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07.01.2012

De nouveaux articles sur l'affaire Guy-André Kieffer dans Le Nouveau Courrier...

... Après la découverte d'un squelette qui pourrait être, selon le juge Ramaël, le sien.

- Squelette supposé de Kieffer retrouvé : les zones d'ombre d'une étrange "découverte".

- Affaire Kieffer : les mille et une fausses pistes du juge Ramaël.

05.01.2012

Ahoua Don Mello, porte-parole du dernier gouvernement Gbagbo, appelle au boycott des produits français en Côte d'Ivoire

"A chaque époque et face à chaque régime, la méthode de lutte pacifique s’adapte. Nous avons pris le temps de caractériser le régime en place. Les élections législatives ont montré que ce régime n’a pas l’onction du peuple mais tire sa force de la fraude et du soutien de la France de SARKOZY. Ce n’est pas le PDCI qui dira le contraire, lui qui crie aujourd’hui à la fraude et est passé de 94 députés lorsqu’il était dans l’opposition à 77 députés dans sa cogestion de l’Etat avec le RDR. Ce pouvoir est donc perdant dans un jeu démocratique normal, dans des conditions consensuelles et inclusives. Le choix du boycott pacifique des élections législatives a prouvé son efficacité, car il est difficile de mettre un militaire français ou onusien derrière chaque électeur pour le contraindre d’aller voter. Par contre, il est facile de contraindre le Président de la commission électorale indépendante d’annoncer de faux chiffres.

Les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts. La France agit pour conserver le marché ivoirien à son seul profit, ce que refusait le Président GBAGBO. Si 85% des ivoiriens décident aujourd’hui de ne plus consommer français lorsqu’ils ont le choix, ne vous en faites pas, des instructions claires seront données à OUATTARA de revoir sa copie et des conditions consensuelles et inclusives seront créées pour mettre fin à cette parenthèse de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Avec le développement prodigieux des pays émergents, l’Occident n’a plus le monopole des produits manufacturés et de la haute technologie. Et comme le client est roi au sens strict du terme dans l’économie de marché, il a donc le choix. Quel militaire français ou onusien peut vous obliger à téléphoner avec une puce d’une compagnie de télécoms française, à remplir votre véhicule d’essence dans une station-service contrôlée par une multinationale française, à payer un billet d’avion dans une compagnie française ou à ouvrir un compte dans une banque française, etc ?"

La suite de ses propos sur le site du Nouveau Courrier, à lire ici.

04.01.2012

L'affaire Kieffer se retourne contre le clan Ouattara

Trois articles parus dans Le Nouveau Courrier évoquent une nouvelle piste dans l'enquête sur la disparition de Guy-André Kieffer, menant droit vers une véritable affaire d'Etat.

- Disparition de Guy-André Kieffer : des révélations troublantes mettent en cause le camp Ouattara, à lire ici.

- Les dessous de la dernière visite du juge Ramaël à Abidjan, à lire ici.

- Quand Guy-André Kieffer dénonçait Anthony Ward, le trader de Ouattara, à lire ici.

 

29.11.2011

Gbagbo a reçu son mandat d'arrêt de la CPI

A lire ici.

23.11.2011

Gbagbo raconte son 11 avril et fait de graves révélations

 

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C'est dans le livre "Côte d'Ivoire : le coup d'Etat" de Charles Onana, journaliste d'investigation, dont Le Nouveau Courrier publie des bonnes feuilles ici.

 

 

04.10.2011

Le site du Nouveau Courrier est prêt !

 

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Je suis très fier de présenter à vous, lecteurs, et à toute la communauté, le tout nouveau site du "Nouveau Courrier". Nous avons longtemps hésité avant de le lancer. Parce que le modèle encore indéfini des médias en ligne en Côte d'ivoire fait qu'on se demande toujours si ce qu'on a à perdre n'est pas plus grand que ce qu'on a à gagner quand on plonge dans la grande marmite du numérique.

 

Plus qu'un site, nous espérons, à moyen terme, former une vraie et forte communauté autour du site du "Nouveau Courrier", qui sera un complément idéal à l'offre papier. La première chose que nous vous demanderons, c'est d'imposer le leadership de ce site en le faisant connaître. A travers un travail de diffusion des liens qui vous semblent le plus intéressants sur les réseaux sociaux, dans les forums et dans vos sites et blogs.

Mais arrêtons de parler. Cliquez ici pour découvrir notre site. Que dis-je, votre site !

26.09.2011

Une question de légitimité morale (paru dans Le Nouveau Courrier du 26 septembre)

Un sujet d’actualité a captivé l’opinion publique mondiale durant la semaine qui vient de s’écouler : celui de la démarche de la Palestine visant à demander à l’ONU de l’admettre comme Etat-membre au même titre qu’Israël, la Bosnie, le Sud-Soudan… On a eu l’occasion d’observer une fascinante chorégraphie diplomatique. Bien que conscient de ce que, de toute façon, les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, poseraient leur veto, le numéro un palestinien Mahmoud Abbas a tout de même «déposé son dossier». Il a ainsi montré qu’il était prêt à accroître la pression exercée sur la communauté internationale pour faire avancer une cause qui marque le pas. Surtout, sa manœuvre vise à délégitimer les Américains, considérés comme les «propriétaires» du dossier Proche-Orient. En effet, ils apparaissent désormais comme des alliés inconditionnels d’une des deux parties qu’ils sont censés réconcilier. Et du coup, ils perdent leur légitimité morale, du moins dans le rôle d’arbitre qu’ils veulent se donner. Et ce n’est pas un hasard si, à la tribune de l’ONU, Nicolas Sarkozy a insisté sur le nécessaire élargissement du cercle des négociateurs…

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Sans légitimité morale, impossible de faire accepter durablement et efficacement son autorité, en dehors de la contrainte, qui n’est qu’un des visages de la lâcheté. Nous devons tous méditer cette maxime dont la pertinence se vérifie régulièrement. Ces derniers jours, la France a continué d’être secouée par des révélations mettant à jour l’incroyable culture du gangstérisme international de ses élites politiques, qui mettent la diplomatie et l’image de leur pays au service d’intérêts personnels et inavouables. Au grand déballage sur les mallettes d’argent se promenant entre les palais africains et les palais français, et expliquant de nombreuses connivences, a succédé le feuilleton judiciaire sur les rétro-commissions récupérées à l’occasion des grands contrats d’armement, planquées dans des comptes en Suisse et progressivement ramenées en espèces en France par des intermédiaires au-dessus de tout soupçon. Les éditorialistes français ont commenté ces scandales et ces révélations sous tous les angles, sauf un, en forme de questionnement. Un pays dont les chefs ont un rapport profondément affairiste avec les grands enjeux diplomatiques, qui propose des avions de guerre et vend des technologies d’espionnage à une «dictature» à travers des hommes sulfureux un jour pour le renverser au nom de la «démocratie» le lendemain peut-il être considéré comme sérieux ? Comment les citoyens français peuvent-ils être sûrs que derrière le bruit et la fureur répandus sur Benghazi et sur Syrte, ne se cachent pas des gratifications que telle ou telle compagnie pétrolière donnera à tel chef d’Etat qui a peu de chances d’être élu, et qui n’a cessé de dire depuis longtemps qu’il sera «riche», selon ses propres termes, quand il quittera le pouvoir ? La France d’aujourd’hui, qui «importe» de l’argent sale par le biais de ses hommes politiques, a-t-elle la légitimité morale pour exporter la démocratie, les droits de l’homme et autres bons concepts qui cachent souvent de bien mesquins intérêts ? Cette question-là, il faudrait qu’on se la pose dans les médias parisiens, où l’on admet avec enthousiasme la fable selon laquelle la France défend, l’arme à la main, le beau et le bien en Libye et en Côte d’Ivoire…

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Devinette… Quelle est la personnalité ivoirienne la plus controversée de la semaine ? Bien entendu, la réponse va de soi ! Eugène Dié Kacou ! Le patron du Conseil national de la presse (CNP) s’est illustré par un zèle répressif inédit dans l’histoire des médias ivoiriens. En un seul jour, il a interdit trois publications : Notre Voie, Aujourd’hui et Prestige. Toutes les trois appartenant à des groupes de presse «bleus». Son dernier coup de théâtre est dans la droite ligne de son action depuis sa réinstallation par le régime Ouattara : déstabiliser économiquement la presse d’opposition par des interdictions qui leur font perdre, à chaque coup, beaucoup d’argent.

Eugène Dié Kacou parviendra-t-il à convaincre l’opinion ivoirienne de sa volonté d’assainir une presse «culturellement» agressive et de bannir la «haine» ? Non, très clairement. Parce qu’il n’a pas, lui non plus, la légitimité morale nécessaire pour mener à bien ce chantier. En un mot comme en cent, il n’est pas crédible. Il n’est pas crédible parce qu’hier, à ce même poste sous un autre pouvoir, il n’a pas manifesté la «rigueur» dont il se veut le chantre aujourd’hui. Il est d’autant plus illégitime que son interprétation de la «haine» à laquelle inciterait la presse est très politiquement orientée. Qui peut vraiment croire que la presse d’opposition est plus virulente, plus «haineuse», que la presse proche du pouvoir ? Le travail de monitoring de l’association Reporters sans frontières lors de la dernière présidentielle a démontré que les pratiques de la presse ivoirienne se «répondent» de manière symétrique.

Eugène Dié Kacou est d’autant plus contestable que cela fait longtemps qu’il n’est plus un authentique défenseur de la liberté de la presse, de la loi sur la presse et du Code de déontologie du journaliste ivoirien. Hier , alors que nous étions embastillés à la Police Criminelle par un procureur qui nous faisait un chantage éhonté pour que nous dévoilions nos sources, Eugène Dié Kacou, président du CNP, à rebours de toutes les organisations professionnelles qui demandaient notre libération inconditionnelle, se transformait – à notre grande surprise – en auxiliaire de justice, en nous demandant de violer le Code de déontologie et de «livrer» nos sources. Depuis deux mois, notre confrère Hermann Aboa est incarcéré pour un prétendu délit qu’il aurait commis dans le cadre de son travail de journaliste. Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le Comité ivoirien pour la protection des journalistes (CIPJ), se sont mobilisés pour le respect de la loi ivoirienne et la libération d’Hermann. Où se trouve notre «doyen» Eugène ? Disparu. Ceux qui ont toujours dit qu’il était fort avec les faibles et faible avec les forts s’en trouvent confortés. Dans ces conditions, l’issue de l’action de celui qui, à son âge, se soucie sans doute de la trace qu’il laisse dans l’Histoire, est malheureusement connue d’avance. Il échouera, et l’on s’en souviendra comme d’un juge partisan. Comme tant d’autres…

21.09.2011

Economie politique du dénigrement

Publié dans Le Nouveau Courrier du 19 septembre 2011.

Où va l’économie ivoirienne ? Est-elle prête à rebondir pour le plus grand bien des populations, épuisées par plus de dix années d’une crise politique centrée autour des ambitions d’Alassane Ouattara, et qui a survécu à trois chefs d’Etat – Henri Konan Bédié, Robert Guei et Laurent Gbagbo ? En 2012, y aura-t-il plus d’emplois, plus de croissance partagée, plus d’épanouissement pour la « génération sacrifiée » ? A l’observation de la manière dont gouverne l’actuel exécutif, il est permis d’en douter. Et il est très clair pour ceux qui savent lire entre les lignes que la dernière mission du Fonds monétaire international (FMI) est retournée à Washington assez perplexe sur un certain nombre de sujets, notamment la capacité des actuelles autorités à rétablir durablement la sécurité. Pour la première fois, les anciens « collègues » d’Alassane Ouattara ont semblé formuler une conditionnalité politique à la conclusion du fameux programme Pays pauvres très endettés (PPTE) après lequel nous courons depuis une bonne douzaine d’années. Les législatives doivent se dérouler, et bien se dérouler. On n’en en est pas encore au point d’infléchissement, mais il y a quelques légers frémissements. Pourquoi ?

En un mot comme en cent, le régime du « super-économiste » Ouattara ne rassure pas tout à fait les milieux économiques sérieux, malgré leurs débordements d’affection au départ et leur évidente « solidarité de classe ». Pourquoi ? Parce qu’il semble sans boussole, peu désireux d’attaquer les vrais problèmes structurels de fond, obsédé par ce que nous appelons volontiers « l’économie politique du dénigrement ». Le régime Ouattara, dans une sorte de narcissisme contre-productif, poursuit la guerre qui s’est achevée ( ?) le 11 avril 2011 par d’autres moyens, et accorde de l’importance à des actions d’éclat, coûteuses et mal ficelées, qui n’ont pas tant pour objectif de gagner « la bataille des cœurs » mais de dénigrer en permanence le prédécesseur, comme pour briser à jamais un mythe qui demeure en dépit de tout.

L’exemple-type de ces manœuvres de conditionnement idéologiques dont l’unique horizon est le court terme immédiat est la fameuse opération « pays propre ». Elle est partie d’une simplification manichéenne facile à faire gober à une partie du peuple, mais pas très sérieuse dans le fond. Abidjan était sale sous Gbagbo et à cause de Gbagbo, Abidjan sera propre sous Ouattara et grâce à Ouattara. Abstraction est faite, de manière volontaire, de la lente dégradation du cadre de vie en Côte d’Ivoire liée à des facteurs structurels qui sont allés en s’aggravant : la grande crise qui a commencé dans les années 1980 et ne s’est plus arrêtée, la déstabilisation du système de collecte d’ordures enclenchée avec la disparition de la société « H » et son non-remplacement par quelque chose de cohérent, l’exode massif vers Abidjan dès le 19 septembre 2002, date de début de la guerre qu’on nous vend aujourd’hui comme « nécessaire », la difficulté de l’Etat à payer sa dette intérieure, qui a découragé les sociétés de nettoyage traditionnelles. Les palabres homériques sous fond de divisions partisanes et de refus de partager le pouvoir entre District, mairies et administrations centrales n’ont fait qu’envenimer le tout.

Qu’a fait le pouvoir Ouattara pour sortir de manière républicaine de ce nœud de contradictions ? Un projet de loi clarifiant les attributions des différents acteurs ? Un « effort spécial » pour trouver un accord avec les sociétés de nettoyage en vue de l’étalement de leur dette ? Un appel d’offres pour choisir un opérateur sérieux, après quelques semaines de nécessaire informel ? Un impôt juste pour augmenter la participation de ceux qui salissent la ville à son nettoyage, en vue d’assurer un système pérenne ? Rien de tout cela. On a mobilisé, dans l’informel absolu et souvent sur des bases ethniques, des milliers de « petites mains » qu’on n’a jamais payé depuis cinq mois et qui sont poussées à la mendicité. On a coopté des intermédiaires plus ou moins véreux, qui ne représentent aucune entreprise légalement constituée, pour recruter notre armée de balayeuses. Solution cosmétique, pratique irresponsable !

Tout aussi irresponsable est la politique du « bulldozer » conduite par Anne Ouloto, ministre de la Salubrité du gouvernement Ouattara, qui s’attaque aux conséquences sans même se soucier des causes de phénomènes comme l’habitat précaire et le commerce de rue. Une fois de plus, c’est l’exode lié à la guerre de 2002 qui a accentué la bidonvillisation d’Abidjan, déjà grande en raison de la croissance démographique et de la stagnation économique qui persiste depuis une trentaine d’années. Quel incroyable absurdité que cette orgie de la destruction qui ne s’accompagne d’aucun plan de relogement, d’aucune politique de construction de marchés de quartier à trafic rapide, d’aucune politique de l’emploi destinée à absorber les informels du commerce de survie, d’aucun dispositif de retour à la terre et à la ruralité – comme l’a si justement proposé l’ancien ministre Eric Kahé !

Plus profondément, l’on observe, médusés, un gouvernement qui ne paie pas pendant cinq mois ses contractuels, qui peine à satisfaire les créanciers de l’Etat… mais qui dépense des milliards à transhumer massivement à Paris, moins d’un mois après son retour de vacances, pour se célébrer en prétendant glorifier Houphouët-Boigny… pour savourer « la revanche des héritiers », selon l’expression de L’Intelligent d’Abidjan. Et casser du Gbagbo, à longueur d’allocutions et d’interviews. Economie politique du dénigrement !

Ce qui est frappant est que les vraies priorités nationales sont traitées avec une déconcertante légèreté par le gouvernement Ouattara. Qui triche avec les réformes nécessaires en matière sécuritaire. Au lieu d’encaserner et de démobiliser de manière rationnelle les «forces négatives» dont l’ADN est fondamentalement prébendier, on les chouchoute, on caresse leurs chefs, on les recycle dans des domaines divers. Ou on les chasse sans ménagement, précipitant leur basculement dans la violence aveugle, ce dont témoigne la transformation de certains d’entre les soldats des FRCI en « coupeurs de route » sanguinaires. La question de la collecte juste de l’impôt et des factures d’électricité – ce dernier secteur inquiète profondément le FMI – n’est pas réglée. On dit que la Centrale, c’est fini. Puis que ça repart. La guerre est finie, ses rentiers continuent de se gaver. Sur le chantier de la réconciliation, bien entendu, l’heure du « grand compromis » qui pourrait dérider tous les Ivoiriens – et nous faire gagner au moins 2 points de croissance durant les prochaines années – n’est toujours pas arrivée. Plus que jamais, les Ivoiriens ont aujourd’hui besoin d’un vrai, d’un grand politique, pour retrouver le goût de l’aventure nationale. Pour reprendre confiance en l’avenir, et investir.

15.09.2011

Wikileaks révèle l’obsession tribale de Ouattara

Les adversaires d'Alassane Ouattara le disent régulièrement. Comme son ancien ennemi juré et nouvel ami Henri Konan Bédié, il serait persuadé qu’en Côte d’Ivoire, la politique commence et se termine par l’ethnie. C’est pour cette raison qu’il aurait parsemé les rues de tout le pays de soldats analphabètes de son ethnie et que la majorité de ses nominations profitent aux Nordistes. Les derniers câbles diplomatiques diffusés par Wikileaks viennent comme pour apporter du crédit à leurs thèses.

Le 17 mars 2009, lors d’un entretien avec l’ambassadrice des Etats-Unis d’alors, Wanda Nesbitt, Alassane Ouattara essaie de faire croire à son interlocutrice que Laurent Gbagbo n’avait aucune chance de remporter la présidentielle, son électorat – assimilé de manière scandaleusement arithmétique à son ethnie – se résumant à 12% à 15% au plus. La suite, on la connaît. En dépit de la prise en otage de la moitié du pays par les rebelles des Forces nouvelles, Gbagbo obtient 43% des suffrages au premier tour, et devance de très loin ses adversaires dans le très cosmopolite district d’Abidjan. Au point qu’il a fallu des trésors de technologie électorale – plus de 100% de participation dans un grand nombre de bureaux de votes d’un Nord où régnait une terreur incroyable le 28 novembre 2010 – et une violation des règles de la CEI et de la Constitution pour que les alliés extérieurs de l’actuel chef de l’Etat arrivent à l’imposer.

Le câble diffusé par Wikileaks rejoint, dans sa description de la personnalité d’Alassane Ouattara, celui de Renaud Vignal le décrivant dépressif et pusillanime dans son appartement parisien cossu en 2001. «J’ai peut-être fait une erreur en quittant le poste de directeur général adjoint du FMI pour le combat politique en Côte d’Ivoire», a-t-il confié à Wanda Nesbitt. Avant de se plaindre de ce que le président Gbagbo et son camp voulaient imposer le désarmement avant les élections. Si l’on sait désormais pourquoi cette idée lui déplaisait et ce qu’il comptait faire des rebelles non désarmés, l’on comprend également quel camp est responsable non seulement de la guerre mais de l’insécurité complètement folle qui continue de défigurer la Côte d’Ivoire et d’inquiéter les investisseurs.

Un article de Benjamin Silué

13.09.2011

L’illusionnisme au pouvoir

Publié dans Le Nouveau Courrier du 12 septembre.

L’on savait que tout pouvoir a tendance à s’autocélébrer. Après tout, c’est une des règles du jeu politique. L’on savait également qu’Alassane Ouattara est un roi du marketing, qui vendrait un réfrigérateur à un esquimau grâce à un aplomb qui ne fait pas toujours bon commerce avec la sincérité. Mais tout de même ! Le concert de tam-tams qui a accompagné la pose de la première pierre du futur troisième pont d’Abidjan nous a laissé songeur. Cette première pierre serait tout un symbole : le retour à une Côte d’Ivoire qui travaille, qui se développe, qui bâtit, là où les anciens gouvernants «bavardaient». Ce pont qui vient est donc le signe d’une renaissance, nous somme-t-on de penser.

 

La propagande a ceci de particulier qu’elle abêtit les esprits sans grand sens critique mais qu’elle a tendance à se retourner contre ses auteurs dès lors que les personnes qu’elle vise la passent au tamis de la raison et de l’Histoire. Effectivement, le troisième pont d’Abidjan est un symbole. Ravageur ! Et la manière dont la reprise des travaux est montée en épingle dévoile la nature de l’idéologie pernicieuse de ceux qui ont, à travers mille et une conjurations, entravé le destin de la Côte d’Ivoire tant qu’ils n’étaient pas au pouvoir. Dans le but de faire admettre à tous qu’ils étaient certes le problème, mais qu’ils étaient également la solution. Persuadés que le pays finirait par se soumettre à eux… par épuisement ! Le troisième pont d’Abidjan est le symbole de l’arrêt de la marche du pays d’Houphouët-Boigny vers le progrès, qui a commencé avec le coup d’Etat du 24 décembre 1999. Le premier épisode d’une série d’attaques violentes contre la tranquillité des Ivoiriens, l’intégrité du territoire national et la stabilité sans laquelle tout développement est illusoire. Si demain, dans un mois ou dans trois mois, des «jeunes gens» suivent l’exemple des Guillaume Soro, Issiaka Ouattara ou Chérif Ousmane, nouveaux demi-dieux d’Eburnie, il est évident que le dossier sera à nouveau mis dans les tiroirs…

La construction de ce pont commence aujourd’hui parce que la pax franca, la paix française qui s’est imposée à coups de missiles, règne. Ce ne sont pas les formidables capacités de gestionnaire de l’actuel chef de l’Etat qui sont donc la source de ce «bonheur». Comme beaucoup de confrères l’ont déjà rappelé, le projet est né sous Henri Konan Bédié et a été relancé sur Laurent Gbagbo. Le pool de financiers avait déjà été constitué, de l’argent avait déjà été dégagé, notamment à travers un emprunt obligataire… Le constructeur n’attendait que les élections pour se mettre au travail. Ouattara n’a donc rien fait, à part augmenter le coût du pont dont les caractéristiques n’ont pourtant pas changé. Evaluée à 85 milliards de FCFA à tout casser en 2009, sa construction coûtera 125 milliards de FCFA au final. Où ira le différentiel ? Mystère et boule de gomme.

De plus, le choix profondément politique d’Alassane Ouattara, qui a choisi l’option du péage là où Laurent Gbagbo y était opposé pour des raisons pratiques – s’il s’adresse à la minorité des Ivoiriens qui peuvent débourser 1 400 FCFA par jour juste pour le traverser, Abidjan ne sera pas désengorgée – est révélateur. Ouattara se pose en président des riches, qui veut construire un beau pays pour que les riches s’y sentent bien. Quant aux pauvres, ils n’auront plus qu’à les contempler ! En effet, avant de lancer les travaux du «pont des riches», Alassane Ouattara a détruit les maisons et les commerces des pauvres. Sans les reloger ! A Yopougon, à Port-Bouët, à Cocody, Anne «Bulldozer» Ouloto n’a pas fait de quartier. Auparavant, le nouveau régime avait délogé les étudiants des campus pour y loger ses nervis. Que de drames personnels et familiaux derrière cette décision ! Essayez désormais de louer le moindre studio à Abidjan : les étudiants éjectés des Universités, les prix des loyers ont pris l’ascenseur. Comme ceux des produits de première nécessité, au demeurant. Mais si vous en parlez, vous êtes un «aigri». «Silence, on développe !», vous rétorquera-t-on, en empruntant maladroitement l’expression de Jean-Marie Adiaffi, qui dénonçait pourtant la philosophie pernicieuse du parti unique, qui est de retour.

La Côte d’Ivoire se construit, nous dit-on. Mais qui la construit ? Comment ? A quel prix ? Et surtout : pour le bien-être de qui, au profit de qui ? L’Afrique du Sud des John Vorster et des Pieter Botha se construisait aussi. Mais contre la majorité, contre le peuple, contre les Noirs. Au passage, rien ne nous prouve que le «vaste chantier» que l’on nous promet sera un jour réalisé. Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une première pierre ne fait pas le bâtiment. Il est toujours temps de se pencher sur ce que les membres de la coalition au pouvoir ont détruit, pour mieux faire la balance avec ce qu’ils construiront demain. Alassane Ouattara nous a promis cinq universités en cinq ans, certes. Il reste qu’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire n’en a aucune. Qui a détruit l’Université de Cocody ? Et celle d’Abobo-Adjamé ? Et celle de Bouaké, dont les moindres carreaux ont été recyclés dans des pays voisins ? Qui a passé Abidjan au «peigne fin» du pillage systématique, il y a exactement cinq mois ? Qui a détruit la RTI, reconstruite aujourd’hui à grands frais, et grâce à des prêts dont les taux d’intérêt ne sont jamais communiqués ? A qui appartiendra demain une Côte d’Ivoire surendettée ? Une chose est sûre, et les vieux Africains le savent : quelqu’un qui n’arrange rien et qui ne gâte rien est toujours meilleur que quelqu’un qui arrange un peu après avoir beaucoup gâté.

 

 

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