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25.08.2008

Digg-like afro-orientés

Sortant péniblement de plusieurs jours de maladie, j'ai eu la surprise d'apprendre la naissance de l'agrégateur pour l'Afrique francophone, Bao Afrobazz. Voici ce qu'en disent les promoteurs :

"Nous vous invitons à partager "vos nouvelles" en lien avec le continent africain sur le site communautaire bao.afrobazz.com. Cette initiative a pour objectif d'offrir plus de visibilité à la blogosphère africaine francophone ainsi qu'à tout ce qui a trait au continent africain et sa diaspora. La communauté bao.afrobazz.com n'est donc pas réservée aux seuls blogeurs mais à tous ceux et celles qui souhaitent partager et commenter tout type d'information (articles, vidéos, photos...) en lien avec le continent africain. Alors à très bientôt sur http://bao.afrobazz.com/ BAO est l'acronyme de Bouche à Oreille."
Pour proposer des liens ou voter pour des posts, des articles, des photos, des vidéos ou des podcasts qui vous ont plu, il faut s'inscrire sur le site - comme je suis en train de le faire... Ceux qui connaissent Digg, Scoopeo ou Wikio comprendront assez rapidement le système Afrobazz. Bon à savoir, un autre agrégateur afro-orienté s'est créé ces dernières semaines. Il est bilingue et a une philosophie légèrement différente : Afrikeo. Nous, blogueurs afro-orientés, ne pouvons que nous réjouir à haute voix de la création de plateformes qui nous permettent d'augmenter notre audience. Bon vent à Bao et à Afrikeo.

13.08.2008

Quand des Africains font de la prospective

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Je viens de terminer un livre que je distribuerais bien - si je le pouvais - à tous nos chefs d'Etat, lors du prochain sommet de l'Union Africaine. Son titre ? Intellectuels africains face à la mondialisation. C'est un ouvrage collectif coordonné par Jacques Bonjawo, ingénieur informaticien camerounais, qui a été le premier Africain à accéder à un poste de manager au siège social de Microsoft, il y a dix ans. Neuf experts africains de haut niveau s'y expriment sur des sujets divers, dont le point commun est qu'ils relèvent de la stratégie et de la prospective à moyen terme. Ils constituent un début d'articulation de propositions pour inverser le cycle négatif dans lequel l'Afrique semble plongée depuis deux décennies. Didier Acouetey, patron d'une boîte de recrutement, consacre son article au défi des ressources humaines, qu'il est indispensable de relever en prenant à bras le corps la "crise de compétences", liée à un système éducatif "inadapté", parce que totalement coupé des besoins exprimés par l'économie réelle. En effet, ne trouvez-vous pas aberrant qu'en Côte d'Ivoire, pays agricole par excellence, il n'y a ni CAP ni BTS en techniques agricoles et qu'on ne forme quasiment que des ingénieurs-fonctionnaires ? Le Pr Fernand Sanou de l'Université de Ouagadougou fustige, quant à lui, un enseignement à finalité sélectionniste et plaide pour une démocratisation de l'apprentissage libre à distance, notamment grâce aux TIC (un aspect sur lequel le Pr Peter Kinyanjui consacre de longues pages), mais également - ce qui n'est pas contradictoire - pour la formation, non pas d'élites administratives, mais de vrais visionnaires. Lucie Bourthoumieux, avocate au barreau de Paris, quant à elle, consacre un long développement au rôle irremplaçable de l'Etat dans le défi économique. Un Etat qu'il faut participer à renforcer dans son rôle régalien. "Pouvons-nous continuer à ignorer que les différentes tentatives de déstabilisation dont sont victimes les Etats africains et les souffrances des populations qui s'ensuivent sont l'une des causes fondamentales de la misère économique et sociale de ce Continent ?" Yves Ekoué Amaïzo, économiste à l'ONUDI, revient, quant à lui, sur le projet de monnaie unique africaine. Il ne se contente pas d'incantations mais fixe une voie : une banque centrale électronique, organisée grâce à un vaste réseau informatique uniformisé qui améliorerait, dans la phase transitoire, les mécanismes de la compensation qui, mal maîtrisés, tueraient le projet. Jacques Bonjawo lui-même évoque l'enjeu des biotechnologies agricoles et médicales. Bien adaptées, bien diffusées, fruit de consensus régionaux, elles pourraient avoir un véritable effet de levier. J'ai refermé ce livre en me disant que l'Afrique a déjà à sa disposition le matériau programmatique de base nécessaire à sa renaissance. Il reste à le mettre en musique. Pour cela, il faudrait déjà améliorer la visibilité des idées indispensables à l'accouchement de lendemains meilleurs. Pour cela, quoi de mieux qu'un blog participatif à la fois élitaire et grand public, engagé et ouvert, comme il en existe plusieurs aux Etats-Unis ?

21.04.2008

Chefs d'Etat africains : qui est franc-maçon ?

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Il est vrai que les dossiers sur les francs-maçons et leurs mystérieuses connexions sont devenues une sorte de "marronnier" pour la presse française. Il n'empêche que les "Unes" évoquant ceux qui se font appeler "les fils de la veuve" attirent toujours. Comme beaucoup d'autres lecteurs, je me suis plongé avec beaucoup d'intérêt dans la lecture de l'enquête de Vincent Hugeux et de François Koch publiée dans L'Express de la semaine dernière et intitulée "Francs-maçons : l'Afrique aux premières loges". Je m'y suis plongé d'autant plus facilement qu'une sorte de "trombinoscope" aguicheur capte forcément l'attention. On y trouve, sur fond de carte d'Afrique, les photos des chefs d'Etat considérés comme des "frères au grand jour" - Omar Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Idriss Déby Itno (Tchad) et François Bozizé (République centrafricaine). Le dernier cité, indique L'Express, par ailleurs révérend supérieur d’une Eglise du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem, a sollicité à l’automne 2007 la bénédiction du pape Benoît XVI. On y signale aussi les "frères de l'ombre", qui s'abstiennent de commenter, voire démentent : Abdoulaye Wade (Sénégal), qui a, "semble-t-il, pris ses distances avec sa loge, d'autant qu’il doit tenir compte de l’hostilité de l’islam confrérique envers la franc-maçonnerie" ; Blaise Compaoré (Burkina Faso), parrainé par son ministre des Affaires étrangères, Djibril Bassolé ; Amadou Toumani Touré (Mali) ; Mamadou Tandja (Niger) ; Thomas Yayi Boni (Bénin) et Paul Biya (Cameroun), qui aurait été initié avant de se rapprocher de la mouvance rosicrucienne. Les "demi-frères" sont ceux qui ont été approchés et envisagent de rallier la « tribu » : Faure Gnassingbé (Togo), et Joseph Kabila (République démocratique du Congo). Au-delà du trombino, le dossier de L'Express nous en apprend de bien belles sur les moeurs politiques en Afrique noire. Par exemple, Denis Sassou N'Guesso a "converti", en 1996, Idriss Déby et ses "frères ennemis" aujourd'hui rebelles, Tom et Timane Erdimi. L'article de L'Express confirme que les "frères de lumière" ont été les maîtres d'oeuvre de la conférence de Kléber, après Linas-Marcoussis, où il était question de "déshabiller" Laurent Gbagbo pour "habiller" Seydou Diarra et tout le lobby qu'il représente, que le général Robert Gueï a été "initié en présence d’une brochette d’anciens officiers français et catapulté en un clin d’œil au 33e degré, dignité suprême" et que la bataille de Brazzaville entre Lissouba et Sassou était aussi une bagarre entre le Grand Orient et la Grande loge nationale de France (GLNF). On peut lire cette vérité affolante, qui montre que certains de nos Etats ont été "privatisés" au profit de mouvements ésotériques tirant leur substance de l'étranger : "Au Gabon, au Congo-Brazza ou au Cameroun, décrocher un maroquin demeure, pour le non-initié, un authentique exploit". A la fin de la lecture de cet article, on est persuadé d'une chose : franc-maçonnerie en Afrique = Françafrique. On se dit aussi que s'im est vrai qu'on reconnaît l'arbre à ses fruits, alors la franc-maçonnerie en Afrique est assurément une plante vénéneuse produisant des "tyrans éternels". L'article en entier ici.

02.04.2008

Vie chère : mes propositions à nos gouvernements

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Le district d'Abidjan a été secoué pendant deux jours par des manifestations contre la vie chère. La Côte d'Ivoire rejoint le Sénégal, le Burkina Faso et le Cameroun qui ont été ébranlés par la colère des consommateurs. Dans une intervention télévisée hier dans la nuit, le président Gbagbo a annoncé des mesures fiscales et douanières et a déploré la "spéculation inacceptable" de certains opérateurs économiques. Pour ma part, j'ai quelques suggestions que j'aimerais verser dans la "boîte à idées" du président et du gouvernement. - Premièrement, je pense qu'il faut faire quelque chose au plan mondial pour des denrées comme le riz et le blé. Les économistes nous expliquent que la tendance haussière des prix est une tendance au long cours. Ces denrées deviennent donc des denrées stratégiques. Les Etats doivent s'impliquer dans leur importation. Je songe à des négociations avec les gouvernements des pays producteurs sur la base du troc. Le troc revient en force sur les marchés internationaux. Pourquoi ne pas proposer des formules "cacao contre riz" voire "pétrole contre blé" ? Les pays africains bénéficient aussi de la tendance haussière des prix. Il y a des compensations possibles. Les denrées alimentaires sont désormais des enjeux diplomatiques. - Deuxièmement, il faut lancer des campagnes pour encourager les populations dans les zones périurbaines à s'investir dans l'agriculture vivrière. On peut travailler en ville pendant la semaine et aller au champ le samedi. L'agriculture doit devenir une activité secondaire plus courante. En Côte d'Ivoire par exemple, la réinsertion des ex-combattants voire le retour des "déplacés de guerre économiques" doit comporter un volet "création de fronts agricoles", notamment dans les zones dépeuplées de l'Ouest. - Troisièmement, les gouvernements devraient financer des "comparateur de prix" consultables sur Internet et grâce aux téléphones mobiles. L'information économique rend le consommateur plus puissant et encourage les "attitudes citoyennes" parmi les industriels et les commerçants. Puisqu'il faut être constructif, voici quelques idées. Je suis sûr que "le village" en a d'autres...

29.03.2008

Faut-il continuer à soutenir Mugabe ?

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Aujourd'hui, le Zimbabwe, économiquement exsangue, élit son président. Robert Mugabe, président sortant, est aux prises avec Simba Makoni, ancien de la ZANU-PF, son parti, et Morgan Tsvangirai, candidat du MDC, et "opposant historique". Tout le monde prédit la victoire de Mugabe, que les médias occidentaux ne peuvent désigner sans ajouter à son nom le qualificatif "dictateur". Mugabe, nous explique-t-on, gagnera parce qu'il s'est donné les moyens de gagner. Et non parce qu'il est soutenu par le peuple. Je me méfie de ce genre de jugements catégoriques - on en a beaucoup entendu en Côte d'Ivoire, et ils étaient complètement erronés. L'Occident m'intéresse peu. Je m'interroge et j'interroge les Africains : doit-on continuer à soutenir Mugabe, au pouvoir depuis 28 ans, et qui veut mourir sur son fauteuil, pour la seule raison que sa lutte contre le scandale des terres est légitime ? N'y a-t-il personne dans son parti qui peut continuer sa lutte pour la justice foncière dans son pays ? Si l'on met de côté le combat contre un Occident qui soutient l'inacceptable - la monopolisation des terres arables par les Européens, qu'est-ce qui distingue Mugabe de Bongo ou de Biya ? N'est-il pas un "tyran éternel" comme les autres ? Mugabe nous séduit parce que notre imaginaire politique s'abreuve à la source d'une certaine philosophie anticolonialiste, progressiste. Nous avons trop supporté les "puppets" de l'Occident pour être insensibles à une certaine forme de courage chez lui. Mais cela suffit-il ? "Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement", écrivait Albert Camus dans L'Homme révolté. Nous disons non à la dictature, au néocolonialisme, à la société verrouillée. Mais à quoi disons-nous oui ? Personnellement, je dis oui à la liberté pour l'Afrique de choisir ses partenaires dans le contexte de la mondialisation, à la conscience patriotique de nos dirigeants, à une société libérale et démocratique. Les fondements philosophiques de l'indépendantisme à l'américaine me séduisent plus qu'une vulgate marxiste devenue trop commode pour les partisans du monolithisme politique. Ce qui ne signifie pas que je suis favorable à la politique contemporaine des Etats-Unis. Robert Mugabe est certes un nationaliste, mais il n'est pas un républicain. En République, la mort du chef sur son fauteuil est une malheureuse exception, un accident. En monarchie, c'est la loi naturelle. Je me méfie de plus en plus des rhétoriques politiques tournant autour du "revanchisme". Une chose est de résister fermement contre l'envahisseur, une autre est de tirer profit de l'existence ou du souvenir de l'envahisseur pour s'éterniser au pouvoir. A la démarche de Mugabe, je préfère la méthode sud-africaine, qui privilégie la restauration du lien social entre les communautés - la réconciliation, donc - et la rectification patiente des inégalités, dans un environnement pacifié.

17.02.2008

Célestin Monga : de la prison de New-Bell à la Banque mondiale

c64e1ce9bb5eed198ac2a7761b773acf.jpgIl y a des attentes qui vous semblent insupportables. Après avoir appris par le net la publication du dernier livre de Célestin Monga, "Un Bantou à Washington", et l'avoir commandé dans une grande librairie de la place d'Abidjan, il a fallu plus de deux mois pour qu'il arrive - je ne sais pas pourquoi. Mais je l'ai finalement eu, et je l'ai dévoré en moins de deux jours. Un régal ! Un régal esthétique d'abord, parce que Célestin Monga écrit très bien.

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