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28/06/2014

Le Nouveau Courrier et moi ou la tentation d'en finir

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IL FAUT PEUT-ETRE SAVOIR S'ARRETER. En octobre 2002, soit il y a bientôt 12 ans, je faisais librement le choix de quitter Le Monde, dont j'étais le correspondant en Côte d'Ivoire, parce que je ne voulais pas le type de journalisme que j'étais condamné à faire si j'y demeurais alors que la France officielle y avait engagé une guerre civile par rebelles interposés. Depuis, j'ai essayé de creuser mon sillon hors des sentiers battus ; de faire avec les moyens de bord du journalisme de qualité témoignant de la réalité du conflit ivoirien. Je suis devenu entrepreneur de presse par nécessité dans ce contexte. Au Courrier d'Abidjan, à Le Nouveau Courrier, nous avons témoigné comme nous le pouvons. Humblement, nous avons contribué à ouvrir quelques paires d'yeux. Mais quelle est la valeur que les lecteurs accordent à notre travail ? Depuis que les journaux d'opposition ont été autorisés par le régime Ouattara après avoir été systématiquement pillés, j'ai insisté sur un "modèle économique" fondé sur les abonnements, parce que les ventes au numéro sont un socle trop fragile dans un contexte de persécution politique et de "concurrence interne" accrue. J'espérais 1000 abonnés [Mediapart à qui beaucoup d'entre nous attribuent des articles qu'il n'a pas écrit tant l'espérance est grande en a 80 000] pour mettre mon équipe à l'aise afin qu'elle produise du bon journalisme dans un premier temps ; puis 2000 qui financeraient une diversification audiovisuelle. Las. Nous en avons tout au plus 120-130. Les nouveaux abonnés "remplacent" ceux qui ne renouvellent pas leurs abonnements. J'ai tout essayé pour plaider notre cause auprès du public. En vain. Sans doute que je m'y prends mal, ou que notre contenu n'est pas assez attrayant. Pendant plus d'un mois, nous n'avons pas pu paraître. Et en dehors de la solidarité du "faible nombre" de nos abonnés, nous n'avons pas eu beaucoup de retours... Nous avons échoué à mobiliser une masse critique de lecteurs croyant assez à notre travail pour s'abonner. Il faut en prendre acte.

Aujourd'hui je suis fatigué. Ce n'est pas tant le fait de faire face aux persécutions politiques et à l'ostracisme à Abidjan et à Paris qui épuise. C'est d'avoir à se battre contre les sites-pirates qui pillent notre contenu et se fichent bien d'être dénoncés. Des sites-pirates sur lesquels notre cible lit notre production sans trop se soucier de ce que nous devenons. C'est d'avoir à subir la "violence" des acheteurs et abonnés qui diffusent largement notre production à leurs amis... ces derniers attendant d'être servis gratuitement. Je suis fatigué de la concurrence de journaux bleus malhonnêtes qui diffusent des mensonges éhontés, des prophéties et de vieilles infos recyclées, des fausses "bonnes nouvelles" qui illusionnent le lecteur, lequel se détourne des contenus plus réalistes.

"Pour qui écrit le journaliste africain ?" Angoissante question. 

Vivre dans la grande précarité et les privations, faire subir à nos familles le prix de nos engagements n'a du sens que si nous pouvons AU MOINS travailler. Mais à force de survivre, nous ne le pouvons plus.

Sans doute devrais-je me résoudre à écrire, douze ans après : "J'arrête".

18/06/2014

"Le Crocodile et le scorpion" de Jean-Christophe Notin : un livre de désinformation sur les relations entre la France et la Côte d'Ivoire

C'est un bouquin dangereux pour les générations futures, qui tente de réécrire l'Histoire récente et multiplie les absurdités grossières et les contre-vérités. Ce qui ne l'empêche pas de s'imposer en France comme un « livre de référence » dont on peuplera les bibliothèques et instituts spécialisés. Et pourtant !

 

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05/06/2013

Stratégie de com' française sur l'utilisation d'armes chimiques par le régime Assad - une pâle copie de la stratégie russe ?

On parle beaucoup, en France, des "échantillons" supposés de gaz sarin ramenés de Syrie par deux envoyés spéciaux du Monde, le journaliste Jean-Philippe Rémy et le photographe Laurent Van der Stockt. Des "échantillons" qui ont permis à Laurent Fabius de lancer une énième charge contre le régime de Bachar El Assad, suite aux résultats d'analyse fournis par un laboratoire français, et aussitôt transmis à l'ONU.

Mais les médias majoritaires parlent peu de la journaliste russe Anastasia Popova et de sa démarche, qui a précédé celle des envoyés spéciaux du Monde. On peut même penser que leur campagne est une sorte de contre-feu à celle que leur consoeur a lancée. Fin avril, elle a envoyé au secrétariat général de l'ONU des "preuves" de l'utilisation d'armes chimiques par les rebelles syriens. Des éléments recueillis lors d'un reportage sur le terrain. Les Nations unies ont refusé, après un certain nombre d'atermoiements, de prendre en compte les éléments... en prenant prétexte de problèmes techniques supposés, comme l'on peut le voir dans cette vidéo du site d'investigation spécialisé dans la couverture de la Maison de Verre Inner City Press.

C'est à la suite de ce feuilleton Popova que les journalistes du Monde ont surgi sur la scène diplomatique internationale. Il est en tout cas assez frappant de s'apercevoir que, désormais, c'est la presse qui est chargée d'administrer la preuve de l'utilisation d'armes non conventionnelles face à un ennemi que l'on tente de poser en adversaire de la paix et de la sécurité internationales pour mieux l'abattre. Il est vrai qu'après l'énorme manipulation de Colin Powell, qui avait brandi à la face du monde un "échantillon" (ah ! les échantillons !) de ce qui était censé être de l'anthrax utilisé par Saddam Hussein comme arme de guerre, plus personne ne croit les boniments de la propagande officielle. Mais en quoi des proclamations de journalistes, de toute façon "attestées" par des laboratoires dépendant de l'Etat, et dont se sert la diplomatie de leur pays dans le cadre d'une chorégraphie médiatique quasi-parfaite, diffèrent-elles fondamentalement de déclarations faites directement par des officiels ?

Une chose est sûre : s'il est normal, pour un journaliste, de se montrer circonspect voire carrément sceptique face à des informations provenant d'officiels, il est difficile de chipoter plus que de raison sur des "révélations exclusives" d'autres journalistes, sans courir le risque de l'accusation d'anti-confraternité.

 

18/04/2013

Voici l'émission déprogrammée de Telesud sur Ouattara, Sassou et la CPI...

La dernière émission "Maquis Hebdo" de Telesud qui parlait notamment de la Côte d'Ivoire, de la CPI et du Congo-Brazzaville, a été officiellement déprogrammée - disons, censurée, jusqu'à preuve du contraire... parce que ce ne sont pas les plages de reprogrammation qui manquent.

PS : Aux dernières nouvelles, l'émission a été finalement reprogrammée... donc diffusée !


MAQUIS HEBDO DIMANCHE 14 AVRIL 2013 par tango53

26/09/2012

Le "Club de la Presse" sur la RTI : histoire d'une censure mal ficelée

Tout commence par l'enregistrement, le vendredi 21, de l'émission "Le Club de la Presse", dans les studios de la RTI. Jusqu'ici, tout va bien. L'émission, qui voit débattre des journalistes de différents journaux, est toujours enregistrée le vendredi pour être diffusé le dimanche. Sauf que, cette fois-ci, l'émission ne passe pas. Des "problèmes techniques", nous dit-on. Antoine Assalé Tiémoko, du journal "L'Eléphant déchaîné", se... déchaîne le premier sur Facebook.

antoine assalé.jpg"Ce jour, dimanche 23 septembre, à 18 heures 8 minutes, sur la RTI1, une bande déroulante a annoncé la non diffusion du CLUB DE LA PRESSE pour des "raisons techniques". Interrogé par "L'éléphant Déchaîné", Emmanuel Grattié Lavry, le présentateur de l'émission a déclaré qu'il avait été lui-même informé dans la soirée que l'émission ne sera pas diffusée pour des raisons techniques, sans plus de précisions. En réalité, cette émission, enregistrée le vendredi 21 septembre ne sera jamais diffusée et pas à cause de raisons techniques. Elle a été purement et simplement censurée. 

Il y avait comme invités: Assalé Tiémoko (Directeur général et gérant de l'éléphant Déchaîné"), Saint Claver Oula (rédacteur en chef de le nouveau courrier), Eddy Pehé (directeur de publication de le nouveau réveil), Célestin Gnonzion (enseignant-chercheur, spécialiste de l'éthique de la presse). Les thèmes débattus étaient la rébellion de 2002 (bilan, financement), les rencontres de la CDVR, l'enquête sur la mort de Guéi, la drogue dans les écoles, le conseil des ministres (le code de déontologie des fonctionnaires et agents de l'Etat), l'attaque du commissariat à Port-bouet, la suspension de la sanction contre les journaux bleus. 

Eh bien les vérités qui ont été dites au cours de l'enregistrement de l'émission n'ont pas semble-t-il, fait plaisir en haut lieu. L'émission a été purement et simplement censurée. Ce qui provoque la colère non seulement des invités, mais des autres confrères. Nous courons donc vers un boycott de cette belle émission et donc sa mort prochaine. Car, tant que cette édition du dimanche 23 septembre ne sera pas diffusée, plus personne ne répondra à l'invitation de la RTI. La suite et les détails des propos tenus au cours de l'enregistrement et qui ont provoqué la censure, dans "l'éléphant Déchaîné" du mardi 25 septembre."

Assalé Tiémoko a raison. L'émission n'est pas rediffusée le lundi, comme le veut la tradition. Mais les censeurs étant des personnes "paresseuses", selon l'expression du caricature Issa Nyaphaga, l'émission se retrouve sur le site Internet de la RTI, avant d'être ôtée. Ce qui confirme la thèse de la censure (et renforce l'opprobre sur la direction générale de la RTI), sans pour autant d'être de la moindre efficacité. Puisque l'émission se retrouve, bien entendu, sur Youtube. En trois parties.

Bien entendu, le destin de cette émission est connu. Après Youtube, elle atterrira dans les disques durs et les cartes mémoire des téléphones des Ivoiriens qui auront désormais une idée précise du type de vérités que le régime qui les domine veut leur cacher. Le comble du ridicule et de l'amateurisme !

Alors, forcément, les sarcasmes se déchaînent... Laissons le mot de la fin à Anderson Diédri, reporter au Nouveau Courrier, qui fait un parallèle avec le limogeage fantaisiste de l'ancien directeur général de RTI, Brou Aka Pascal, finalement re-nommé au poste de président du Conseil d'administration de l'institution par le même Alassane Ouattara qui l'avait dégommé.

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"Le directeur général de la RTI Aka Sayé Lazare va-t-il être limogé pour "dysfonctionnement" (...) puisque malgré la "censure" de l'émission "le Club de la presse" dimanche, l'intégralité de l'enregistrement circule aujourd'hui sur Internet ?"

12/07/2012

Pius Njawé, deux ans qu'il nous manque !

Cela fait aujourd'hui deux ans.

Deux ans que Pius Njawé, fondateur du quotidien de combat camerounais Le Messager s'est éteint lors d'un dramatique accident de voiture loin de son pays. Aux Etats-Unis.

Deux ans qu'il nous manque !

Désormais il est entré dans le Panthéon de l'Afrique digne, de l'Afrique qui préfère son espérance têtue aux sombres promesses du manger/boire/jouir. Nous qui avons la chance de l'avoir connu, savions qu'au-delà des péripéties de son itinéraire de patron de presse - donc de patron... -, il avait une véritable âme de Don Quichotte.

J'ai passé quasiment une journée entière avec lui à Abidjan en 2007 ou en 2008, je crois. Nous avons sillonné la ville en voiture en refaisant le monde. C'est ce jour-là que j'ai su qu'il avait une passion folle : les fleurs, dont il recherchait avec fièvre les différentes espèces. Les petits vendeurs de Port-Bouët Route de l'Aéroport s'en souviennent. C'est également ce jour-là que j'ai su, lors d'une virée à la librairie Mediastore de Cap-Sud, que nous avions en commun la foi chrétienne. Il a acheté un maximum de livres d'édification en même temps que des innombrables essais politiques.

Pius Njawé était un véritable "Citizen Kane" africain, un personnage romanesque. Je me souviens d'avoir jeté de rage sur le mur de ma chambre d'étudiant un numéro de Jeune Afrique (en 1997 je crois) dans lequel un éditorial tentait, à forte litotes et allusions, de relativiser une de ses mille incarcérations dont il avait, parenthèse sorti un livre mordant d'ironie, "Bloc-notes du bagnard". Je me souviens également de ce que ma politisation précoce (à 13-14 ans) doit au Messager, à ses éditos, à ses combats.

Pius Njawé est, avec Mongo Beti, l'une de ces figures camerounaises de l'insoumission qui nous servent aujourd'hui de boussoles et de guides dans les dédales de nos aventures intellectuelles. Sans Pius Njawé, sans Mongo Beti, trouver la force de s'accrocher à une vérité contrariante pour beaucoup, notamment pour le cartel des puissants, aurait été bien plus difficile.

Je ne résiste pas au plaisir de réécouter cette riche interview de cet honorable devancier dont la mort a rencontré mon destin de manière assez étrange. Le Nouveau Courrier a six semaines environ, et alors que je "checke" mes mails après le bouclage avant de rentrer chez moi (il est bien plus de minuit !), je tombe sur un courrier m'apprenant l'insupportable nouvelle. Je retourne en larmes à la maison, réveillant ma femme avec mon trop-plein d'émotion. Quand elle me quitte le matin pour aller travailler alors que je dors encore, elle ne se doute pas qu'elle ne dormira avec moi une nouvelle fois que quinze jours plus tard. En effet, je suis réveillé par un de mes collaborateurs qui m'explique que le procureur Tchimou nous convoque à son bureau parce que nous avons eu copie d'un document judiciaire confidentiel que nous avons abondamment cité. Sur le scandale du café-cacao. Quand je vais au Tribunal du Plateau, je ne me doute pas que je suis sur la route de la résidence secondaire "préférée" de Pius Njawé, qui vient tout juste de s'éteindre. La prison.

Pius Njawé dans l'Atelier des médias from Philippe Couve on Vimeo.

29/02/2012

Le nouveau code de déontologie du journalisme ivoirien est honteux : voici l'éditorial qui explique pourquoi

Cet article est d'Assalé Tiémoko, le directeur de publication du nouvel hebdomadaire satirique L'Eléphant déchaîné, qui a le vent en poupe. Il explique en quoi les doyens du journalisme ivoirien donnent aux procureurs zélés le bâton pour nous battre tous. Dans l'indifférence de la profession.

Arriver à terme à faire du refus d’un journaliste de dévoiler ses sources, un délit, voilà l’exploit que des journalistes ivoiriens, réunis à la maison de la presse au plateau, ont réalisé, en adoptant par acclamation, un nouveau code de déontologie, à l’élaboration duquel ils n’ont pas activement participé. En effet, le jeudi 23 février dernier, un nouveau code de déontologie de la presse ivoirienne a été adopté, sous réserve de la réécriture d’un article. Comportant 22 articles (sous la rubrique « les devoirs du journaliste ») et 10 articles regroupés sous la rubrique (les droits du journaliste), il est censé et nous nous inclinons à moitié devant cette acception, apporter un souffle nouveau au métier, comparativement à celui de 1992. S’il n’y avait pas un article à polémique dans ce nouveau code, les confrères l’auraient sans doute adopté les yeux fermés et au- raient ainsi profondément contenté ceux qu’on voit venir et qui entendent dans les mois à venir, introduire un projet de loi pour amender la loi de 2004 sur la presse afin de s’offrir désormais le droit de perquisitionner l’esprit des journalistes.

Ainsi donc, pour on ne sait quelles rai-sons, les rédacteurs du nouveau code y avaient glissé cet article : «La possibilité de s’affranchir de son obligation de protéger sa source, en portant son identité à la connaissance du public et/ou d’ester en justice contre elle, , si la volonté de cette source de la manipuler , porte atteinte à sa réputation, à son honorabilité, à sa dignité et de le pousser à une faute professionnelle». A la lecture de cet article, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les raisons profondes qui ont poussé ses inspirateurs à le glisser dans le nouveau code. Si ce n’est la volonté de tuer le métier en livrant désormais les informateurs en pâture au motif qu’ils cherchent à manipuler le journaliste. Heureusement, quelques journalistes présents à la Maison de la presse ont vite décelé la malice cachée dans cet article et l’ont dénoncée avant de demander qu’il soit purement et simplement retiré du nouveau code.

Chose à laquelle, Alfred Dan Moussa, direc- teur de l’ISTC, s’est opposé en ar- guant:«Cet article ne vise que les manipulateurs qui prennent le manteau de source avec juste le souci d’induire les rédactions en erreur». Mais cette explication n’a pas convaincu les contestataires. Toutefois, l’article, au lieu d’être purement et simplement retiré, a été réécrit pour devenir «la possibilité de dénoncer une source malveillante et d’informer le public des manipulations dont il a pu être victime». C’est-à-dire, la possibilité pour le journaliste d’informer le public qu’il n’est pas un journaliste professionnel. Et pourquoi pas conduire la source directement en prison ? A partir de quoi un journaliste découvre-t-il que sa source est mal- veillante ? N’est-ce que ce sera après qu’il a pris le temps de recouper, de vérifier les informations qui lui sont données auprès de plusieurs autres sources ? Comment appelle-t-on un journaliste qui balance une information sans prendre la précaution mini- male de la vérifier avant de dé- couvrir plus tard qu’il s’est fait manipuler ? Alors pourquoi les rédacteurs de ce nouveau code ont-ils jugé nécessaire de, non seulement glisser cet article dans ce code, mais en plus, de se battre pour son maintien en l’état ? Même en Corée du Nord où il n’y a aucune liberté de la presse, une telle disposition n’existe pas. Quelle prouesse donc ! Désormais, le procureur de la République, sous instruction des pouvoirs, ne se gênera plus pour décréter qu’une information livrée est le fruit d’une manipulation à partir du moment où le journaliste refuse de livrer sa source. Et on pourra donc le conduire en prison pour double violation d’une loi correctionnelle et d’un article du code de déonto- logie de son métier, code dont on nous dit qu’il a valeur de «loi». Demain donc, le refus de livrer sa source sera considéré comme un délit. Et voilà comment l’on donne les armes au pouvoir d’as- sassiner ce qui fait l’essence même de ce métier, la source d’information. A bas donc ce nouveau code de déontologie, qui donne le «droit» au journaliste de refuser d’assumer son manque de professionnalisme en livrant son informateur. Pour se dédouaner.

Assalé Tiémoko

04/01/2012

Photo de presse et médias numériques en Côte d'Ivoire : au-delà du "Carlalie-Gate"

Faut-il se méfier de la blogosphère ivoirienne ? En tout cas, elle s'est lancée dans une opération de "représailles" violentes contre un certain nombre de titres de la presse traditionnelle et le plus gros portail d'infos du pays. La raison ? Ils sont accusés d'avoir "volé" les images de la jeune photographe très prometteuse Carlalie Okou sur son profil Facebook. Pour en savoir plus, lire le post d'Edith Yah Brou, ici.

Au-delà de la polémique, une question de fond. Pourquoi, sous nos cieux, le net est-il considéré comme une sorte de non-droit et de "destruction de la valeur", où tout ce qui est diffusé est considéré comme "tombé dans le domaine public" ? Je me plains régulièrement des sites qui pillent le contenu produit par le quotidien Le Nouveau Courrier, sans la moindre autorisation. Ce n'est pas normal. Mais il faudrait que nous soyions pratiques.

L'affaire Carlalie Okou nous dévoile un problème, un vide et une opportunité. Le problème, il est évoqué plus haut dans cet article. Le vide ? Dans un grand nombre de pays, des agences de presse photo fournissent aux médias des images d'actualité et d'illustration pour leurs articles. Cela n'existe pas en Côte d'Ivoire. Du coup, on bricole pour avoir la photo du politicien en vedette, de l'artiste en tournée ou du dernier feu d'artifice. L'opportunité est la suivante. S'il existe une plateforme sur laquelle nos photographes peuvent "déposer" leurs photos pour que les médias abonnés à ladite plateforme puissent venir se servir, les journaux règleraient leur problème de manque crucial d'illustrations, et les photographes pourraient avoir la reconnaissance (signature en bonne et due forme) et "un petit quelque chose" à la mesure des moyens de la presse ivoirienne, qui fait plus pitié qu'envie soit dit en passant :(

La communauté des "techies" et des producteurs de contenu pourrait également créer une structure légère d'alerte aux manquements à la netiquette (l'éthique sur Internet) à l'image de l'Observatoire de la liberté de la presse, de l'éthique et de la déontologie (OLPED), initiative d'auto-régulation de la presse ivoirienne, mise en place dans les années 1990.

Est-ce que j'ai bien parlé ? En tout cas, le débat est ouvert.

05/09/2010

Profondément ému...

... De voir pour la première fois ces images de la webtv ivoirienne djibitv.com, qui témoignent du combat âpre que les journalistes de tout bord ont mené pour notre libération de prison.

Emu et un peu intimidé face aux responsabilités que cette mobilisation induit naturellement. MERCI A VOUS, CONFRERES !

03/07/2010

Ne pas dupliquer la presse écrite en ligne : le cas du Messager

Je voudrais commencer ce post en disant que j'aime beaucoup le site du quotidien camerounais Le Messager, même si je n'ai pas l'intention de le reproduire pour Le Nouveau Courrier (je suis ainsi le conseil de mon frère qui a fait des études de management et qui dit que le même produit ne peut à la fois être gratuit en ligne et payant sur papier).

Cela dit, j'ai vu aujourd'hui un exemple qui montre à quel point il est difficile, pour nous, de ne pas dupliquer la presse écrite en ligne. Récemment, les militaires camerounais se sont négativement illustrés en allant tabasser de la pire des manières des étudiants sur le campus de Yaoundé I. Manque de pot pour eux : à l'heure du web 2.0 et des téléphones munis de caméras, leur forfait, filmé et diffusé sur des plateformes comme YouTube, a été révélé par Le Messager.

Mais le quotidien n'exploite pas les ressources du multimédia. Il n'uploade pas ces vidéos sur son compte YouTube ou DailyMotion, il ne diffuse même pas la vidéo comme illustration de son article (il faut lire dans les commentaires pour voir un lien vers la vidéo en question). De leur côté, les Observateurs de France24, qui ont la culture de la vidéo et du web, mettent en valeur de manière très vivante ce témoignage électronique.

Ah ! c'est dur de changer de culture ! Je ne le dis pas pour me vanter... Je n'ai pas encore trouvé la formule idéale pour la version en ligne du Nouveau Courrier...

Quelles synergies entre presse écrite et sites web dans notre contexte africain ? On débat pas un peu...