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12/02/2009

Affaire des 65 millions : le juge va plus loin que le procureur

Mme Gomé Hilaire (1).JPG
Le tribunal des flagrants délit est allé au delà des douze mois d’emprisonnement requis par le procureur de la République, contre la principale inculpée. Cinq années d’emprisonnement ferme assorties d’une amende de 300.000 F, de dix ans de privation des droits civiques et d’une interdiction de paraître et de séjour pendant cinq ans ! Telle est la peine infligée hier sur le coup de 14 h, par le tribunal des flagrants délits d’Abidjan à Mmes Gomé Gnohité née Bléhon Emilienne, secrétaire particulière du Président de la République et Umviga épse Metté Elise.

Si la première a été déclarée coupable d’escroquerie, la seconde a été sa complice dans la commission du délit. Le tribunal qui a fait droit à la requête du Président de la République a aussi condamné les deux femmes à lui payer chacune à titre de dédommagement, le franc symbolique. Au terme du procès qui s’est tenu avant-hier mardi, le parquet d’Abidjan, à travers ses représentants à l’audience, avait requis à l’encontre de Mme Gomé Emilienne la peine de 12 mois de prison ferme et 300.000 F d’amende. Et la relaxe pure et simple pour délit non établi en ce qui concerne Mme Umviga épse Metté Elise. Un réquisitoire particulièrement clément au regard du jugement qui vient d’être rendu. Jugement auquel, les avocats de la défense des deux condamnées entendent relever appel. Ce qui constitue une lueur d’espoir pour non seulement, les deux concernées, mais aussi pour leurs parents, amis et connaissances qui, arrivés massivement hier au tribunal, ont élevé des cris de vive protestation au prononcé du jugement qu’ils estiment injuste et trop sévère. Beaucoup de femmes ont tout simplement fondu en pleurs.

Pour rappel, disons que Mmes Gomé Gnohité née Bléhon Emilienne, secrétaire particulière du Président de la République et Umviga épse Metté Elise se disant, « collaboratrice extérieure » du Président ont été traduites devant la justice pour s’être fait remettre par le directeur général de la société de téléphonie mobile Mtn, M. Rwi Yegura Mporé Aimable, la somme de 65.542.610 F. Cette remise de fonds s’est faite autour au nom du Président de la République. La substance des débats à l’audience établit que Mme Gomé a été contactée par Mme Metté Elise, Ivoirienne d’origine rwandaise, pour solliciter pour le compte du DG de Mtn, son compatriote rwandais, une audience auprès du Chef de l’Etat. Une véritable polémique s’est engagée entre les deux femmes à la barre sur l’objet de l’audience demandée. Pour Mme Metté, la demande d’audience répond à la volonté du DG de Mtn, Mporé Aimable, d’aller présenter au Président Laurent Gbagbo un trophée acquis à l’extérieur par sa société. Question pour lui de se faire connaître par le Chef de l’Etat, qu’il dit n’avoir jamais eu l’occasion de rencontrer. Les déclarations de Mme Metté ont été corroborées à l’enquête préliminaire par le DG de Mtn, lequel, expulsé de la Côte d’Ivoire à cause de cette affaire n’était pas présent au procès. Toujours selon dame Metté Elise, l’initiative du don est venue de la secrétaire qui, en acceptant de transmettre la demande d’audience du DG de Mtn, aurait demandé que ce dernier ne vienne pas voir le Président les mains vides. Pour lui permettre de faire don d’une ambulance et la réfection du dispensaire d’un village sinistré. Mme Metté soutient que c’est bien Mme Gomé Gnohité qui a fait parvenir au DG une facture de construction, à partir de laquelle il a procédé à la détermination du montant et à son décaissement de la comptabilité de sa société. Ses déclarations font état de ce que la secrétaire du Président, une fois en possession des fonds qu’elle a reversés sur son compte personnel, aurait oeuvré pour ne pas faire aboutir l’audience demandée. Et donc, c’est face à tous les obstacles constitués, que Mme Metté Elise dit avoir, avec le DG de Mtn, utilisé d’autres voies qui ont permis à Mporé d’être reçu finalement par le Président Gbagbo. Sitôt informé de toutes les manigances faites dans son dos, le Chef de l’Etat, a lui-même actionné les poursuites judiciaires. Sur l’objet de l’audience demandée par le DG de Mtn au Président de la République, l’ex-secrétaire particulière donne une version contraire à celle de sa co-accusée. Elle déclare en effet, que c’est bien pour faire un don au Président de la République que le rendez-vous a été sollicité. Et si elle a offert sa contribution pour faire aboutir le décaissement, c’est pour marquer son soutien à l’action. Raison pour laquelle elle a accepté la garde des fonds. Elle dit n’en avoir pas soufflé mot au Président parce que le donateur voulait que ce soit une surprise. Quel est alors l’objet de l’audience pourtant validée par le Président Gbagbo ? Cette question essentielle est restée hélas, sans réponse précise.

Pour le gouvernement, le DG de Mtn, «alors qu’il savait que les fonds dont il s’est défait aussi facilement avaient été virés sur les comptes de la société Emika Entreprises et non à la Présidence de la République, il a fait figurer, gratuitement, dans les livres comptables de la société Mtn Côte d’Ivoire, la mention «Don au chef de l’Etat» correspondant à la remise de ces fonds» (confère communiqué du ministre de l’Intérieur). Il est accusé d’avoir fait preuve d’une «légèreté évidente» et tenté «de jeter le discrédit sur une institution de la République de Côte d’Ivoire, en l’occurrence le Président de la République». Il a été expulsé par arrêté du ministre de l’Intérieur. Et depuis avant-hier, il a quitté le territoire ivoirien.

Landry Kohon (Frat-Mat)