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18/11/2010

Abidjan, chronique de l'entre deux tours, par Michel Galy

Ce n’est que dans la nuit du 3 novembre que les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ivoirienne sont tombés : avec un exceptionnel taux de participation de 85%, le scrutin donne 38% des voix au président Laurent Gbagbo soutenu par le FPI, 32% à M. Ouattara leader du RDR, 26% à l’ex président Bédié, dirigeant du vieux parti d’Houphouët Boigny, le PDCI -RDA.

PEURS ET RUMEURS DE LA CAPITALE

Mais depuis le vote du 31 octobre, Abidjan s’est fait peur, « peur pour rien ! » disent maintenant les citadins soulagés. Drôle d’ambiance tout de même au Plateau, ce quartier d’affaires central, complètement déserté d’habitants et de véhicules ; pendant deux jours les transports en commun et les taxis sont restés dans leurs quartiers, les citadins quant à eux calfeutrés dans les concessions, après avoir fait des stocks de provisions, au cas où…

Il faut dire que le traitement médiatique par l’omniprésente RTI(radiotélévision ivoirienne, media d’Etat) semblait parfois surréaliste, décalé, ou parfois inquiétant. Avec une sorte de carence symbolique du pouvoir, lorsque pendant la nuit électorale le général Mangou, chef d’état -major des forces loyalistes, vint en uniforme- mais d’un ton affable, conseiller à ses concitoyens de prendre patience dans le calme. Bientôt relayé par un surprenant alignement de dignitaires religieux dont le porte parole et archevêque d’Abidjan, Monseigneur Kutwa donna les mêmes recommandations, suivi du nonce apostolique ; enfin l’ex leader des rebelles aujourd’hui premier ministre, M. Guillaume Soro prit la parole à l’écran pour conseiller encore et toujours la patience…

C’est que comme toujours en cas d’événement politique majeur, la « capitale des lagunes » était devenu l’épicentre de toutes les rumeurs, parfois relayés par les états -majors ou la presse nationale, si ce n’est par les « envoyés spéciaux »internationaux et l’armada d’observateurs de toute obédience. Dès le lundi matin par exemple, Alhassane Ouattara, le candidat du RDR, était donné gagnant  au premier tour ! L’après midi, Laurent Gbagbo à son tour l’aurait emporté à plus de 50% des voix. Quelques jours après, Ouattara aurait fui le pays, comme par exemple lors de la tentative de coup d’Etat de 2002.Toutes nouvelles évidemment fausses, que partisans fanatiques et adversaires irréductibles diffusaient à l’envi dans les quartiers.

Le traitement médiatique de l’ après premier tour a d’ailleurs été très en deçà des débats ordinaires en Côte d’ivoire : aussi les ivoiriens ont recouru aux sites spécialisés pour une cartographie des votes(cf. www.abidjan .net) , à l ‘écoute des radios internationales (Africa N°1, Bbc, Voice of America, et surtout RFI), et entendu des missionnaires de retour du terrain décliner leurs impressions de voyage sur Africa 24 ou France 24- pour ceux qui ont les « bouquets satellites » à domicile , c’est à dire une mince élite urbaine, mais qui peut faire l’opinion. Pas de débats entre intellectuels de chaque camp, ni d’analyse des votes à la télévision ivoirienne- comme si le sujet était trop brûlant pour être traité.

Si les esprits s’échauffaient à cause des rumeurs donnant tel ou tel gagnant, durant cette curieuse période de latence entre élections et résultats, il en alla de pis en pis à mesure que les résultats tombaient -ou non. En effet après des résultats aussi exotiques qu’insignifiants en chiffres (Canada, Etats-Unis…) donnés par la commission électorale indépendante (CEI), un long silence s’instaura, rompu in extremis dans la nuit du mercredi pour livrer les résultats provisoires. Pendant ces deux jours de vide, les uns donnaient le candidat du RDR, M. Ouattara, vainqueur au 1er tour, tandis que leurs adversaires du FPI, prétendant depuis la campagne qu’il « n’y avait rien en face », croyant dur comme fer au slogan  « un coup KO ! » ; et même les partisans de Henri Konan Bédié, à la campagne pourtant poussive, voyait leur candidat déjà élu !

En l’absence d’élections réellement libres et pluralistes au précédant, malgré des sondages de la SOFRES concordants, cette autointoxication lourde de tensions était peut être inévitable ; pourtant ces slogans de campagne semblaient devenus des réalités politiques non seulement pour les militants, mais même pour les cadres des trois grands partis. Dans les Q.G. respectifs, l’impression de défaite relative était tangible, notamment au RDR et au FPI : les partisans d’Alhassane Ouattara criaient au complot, ceux de M Gbagbo se crispaient à mesure que le score de leur candidat tombait des 50% supposés aux 38% réels ! Réflexe populiste commun : une mise en accusation des « cadres » par les militants, accusés d’avoir détourné l’ argent du candidat au lieu de battre campagne dans les villages et de faire du porte à porte dans la capitale, accusation en partie bien réelle, mais très partagée …

A quelle élection aurait on pu se référer ? Certainement pas à celles organisée par la junte du général Guei, lorsque Laurent Gbagbo remporta à la surprise générale ce scrutin tronqué par près de 60% des voix en 2000 ; il fallut une montée de la population désarmée vers le centre ville, et un massacre des manifestants avant que les forces armées se divisent et permettent le choix, au fond, d’un régime civil ! Certainement pas aux élections du temps aujourd’hui idéalisé d’Houphouët Boigny, au trop long régime de Parti Unique, malgré la Constitution ; après le pluralisme imposé par des manifestation d’opposants, on se souvient qu’en 1990, le jeune leader du FPI, se vit annoncer à l’avance les 18% des voix qu’il allait obtenir face au vieux président…information donnée par des émissaires français, tant la complicité néocoloniale était de mise !

Comme ailleurs, les élections (si ce n’est le pays tout entier…) se sont tenues  sous tutelle d’un contingent pluraliste d’observateurs, s’appuyant sur les corps expéditionnaires de l’ONUCI et la force française Licorne, associés aux ex belligérants des « Forces nouvelles » (rebelles de la zone Nord, non désarmés ni encasernés, contrairement aux accords de Ouagadougou de 2007) et aux forces gouvernementales dirigées par le général Mangou.  Pour autant ces observateurs extérieurs, « coordonnés » par l’ONUCI, ce qui leur ôte beaucoup de leur indépendance et neutralité, n’ont sans doute eu qu’une vue partielle du vote, en l’ absence de connaissance du pays ; par ailleurs le représentant du secrétaire général de l’ONU, M Choi composa une figure parfois tragi comique d’un diplomate asiatique sans grandes affinités africaines, chargé pourtant de « certifier les élections », formule juridico politique ambiguë, constituant une grande innovation électorale…

A une sorte de consensus mou de la communauté internationale succéda des crises d’autoritarisme d’un autre age : on vit ainsi le chef des observateurs de l’Union européenne, M. Christian Preda , tancer avec une certaine arrogance la Commission électorale indépendante avant de faire marche arrière et d’avaliser le premier tour ; selon des information internes à l’Onuci, le poids de l’occupation militaro civile et la lassitude de la « communauté internationale » amena de fait cette organisation à faire silence sur les principales anomalies de l’élection, craignant à juste titre de « mettre le feu aux poudres » en cas d’invalidation.

ALHASSANE OUATTARA ET LA CONQUETE DU POUVOIR

Il est vrai que les partis ivoiriens restant en lice eux mêmes semblent pressés d’aller au second tour : si le RDR a suivi formellement le PDCI de M. Bédié pour demander le recompte des voix, le refus du Conseil constitutionnel ne semble pas l’empêcher d’aller aux urnes, tant sa politique de la chaise vide lui a porté tort dans le passé. Le FPI de M. Gbagbo se garde bien de demander nouveau décompte ou invalidation, bien qu’il dénonce de graves irrégularités au Nord.

En effet, lors d’une investigation récente dans cette immense zone contrôlée par la rébellion(les deux tiers du pays !), on a pu constater une gouvernance bien particulière : si les « com- zones » militaires de la rébellion  se sont taillés des fiefs par région- contrôlant les trafics en tout genre(café et cacao exportés vers le Burkina, diamants, coton, flux de marchandises et de personnes), les ONG occidentales s’occupent de zones et de secteurs selon leurs propres critères, tandis que préfets et administration nationale « redéployée » sont souvent fictifs ou inexistants. Il n’est que de voir un « commissaire politique » (sic ! comprendre un cadre local du RDR) contrôler la parole paysanne en pays sénoufo pour réaliser les causes d’une élection sous contrainte.

Car s’il est à la limite compréhensible que M. Gbagbo n’y recueille que des scores symboliques après la guerre civile (alors que le FPI était implanté en mosaïque dans cette zone Nord, sous Houphouët Boigny), les faibles pourcentages laissés à M. Bédié (rappelons le, officiellement allié à M. Ouattara dans le cadre du RDPH, ou Rassemblement des houphouetistes) est incompréhensible sauf trucage ou bourrage d’urnes. Bien plus, les gouvernementaux prétendent déceler, 3 mois après l’établissement de la carte électorale, et après distribution des cartes d’électeur, de graves distorsions  dans cette zone nord : il y aurait notamment des localités du Nord où le nombre de votants serait supérieur aux nombres d’ habitants du dernier recensement !

Des cadres du RDR, interrogés sur ce point, rétorquent que ce serait l’effet dune immigration de retour, après les persécutions de la période ivoiritaire et le manque de travail en ville ; l’argument est difficilement recevable, non seulement en fonction de l’importance des discordances, mais surtout parce que la majorité des migrations récentes s’est faite vers Abidjan, passé de trois à cinq millions d’habitants après le conflit.

Toutefois l’affirmation du camp Gbagbo selon lesquelles la différence en question viendrait d’étrangers sahéliens « naturalisés »en fraude reste elle aussi à prouver. Il n’en demeure pas moins que le parti présidentiel fera porter l’effort de ses représentants sur cette zone litigieuse, et qu’il poussera les divers « observateurs » à s’intéresser de près à la sincérité du vote.

Dans le camp de la majorité présidentielle, une surprise inattendue qui contredit bien des affirmations sociologiques sur la corruption des moeurs : ni le maintien de Yamoussoukro comme capitale politique ainsi que le souhaitait Houphouët Boigny, ni l’action et les cadeaux des cadres baoulé du FPI(même déroute d’ailleurs au Nord pour les notables « dyoula » du président, tel Laurent Dona Fologo), ni la politique d’amadouement des migrants baoulé à l’Ouest n’y ont fait : en milieu rural , tous ont voté pour H. Konan bédié comme un seul homme!

Dans l’ensemble, les résultats représentent bien l’analyse selon laquelle les trois candidats maîtrisent, via leurs « blocs ethno-régionaux », environ un tiers de l’électorat, en milieu rural tout au moins ; et invalident les thèses révisionnistes » réduisant l’électorat d’un candidat comme Laurent Gbagbo à son « poids ethnique » (7% selon cette « théorie » trop souvent reprise par les responsables politiques et militaires français !)- et comprennent par ailleurs les hommes politiques ivoiriens selon les stéréotypes ethniques les plus coloniaux, voire racistes.

Pourtant, par l’action politique, des régions peuvent être gagnées : ainsi du Nord Est pour M . Gbagbo, du Sud Ouest pour M. Bédié. Mais ce qui change des analyses d’une ethnicité très prégnante dans les campagnes, c’est bien sur Abidjan, où les résultats sont sans appel : 44% des voix pour Laurent Gbagbo, contre 33% pour Alhassane Dramane Ouattara, soit une avance de 150 000voix ; c’est là que le style populiste du président, ses positions anticolonialistes, son aura d’éternel opposant plus que sa fonction officielle ont séduit la jeunesse et les couches les plus défavorisées- réflexe classiciste plus qu’ethniciste.

Dans l’ensemble, la stratégie présidentielle s’est appuyée sur un électorat urbain et jeune, en quelque sorte en devenir, et a échoué à endiguer le repli ethnique dans les campagnes : quelque part l’idéologie du FPI, loin du matérialisme revendiqué, est un idéalisme ; cet « homme politique ivoirien » s’inscrit contre les réalités socioethniques qui ne laisseraient au camp présidentiel qu’un tiers des suffrages en milieu rural, , plus de 50% dans la capitale,mégalopole  qui représente toutefois un tiers de l’électorat.

La clef du second tour est bien évidemment, comme l’ont noté tous les observateurs, le vote PDCI, notamment l’électorat baoulé. Sans revenir sur cette « question des alliances », on peut s’étonner de cette exclusion du PDCI, alors qu’une bonne partie du territoire baoulé était occupée et mise à sac par la rébellion, et que M. Ouattara est l’ennemi personnel et historique d’Henri Konan Bédié- ce dernier renversé et chassé du pays avec la bénédiction du premier ! Comme si tout avait été fait pour pousser le PDCI vers le RDR, les « talibans » du FPI préférant conserver postes et prébendes plutôt que de les partager, sans prévoir un avenir électoral incertain…

Quoiqu’il en soit du passé, on assiste à deux tactiques complémentaires du FPI envers cet électorat en tout sens centriste : neutraliser leurs voix en prônant l’abstention, ce qui parait probable en zone forestière où les colons baoulé sont des allogènes planteurs sur des terres d’autochtones partisans de Laurent Gbagbo ; récupérer des cadres PDCI et faire éclater le « vieux parti » de Félix Houphouët Boigny.

Mais cette tactique, comme celle inverse du RDR de récupérer les voix PDCI en fonction de leur alliance électorale et des consignes de vote de M. Bédié, semble aléatoire. En effet, comme le souligne le constitutionnaliste Albert Bourgi, les second tours sont extrêmement rares en Afrique subsaharienne, et plus qu’ailleurs  les leaders ne sont pas propriétaires de leurs votes : ce que vient juste d’illustrer l’élection guinéenne, ou les voix de M. Sydia Touré, malgré ses propres consignes, ne sont pratiquement pas reportées sur Cellou Diallo.

GBAGBO OU LE CHAOS ?

Comme dans bien des campagnes électorales, un message latent et des stratégies de l’ombre s’inscrivent contre le message affiché : le champ politique est bien « à double référent »,selon des critères occidentaux, et selon des logiques sociales bien ivoiriennes, plus celées Il n’est pas sur que M. Ouattara ait vraiment affirmé que « la Cote d'ivoire peut brûler si je ne suis pas président », même si son comportement d’appui à la rébellion armée corrobore cette attitude ; nul doute que sa défaite se traduirait par des troubles, voire une reprise de la rébellion qui, rappelons le, n’a pas réellement désarmé :comme un troisième tour politico-militaire à venir !

Mais le scénario inverse, poussé au catastrophisme, semble tout aussi redoutable ; en cas d’échec de M. Gbagbo, si son retrait personnel semble certain, l’acceptation de ses partisans n’est pas acquise : Abidjan semble difficilement gouvernable pour M. Ouattara et une reprise des affrontements interethniques de 2002 n’est pas exclure. Dans ce scénario catastrophe, l’armée du général Mangou et surtout la gendarmerie, arme privilégiée du régime , ne resteraient pas inactifs devant un vide de pouvoir dans la rue. Se sentant « le dos à la mer » devant la séculaire « poussée dyoula », les sudistes, notamment ceux de l’Ouest, et les têtes brûlées d’Abidjan, ont parfois des rêves inavouables : les trois ou quatre millions de sahéliens(Mali, Burkina) de la zone forestière sont des cibles tentantes en cas de très graves tensions politiques, ne serait ce que pour récupérer des terres devenues rares ; les grands quartiers dyoula d’Abidjan sont plus vulnérables qu’on ne le pense, étant toujours dans un statut de migrants minoritaires, sur le plan symbolique …et in fine,pour ces extrémistes , une partition ne serait elle pas préférable à la soumission au « candidat de l’étranger »(et pour pousser à bout les non dits, à la nationalité longtemps contestée et à la religion minoritaire ?)

Dans ce cas extrême de figure, nul doute que les forces internationales et le système des Nations unies se trouveraient dans une situation intenable. C’est bien un paradoxe ivoirien qu’il y aurait un danger de guerre, du à une élection tant souhaitée ; mais le pire n’est pas sûr, surtout en cas de reconduite du président sortant ; comment qualifier pourtant un système électoral qui ne fonctionnerait bien  que dans un seul sens ?

13/09/2010

Paix et élections

Paru dans Le Nouveau Courrier du 11 septembre 2010.

Epuisés après huit ans de sécession et plus de dix ans d’instabilité politique chronique, les Ivoiriens soupirent légitimement après le prochain scrutin présidentiel. Bon nombre d’entre eux espèrent que les urnes apporteront une paix définitive, là où les kalachs ont charrié la guerre, le sang et la mort. Leur attente sera-t-elle déçue ? Le pays tout entier prie pour que la réponse à cette question soit négative.

Pour conjurer le malheur, il serait tout de même bon de s’interroger sur la nature exacte de la relation entre la paix et les élections en Côte d’Ivoire. En d’autres termes, est-ce l’absence d’élections qui a entraîné la guerre ? Bien évidemment, non. La crise armée a commencé le 19 septembre 2002, moins de deux ans après la présidentielle du 22 octobre 2000, et quelques semaines après les premiers scrutins départementaux du pays. C’est la volonté de contrarier un processus électoral dont l’issue était considérée par certains comme illégitime qui a donné naissance à la rébellion. Une rébellion dont le projet initial était un coup d’Etat.

L’on peut considérer que la guerre est la conséquence d’un scrutin jugé illégitime par certains, parce que le processus qui y a conduit était fondé sur de mauvaises bases, selon eux. C’est ainsi que, quand ils ont jeté le masque de « zinzins » et « bahéfoués » derrière lequel ils se cachaient, les rebelles ivoiriens ont fustigé « l’exclusion » dont certains candidats ont été victimes en octobre 2000, puis exigé que « chaque Ivoirien » ait sa carte d’identité – après avoir, curieusement, compromis le processus d’identification en détruisant de manière systématique tous les registres d’état-civil se trouvant sur leur passage.

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En résumé, c’est la contestation électorale qui a conduit la Côte d’Ivoire à la crise armée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, faut-il s’inquiéter d’une tragique répétition de l’Histoire ? Les croyants doivent en tout cas redoubler de ferveur dans la prière, dans un contexte où un leader du RHDP appelle les militants de son bord à descendre dans les rues en cas de proclamation de Gbagbo comme vainqueur et où les dignitaires du camp présidentiel pestent contre une liste électorale qu’ils considèrent comme « truffée de fraudeurs ».

Il est incontestable que ce qui préserve un pays de la guerre, c’est le refus de ceux qui en ont les moyens d’en prendre l’initiative. C’est la sagesse et le sens des responsabilités de l’élite politique qui protègent le peuple. C’est sa conception de l’entreprenariat politique qui détermine tout. Ce qui nous a malheureusement été donné de voir durant les huit dernières années, c’est une compétition dans la « course aux ressources », qu’elles soient directement financières ou « monétisables », tant au sein du gouvernement qu’entre les belligérants. L’exemple le plus tragiquement évocateur restera dans l’Histoire le cacao ivoirien, dont une partie des recettes a été détournée dans la zone gouvernementale, tandis que la totalité de la production des zones sous contrôle de la rébellion était exportée à travers une « nouvelle route contrebandière » passant par le Burkina Faso et le Togo. Le fruit des rapines des deux bords étant pour partie précieusement conservé dans des banques européennes…

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Si la politique est vue comme un moyen d’enrichissement facile, et si perdre les élections signifie perdre une source de revenus confortables, pourquoi ne pas investir une partie de ce qu’on a pour « garantir l’avenir », y compris par un recours à la force armée aux fins de conquérir des territoires ou des postes ministériels « juteux » ? De plus, les diverses formes de « partage tribal/clanique » des différentes portions de la rente politique nationale lient étroitement des leaders (nationaux ou régionaux) à leurs bases, constituées en général sur le mode communautaire. Ce sont donc des « armées dormantes » qui peuvent être mobilisées à n’importe quel moment.

La Côte d’Ivoire demeure donc tout aussi fragile que le jour où le démon de la guerre l’a visitée. Sa sortie de convalescence dépend de manière centrale de ses hommes politiques. De leur capacité à laisser le jeu démocratique se faire, mais aussi de leur volonté de bâtir des consensus solides, y compris en ce qui concerne le partage du pouvoir aux différents niveaux, et la détribalisation – qui ne peut être que progressive – d’une société ivoirienne qui a trop souffert et qui rêve d’une nouvelle ère. Celle de « l’entente cordiale ».

 

26/03/2010

Garba de la paix en Côte d'Ivoire

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Hilarant, n'est-ce pas ? Un peu de détente dans un monde de brutes. Merci, Gbich !

02/07/2009

Biens mal acquis : Bédié aussi !

 

 

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Un lecteur régulier de ce blog nous signale que le dernier rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), très commenté parce que le président camerounais y fait son entrée, évoque aussi l’ancien président ivoirien Henri Konan Bédié – lancé dans une campagne électorale dont il espère qu’elle se soldera par sa victoire à la prochaine présidentielle. Voici les extraits qui le concernent.

 

"Le successeur d’Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, dont la fortune était estimée par le Quid, en 1992, à 2,5 milliards de francs français (380 millions d’euros) alors qu’il n’était encore que Directeur des douanes sous Houphouët-Boigny, a connu plus d’ennuis. Non pas en France, où il entretenait des relations avec les hommes politiques qui lui offrirent d’ailleurs l’exil quand il fut renversé par le général Gueï en décembre 1999, mais en Suisse, où ses comptes furent gelés le 8 mars 2000 par l’Office fédéral de justice. Ce dernier avait en effet reçu une demande d’entraide judiciaire de la justice ivoirienne pour bloquer les comptes de l’ancien président, qui aurait notamment détourné 24,8 millions $ d’aide européenne à la santé. Seulement 5 à 7 millions de francs suisses furent bloqués

dans neuf banques. Depuis, l’entraide judiciaire accordée à la Côte d’Ivoire n’a pas été poursuivie par la Suisse, qui met en cause le manque de volonté politique des autorités ivoiriennes dirigées par le général Gueï, qui n’auraient fourni aucune preuve. Elles avaient pourtant délivré à l’époque un mandat d’arrêt international contre H. K. Bédié, qui résidait alors en France. Il ne fut jamais inquiété par la justice de son pays."

 

Pour lire le rapport en entier, cliquez ici. Il est très intéressant, notamment quand il évoque l’hypocrisie des Etats occidentaux qui sont les plus gros profiteurs de la cupidité de certains chefs d’Etat du Sud, et les « palabres » autour de la succession d’Houphouët-Boigny."