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23/12/2010

De l'usage diplomatique des vrais et faux génocides

Un édito du Nouveau Courrier du 22 décembre 2010.

C’est un mediaplanning qui fait froid dans le dos. A peine le gouvernement ivoirien a-t-il demandé le départ des forces onusiennes de son territoire que nous faisons face à une avalanche d’informations (à prendre avec de grosses pincettes) sur des « enlèvements », des « violations massives des droits de l’homme », voire des « marquages » de maisons dont les hôtes, d’une certaine ethnie, devraient être tués dans le cadre d’un remake du Rwanda.

L’idée est la suivante : il faut absolument montrer que le départ des forces internationales entraînerait des massacres épouvantables, voire un génocide. Dans le cas d’espèce, en dépit des diverses incitations médiatiques (notamment de la séditieuse ONUCI FM, dont le contenu sera bientôt étudié par des chercheurs) et de cette dyarchie artificiellement créée pour faire bouillir la marmite des haines locales, les Ivoiriens ne s’entretuent pas encore pour de sombres passions tribales. Il n’empêche : on peut les aider de diverses manières, y compris en allumant la mèche, à travers des provocations bien senties et des artifices diaboliques.

La mauvaise foi médiatique n’ayant pas de limite, on tronquera par exemple les propos de Jacqueline Oble ou de Charles Blé Goudé, qui mettent en garde contre un plan machiavélique préparé par l’ONUCI pour se légitimer à travers des massacres provoqués. On les présentera comme des sombres individus qui menacent la « communauté internationale » d’un génocide.

Ces passions macabres s’expliquent. Face au principe sacro-saint édicté par le droit international – la non-intervention dans les affaires intérieures des Etats –, un concept fait son bout de chemin : le droit d’ingérence. Il ne peut s’exercer, estiment ses défenseurs, qu’en cas de crimes contre l’humanité face auxquels brandir l’argument de la souveraineté de la Nation serait une non-assistance à peuple en danger. Qui peut s’opposer à un tel concept plein de bon sens et de compassion ? C’est au nom du droit d’ingérence que le mandat global des Casques bleus, qui était subordonné à leur impartialité face aux forces en présence, au consentement des parties en conflit et à la limitation de l’usage de la force à des fins de légitime défense, a été élargi à l’utilisation des armes dans le cas où les populations civiles sont en danger. C’est dans la même logique que l’Acte constitutif de l’Union africaine permet de mettre entre parenthèses la souveraineté d’un pays en cas de génocide, notamment.

Les meilleures intentions du monde sont toujours perverties. Le « plus jamais ça » poussé par l’Afrique après le cauchemar rwandais, devient désormais un fonds de commerce pour les services secrets et les impérialistes de tout poil, qui utilisent désormais (et de manière très cynique) l’éventualité du sang versé comme une variable d’intervention. Pour pouvoir s’imposer aux peuples du Sud, il est plus que jamais utile de faire pleurer dans les chaumières, quitte à fabriquer de toutes pièces une réalité médiatique manichéenne. Après la République virtuelle du Golf, il est question d’accoucher d’un génocide virtuel.

Un retour à un passé récent permet de mieux comprendre ce qui se passe actuellement. Quand, après le coup d’Etat avorté du 19 septembre 2002, il fallait faire avaler à l’opinion l’idée de l’invasion de la Côte d’Ivoire par des forces internationales et la nécessité d’une interposition équivalant à une partition de fait, de nombreux éditorialistes en France ont théorisé – déjà ! – sur le spectre du Rwanda. Puis la thématique a disparu aussi vite qu’elle était apparue : l’objectif était atteint.

Un peu plus loin dans l’Histoire, l’on se souvient aisément que la presse française, pour légitimer la rébellion pétrolière que De Gaulle et ses alliés africains menait contre le Nigeria dans la région du Biafra, a utilisé la même technique. Maurice Robert, responsable des services secrets français à l’époque, l’a confessé dans un livre-entretien.  « Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le terme de "génocide" appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l'opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d'écrasement, mais génocide nous a paru plus ''parlant''. Nous avons communiqué à la presse des renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu'elle reprenne rapidement l'expression ''génocide''. Le Monde a été le premier, les autres ont suivi. » En 1982, pour pouvoir légitimer leur combat contre les sandinistes au Nicaragua, l’Amérique de Ronald Reagan a crié au génocide. Face à l’absence d’éléments de preuve, elle a diffusé dans la presse une photo témoignant d’un « massacre d’Indiens Miskitos », une ethnie locale. Or il s’agissait d’un cliché pris bien avant l’arrivée au pouvoir des sandinistes… lors d’un tremblement de terre. De nombreux intellectuels de gauche – comme le gouvernement sandiniste du Nicaragua – tombèrent dans le panneau et jouèrent, à l’époque, le rôle «d’idiots utiles » au service de l’impérialisme le plus réactionnaire. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

 

17/09/2010

Un embargo qui prépare le chaos ?

 

Le mystère est levé. Le ressortissant ivoirien du nom de Yao N’Guessan arrêté aux Etats-Unis alors qu’il tentait d’exporter «illégalement » des armes vers la Côte d’Ivoire est un haut gradé de l’armée ivoirienne qui était en mission officielle. Au cours d’une conférence de presse donnée hier, le ministre de la Défense Michel Amani N’Guessan a confirmé une information qui avait déjà été divulguée, la veille, par nos confrères du Nouveau Réveil.

Les explications de Michel Amani N’Guessan n’ont pas dissipé toutes les zones d’ombres qui entourent cette étrange affaire. Il n’a pas voulu citer le nom de ses fournisseurs, qui ne semblent pas non plus avoir pignon sur rue aux Etats-Unis. Il n’explique pas exactement si les Nations unies ont oui ou non validé la demande d’allègement de l’embargo sur les armes infligé à la Côte d’Ivoire. Ni si cette opération bien particulière a été validée par le Conseil de sécurité. Il en dit trop ou pas assez, et ses propos seront diversement interprétés.

Cela dit, cette affaire un peu rocambolesque nous rappellent à tous que cela fait près de six ans que la Côte d’Ivoire est sous embargo onusien. Et que certaines des prérogatives des Etats – celle de se défendre contre une agression étrangère par exemple – ne lui sont plus reconnues. Il n’est pas question ici de polémiquer sur les justifications éthiques de cet embargo. Mais de considérer avec attention ses conséquences pratiques et les risques sécuritaires qu’il représente désormais.

Le colonel Yao N’Guessan est aujourd’hui dans de beaux draps pour du matériel qui relève du maintien de l’ordre : armes au poing et grenades lacrymogènes. Il y a quelques semaines, dans un rapport d’enquête très instructif, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) recommandait justement au Conseil de sécurité d’alléger l’embargo pour permettre à l’Etat de Côte d’Ivoire de commander ce type de matériel. Le raisonnement est très simple : en l’absence de ces outils conventionnels de répression des mouvements de foules «musclés», tout face-à-face entre manifestants en colère et hommes en tenue se termine par des morts, tués à balles réelles.

Il n’est pas question ici de faire de l’angélisme. Même en étant dotés de manière adéquate, certains de nos «corps habillés» sont assez brutaux pour faire couler le sang (inutilement). Mais qui a intérêt à une neutralisation des forces régaliennes en Côte d’Ivoire ? Personne. Pour une raison simple : pour l’instant, aucune force ne peut les remplacer. Elles sont le seul rempart à un chaos qui serait encore plus incontrôlable que ce que nous avons vécu jusqu’à présent. En dehors du fait qu’elles ne disposent d’aucune légitimité pour le faire, ni la force Licorne ni l’ONUCI ne peuvent – ni ne veulent d’ailleurs ! – se substituer à la police et à la gendarmerie nationales, surtout dans un contexte de « troisième tour électoral » dans la rue, où il n’y a que des coups à prendre.

Déshabiller les forces nationales pour n’habiller personne d’autre revient donc objectivement, pour la communauté internationale, à jouer les apprentis-sorciers. Il est vrai que la tendance, dans la résolution de la crise ivoirienne a toujours été la mise à égalité de la République et de la rébellion. Une mise à égalité qui a longtemps installé l’ONU dans le rôle confortable d’arbitre et de seul maître après Dieu. Mais c’était une ambition bien trop grosse. La présence de l’ONUCI dans la zone de confiance n’a pas pu empêcher des massacres d’une sauvagerie extrême, qui ont disparu aujourd’hui que cette zone est démantelée. Le stationnement des forces françaises dans l’Ouest du pays a exacerbé les tensions intercommunautaires dans un village comme Diéouzon, où massacres et contre-massacres se sont répétés dans un passé récent. Voulons-nous revivre de telles situations au nom des ambitions des hommes politiques ?

Nous devons nous convaincre d’une chose. Demain, commencera une course au pouvoir impitoyable. L’intérêt principal du pays à long terme est que la bataille qui vient ne soit pas totalement « sauvage », sans règles, sans limites. L’intérêt national voudrait que l’armée et les autres forces de défense et de sécurité restent républicaines, et qu’elles aient aussi le pouvoir de canaliser les débordements. Sinon, c’est la porte ouverte aux pillages indifférenciés et à une «milicianisation» encore plus forte du corps social.

12/07/2009

Obama à Accra : son discours en français

Le discours a été traduit par mes soins. Je ne suis pas un professionnel de la traduction. Merci de me signaler les incorrections. J'effectuerai les corrections. D'ores et déjà, nous pouvons commenter ce discours fondateur de la politique africaine du premier président des Etats-Unis originaire d'Afrique.

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