des actes héroïques, sans forcément tenir compte de leur efficacité et de leur utilité à l'instant "T". Or la politique est aussi, quoiqu'on dise, une mangeuse d'hommes amnésique, broyeuse de destins, exigeante en matière de résultats quotidiens. Seuls arrivent à "percer" ceux qui savent se rendre utiles de la meilleure des manières, au bon moment.

- La galaxie patriotique est victime de la complexité de la crise ivoirienne et de la "stratégie" présidentielle. Celui qui arrive à survivre, c'est celui qui arrive à décoder le jeu du "chef" et à l'accompagner tout en maintenant sa crédibilité auprès de sa base. C'est à ce jeu-là que Blé Goudé est vraiment le plus fort. Haut-bas-haut, chaud-froid-chaud... mais toujours sur le même tempo que Gbagbo. Blé Goudé a été, lors de la crise, souvent plus en convergence avec "le sommet" que le FPI, parti présidentiel. Il a su jouer de tout ses atouts. Ex-ami de Soro, il saurait comment le combattre. Ami de Soro, il saura comment maintenir le lien avec lui afin que jamais il ne rebascule du côté du RHDP. Ami des vedettes et du mouvement zouglou, il peut participer à la création des "tendances sociétales" que les hommes politiques rêvent tous de contrôler plus ou moins. Accessible et accédant au "lieu saint", il est une courroie de transmission, un agent de lobbying que beaucoup de cercles courtisent au nom de leurs intérêts bien compris.

- Le côté "bété" de Blé Goudé joue-t-il ? Question taboue. Je ne saurais y répondre. Mais je sais que beaucoup de "frustrés" le sont aussi, parce qu'ils n'ont pas joué le bon jeu au bon moment. La politique, c'est un jeu d'échecs dont le seul but est la victoire. Devant ce but, toutes les logiques plient le genou.