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19/11/2010

Le livre que je déguste en ce moment

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"La décolonisation africaine n'aura-t-elle été qu'un accident bruyant, un craquement à la surface, le signe d'un futur appelé à se fourvoyer ?" Cette première phrase de la quatrième de couverture de "Sortir de la grande nuit", que je suis en train de déguster entre deux reportages sur l'élection présidentielle ivoirienne ou l'économie ouest-africaine, explique à elle seule pourquoi j'aime son auteur, Achille Mbembe.

- Le style est beau, incandescent, incantatoire... même si des fois la langue de bois universitaire reprend le dessus, avant de se ramollir et de se faire poétique et puissante.

- Achille Mbembe est un des intellectuels les plus en vue de sa génération, mais il n'écrit pas pour poser et pour tenir son rang. Il vit son écriture. Elle est le signe de son attente inquiète du moment historique où son continent se lèvera pour assumer son destin. Veilleur de son époque, il scrute les premiers signes de l'aube, avec lucidité, perplexité et persévérance. On sent un bouillonnement, une espérance, une authenticité qui manque chez trop de rhéteurs de nos contrées.

- Professeur d'histoire et de science politique, Mbembe n'a pas peur de décloisonner les savoirs et de s'appuyer sur la littérature, la musique, l'économie, les symboles, dans son grand travail d'explicitation d'aujourd'hui et de décryptage de demain.

Promis, je ferai pour vous une critique de "Sortir de la grande nuit". Mais donnez moi, par pitié, le temps de le lire. Au rythme d'un reporter pressé de toutes parts par une actualité qui va dans tous les sens...

Qui parmi nous a déjà lu le livre ?

Qui a l'intention de l'acheter ?

08/09/2010

La fin de l’innocence

Cet éditorial est paru dans Le Nouveau Courrier du 7 septembre 2010.

Ces derniers jours, j’ai relu « Divagations », roman publié par Bédi Holy durant la décennie dernière et que j’ai dans ma bibliothèque depuis sept ans. « Divagations » s’inspire des grandes batailles politiques et syndicales qui ont marqué le début des années 1990. L’auteur les raconte à travers son personnage central – le prince-érudit Oko Ménéda revenu de son exil occidental, qui fait face aux persécutions du régime et est entraîné par son neveu dans le combat contre les excès du Père de la nation. Un Oko Ménéda finalement tué par les séides du régime, mais qui sera ressuscité dans le secret, par des forces telluriques d’une Afrique profonde échappant à l’emprise totalitaire.

L’épilogue de « Divagations » est plein d’espoir, et préfigure d’un avenir radieux pour la République (imaginaire) de Logadou, avec une relève assurée – Oko Ménéda et son fils, en exil temporaire, mais qui reviendront. Pourtant, quand on lit ce livre avec nos yeux de 2010, l’on ne peut s’empêcher d’avoir un goût d’amertume à la bouche. Voire de nourrir sa besace d’ivoiropessimisme.

Dans «Divagations», il y a une omniprésence de la figure romantique, à côté de celle du « tyran éternel » (selon l’expression du romancier Patrick Grainville) et de ses courtisans. Oko Ménéda, l’intellectuel intègre qui refuse l’offre du président de la République – devenir ministre ! – et préfère chercher du travail en dépit des persécutions, est là pour tracer un sillon nouveau. La « Fédé » (terme utilisé pour désigner l’équivalent romancé de la FESCI) est un groupe de jeunes à l’intelligence vive et au sens critique acéré, adepte des débats d’idées. Et capable d’héroïsme. « Nous lutterons contre toutes les adversités, quitte à en perdre la vie (…) Jeunesse orpheline, nous refusons de servir d’agneau de sacrifice aux ambitions cupides de nos devanciers : ils ne le méritent pas ! », scande un des étudiants que campe Bédi Holy.

Quelles sont les organisations, les individus, les courants d’idées qui incarnent ce type de figure romantique, près de vingt ans après les événements décrits par l’auteur de « Divagations » ? Violente question ! Au point de vue politique, le Père de la Nation hostile à la démocratie n’est plus. Dans la douleur, une alternance s’est même réalisée. Laurent Gbagbo, longtemps figure romantique et porteur de la « folie » qui seule fait avancer l’Histoire, est président de la République. Mais l’âge d’or n’est pas venu. Chacun a ses raisons pour expliquer le bégaiement de notre Histoire, mais il est là. Implacable.

Dans les faits, ceux qui incarnaient le système et ceux qui le combattaient ont eu l’occasion de gouverner. Ces dix dernières années, ils l’ont même fait à la fois ensemble et les uns contre les autres. La dictature d’un seul chef s’est transformée en tyrannie des politiques, chacun jouant avec (et se jouant souvent de) ses soutiens les plus zélés. Les tendances prédatrices des gouvernants, qu’ils soient d’anciens imprécateurs ou des bébés gâtés de l’oligarchie, se sont renforcées – implicitement appuyées par un peuple nourri à la mamelle du clientélisme.

La « Fédé » dont parle « Divagations » est méconnaissable. Hier, elle se battait pour la qualité des repas dans les restaurants universitaires, aujourd’hui elle intimide et veut fermer les yeux de ceux qui y furètent et racontent ce qu’ils y ont vu : des bâtiments délabrés, une nourriture immangeable. Elle s’est à la fois alliée à l’autorité et aux entreprises qui font leurs marges en dégradant la « pitance » des étudiants. Ses responsables de l’époque sont aujourd’hui dans l’arène politique, où certains sont entrés par la force de la kalach. Et on ne peut pas dire que le souci des générations d’après eux soit déterminant dans leur pratique de leur « métier ».

Sur les chantiers sociaux, on n’a pas avancé. La MACA (rebaptisée C.A.C.A) que décrit Bédi Holy n’a pas changé, en dépit du fait que ses pensionnaires d’il y a dix-huit ans sont aujourd’hui aux affaires. Elle demeure un univers de « déshumanisation », où des « adultes violeurs » continuent d’abuser d’adolescents sans défense. Bédi Holy parle de Samuel, arrivé en prison à 13 ans, et qui s’y trouve toujours à 25 ans… sans avoir été jugé. Aujourd’hui, des Samuel pullulent toujours à la MACA. « Et voilà, dans toute sa laideur, la vanité des discours : ceux qui ont le pouvoir ont-ils idée de la réalité des institutions sous leur autorité ? Ceux qui sont administrés se rendent-ils compte de la dichotomie entre les discours et les faits ? Et ceux qui critiquent, connaissent-ils vraiment la densité concrète des tares qu’ils dénoncent ? », s’interroge l’écrivain. Ses questions sont toujours d’actualité.

Voici donc notre imaginaire bien sec, et nos rations de cynisme renouvelées. C’est dans ce contexte que Laurent Gbagbo, numéro un ivoirien, a appelé, lors de sa tournée de l’Agnéby (précisément lors de l’escale de Rubino) à réhabiliter la politique. Vaste chantier ! Qui ne pourra avancer que si les différents bords politiques laissent l’occasion à ceux qui participent au renouvellement de l’intelligence de revisiter l’utopie, comme aux jours où il était totalement fou d’imaginer le multipartisme et la liberté d’expression… et où certains l’imaginaient. Il faut surtout que cette utopie soit force créative, qui s’incarne et s’enracine, et non verbiage d’un instant… qui s’envole, puisque les paroles s’envolent.

29/05/2010

Un demi-siècle de turpitudes (3)

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Une fois que seront éteints les lampions de la grande fête du cinquantenaire, qui s’étalera sur toute l’année 2010, une question se posera avec acuité : à quoi ressembleront les cinquante prochaines années ?

Une chose est sûre : cela fait très longtemps que l’Afrique n’a pas été dans une position stratégique aussi favorable. Prise en otage pendant la guerre froide, puis délaissée par un Ouest trop pressé de venir au secours de l’Est, elle a repris de la  «valeur» notamment avec le réveil de la Chine et sa ruée sur les matières premières du continent.

L’Afrique est redevenue intéressante, et les livres «autorisés» écrits sur elle en témoignent. En 2003, le journaliste Stephen Smith, à l’époque plus célèbre spécialiste de l’Afrique dans la presse française, publiait un livre devenu célèbre, Négrologie – Pourquoi l’Afrique meurt, auréolé du prix France Télévisions du meilleur essai. Il décrivait le continent comme un «Ubuland, sans frontières, terre de massacres et de famines, mouroir de tous les espoirs». «L’Afrique agonise, quoi qu’en disent, une fois l’an, au creux de l’actualité, les optimistes forcenés des dossiers spéciaux sur ‘l’Afrique qui bouge», assénait-il.

Le 18 mars 2010, Le Temps de l’Afrique, un livre rédigé par Jean-Michel Severino, ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD), défend une thèse radicalement différente.

Dans son résumé, on peut lire : «Le XXIe siècle sera celui de l’Afrique. On la croyait vide, rurale, animiste, pauvre, oubliée du monde. Or, cinquante ans après les indépendances, la voici pleine à craquer, urbaine, monothéiste. Si la misère et la violence y sévissent encore, la croissance économique y a repris ; les classes moyennes s’y développent à grande vitesse. Elle est désormais au centre de nouveaux grands enjeux mondiaux. Bref, elle était «mal partie» ; la voilà de retour – à grande vitesse.»

Ne nous y trompons pas. La belle promesse de prospérité qui s’offre à l’Afrique ne sera qu’une occasion gâchée de plus si son élite se contente d’accumuler les nouvelles rentes minières et agricoles, de s’endetter et de consommer de manière frénétique. Nous devons croire, au-delà des pétitions de principe énoncées trop souvent de manière mécanique, qu’une belle histoire collective peut s’écrire après ce que l’historien Achille Mbembe a appelé «le temps du malheur». Sans la foi qui soulève les montagnes, comment trouver l’énergie nécessaire pour relever les défis colossaux de la formation là où, cinquante années après l’indépendance, ceux qui sont allés à l’école «des Blancs» sont trois fois plus nombreux à grossir le nombre des chômeurs – dans le cas spécifique de la Côte d’Ivoire – que les analphabètes ? Comment prendre le risque d’ouvrir radicalement des systèmes fermés au profit de l’oligarchie, comment innover, étonner ?

«Les ennemis de l’Afrique, ce sont les Africains», chantait, il y a plus de dix ans, Alpha Blondy. Avait-il raison ? Difficile de trancher de manière radicale, mais il est clair que, dans notre manière de vivre, nos renoncements, notre cynisme ordinaire, nous montrons que nous sommes habités par un afro-pessimisme justifiant toutes les dérives par le principe du «sauve-qui-peut».

Si nous voulons fêter un beau centenaire, c’est contre ce syndrome caché mais puissant de la démission, voire de l’autodestruction, que nous devons nous battre. Un syndrome très finement diagnostiqué par Célestin Monga, intellectuel de haut niveau et décrit avec talent dans son livre Un Bantou à Washington, où il évoque dans un passage le Cameroun de sa jeunesse, qui reste le même aujourd’hui. «Autour de moi, les familles étaient souvent déshumanisées par l'intériorisation de la conscience de la misère matérielle, ou hantées jusqu'à l'obsession par le syndrome du dénuement. Fort logiquement, la fin justifiait les moyens. (...) Rechignant à faire l'inventaire du nationalisme et de ses obsessions idéologiques, beaucoup de chercheurs restaient prisonniers d'une dichotomie stérile : soit ils concentraient leurs efforts à hurler leur dépit superficiel aux anciens colons français notamment, soit ils ambitionnaient simplement de séduire et de mimer l'action de leurs anciens oppresseurs. (...) Le Cameroun m'apparaissait comme le miroir brisé de mes ambitions naïves, comme le résumé d'une Afrique paralysée par un face-à-face tragique : d'un côté, l'hédonisme et le cynisme de la petite élite ayant réussi à tirer son épingle du jeu ; de l'autre, l'autopessimisme et le nihilisme des personnes pauvres. (...) Les deux camps étaient cependant d'accord sur quelques urgences : la libération des désirs et la course effrénée aux plaisirs immédiats, à l'enrichissement facile et à la prédation.»

Il faut changer de paradigme.

27/05/2010

Un demi-siècle de turpitudes

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Faut-il célébrer le Cinquantenaire de l’indépendance ou pas ? Autour de cette question, s’organise en Côte d’Ivoire une polémique rageuse. Les contradicteurs brodent entre autres autour des dépenses qu’occasionneraient des cérémonies festives à une période de crise aiguë, de la nécessité de marquer d’une pierre blanche l’année du Jubilé, des éventuelles récupérations politiques d’un moment dont le caractère historique n’échappe à personne…

Au final, on pourrait en oublier l’enjeu mémoriel. Se rappeler, évaluer le chemin parcouru, interroger les échecs. Peut-être faudrait-il au passage que nous changions notre regard sur l’Histoire, que nous aimons à mobiliser pour régler des comptes toujours très contemporains. Alors que nous avons tout intérêt à la regarder froidement et à nous éclairer de sa lumière crue.

Dix-sept pays africains fêtent leur demi-siècle cette année. Parmi eux, treize anciens pays colonisés ou placés sous tutelle française. De manière générale, on peut résumer leur parcours en quelques étapes. L’enthousiasme délirant des indépendances « cha cha », le temps de la déstabilisation et/ou des tentatives de déstabilisation des « pères de la Nation », les années de croissance et des « pères bâtisseurs », les années de crise et de surendettement, la période des ajustements structurels violents, des revendications démocratiques et des déstabilisations armées… Quand on fait la balance, les turpitudes et les échecs pèsent souvent plus lourd que les succès et les progrès. A qui la faute ?

Pour répondre à cette question, il faut regarder en détail le « butin » qui remplissait la calebasse des indépendances. Tout bien considéré, il était si léger que l’on peut se demander, sans verser dans la provocation inutile, si la décolonisation n’est pas arrivée trop tôt. Les pays à qui l’indépendance était octroyée en 1960 n’avaient pour la plupart aucun pouvoir de négociation (les Anglo-Saxons parlent de « bargaining power » ). Il s’agissait de micro-Etats, à la population faible et faiblement alphabétisée, aux structures de production rudimentaires dépendant de manière absolue des conglomérats coloniaux. De plus, le contexte international caractérisé par la guerre froide ne laissait guère le choix aux « pères de la Nation ». Ils étaient sommés de choisir entre deux marionnettistes : l’Occident (souvent représenté par l’ancien maître, utilisé par le bloc capitaliste comme contremaître) et l’Empire rouge. L’un et l’autre jouaient aux échecs sur des pays dont on disait qu’ils étaient redevenus maîtres de leur destin.

Après la chute du rideau de fer, alors que les « Blancs qui avaient gagné » finançaient la remise à niveau de l’économie des « Blancs qui avaient perdu », les pays africains étaient sommés de se « débrouiller » pour réparer les excès commis par les chefs locaux et leurs anciens marionnettistes, très souvent au nom de la lutte contre le communisme : éléphants blancs, endettement non soutenable, etc…  C’est aussi en Afrique que toutes les armes légères fabriquées durant la guerre froide étaient réexpédiées et mises au service de guerres de prédation habilement camouflées sous des oripeaux de querelles tribales inexpugnables.

Commémorer les indépendances ne va pas sans déterminer le sens qu’elles revêtaient pour les différentes parties prenantes. Avec le recul, on se rend compte que la « libération » qui a été proclamée il y a cinquante ans ne signifiait rien pour les anciens maîtres. Elle n’a été, tout au plus, qu’une modalité de gestion du changement de rapport de force intervenu après la Deuxième guerre mondiale avec l’affaiblissement de nations coloniales européennes épuisées par leurs rivalités et la montée en puissance d’acteurs comme les Etats-Unis et l’Union soviétique.

Le dire n’est pas dédouaner les Africains de leurs responsabilités. Certes, la calebasse des indépendances était presque vide. Mais ont-ils eu le souci de la remplir ? Il aurait fallu pour cela qu’ils aient la conscience claire de l’enjeu, qu’ils donnent du contenu à ce qui n’en avait pas. Qu’ils prennent au sérieux des concepts lancés de manière opportuniste par les anciens dominateurs. Malheureusement, ils ont raté le coche.

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17/05/2010

Jacques Chirac : l'aveu

" On oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique, pas uniquement, mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors, il faut avoir un petit bon de bon sens, je ne dis pas de générosité, de bon sens, de justice, pour rendre aux Africains ce qu’on leur a pris… "

Le blogueur Nino n'est pas convaincu par l'argumentaire de l'ancien président français.

"Voilà le type, qui quand il était président, n'a évidemment pas pu faire tout ce qu'il propose dans cette interview (vidéo ci-dessous). Maintenant qu'il n'a plus de pouvoir, il lui vient subitement des envies de combats pour un monde plus juste. Il se souvient que quand il était président, il a participé à piller l'Afrique (après tout, c'était son travail de président français, j'en conviens). Mais, sa pseudo-repentance de merde, qu'il se la carre où je pense (et c'est un euphémisme)." Pour lire son post en intégralité, cliquez ici.

15/03/2010

Presse et internet en Afrique : l'intuition d'Hervé Bourges

hervé bourges.jpgJ'ai lu avec beaucoup d'intérêt une chronique d'Hervé Bourges, ex-patron du CSA français et vieux routier de l'enseignement du journalisme à la fois en Afrique (Yaoundé) qu'en France (Lille). Paru dans Jeune Afrique (édition du 14 au 20 mars 2010), son papier évoque des évolutions du métier que nous, fous du web, pressentons, mais que l'establishment de la presse en Côte d'Ivoire continue d'ignorer... alors que le grand chambardement est pour très bientôt. Hervé Bourges écrit :

"Les toutes prochaines années vont permettre à la presse internet de se développer considérablement sur le continent africain grâce à l'arrivée d'une nouvelle génération de terminaux - les téléphones portables connectés - qui dispenseront leurs propriétaires d'utiliser un ordinateur pour accéder à l'information sur internet. Les spécialistes du développement des réseaux estiment que les futurs internautes se connecteront à la Toile non pas par des ordinateurs, mais via des téléphones portables de troisième génération. Ces téléphones seront de plus en plus disponibles en Afrique à des prix abordables : il ne fait aucun doute que leur usage va révolutionner l'accès à l'information, mais aussi à l'expression, en commençant par les jeunes générations. Dès lors, l'Afrique fera un pas de géant et gommmera ce qui subsiste de la fracture numérique."

Hervé Bourges ajoute :

"Il faut faire confiance aux journalistes pour tirer le meilleur parti de ces évolutions rapides."

Je lis cette dernière phrase comme un défi, non seulement aux journalistes, mais à tous les producteurs de contenus et d'applications spécifiques en Afrique. Le moment vient, nous devons être prêts. Et c'est dans l'union que les plus belles choses se feront.

C'est cet état d'esprit qui a déjà poussé certains d'entre nous, en Côte d'Ivoire, à s'impliquer dans la création d'une organisation regroupant les producteurs de contenus Internet, qui agira pour l'éclosion d'un écosystème rendant possible l'émergence de contenus professionnels (donc monétisés) et de qualité.

Pour en savoir plus, il suffit de me joindre par mail : kouamouo [at] yahoo.com. Au nom du collectif en cours de création, je vous répondrai.

 

29/12/2009

Des terminaux spécifiques pour Internet en Afrique ?

L'Internet peut-il connaître en Afrique une forte croissance, à l'image de la téléphonie mobile ? Je pense que oui. Les mêmes causes - besoin vital d'être connectés pour des raisons économiques et familiales - vont produire les mêmes effets. D'autant plus que le téléphone mobile peut sembler limité dans ses fonctionnalités. Dès lors que les fournisseurs d'accès Internet (FAI) choisissent de mettre en place des formules prépayées grand public en plus des formules illimitées, une des plus importantes barrières à l'entrée disparaît.

cherrypal africa.jpgLe salarié qui gagne 100 000 FCFA par mois et qui n'est pas capable de se payer une connexion qui lui reviendrait à 25 000 FCFA par mois peut avoir une connexion à la maison grâce à une clé 3G ou à un modem wimax à bas prix... et payer chaque mois 3000 F pour avoir, disons, 10 heures de connexion... Au Cameroun, Camtel et Ringo l'ont compris. En Côte d'Ivoire, Aviso lance un forfait assez compliqué à comprendre mais dont il ressort qu'il sera possible d'avoir 50 heures de connexion à 10 000 FCFA en payant progressivement avec des cartes de recharge allant de 2000 FCFA à 5000 FCFA... si j'ai bien compris ce qu'explique le site Internet du FAI.

Au-delà de l'évolution de la tarification, il me semble qu'un Internet populaire passe par une réflexion profonde sur les terminaux les plus adaptés au contexte de l'Afrique subsaharienne. Le web, le PC... ont été tout de même fabriqués en Occident pour des Occidentaux éduqués, alphabétisés, à l'aise avec la complexité... là où le téléphone mobile est fondé sur l'oralité et quelques notions simples en matière de chiffres.

Au moment où en Occident, la créativité se déchaîne et nous offre régulièrement de nouveaux terminaux voués à la navigation web, pensés pour un usage mobile et simplifié, souvent spécifique (Internet des objets), pourquoi ne réfléchirions-nous pas sur le terminal le mieux adapté aux différents publics qui gagneraient à être connectés au-delà du simple téléphone ?

La mère de famille de Bamako ou de Bangangté (Cameroun) qui a ses enfants dans le monde entier et aimerait voir leurs photos et leur parler par Skype sans trop s'éloigner de l'expérience utilisateur du téléphone mobile, le planteur ghanéen ou ivoirien dont les opportunités dépendent de sa capacité à être bien informé, le petit commerçant qui veut passer ses commandes de manière simplifiée, le technicien ou le pasteur voulant bénéficier d'une formation continue le soir en regardant des vidéos en ligne sur sa télévision... toutes ces personnes peuvent trouver leur bonheur avec des terminaux spécifiques adaptés à des technologies mobiles comme la 3G ou le wimax. Des terminaux bien entendu moins coûteux que l'Iphone ou le Blackberry.

La firme Cherrypal a annoncé un netbook dénommé "Africa" à 99 dollars (image d'illustration). C'est bien. Mais il faut aller plus loin en brisant les codes, en regardant les Africains vivre et en essayant de comprendre quels terminaux low cost conviennent le mieux à leurs usages. S'ils n'existent pas encore, il faudra les créer. Tout simplement.

Gros problème à l'horizon : nos FAI et opérateurs de téléphonie mobile font-ils de la recherche-développement ? Je n'ai pas l'impression.

22/07/2009

Fritz Ekwoge : le SMS comme outil de constitution d'un annuaire des téléphones mobiles

 

Je continue ma série d'interviews d'entrepreneurs du web et du mobile dans la perspective du "Carrefour des Possibles" avec Fritz Ekwoge, créateur de iYam.mobi, une application mobile innovante... et qui se trouve être un des cofondateurs de Kerawa.

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Vous êtes le créateur de iYam.mobi, une application mobile assez intéressante qui pourrait s'assimiler à un annuaire consultable par SMS. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

 

iYam.mobi est un annuaire consultable par SMS. Lancé le 10 Avril 2009, il a pour but d’éradiquer les méthodes archaïques qu’on utilise pour avoir les numéros de téléphone de nos amis, des membres de notre famille, des professionnels (plombiers, avocats, …), et aussi des entreprises. iYam.mobi à été conçu pour remplir une seule mission: Find Anyone.

 

C'est une évidence sur laquelle tout le monde s'accorde : les téléphones portables ont pris le dessus sur les téléphones fixes dans notre quotidien africain. On voit même des numéros de téléphone portable mentionnés à l'entrée de certains commerces. Malheureusement il n’y a pas (à ma connaissance) d’annuaire pour recenser tous les numéros de ces téléphones portables comme il en existe pour les téléphones fixes.

WolframAlpha dit qu’en 2007, il y avait environ 31 millions de téléphones fixes utilisés en Afrique (http://www06.wolframalpha.com/input/?i=africa+number+of+landline) contre 272 millions de téléphones portables (http://www06.wolframalpha.com/input/?i=africa+number+of+cellular+phones) ! Maintenant, avec environ 9 fois plus d’utilisateurs, dites-moi qui a le plus besoin d’un annuaire ? Le téléphone fixe ou le téléphone portable ?

La meilleure façon de créer un service qui pourra marcher avec tous ces téléphones portables, c’est de créer un service à base de SMS. Les SMS fonctionnent sur la majorité des téléphones portables et sont supportés par la majorité des opérateurs mobiles. J’ai donc créé un service qui fonctionnera via SMS, et permettra la consultation d’un annuaire de numéros portables. J’ai crée iYam: The world’s first mobile mobile phone directory.

 

- Quel est votre bilan depuis votre lancement ? Quels sont les marchés sur lesquels vous êtes déjà lancés ? Quelles sont vos prochaines cibles ?

 

Le lancement le 10/04/2009 n’était pas vraiment destiné au grand public, mais ciblait les geeks et les amoureux de NTIC ; il s'agissait de ce qu'on appelle "a proof of concept version". Je profite de cette occasion pour remercier tous ces *early adopters* qui ont testé le service et m'ont donné leurs feedbacks.

iYam est un projet de la même envergure que le paiement par téléphone portable. Il y a beaucoup d’acteurs en jeu, qui doivent collaborer pour que ce service soit utilisé à grande échelle et soit rentable. Des négociations et des partenariats sont en cours pour qu’iYam devienne une réalité dans tous les pays africains. Si je divulgue tous les partenariats en cours, il faudra que je vous tue après:)

Je peux vous donner quelques statistiques : iYam contient aujourd’hui plus de 5000 business contacts camerounaises, plus de 6000 business contacts ghanéens, et 40000+ business contacts kenyans.

iYam est aussi devenu plus riche en qualité d’information. Vous pouvez même chercher un hôtel ou une pizzeria au Cameroun avec iYam en envoyant un simple SMS. Voici quelques requêtes qui marchent déjà sur iYam en envoyant une simple requête par SMS au +237 7487 3391 :

Find pizza douala

Find hotel yaounde

Find pizza Nairobi

Find expert php mysql douala

Vous voulez par exemple connaitre  tous les acteurs derrière Kerawa.com ? Envoyez ceci par SMS au +237 7487 3391:

Find kerawa

Rien encore sur la Côte d’Ivoire. Peut-être tu seras le premier Ivoirien à t’inscrire sur iYam !

C'est simple de s'inscrire. Il suffit d'envoyer le SMS suivant au +237 7487 3391 : iYam votre_nom_et_description

Example 1 :

iYam Nino Njopkou, NTIC consultant. Cameroonian, co-founder kerawa.comafrikeo.com20mai.netdiofap.orgbenoue.com. Paris, France.

Example 2 :

iYam Ekwoge Fritz Ekwoge. Christian. Software Engineer. Co-founder kerawa.com, iyam.mobi. Pipo. ekwogefee@gmail.com aka fee.

- Envisagez-vous des partenariats avec des opérateurs mobiles ou des fournisseurs de services télécom à valeur ajoutée ?

 

Je n’envisage que ça. iYam ne peut pas démarrer en grande échelle sans leur appui. Nous sommes très intéressés à établir des partenariats avec les différents opérateurs mobiles et fournisseurs de services télécom à valeur ajoutée.

 

-  Peut-on dire qu’iYam.mobi fait partie de l'univers du web 2.0 africain ?

 

Dire qu’iYam.mobi fait partie de l’univers du web 2.0 n’est pas très exact, car iYam n’est pas un site web, et n’utilise pas Internet pour fonctionner ! Le site http://iYam.mobi n’est là que pour information et sert de tutoriel. iYam fonctionne uniquement par SMS. Web 2.0 ? SMS 2.0? NTIC 2.0? Peut-être. Africain ? Sans aucun doute.

 

- Pourquoi avoir choisi le "support" mobile et la technologie SMS, assez sommaire ? Pensez-vous à faire basculer une partie de vos contenus online ?

 

J’ai choisi le support mobile car il est plus accessible que le support web ici en Afrique. Au moins, de nos jours. De surcroît, le SMS fonctionne sur presque tous les téléphones portables. Une autre raison pour laquelle j’ai choisi le SMS, c’est qu’il me donne la possibilité d’avoir un business model très clair pour ce genre de service.

Je ne pense pas basculer le contenu d’iYam online sous peu. Cela dépendra des business models que j’aurais identifiés comme étant rentables. Des annuaires en lignes existent déjà.  Mais je ne pense pas qu’ils soient aussi rentables ou dynamiques qu’un site d'annonces.

Google contient un index des pages web. C’est normal qu’il utilise une interface web qui permettra aux utilisateurs de cliquer sur les liens. iYam contient un index de numéros portables. C’est normal qu’il utilise une interface mobile (e.g SMS) qui permet aux utilisateurs de rapidement appelés les numéros trouvés.

 

- Sur vos marchés naturels, l'Internet haut débit est encore un luxe, tandis que le mobile est démocratique ? Pensez-vous combiner les deux ?

Il y a beaucoup de services qu’on peut ajouter dans le cadre de iYam. Il y a aussi d'autres médias intéressants comme le WAP ou les autres formes de web mobile. Nous diversifierons iYam en fonctionne des changements technologiques constatés.

 

- Quel regard portez-vous sur les usages du mobile, de l'Internet et du web en Afrique subsaharienne ? Quelles sont les applications qui vous intéressent le plus ?

Permettez moi de le dire en anglais : "The way we develop here in Africa will be different from the way the developed nations did. They grew up with computers. We are growing up with mobile phones". Je pense que nous n’exploitons pas à fond notre potentiel pour extraire le maximum des services mobiles, internet, et web en Afrique subsaharienne.

Le gouvernement et les grands opérateurs économiques dans nos différents pays ne mettent pas assez d’efforts pour intégrer les NTICs dans leurs différentes stratégies de développement. Il faut commencer par les bases, l’éducation.

Les applications internet qui m’intéressent le plus sont les petites annonces, que Nino(@yn3) et moi(@kerawa_coder) avons déjà commencées  avec Kerawa.com. Il y a aussi l’achat direct en ligne que j’aimerais voir marcher en Afrique.

Ce que je regrette le plus au sujet des services mobiles actuels, c’est que ceux avec le plus de succès sont les services de distractions comme les ringtones et les « call tunes ». J’aimerais voir fonctionner dans tous les pays africains le paiement par téléphone portable comme M-Pesa au Kenya, les services d’informations comme iYam, ou les services de conseils pratiques comme Google SMS Uganda.

 

- Pensez-vous que les nouvelles technologies peuvent permettre de vraies créations d'emplois sur un continent où le chômage est endémique ?

 

Les nouvelles technologies ont créé beaucoup d’emplois en Inde. La même chose peut se produire en Afrique. Le manque d’information contribue aussi au chomage. De nos jours, s’il y a un emploi disponible, l’information ne circule pas assez. Si quelqu’un possède un talent particulier, l’information ne circule pas assez. Les NTICs pourront aider à régler ça.

 

- Quel livre, quelle vidéo ou quel blog conseilleriez-vous à un jeune Africain intéressé par les TIC ?

 

Je suis Anglophone. Je m’excuse d’avance si tous ce que je lis souvent est en anglais. Souvent, il faut lire ce que nos prédécesseurs ont fait pour comprendre les chemins qu’ils ont eu à prendre. Je vous conseillerais donc le livre : Founders at Work (Stories of Startups in their early days). Il y a l’histoire de Paypal , Gmail, Apple… Ensuite, il y a news.ycombinator.com que je consulte fréquemment. Je consulte aussi de temps en temps les blogs Africains. Il en faut encore plus, de blogs NTIC africains, à mon avis.

 

- En quelques épisodes qui vous ont marqué, pouvez-vous nous raconter le parcours qui vous a conduit au web et au monde des entreprenautes ?

Etant étudiant à Polytechnique Yaoundé, je m’intéressais beaucoup à la programmation, mais pas forcément à la programmation web. Nino (@yn3) m’avait remarqué un jour en ligne suite à une compétition open source, et à proposer qu’on travaille ensemble. Etant fauché, je me rappelle que je lui facturais très cher mes services (rires !). Après, on a commencé à parler assez souvent en ligne. A l’époque, tout ce que je connaissais sur le web était limité à Yahoo et Google. C’est Nino qui m’a « ouvert l’œil » sur les NTIC et ce qui se faisait sur internet. Je ne connaissais rien sur les blogs, les RSS, le web 2.0, user generated content, ebay, amazon, … etc. Il m’a montré le manque de services web africains, et m’a convaincu que c’était notre devoir d’apporter notre contribution. On a commencé à travailler ensemble sur Akopo quand j’étais encore étudiant.  Avec Akopo, on a beaucoup appris sur le marché web africain. Ce qu’il fallait faire, et surtout ce qu’il ne fallait pas faire.

Dès que j’ai finit les études et que j’ai commencé un emploi, nous avons lancé un autre site. Kerawa.com. L’histoire de Kerawa ne saurait être mieux être racontée que par son CEO, Nino. ON peut la lire ici : http://kouamouo.ivoire-blog.com/archive/2009/07/15/yannick-nino-njopkou-la-belle-histoire-de-kerawa-com.html.

 

 

17/07/2009

Yannick Nino Njopkou : la belle histoire de kerawa.com

Dans la perspective du Carrefour des possibles consacré à l'Afrique qui sera bientôt organisé par la Fondation Internet Nouvelle Génération, je lance sur ce blog une série d'interviews d'entrepreneurs africains spécialisés dans les contenus et applications en ligne et sur téléphone mobile. Cette série d'interviews annonce également la naissance prochaine d'un portail spécialisé dans l'actualité et la vie des entreprises et des entrepreneurs africains. Le nom ? Vous le saurez bientôt. Pour ouvrir cette série, j'interviewe Yannick Nino Njopkou (@yn3 sur twitter), un des fondateurs du site d'annonces panafricain kerawa.com.

 

 

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- Vous êtes un des fondateurs de Kerawa, site d'annonces qui se veut le "Craiglist africain". Pouvez-vous nous raconter sa naissance ?

 

L’idée de Kerawa.com naît un soir de Septembre 2007, alors que l’autre co-fondateur Ekwoge Fritz ((@kerawa_coder sur Twitter) et moi étions en chat sur l’amélioration des fonctionnalités de la plateforme de blogs sur laquelle nous travaillions http://www.akopo.com

Fritz venait de finir ses études, et cherchait un appartement à louer à Douala. Comme il travaillait déjà et ne trouvait pas de temps pour la recherche de son appartement, il s’est plaint en disant qu’il gagnerait du temps s’il y avait un site où des appartements à louer était proposé.

Nous avons alors approfondi fébrilement l’idée, avec la conviction que nous tenions là un diamant qui ne demandait qu’à être poli. Nos recherches nous ont rapidement montré que le marché était encore relativement vierge, aussi bien au Cameroun que dans d’autres pays africains/.

Voilà donc comment nous lançons le site web http://www.kerawa.com en Octobre 2007, tout simplement à partir d’un besoin exprimé par un co-fondateur, pour lequel nous identifions un énorme potentiel.

- Quels sont les principes fondamentaux qui régissent votre site ? Peut-on dire qu'il fait partie de l'univers du web 2.0 africain ?

Le principe fondamental est que Kerawa.com est le carrefour de l’offre et de la demande. Nous partons du principe que quelque soit ce dont vous avez légalement besoin, il existe peut-être quelqu’un qui peut le résoudre. La force du site est de mettre en contact un grand nombre d’acteurs pour augmenter les chances de chacun de trouver le bon interlocuteur.

Kerawa.com fait assurément partie du web2.0 africain, puisque le contenu (c'est-à-dire les annonces) sont écrites par les utilisateurs, pas par nous. Il est vrai que le web2.0 est souvent assimilé aux divertissements et aux loisirs, mais beaucoup de sites commerciaux font partie du web2.0 aussi.

- Quel âge a Kerawa ? Quel bilan pouvez-vous dresser ?

Né donc en Octobre 2007, Kerawa.com soufflera bientôt sur sa 2ème bougie. Nous dressons un bilan positif à cette étape.

Positif parce que le concept prouve sa pertinence, quand on voit l’affluence de visiteurs sur le site. Nous atteignons déjà des moyennes de 70.000 visiteurs mensuels. Un site d’annonces comme Kerawa.com, qui ne fait dans pas les rencontres, est relativement nouveau pour des opérateurs économiques. En 2 ans, nous avons changé le design du site 2 fois, nous avons pénétré des marchés improbables comme le Ghana, le Sénégal ou le Maroc, alors qu’on nous confinait au marché camerounais. Bref, le bilan est positif, mais nous ne nous arrêtons pas là, nous regardons devant nous. Plus loin, plus haut.

- Sur vos marchés naturels, l'Internet haut débit est encore un luxe, tandis que le mobile est démocratique ? Pensez-vous vous diversifier sur ce terminal ? Plus globalement, quelles sont vos perspectives ?

Kerawa.com est déjà présent sur mobile. Si vous avez Internet sur votre mobile et un navigateur full HTML, vous accédez à www.kerawa.com

Si la question concerne plutôt l’utilisation du canal SMS, je dirais que nos statistiques de visite montrent que dans les pays que nous ciblons, nous ne touchons même pas encore 20% des internautes. Alors, il est primordial pour nous de solidifier notre présence auprès de notre cible naturelle, avant d’attaquer d’autres cibles via d’autres terminaux.

Notre objectif 2009 est de toucher annuellement et en moyenne au moins 10% des internautes des pays que nous ciblons. Cela donne déjà plus d’1 million d’internautes par an. Donc, avant de parler de mobile, nous devons nous assurer d’avoir bien pénétré le marché sur lequel nous sommes actuellement positionnés.

- Quel regard portez-vous sur les usages de l'Internet et du web en Afrique subsaharienne ? Quelles sont les applications qui vous intéressent le plus ?

Je prends Internet en Afrique aujourd’hui comme la téléphonie mobile des années 1995. Internet se démocratise ailleurs. Soit l’Afrique adopte le canal de communication prépondérant, soit elle s’isole du reste du monde et devient incapable de communiquer. L’enjeu est là : déployer Internet ou s’isoler.

Comme applications d’Internet, il y’a les divertissements, l’apprentissage de la discussion libre avec des amis. Je pense que c’est en prenant du plaisir à utiliser Internet qu’on en saisit les applications plus profondes.

- Pensez-vous que les nouvelles technologies peuvent permettre de vraies créations d'emplois sur un continent où le chômage est endémique ?

La question est complexe. Sans stratégie globale d’éducation et d’investissement, les NTIC auront le même impact que le téléphonie fixe, c'est-à-dire aucun. Aucun secteur ne crée des emplois tout seul, il faut provoquer la création d’emplois. Hélas, la réalité est qu’il n’y que quelques pays à saisir les enjeux des NTIC et à avoir une stratégie globale d’adoption et de vulgarisation. Il est sûr qu’en la lançant en 2010, une stratégie pourrait produire des résultats vers 2016.

- Quel livre, quelle vidéo ou quel blog conseilleriez-vous à un jeune Africain intéressé par les TIC ?

Ceux qui sont intéressés par les TIC savent qu’il n’y a pas une bible des TIC. Il faut beaucoup lire, rester curieux à chaque moment, rester espiègle, savoir décrypter rapidement les impacts d’une innovation. Le web évolue vite, trop vite. Je n’ai ni livre, ni vidéo, ni blog fétiche. Sinon, les blogs que je consulte régulièrement sont http://africa2.0.com , http://babiwatch.ivoire-blog.com, http://techcrunch.com , http://mashable.com , ou http://www.afrikeo.com pour avoir un panorama de ce que disent les blogs et magazines online africains.

 

16/07/2009

"La République de l'imagination", nouveau livre de Patrice Nganang

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Présentation de l'éditeur
L'Afrique rêve-t-elle encore ? Terre traversée par l'infamie tout au long de son histoire récente et actuelle -- esclavage, colonisation, dictatures, libéralisme sauvage -, ses enfants pensent-ils encore y bâtir leurs rêves ? Et y fonder leurs avenirs ? " L'homme meurt en ceux qui se taisent devant la tyrannie ", écrivait le prix Nobel Wole Soyinka. Patrice Nganang est de ceux qui ne supportent pas le silence complice. En cinq lettres adressées au benjamin qui ne rêve plus que de l'Occident, l'auteur reprend ici parole et écriture pour patiemment reconstituer ces rêves assassinés. Ceux d'Um Nyobè qui rêvait d'une humanité entièrement libre de tout oppresseur, ceux de Njoya visionnaire d'une bibliothèque idéale et qui désirait inscrire le continent africain dans les archives collectives de l'humain et ceux d'une jeunesse fracassée par la dictature...Un livre, une voix, nécessaires, sans concession, dans le sillage de cette parole africaine qui n'a jamais cessé de croire en ses rêves et d'imaginer le possible, une véritable république... Car qui ne rêve pas son avenir le subit...

Que dire sinon que je suis impatient de le lire pour partager mon expérience de lecteur ? L'essai La République de l'imagination - Lettres au benjamin est paru aux Editions Vents d'Ailleurs.