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28/06/2014

Le Nouveau Courrier et moi ou la tentation d'en finir

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IL FAUT PEUT-ETRE SAVOIR S'ARRETER. En octobre 2002, soit il y a bientôt 12 ans, je faisais librement le choix de quitter Le Monde, dont j'étais le correspondant en Côte d'Ivoire, parce que je ne voulais pas le type de journalisme que j'étais condamné à faire si j'y demeurais alors que la France officielle y avait engagé une guerre civile par rebelles interposés. Depuis, j'ai essayé de creuser mon sillon hors des sentiers battus ; de faire avec les moyens de bord du journalisme de qualité témoignant de la réalité du conflit ivoirien. Je suis devenu entrepreneur de presse par nécessité dans ce contexte. Au Courrier d'Abidjan, à Le Nouveau Courrier, nous avons témoigné comme nous le pouvons. Humblement, nous avons contribué à ouvrir quelques paires d'yeux. Mais quelle est la valeur que les lecteurs accordent à notre travail ? Depuis que les journaux d'opposition ont été autorisés par le régime Ouattara après avoir été systématiquement pillés, j'ai insisté sur un "modèle économique" fondé sur les abonnements, parce que les ventes au numéro sont un socle trop fragile dans un contexte de persécution politique et de "concurrence interne" accrue. J'espérais 1000 abonnés [Mediapart à qui beaucoup d'entre nous attribuent des articles qu'il n'a pas écrit tant l'espérance est grande en a 80 000] pour mettre mon équipe à l'aise afin qu'elle produise du bon journalisme dans un premier temps ; puis 2000 qui financeraient une diversification audiovisuelle. Las. Nous en avons tout au plus 120-130. Les nouveaux abonnés "remplacent" ceux qui ne renouvellent pas leurs abonnements. J'ai tout essayé pour plaider notre cause auprès du public. En vain. Sans doute que je m'y prends mal, ou que notre contenu n'est pas assez attrayant. Pendant plus d'un mois, nous n'avons pas pu paraître. Et en dehors de la solidarité du "faible nombre" de nos abonnés, nous n'avons pas eu beaucoup de retours... Nous avons échoué à mobiliser une masse critique de lecteurs croyant assez à notre travail pour s'abonner. Il faut en prendre acte.

Aujourd'hui je suis fatigué. Ce n'est pas tant le fait de faire face aux persécutions politiques et à l'ostracisme à Abidjan et à Paris qui épuise. C'est d'avoir à se battre contre les sites-pirates qui pillent notre contenu et se fichent bien d'être dénoncés. Des sites-pirates sur lesquels notre cible lit notre production sans trop se soucier de ce que nous devenons. C'est d'avoir à subir la "violence" des acheteurs et abonnés qui diffusent largement notre production à leurs amis... ces derniers attendant d'être servis gratuitement. Je suis fatigué de la concurrence de journaux bleus malhonnêtes qui diffusent des mensonges éhontés, des prophéties et de vieilles infos recyclées, des fausses "bonnes nouvelles" qui illusionnent le lecteur, lequel se détourne des contenus plus réalistes.

"Pour qui écrit le journaliste africain ?" Angoissante question. 

Vivre dans la grande précarité et les privations, faire subir à nos familles le prix de nos engagements n'a du sens que si nous pouvons AU MOINS travailler. Mais à force de survivre, nous ne le pouvons plus.

Sans doute devrais-je me résoudre à écrire, douze ans après : "J'arrête".

18/06/2014

"Le Crocodile et le scorpion" de Jean-Christophe Notin : un livre de désinformation sur les relations entre la France et la Côte d'Ivoire

C'est un bouquin dangereux pour les générations futures, qui tente de réécrire l'Histoire récente et multiplie les absurdités grossières et les contre-vérités. Ce qui ne l'empêche pas de s'imposer en France comme un « livre de référence » dont on peuplera les bibliothèques et instituts spécialisés. Et pourtant !

 

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16/06/2014

Interviewé par RFI sur Gbagbo - Les mensonges éhontés de Jean-Marie Fardeau, de Human Rights Watch France

Dans un entretien accordé à la radio française de service public destinée à l'étranger, Jean-Marie Fardeau attribue à Gbagbo des propos qu'il n'a jamais tenus. Et multiplie les incohérences intéressées.

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Un jour, il faudra que des universitaires courageux se penchent méticuleusement sur le travail de l'ONG Human Rights Watch (HRW) sur la Côte d'Ivoire en particulier au cours de ces dix dernières années. En effet, nombre de responsables de cette officine qui dit défendre les droits humains, ont été pris à plusieurs reprises en flagrant délit de mensonge et de manipulation. Hier, Jean-Marie Fardeau, directeur France de cette organisation financée en grande partie par le spéculateur américain Georges Soros, que l'on dit proche d'Alassane Ouattara, s'est illustré, lors d'une interview accordée à RFI, par des mensonges renversants.

Le mythe du « dossier solide »

« Grâce » au refus de la CPI d'organiser à nouveau une audience publique après l'humiliation en « mondovision » de Fatou Bensouda lors de la première audience de confirmation des charges, et alors que le caractère extrêmement technique des documents échangés lors de ce « deuxième round » a de fait empêché l'opinion d'entrer dans le dossier, Fardeau peut affirmer sans sourciller que Bensouda a disposé de témoignages de « 108 personnes tout à fait nommées », alors que la quasi-totalité des témoins de l'Accusation se sont exprimés sous couvert d'anonymat. Il parle de « témoignages extrêmement précis » là où ils se contredisent justement à foison. La juge belge Christine Van den Wyngaert disait fort à propos dans son opinion dissidente, que « le problème précédemment identifié concernant le recours aux ouï-dire anonymes demeure ». De qui se moque donc Fardeau ? 

Et pourtant : même les noms des médecins qui ont constaté les décès des victimes supposées brandies par l'Accusation sont cachés à la Défense, qui a été empêchée de contre-enquêter. Si Jean-Marie Fardeau se précipite sur les ondes de la radio la plus écoutée en Afrique subsaharienne francophone pour donner du crédit au dossier Bensouda, c'est parce qu'il sait que ses faiblesses seront à juste titre pointées, et qu'il veut par avance lui sauver la mise. Alors qu'il devrait se soucier d'une application scrupuleuse du droit, il refuse obstinément d'entrer dans le fond des réserves de la juge belge Christine Van den Wyngaert, se contentant de supposer qu'il y a encore du travail à faire. C'est indigne ! Que penserait-on, dans le cadre des justices nationale de démocraties occidentales, d'une organisation de défense des droits de l'Homme à ce point soucieuse de défendre la réputation d'un procureur controversé, sans grand souci de la présomption d'innocence qui est due aux accusés ? Imposture !

Plus profondément, Jean-Marie Fardeau affirme que le dossier Bensouda est « extrêmement complet » pour dire tout de suite après que Human Rights Watch « n'a pas connaissance du dossier de la procureure ». Comment peut-on juger de ce qu'on ne connait pas ? Ignominie !

L'énorme mensonge sur les « partisans » de Ouattara prétendument traités de « rats d'égoût » par Gbagbo

Dans son interview accordée à RFI, Jean-Marie Fardeau remet « sur le marché » un mensonge grossier contenu dans le rapport consacré à la Côte d'Ivoire publié par HRW et qui s'intitulait « Ils les ont tués comme si de rien n'était ». « Nous, Human Rights Watch, et d’autres organisations, avions déjà témoigné et rapporté le fait que Laurent Gbagbo lui-même s’était exprimé à la radio, notamment pour appeler à l’érection de barrages dans la ville d’Abidjan pour bloquer les partisans de Ouattara, en appelant à dénoncer tous les étrangers qui étaient suspectés d’être des soutiens de Ouattara, notamment les migrants ouest-africains, et en traitant les partisans de Ouattara de « rats d’égout » », affirme-t-il. Or ces propos n'ont jamais été prononcés par Gbagbo, encore moins à la Radio. Contrairement aux pratiques en vigueur, HRW se garde bien de citer sa source avec précision concernant ses propos. Evoqués en page 5 du rapport « Ils les ont tués comme si de rien n'était », dans la partie « résumé », sans la moindre référence de bas de page, ils disparaissent totalement du corps du rapport. Qui n'en parle plus du tout. 

Fort curieusement, on retrouve des propos qui leur ressemblent à la page 49. Mais ils ne sont pas de Laurent Gbagbo, mais du journaliste K.K Maurice du quotidien Le Temps. Ils ne désignent pas « les supporters d'Alassane Ouattara » mais « les rebelles » et leurs « mercenaires burkinabé » qui affrontent les forces loyalistes à Abobo. Bien entendu, ces propos sont extrêmement durs, comme ils peuvent l'être en temps de guerre ouverte. Une chose est sûre : les avocats du président Gbagbo gagneraient à porter plainte contre Jean-Marie Fardeau, pour dévoiler à la face du monde ses manipulations.

Le deux poids deux mesures de Fardeau

Le directeur « France » de Human Rights Watch affirme que nul n'est besoin de preuves remises à Fatou Bensouda par la France pour « alimenter un dossier pour le procès de Laurent Gbagbo », parce que « c'est lui qui dirigeait directement les Forces de sécurité (FDS) dans la période post-électorale ». Si l'on suit cette logique, c'est qu'Alassane Ouattara, qui était le chef des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) durant la même période, devrait tout logiquement se retrouver en procès, lui aussi. Mais Fardeau appelle plutôt à juger ceux, qui dans le camp Ouattara, se sont rendus coupables de crimes contre l'humanité. Et non Ouattara lui-même. Pour lui, la justice revient à s'acharner contre le chef politique d'une armée régulière, et à livrer des lampistes au service du chef politique d'une rébellion soutenue par l'Occident et qui a finalement eu le dessus. 

Par ailleurs, il endosse sans la moindre réserve le chiffre de « 548 personnes qui auraient été exécutées » par les pro-Ouattara alors qu'il est sorti du chapeau de la présidente d'une Commission d'enquête contrôlée de bout en bout par le pouvoir, et qu'il est objectivement le fruit d'une sous-estimation volontaire. Dans la mesure où seulement dans le département de Duékoué, voire dans le quartier « Carrefour » uniquement, le nombre de victimes des milices pro-Ouattara est supérieur à ce chiffre fantaisiste.

Théophile Kouamouo [Le Nouveau Courrier]

13/06/2014

Les charges confirmées contre Gbagbo - L'intégralité des arguments de la juge belge qui a dit non

 

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Au sein de la rédaction du « Nouveau Courrier », nous avons voulu traduire pour nos lecteurs la totalité de l'opinion dissidente de la juge belge Christine Van den Wyngaert sur l'affaire qui oppose Fatou Bensouda à Laurent Gbagbo. Ses propos sont frappés au coin du bon sens juridique, et le fait que son argumentaire n'ait pas été suivi par ses collègues montre bien qu'il ne s'agissait pas, dans le cas d'espèce, de s'en tenir à la logique judiciaire dans toute sa rationalité. Un document pour l'Histoire.

 

 

 

  1. Je suis dans l'incapacité de suivre mes collègues quant à leur décision de confirmer les charges contre Laurent Gbagbo sur la base de l'article 25(3)(a),(b) et (d). Pour les raisons explicitées dans cette opinion, je suis d'avis que les preuves restent insuffisantes.

  2. Il y a une augmentation quantitative considérable des preuves soumises par le procureur depuis l'ajournement du 3 juin de l'année dernière. Les différents incidents soutenant l'accusation de crimes contre l'humanité sont désormais mieux soutenus par des preuves. Cependant, en dépit de la demande visant à obtenir plus d'informations et de meilleurs informations sur le nombre de victimes en relation avec les incidents supposés, le problème précédement identifié concernant le recours aux ouï-dire anonymes demeure.

 

  1. Plus important, je ne suis pas convaincue que le procureur a prouvé les modes de responsabilités alternatifs qui sont considés dans le Document amendé contenant les charges. Je n'ai aucune objection de principe quant à confirmer les modes de responsabilité alternatifs. Au contraire, si les modes de responsabilité alternés sont soutenus par des preuves, ils doivent être appliqués aussi vite que possible dans les procédures, si possible lors de la confirmation. Ce qui évite l'application de la régulation 55 à des moments tardifs de la procédure.

  2. Toutefois, les charges doivent seulement être confirmées si les preuves ont des chances réalistes de convaincre au delà du doute raisonnable. Je suis, bien sûr, consciente de ce que les standards applicables pour une confirmation sont bien plus bas que lors d'un procès. Lors de l'étape de la confirmation, le procureur peut même bénéficier du bénéfice du doute quand les questions relatives à la crédibilité de certains témoins ou à la valeur probante de documents en particulier. Toutefois, il doit exister une base de preuve suffisante pour convaincre de ce que ces questions seront résolues par le procureur durant le procès. S'il est clair que, si la preuve est considérée à son niveau maximal, des doutes substantiels sur son caractère suffisant demeurent, on ne peut pas confirmer les charges. En me basant sur ma compréhension de cela, je suis d'avis que les preuves à l'appui des charges sous l'article 25 (3)(a),(b) et (d) tombent en dessous des seuils de l'article 61(7) du Statut.

  3. En ce qui concerne les accusations en vertu de l'article 25 (3) (a), je ne suis pas convaincue par les éléments de preuve disponibles qu'il existe des motifs substantiels de croire que le plan commun présumé de maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir soit explicitement

    ou implicitement la cause de la commission de crimes contre des civils pro-Ouattara . Il n'existe aucune preuve convaincante, à mon avis, qui montrent que Laurent Gbagbo s'est entendu à un quelconque moment avec son supposé « cercle rapproché » pour commettre des crimes contre des civils innocents. Par conséquent, je ne suis pas convaincue qu'il y avait un effort délibéré de la part de Laurent Gbagbo et de son « cercle rapproché » en vue de préparer mentalement et matériellement ses partisans à commettre des crimes contre des civils. Par exemple, je ne partage pas l'interprétation de mes collègues sur le fait que le discours de Gbagbo à Divo le 27 août 2010 a été un signal faisant comprendre à ses partisans qu'ils seraient autorisés à commettre des crimes contre des civils pro-Ouattara en toute impunité. Je ne crois pas non plus qu'il était prévisible que le meurtre et le viol de civils auraient lieu dans le cours normal des événements.

    Les données disponibles sur un nombre d'incidents violents isolés commis par

    les partisans de Laurent Gbagbo dans les années précédentes ne suffisent pas, à mon avis, pour montrer que Laurent Gbagbo savait que les FDS et/ou ses autres partisans auraient inévitablement commis des crimes contre des civils pro-Ouattara.

  4. En outre, les preuves disponibles ne m'ont pas convaincu qu'il y a des motifs substantiels de croire que Laurent Gbagbo, seul ou de concert avec un ou plusieurs membres du «cercle rapproché» présumé, a utilisé les forces à sa

    disposition pour commettre intentionnellement des crimes contre des civils. Il n'y a pas de preuve spécifique sur un quelconque ordre ou une instruction émanant de Laurent Gbagbo à cet effet, pas plus qu'un ordre ou une instruction qui puisse être déduite d'autres éléments de preuves disponibles, à mon avis. En particulier, je ne crois pas qu'il soit possible de déduire du fait que Laurent Gbagbo a interdit la marche sur la RTI, qu'il a implicitement chargé les forces impliquées dans la répression de commettre des crimes contre des protestataires civils pacifiques. De la même manière, je ne vois pas comment le déploiement de forces armées à Abobo, qui a impliqué une possible utilisation de mortiers, peut être interprété comme une instruction d'utiliser ces armes contre des civils. Il est important de garder à l'esprit, à cet égard, que l'armée a été déployée afin de lutter contre un groupe d'insurgés lourdement armés

    et que la pratique régulière application de la loi (police, gendarmerie) n'était plus en mesure de gérer la situation. Bien qu'il puisse être soutenu que par l'envoi d'unités militaires dans une zone civile densément peuplée, Laurent Gbagbo a créé et accepté un risque que des civils innocents pourraient être blessés (c.-à-dol éventuel), cela n'est pas suffisant pour conclure qu'il activement incité ces troupes à prendre délibérément des civils pour cibles. Je suis donc dans l'incapacité de considérer Laurent Gbagbo comme un auteur indirect au sens de l'article 25 (3) (a).

  5. En ce qui concerne les charges visées à l'article 25 (3) (b), comme viens de mentionner, je ne vois pas suffisamment de preuves pour conclure que Laurent Gbagbo aurait ordonné ou autrement délibérément incité la commission de l'un des crimes contre les civils. En termes d'incitation implicite, sur la base du éléments de preuve concernant des discours publics de Laurent Gbagbo et ses prétendues instructions et déclarations adressées aux membres des FDS ou au « cercle rapproché », je ne suis pas convaincu qu'ils montrent un effort délibéré, de la part de Laurent Gbagbo, d'inciter ou de préparer mentalement ses partisans à commettre des crimes contre les civils, et encore moins qu'ils aient eu un tel effet direct.

  6. En ce qui concerne les accusations en vertu de l'article 25 (3) (d), je ne peux pas me joindre à mes collègues pour confirmer [les charges, ndlr], parce que je ne vois pas de preuves suffisantes de l'existence d'un groupe de personnes agissant dans un but commun. Le document amendé contenant les charges ne fournit aucune indication précise quant à la composition d'un tel groupe. En effet, étant donné que personne ne soutenir que tous les membres des FDS, tous les mercenaires, tous les membres des milices et tous les groupes de jeunesse constituaient un large « groupe agissant dans un objectif commun », il est nécessaire de savoir qui a appartenu à ces groupes agissant avec un objectif commun.

  7. La décision de confirmation estime que les éléments de preuve démontrent suffisamment que «les membres des forces pro-Gbagbo » conduits par Laurent

    Gbagbo et le cercle rapproché constituent un groupe au sens de l'article 25 (3) (d) du Statut. Alors que je suis d'accord sur le fait qu'il n'est pas nécessaire d'identifier chaque membre du groupe et que la composition du « groupe agissant avec un but commun » peut, dans une certaine mesure, changer au fil du temps, je ne pense pas qu'il soit permis d'inclure dans le « groupe » des personnes qui n'ont jamais eu, et encore moins partagé, l'intention de commettre des crimes contre des civils. Cela fait suite au fait que, comme cela a été indiqué dans les cas précédents, afin d'avoir un groupe agissant dans un but commun au sens de l'article 25 (3) (d), il est nécessaire de montrer que tous les membres du groupe avaient le même état d'esprit, comme cela est requis dans les cas de co-action selon un plan commun au sens de l'article 25 (3)(a). En conséquence, seules les personnes qui ont accepté de maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir à tous les coûts et de commettre des crimes contre les civils dans le but d'atteindre cet objectif, peuvent être considérés comme appartenant au groupe agissait avec un but commun. Bien qu'il soit probable qu'il y avait un certain nombre d'acteurs de bas niveau hiérarchique qui étaient prêts à commettre des crimes contre des civils au nom de Laurent Gbagbo, je pense pas que des éléments de preuve substantiels donnent des raisons de croire qu'ils constituaient un ou plusieurs groupes agissant avec un objectif commun, parce qu'il n'y avait aucune preuve d'un accord mutuel entre eux. En tout cas, le procureur ne fournit aucun argument clair et ne pointe pas des preuves spécifiques concernant le contour et la composition du prétendu « groupe agissant dans un but commun. »

  8. En outre, à supposer même qu'il existait un ou plusieurs «groupe(s) agissant avec un objectif commun », je ne parviendrais toujours pas à voir assez de preuves des contributions présumées de Laurent Gbagbo en connaissance de l'intention criminelle de la part du groupe présumé. Beaucoup de prétendues

    contributions, par exemple les achats d'armes présumés ou l'argent qui aurait été transféré à plusieurs organisations pro-Gbagbo, sont soit trop insignifiantes ou n'ont pas de lien évident avec les crimes allégués contre des civils. Un facteur pertinent à cet égard est que le régime Gbagbo faisait face à un adversaire puissamment militarisé dans plusieurs régions du pays, y compris Abidjan. L'achat et la distribution des armes a donc probablement été liée à l'imminence / escalade des hostilités armées.

  9. Enfin, dans la mesure où les accusations en vertu de l'article 28 du Statut sont concernées, je considère les éléments de preuve plutôt ambigus. Il est clair, de

    mon point de vue, que Laurent Gbagbo savait que des civils étaient lésés par

    certaines unités des FDS et par d'autres groupes armés qui lui sont fidèles. (…) Il existe des preuves montrant que le gouvernement putatif de Laurent Gbagbo

    a pris un certain nombre de mesures pour que les crimes allégués fassent l'objet d'enquêtes et soient poursuivis. Toutefois, l'efficacité de ces mesures en vue de prévenir ou réprimer la commission d'autres crimes – ou même d'enquêter et de poursuivre les auteurs de celles déjà commises – dépendait dans une large mesure de la réponse à une question. Étaient-ils de véritables efforts pour arrêter et/ou sanctionner la violence contre les civils ? Cette question ne peut être résolue à ce stade de la procédure. En conséquence, étant donné que des doutes à l'étape de confirmation ne doivent pas fonctionner automatiquement contre le Procureur, j'aurais pu, en principe, envisager de confirmer des charges sur la base de l'article 28. Toutefois, je tiens seulement à confirmer des crimes qui ont été supposément commis par des membres des FDS ou par des miliciens et mercenaires opérant dans la structure de commandement des FDS. En ce qui concerne les crimes qui auraient été commis par d'autres groupes armés pro-Gbagbo, qui opéraient en dehors de la structure de commandement des FDS, je ne suis pas convaincu par les preuves disponibles qu'il y a des motifs substantiels de croire que les membres de ces groupes peuvent être considérés comme « des subordonnés placés sous l'autorité effective [de Laurent Gbagbo] et [son] contrôle » au sens de l'article 28 (b) du Statut.

  10. En conclusion, je tiens à dire très clairement que, bien que je ne suis pas convaincue que les éléments de preuve versés au dossier suffisent pour traduire Laurent Gbagbo en justice pour les accusations en vertu de l'article 25 (3) (a), (b) et (d), je ne nient pas que des crimes horriblesont été commis contre des civils par les forces fidèles à Laurent Gbagbo. Cependant, en tant que juge de la Chambre de la Cour préliminaire, il est de mon devoir d'évaluer si les poursuites contre Laurent Gbagbo, telles que formulées par la Procureure dans le document amendé contenant les charges, sont suffisamment fortes pour aller au procès. C'est mon opinion réfléchie que, dans la mesure où les articles 25 (3) (a), (b) et (d) sont concernés, elles ne le sont pas.

 

Traduit par Benjamin Silué

 

13/11/2012

Où va l'opposition ivoirienne [édito paru dans Le Nouveau Courrier]

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Les chanteurs de zouglou qui ont décidé de mettre un terme à leur exil parisien pour rejoindre «la caravane de la réconciliation» financée à grands frais par le régime Ouattara sont-ils des «traîtres» à la cause patriotique ivoirienne ? Faut-il les «punir» en boycottant leurs concerts et leurs oeuvres discographiques ? Ces questions ont agité les réseaux sociaux ces derniers jours et suscité de nombreux commentaires avec leur corollaire d’excès. Au-delà de l’écume de la polémique, ces échanges vifs devraient susciter des interrogations de fond. En réalité, cette foire d’empoigne soulève plusieurs problématiques. Premièrement, celle du rapport entre les artistes engagés et l’univers de la politique. Dès lors qu’ils ont pris des positions politiques, les chanteurs et autres vedettes doivent-ils être considérés comme des activistes, voire des militants soumis à la discipline du parti ? Doit-on donner plus de sens qu’ils n’en méritent à leurs choix de carrière qui répondent, après tout, à des considérations qui relèvent aussi et surtout de leur désir de survivre et de continuer à créer dans un environnement réceptif ? Quel message faiton passer aux artistes qui voudraient, le temps d’une ou de deux mélodies, faire des petites incursions en politique pour exprimer leurs indignations légitimes, leurs sentiments de citoyens, leur adhésion à des causes spécifiques ? Voudrait-on leur dire qu’en le faisant, ils s’engagent dans la sphère partisane et seront surveillés, lâchés voire lynchés à l’avenir s’ils s’écartent du droit chemin ? L’art, et plus particulièrement le zouglou, est une affaire d’hommes et de femmes libres. On peut être frustré ou déçu que Pat Sacko ou Petit Yodé aient choisi d’offrir une (petite) fleur à un régime Ouattara qui fait de l’événementiel pour mieux masquer son incapacité à réaliser la réconciliation. Mais il faut en toute chose savoir raison garder, respecter leur liberté, qui est également la liberté de nous surprendre voire de nous irriter par moments. En réalité, l’opposition ivoirienne, dans ses différentes composantes, doit gérer intelligemment le passage à vide, la traversée du désert. Elle fait face à la difficulté de s’organiser en alternative face à un pouvoir qui n’a d’autre rempart qu’une dictature épouvantable rendue possible par le silence des censeurs moraux occidentaux –les seuls qui intéressent plus ou moins le régime. Elle expérimente l’angoisse du temps qui passe et n’apporte pas de fenêtre d’opportunité immédiate, dans un contexte où elle sa structuration même – une «section » en prison, une «section» en exil, une «section» sur le terrain à Abidjan

– est porteuse de divisions, d’incompréhensions et de scissiparités. Jusqu’ici, elle a réussi ce qui relève quasiment du miracle. Elle a maintenu le lien avec une base politique qui n’a pas été atteinte et des relais au sein de la société civile qui n’ont pas tous basculé dans la flagornerie vis-à-vis des nouveaux maîtres d’Abidjan. Elle a préservé son unité derrière le symbole vivant qu’est devenu pour elle Laurent Gbagbo. C’est là sa principale force. C’est là la principale angoisse du clan Ouattara qui ne cesse de repousser le retour à la vie démocratique normale parce qu’il s’agirait aussi d’un retour aux vrais équilibres du pays. Cette force est aussi patrimoine. C’est elle qui, mise en branle dès l’apparition d’une vraie fenêtre d’opportunité politique, changera la donne. Mais l’opposition perdrait cet atout considérable si elle cédait à la tentation de la radicalité improductive et d’une quête de pureté se résumant à la posture, voire à la pose. Quand on est lancé dans une course de fond, il faut économiser son énergie D’autant plus que, dans le cas d’espèce, il n’y a aucune forme d’enjeu politique. Le retour à Abidjan de Petit Yodé et de Pat Sacko ne constitue pas un signal exploitable de manière judicieuse à l’international. Il n’apportera pas le moindre électeur à un régime qui prend l’eau de toutes parts et dont le caractère profondément sectaire apparaît quotidiennement, comme on l’a encore vu avec les agressions injustifiées subies par l’église des Assemblées de Dieu de Cocody, sur laquelle le ministre Cissé Bacongo s’est incroyablement acharné la semaine dernière. Ce n’est donc pas un enjeu. L’opposition ivoirienne, naturellement menée par le Front populaire ivoirien (FPI), est engagée dans un combat dont elle ne maîtrise absolument pas les échéances les plus importantes. Le vrai enjeu pour elle est de maintenir et de renforcer ses outils idéologiques structurants. Ce n’est pas pour rien que le régime travaille au corps à corps le FPI, flattant certains hiérarques, jetant d’autres en prison pour faire place nette et obtenir une entrée au gouvernement qui serait, pour le coup, une véritable trahison. Dans quelle mesure ce travail patient porte-t-il ses fruits, crée-t-il de mortelles suspicions et des ambitions inavouables, entrave-t-il les nécessaires pressions destinées à contraindre le pouvoir à laisser libre cours à une activité politique normale et contradictoire ? Qu’est-ce qui relève, dans la diaspora, de l’activisme de positionnement ou de «défoulement», et qu’est-ce qui participeà éclairer les consciences sur la nature réelle de la dictature ivoirienne, à rallier les alliés objectifs, à faire bouger les lignes chez les autres ? Ces questions sont incontournables. Quand on est lancé dans une course de fond, la question des économies d’énergie est centrale. Question angoissante : si le destin impose à la Côte d’Ivoire une échéance présidentielle anticipée, l’actuelle opposition déploiera-t-elle immédiatement une stratégie de reconquête du pouvoir pensée à l’avance ? En effet, tout se passe comme si un homme manœuvrait par tous les moyens pour neutraliser le FPI certes, mais aussi le PDCI, dans une stratégie globale de la terreur, tout en poussant ses pions et en préparant son avenir. Comme s’il voulait prendre tout le monde de court. Cet homme ne s’appelle pas Alassane Ouattara.

Il s’appelle Guillaume Soro.

Théophile Kouamouo

04/11/2012

A Abidjan, les femmes des militaires incarcérés par le régime ont manifesté à la cathédrale

Le témoignage de l'une d'entre elles : "Nous sommes venues voir l’évêque. Pour lui exprimer un cri du coeur. Celui de femmes dont les époux sont injustement incarcérés depuis des mois. Mais il n’est pas là. Il est à l'extérieur du pays. Il est à Rome. Nous avons fait notre sit-in à l'intérieur de la cathédrale de 10 heures à 14 heures. Le secrétaire chargé de communication de l’évêque nous a reçues. Nous n’avons pas été prises à partie par les FRCI. Les gendarmes sont venus, ils nous ont écouté et ils sont partis. Nous n'avons pas pris de photo, parce que nous avons peur d'être tuées."

Propos recueillis par Benjamin Silué [Le Nouveau Courrier]

 

30/10/2012

Gbagbo et Bensouda étaient absents, clash entre Altit et l'accusation

L'audience publique sur le réexamen de la situation de détention du président Laurent Gbagbo vient de s'achever en ce milieu d'après-midi à la Cour pénale internationale. L'accusé, pour lequel des centaines de manifestants étaient venus, était absent - comme certaines informations de couloir l'avaient affirmé précédemment. L'on peut retenir, globalement, que cette audience publique a vu le bureau du procureur, représenté par un adjoint de Fatou Bensouda, absente, réitérer son argumentaire et demander le maintien en détention du président Gbagbo. De concert avec la représentante des victimes supposées, qui s'exprimait surtout comme la représentante du pouvoir Ouattara, et n'a eu de cesse de demander à avoir accès à des documents confidentiels sur la santé de Laurent Gbagbo et sur l'Etat qui a accepté de le recevoir dans le cadre de sa mise en liberté provisoire.

L'on retient aussi que cette audience a permis de comprendre le "rôle" du rapport étrange des experts (?) de l'ONU sur les violations de l'embargo, qui s'est évertué à criminaliser en vrac le président Gbagbo et des cadres du FPI nommément cités comme les commanditaires des violences qui déstabilisent le régime Ouattara et comme des alliés du terrorisme international. Le bureau du procureur s'est largement appuyé sur ce rapport pour rallier la Cour à sa thèse selon laquelle il faut maintenir le président Gbagbo dans les fers.

On retiendra aussi que l'atmosphère entre le représentant de Bensouda et l'avocat du président Gbagbo, Maître Emmanuel Altit, qui a brillamment réfuté les arguments du procureur - jusqu'à lui conseiller littéralement d'apprendre à "réfléchir" - était à couper au couteau. A la fin de l'audience publique, ils se sont livrés à une sorte de jeu de ping-pong. Le représentant du procureur a repris la parole après la plaidoirie d'Altit suivant son intervention. Et Altit, ne voulant pas lui laisser le dernier mot, a commenté son commentaire.

Des faits nouveaux ont été soumis par Altit. Notamment les rapports d'experts accrédités auprès de la Cour qui affirment que Gbagbo n'a pas l'intention de fuir et brûle de s'expliquer, et les conditions détaillées qu'apporte l'Etat qui veut accueillir sur son sol le fondateur du FPI pendant la procédure judiciaire.

Nous reviendrons largement sur cette audience dans l'édition du Nouveau Courrier de demain.

27/10/2012

Coup de théâtre - Alphonse Douati ramené à la Maca

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Le ministre Alphonse Douati, secrétaire général adjoint du FPI, enlevé à la Maison d'arrêt et de Correction d'Abidjan (Maca) jeudi nuit avec plus de 50 détenus politiques pour la Maison d'arrêt militaire d'Abidjan (Mama), vient d'être ramené à son lieu de détention initial (Maca). Cette opération vient d'être menée ce samedi après-midi (13h GMT) par le Commandant Doumbia Daouda (chef de corps du bataillon de commandement et de soutien), le Cdt Chérif Ousmane, commandant adjoint de la GSPR et le commissaire divisionnaire Bouadi de la DST. Les tractations sont en cours avec l'ONUCI pour déterminer la destination que pourraient prendre les autres prisonniers politiques enlevés à la Maca au même moment que le ministre Alphonse Douati. 

Quelle est la raison de ce revirement ? Le régime Ouattara, qui avait craint l'accord d'une liberté provisoire au président Laurent Gbagbo, a-t-il été pris de panique à l'idée d'une situation incontrôlable à Abidjan dans cette hypothèse ? Le Nouveau Courrier y reviendra longuement dans sa prochaine édition.

Info Saint-Claver Oula

10/10/2012

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28/09/2012

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