13.05.2010
Un reportage de Jean-Philippe Rémy (Le Monde) que j'ai aimé lire
"Pendant ce temps... en Côte d'Ivoire" est un beau papier qui ne s'engouffre pas dans les clichés éculés mais permet de voir vivre Abidjan, une ville "fatiguée" où la créativité d'artistes et d'entrepreneurs comme Franck Fanny, Issa Diabaté, Paul Sika est une forme de défi face à la tentation de la morosité et de l'ivoiropessimisme. Lire en cliquant ici.
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04.03.2010
Le gouvernement Soro II au complet
Lire ici.
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09.12.2009
Une interview intéressante du chauffeur d'Houphouët
Kalilou Thiero, Malien originaire de Ségou et inamovible chauffeur d'Houphouët-Boigny de son vivant, a donné une interview assez surprenante au journal "Le Ségovien" sur laquelle je suis tombée. Il parle de son regretté patron et livre quelques anecdotes croustillantes.
Sur Houphouët, Senghor, Sékou Touré et Sankara
Houphouët n’avait vraiment pas la même idéologie que Senghor. Rien qu’à entendre souvent leur débat où Houphouët se voyait vexé par la manière philosophique de Senghor d’aborder les sujets. Et puis, Houphouët se définissait toujours devant Senghor comme un héritier d’une chefferie. Les conceptions du pouvoir n’étaient pas les mêmes. A peu près, c’est la même chose qu’avec Sékou Touré qui lui demandait d’opter pour un régime de révolution qui fait fi du colonisateur.
Pour Sankara, je peux attester qu’Houphouët avait le sommeil coupé. La révolution de Sankara le dérangeait. Depuis une colère noire piquée contre son ministre, Jean Baptiste Moké qui ne fut pas satisfait d’un réaménagement technique du gouvernement, je n’ai jamais vu Houphouët, régulièrement colérique qu’avec Sankara.
Sur Houphouët, ADO, Bédié, Gbagbo et la fameuse carte de séjour
"En Côte d’Ivoire, tous les maliens étaient RDA, le parti qui dirigeait le pays mais avec la carte de séjour, nous avons tous basculé au FPI. Cette carte de séjour existait, mais c’est Alassane Ouattara qui l’a appliquée aux étrangers. Je me rappelle que j’ai pris mon courage à deux mains pour dire à Houphouët : « Mais Papa, affaire d’Alassane, c’est trop fort ! ». Il m’a dit : « Mon fils, c’est vrai, Alassane a mal fait mais qu’est ce que tu me proposes ? ». Je lui ai dit que les étrangers, surtout les maliens, ne peuvent pas payer 10 000 F, déjà qu’on avait à payer 3 000 F pour la pièce d’identité malienne. Je lui propose 4 000 ou 5 000 F. Il me regarde et semble convaincu. Du coup, je le vois appeler Alassane et lui dire « bon Alassane, désormais tu mets la carte à 5 000 F, il ne faut pas qu’avec cette carte nos militants partent chez Gbagbo ».
Malgré tout ce qu’on peut dire, Houphouët aimait et admirait Gbagbo. C’est l’un des rares politiciens qui lui disait la vérité. Ça faisait mal à Houphouët mais en prenant du recul, il adhère à ses critiques. C’est le cas d’une milice d’Houphouët Boigny que Gbagbo a combattue et que par la fin, Houphouët s’en était débarrassé. C’est le cas, et rarement on en parle, de certains remaniements ministériels dont les critiques de Gbagbo sont à l’origine.
En ce qui concerne Alassane, ses relations avec Houphouët datent de son séjour en tant que fonctionnaire international à Dakar puis à Abidjan, sinon Alassane est bien un burkinabé mais détesté par Sankara. Houphouët a donc sauté sur l’occasion pour contrer Sankara en le nommant Premier Ministre. A cette époque, tout était presque au point pour qu’Houphouët désigne Gbagbo comme Chef du gouvernement. Pour le cas de Bédié, rien à dire, Houphouët l’avait élevé et adopté."
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18.09.2009
Aux racines de la Françafrique : la dégradation de l'image de la France en Afrique, par Albert Bourgi (2)
Deuxième partie du long - et passionnant - développement d'Albert Bourgi, professeur de droit public à l'Université de Reims, sur la structure des relations entre la France et ses anciennes colonies africaines depuis les indépendances.
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Aux racines de la Françafrique : la dégradation de l'image de la France en Afrique, par Albert Bourgi (1)
Je publie ici, en deux parties, un assez long texte offert à notre "village" par Albert Bourgi, professeur de droit public à l'université de Reims et lecteur attentif de ce blog. Il a été écrit en décembre 2008 (donc avant l'affaire gabonaise) et publié initialement à l'Annuaire français de relations internationales de 2009 volume X Edtions la Documentation Française et Bruylant pages 483-500. Je conseille à ceux qui le peuvent de l'imprimer et de le lire tranquillement parce qu'il nous offre une lecture historique et une perspective "structurelle" des jeux franco-africains depuis l'indépendance. Il nous permet donc de nous échapper un peu des passions de l'actualité pour cerner les problèmes de fond. Bonne lecture à vous !
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27.08.2009
Jesse Jackson parle de la Côte d'Ivoire dans un des principaux médias américains

Dans une tribune publiée par le portail en ligne Huffington Post, l'ancien compagnon de Martin Luther King affirme d'entrée de jeu que "l'Afrique compte" en évoquant certaines réalités économiques, notamment les approvisionnements américains en pétrole et les investissements massifs de la Chine. Puis, il évoque de manière précise la Côte d'Ivoire, qu'il a visitée à l'invitation du COJEP. Extraits traduits en français.
"Durant la plus grande partie de ses 49 années d'histoire en tant que nation indépendante, la Côte d'Ivoire a été la lumière qui brille au sein d'une Afrique de l'Ouest dont la visibilité était faible. Politiquement stable, culturellement tolérante et économiquement vigoureuse, la Côte d'Ivoire était une puissance régionale.
Un des officiels de l'ambassade américaine m'a expliqué que cette nation de 18 millions de personnes était à ses voisins ce que les Etats-Unis sont au Mexique et à l'Amérique centrale. "C'est ici que les gens venaient chercher du travail", m'a-t-il dit. "Si cette économie s'effondre, il y aura un impact dramatique sur la région entière".
La Côte d'Ivoire produit 40% du cacao mondial et est un grand exportateur de bananes, de café, de coton, d'huile de palme, d'ananas, de caoutchouc, de bois et de thon. Durant les dernières années, selon desr responsables de l'ambassade américaine, les exportations de pétrole ont augmenté de manière significative, et le pétrole est aujourd'hui la plus grande source de devises étrangères du pays.
En visitant son port tentaculaire - le deuxième en Afrique - j'ai vu cinq cargos remplis de fruits et de légumes allant en Europe.
Abidjan, la plus grande ville qu'on appelait autrefois "Petit Paris", était une destination populaire pour les touristes des Etats-Unis et d'Europe durant des années.
Mais par la suite il y a eu un coup d'Etat en 1999, suivi par des sanctions de l'ONU, une autre tentative de coup d'Etat en 2001 et une guerre civile brutale en 2002 qui a coupé le pays en deux - Nord et Sud -, et qui a amené la Côte d'Ivoire au bord du désastre.
Aujourd'hui, les coups de feu ont cessé. Mais la nation demeure sur la brèche.
Une élection transparente et juste est la clé pour restaurer la Côte d'Ivoire dans sa place au sein de la communauté des nations. Une démocratie de classe mondiale signifie des investissements de classe mondiale.
C'est le message que j'ai porté en rencontrant séparément le président Laurent Gbagbo et les leaders des deux parties d'opposition qui regardent vers le Palais Présidentiel. J'ai eu un long et fructueux entretien téléphonique avec Henri Konan Bédié, un ancien président qui veut récupérer son ancien job, et j'ai eu un entretien physique avec des représentants d'Alassane Ouattara, qui était hors du pays, et suivait un traitement médical à Paris.
Je l'ai dit clairement partout et à tout le monde : j'étais là, non pour soutenir un candidat, mais le processus démocratique.
En prenant la parole à une conférence de la jeunesse panafricaine et à une rencontre de religieux musulmans et de chrétiens, j'ai demandé au peuple et au candidat de se mettre d'accord sur trois principes de base.
Numéro un : faire campagne de manière diligente et honnête.
Numéro deux : utiliser le langage de réconciliation et de de destruction.
Numéro trois : s'engager publiquement à apporter son soutien au vainqueur.
La volonté de bâtir un grand pays doit être plus forte que les rapacités personnelles. Le vainqueur doit gagner avec grâce ; les perdants doivent perdre avec dignité. Tous doivent soutenir et servir la Côte d'Ivoire.
J'ai aussi eu un entretien physique avec le Premier ministre, Guillaume Soro. Il y a trois il était le leader de la rébellion, dans le Nord. Maitenant, il supervise les élections, travaillant nuit et jour pour guérir cette nation. Il m'a invité à revenir en tant qu'observateur de l'élection, ce que j'ai l'intention de faire.
Je lui ai rappelé et j'ai rappelé à tous ceux que j'ai rencontrés que nous, aux Etats-Unis, avons déjà été divisés entre Nord et Sud, pris au piège de notre propre guerre civile sanglante.
Après cette guerre, nous avons souffert pendant des générations, de l'apartheid américain. Il a fallu un siècle pour que le vote de chaque citoyen américain soit protégé par la loi.
A travers la profondeur de cette souffrance, les Américains sont en train d'apprendre à vivre ensemble au-delà des barrières de classe, de genre et de race.
L'Amérique s'est construite sur les cendres de la souffrance et de la division. La Côte d'Ivoire le peut, elle aussi."
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18.08.2009
Quel avocat pour la RTI ?
Le désamour est-il si grand entre les Ivoiriens et leur télévision ? En tout cas, depuis le début d'un bras de fer qui ne dit pas son nom entre le Palais de la Culture d'Abidjan et la RTI, le web ivoirien se moque volontiers de la "télévision d'Etat", en mode "c'est bien fait".
Sur Facebook, Edith Yah Brou pousse une gueulante :
"Le vendredi 14/08/2009. Il est 20 heures; je viens d'apprendre que le palais de la culture a décidé de fermer ses portes aux nombreux spectateurs venus assister à l'émission de vacances ''Variétoscope''. C'est une grève illimitée de tous les agents et soutenue par la direction.
Revenons en au fait.
Les nombreux jeunes qui ont fait le déplacement pour s'amuser, se défouler, s'enjailler, ne comprennent pas ce qui se passent..
La télévision leur sert depuis plus de 20 ans, les mêmes émissions de vacances abrutissantes et réchauffées pour soi-disant les occuper. Ce média d'état qui est regardé par une certaine couche de la population ne se renouvelle pas ou du moins, essaie de le faire croire.
De sa vocation primaire d'éducation et d'information, elle est devenue un véritable ''fourre-tout'' de recettes censées engranger du bénéfice. En passant par les espaces publicitaires dont les coûts varient au gré des saisons et des hommes qui passent, aux émissions du matin, du midi, de l'après-midi, du week end et enfin aux productions locales qu'ils n'achètent pas mais pour lesquelles ils font payer aux pauvres producteurs des montants astronomiques.
Tout est fait pour rapporter du fric afin que le Chiffre d'affaire de la RTI soit toujours atteint à 500%. N'oublions pas la redevance de la CIE et les nombreux dons qu'elle reçoit de la part d'opérateurs pas toujours philanthropes car espérant des passages gratuits, échanges marchandises oblige.
Malheureusement, leurs dirigeants nous ressortiront toujours le même refrain, " nous n'avons pas d'argent pour acheter des caméras ou des véhicules."
Mais c'est tout à fait normal si vous entretenez une masse salariale dont les 3/4 ne vous est pas forcément utile et avec des postes aux titres souvent falacieux.
Bref, c'est la seule télévision et ça ne changera pas maintenant car lorsqu'on veut prendre le pouvoir et asseoir sa domination, la RTI est le passage obligé pour faire son showtime. Avec plusieurs télévisions, l'effet de surprise et de menace serait considérablement amoindrie. Mais revenons en aux émissions de vacances et la grève du palais de la culture. Nous avons entamé la période estivale (le temps est pourtant maussade et pluvieux ici), avec des résultats catastrophiques aux principaux examens nationaux.
On pouvait attendre du média d'état qu'il se remette vite en cause et crée la surprise en annulant tout et en proposant des alternaives plus éducatives et sources démulation. Ce n'est pas le cas. Tout a déja été enclenché et bien sûr, il ne faudrait pas vexer les sponsors car ce sont eux qui rapportent de l'argent. Bref, les enfants n'ont pas bossé, Abidjan est pollué, on blanchit de l'argent à tour de bras et nous on continue nos émissions dite culturelles (mon oeil). Des émissions culturelles, ce sont des émissions qui enrichissent le savoir, qui boostent l'intellect, qui nous rendent compétitifs. En somme des émissions qui font que quand on en sort, on en ressort moins bête. je peux citer pour exemple: "Questions pour un champion, attention à la marche, Intervilles, des Chiffres et des Lettres, etc.." la liste est longue.
Vous ne trouverez jamais ce type d'émissions sur notre chaîne nationale. Il y a eu, c'est vrai, des iniiatives, mais qui ne sont pas allées bien loin car comme d'habitude, il faut payer pour diffuser une production privée alors que la RTI n'a pas de contenu. Au contraire, nos émissions rivalisent de manque de créativité, d'inculture, de ridicule, les unes des autres: Stars Karaoké, Podium, Panache, wozo, Variétoscope, etc...la liste n'est pas longue.
Ces émissions se ressemblent toutes et traitent la même thématique, la musique, la danse et le chant. De véritables doublons. Et il y a même un directeur des émissions de vacances, qui est aussi inspecteur et à la fois journaliste à ses heures perdues.
Le palais de la culture est devenu le nouveau plateau de tournage de ces émissions grand format. La RTI qui depuis 40 ans aurait pu s'équiper d'au moins deux (2) studios géants pour de telles émissions, se prend une claque en pleine figure cette semaine.
Le palais de la culture, siège de toutes les émissions de la maison bleue, lui refuse l'accès et ce, pour combien de temps? Je ne saurais vous le dire.
Mon plus grand désir, c'est que le palais de la culture ferme ses portes jusqu'à fin septembre (dommage pour les autres manifestations), le temps que le goût amer des médiocres résultats scolaires et universitaires soit dilué. La RTI pourra ainsi se remettre en cause au niveau de ces émissions ''inculturelles'' et abrutissantes, et proposer des contenus qui sensibilisent les jeunes au travail, à la compétition intellectuelle et au management.
En un mot, chers amis, cet article est un véritable coup de gueule. A l'heure où j'écris ces lignes, on est vendredi soir, il est 21h30 et je retourne à mes occupations."
Euclide Okolou, sur son blog perso, dit à peu près la même chose:
"J’ai ri quand j’ai vu M Issa Sangare Yeresso, le responsable des émissions de vacances de la Radio Télévision Ivoirienne s’en prendre aux responsables du Palais de la culture. Bien heureux de voir qu’ils ont trouvé quelqu’un pour « chauffer leur rognon » comme on dit en Côte d’Ivoire. Le palais de la culture les exige de payer maintenant 2 000 000 FCFA au lieu de 800 000 FCFA par tranche en plus d’une exigence de sécurité privée que je reconnais abusive.(...) Il dit que la RTI ne "gagne rien dans ces émissions, elle remplit juste son role de promotion de la culture". Là encore j’ai rit, si le palais se moque de l’intelligence des gens comme il le dit, lui se moque de quoi des gens alors ? Les sponsors de ces émissions sont là gratuitement ? Les droits d’entrée n’aident en rien ? S'ils n'aident pas pourquoi ne pas prendre les 500 places de l'hotel communal? L'émission Karaoké se tient labas, est ce que le ciel est tombé? Dites ça à d’autres !"
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08.08.2009
Fête nationale 2009 : l'intégralité du discours de Gbagbo
Ivoiriennes, Ivoiriens,
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire célèbre demain, 7 août 2009, le 49ème anniversaire de son indépendance. Comme dans la vie de toutes les nations, durant ces quarante-neuf ans, notre histoire a connu des périodes de paix relatives comme des moments de crise. Mais nous avons toujours su vaincre les obstacles, ensemble, pour aller de l’avant. Nous avons su mettre en avant ce qui nous rassemble autour de ce pays qui est à nous tous, qui est notre patrie, la terre de nos pères. Nous en donnons la preuve chaque jour depuis le déclenchement de la crise ivoirienne. C’est ce qui nous permet de nous retrouver aujourd’hui, par-delà nos divergences, dans le processus de paix initié par nous-mêmes, et qui a abouti à l’Accord Politique de Ouagadougou. Depuis la signature de cet Accord, la paix est de retour en Côte d’Ivoire. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a entériné cet accord, vient d’adopter la résolution 1880 dans laquelle il salue nos efforts pour faire aboutir le processus de paix. Nous prenons acte, de la décision annoncée dans cette Résolution de prolonger de six mois supplémentaires le mandat de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Aujourd’hui il n’y a plus aucun obstacle politique à la tenue de l’élection présidentielle le 29 novembre 2009. Depuis mars 2007, notre travail, le Premier ministre et moi-même, a consisté à régler les problèmes politiques qui faisaient obstacle au retour de la paix. Il faut savoir cependant qu’en Côte d’Ivoire, les élections ne sont pas organisées par le ministère de l’Intérieur ni, a fortiori, par le Président de la République. Elles sont organisées par la Commission Electorale Indépendante, la CEI. Dans le cadre du règlement politique de la crise, toutes les parties ivoiriennes ont accepté de confier les aspects techniques du processus électoral à une entreprise privée, SAGEM-SECURITE et à l’Institut National de la Statistique (INS). Jusqu’ici, ces structures ne nous ont pas dit qu’elles étaient incapables de respecter le chronogramme qu’elles ont elles-mêmes établi. La date de l’élection présidentielle est donc fixée au 29 novembre 2009.
Mes chers compatriotes,
Nous avons vu où le refus de la démocratie a conduit ce pays. Nous voyons l’état de la Nation après la guerre. Je viens d’effectuer une visite d’Etat dans les régions des Montagnes, du Bafing et du Denguélé. Trois régions qui avaient été séparées du reste du pays par une zone occupée par des forces internationales. Dès le 11 mai 2007, soit à peine deux mois après la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, je m’étais rendu à Tiébissou, dans la région des Lacs, en compagnie du Premier ministre, pour procéder symboliquement au démantèlement de cette zone dite de confiance qui consacrait de fait la partition de la Côte d’ Ivoire. Le 30 juillet 2007, nous étions à Bouaké pour la cérémonie de « la Flamme de la Paix ». Du 26 au 30 novembre 2007, j’effectuais une visite d’Etat dans les départements de la région des Savanes à Korhogo, Ferké, Boundiali et Tengréla. L’enjeu de ces visites, outre l’occasion qu’elles offrent au chef de l’Etat de se saisir directement des difficultés et des potentialités de chaque région, c’est la réunification du pays, condition nécessaire à l’organisation des élections. Dans le contexte de sortie de crise où nous sommes, le séjour du Président de la République, garant de l’unité nationale, dans les régions qui avaient été occupées, marque la fin de la situation d’exception que nous avons vécue du fait de la guerre. Je voudrais donc ce soir, au nom de la Nation entière, saluer nos compatriotes des régions que nous venons de visiter. Leur dire merci pour la mobilisation exceptionnelle des populations, des cadres et des élus tout au long de notre séjour. Mes remerciements vont également à toutes les régions que nous avons visitées depuis le début du processus de paix. Ces visites se poursuivront. Elles atteindront toutes les régions de Côte d’Ivoire. La principale leçon que je retire de ces tournées, en ayant écouté les différents porte-parole des populations, en ayant vu l’état de nos routes, de nos écoles et de nos centres de santé, c’est que la guerre n’a épargné aucune partie de la population ivoirienne. Elle n’a épargné aucune partie du territoire national. Ses conséquences sont ressenties partout. C’est ce qui en fait une catastrophe nationale.
Mais, au-delà de ce constat, j’ai ressenti combien était fort l’attachement à la cohésion nationale, le sentiment d’appartenance à une même communauté nationale. J’ai vu combien était profonde, l`aspiration à la construction d`un Etat moderne, garant de la paix et du développement. J’ai également mesuré les immenses potentialités de développement de nos régions. Nos ressources minières sont à peine exploitées. Nous avons les estimations des gisements de fer du mont Nimba (1 milliard de tonnes), du mont Klaoyo (673 millions de tonnes), du mont Tia (510 millions de tonnes) et du mont Gao (370 millions de tonnes). Les gisements de Nickel et de cobalt, à Sipilou, dans le Département de Biankouma, sont estimés à 250 millions de tonnes. A cela, s’ajoute, le cobalt de la région de Touba et de Kongbesso. Sans oublier les mines d’or d’Ity, d’Angovia, d’Affema, de Bonikro et de Tongon. Les projets pour l’exploitation de ces ressources minières incluent la construction d’une ligne de chemin de fer qui permettrait de relier la région des Montagnes au Port de San Pedro. Deux grands Groupes d’investisseurs, dont l’un est déjà installé dans la région, sont disposés à nous accompagner. Enfin, outre les richesses du sous- sol, la Côte d`Ivoire dispose partout d’un sol riche et de l’eau pour produire tout ce qu’il faut pour nourrir les enfants de ce pays et exporter de la nourriture dans toute la sous- région ouest africaine. Les scientifiques nous disent que là où il pousse une herbe, il peut pousser de la nourriture. Il n’y a pas de terre impropre à l’agriculture en Côte d’Ivoire. Nous avons la forêt depuis les bords de l’océan jusqu’aux frontières du Mali et du Burkina ; depuis Odienné à la frontière avec la Guinée jusqu’à Bouna à la frontière du Ghana.
Partout où l’on s’arrête en Côte d’Ivoire, on trouve une forêt luxuriante, un sol riche qui ne demandent qu’à être mis en valeur. La terre est notre alliée partout où nous vivons, pourvu que nous nous donnions la peine de travailler. Elle est notre alliée pour la vie mais aussi pour la paix. C’est notre travail qui consolidera la paix et développera le pays. Malheureusement, en Côte d’Ivoire, nous sommes encore victimes de l’orientation imprimée à l’agriculture sous la colonisation. On a donné, comme objectif à l’agriculture, la production du café, du cacao, du bois, de l’hévéa, du coton ; tous ces produits que nous exportons vers la Métropole dans le cadre d’une économie complémentaire mais non concurrentielle. Ces exportations, jusqu’à présent nous ont aidés à gagner des devises pour acheter des produits manufacturés. Mais nous arrivons à un stade où la poussée démographique d’une part et la rareté de la forêt d’autre part, montrent qu’il devient suicidaire de continuer dans la même direction. Nous devons sortir de ce schéma. Nous devons en revenir à la définition de toute agriculture, qui est d’abord et avant tout de procurer de la nourriture aux enfants de la terre. Certes, il ne s’agit pas d’abandonner les productions agricoles destinées à l’exportation. Mais il faut aller résolument vers la production agricole vivrière, puis, vers la transformation, ici sur place, dans nos usines, de ce que nous exportions jusqu’à présent, en totalité. Nous devons sortir de l’illusion que les recettes tirées de la vente des produits agricoles de rente pourront permettre de nous procurer des produits alimentaires en quantités suffisantes. La crise récente du riz a montré que la Côte d’Ivoire, premier producteur du cacao au monde, a failli manquer de nourriture pour ses enfants. Nous voulons tirer le meilleur profit de nos exportations agricoles. Mais nous devons en même temps, donner toute la place qu’elle mérite à la production vivrière. C’est le sens du choix fait cette année d’honorer le secteur des produits vivriers. J’ai voulu que solennellement, à l’occasion de ce quarante-neuvième anniversaire de l’indépendance de notre pays, la Nation rende hommage aux hommes et aux femmes qui œuvrent dans ce secteur vital pour notre pays. Il fallait les donner en exemple, en particulier à notre jeunesse.
Mes chers compatriotes,
Le temps est venu de lancer une campagne pour le développement de l’agriculture vivrière à grande échelle. L’igname, le riz, la banane plantain, le manioc, le tarot, etc. peuvent faire gagner autant d’argent que le café ou l’hévéa. Et, en même temps, ces produits nous assurent une alimentation journalière, en plus de ce que nous importons. En 2008, la Côte d’Ivoire a importé près de deux millions de tonnes de produits alimentaires qui ont coûté environ 700 milliards de francs CFA. Sur ces montants, les importations de riz représentent à elles seules le tiers, soit 756 000 tonnes pour 209 milliards de francs CFA. Vient ensuite le poisson dont nous importons plus de 300 000 tonnes par an et qui nous ont coûté 175 milliards de francs CFA en 2008. S’agissant en particulier du riz, à la fin du mois de juin 2009, nous sommes déjà à 552 000 tonnes, pour environ 143 milliards. Le coût des importations du riz approche ainsi les 300 milliards de francs, cette année. Si donc rien n’est fait, il faudra s’attendre à débourser chaque année, plus de 300 milliards pour faire face à la facture de nos importations de riz. Le plan de relance de la filière riz, élaboré par nos experts pour atteindre l’autosuffisance, se chiffre à 800 milliards, soit l’équivalent de deux années et demie d’importation. Avec un tel investissement, nous aurions en 2011, une production de 1 500 000 tonnes, couvrant les besoins de la consommation annuelle qui est de 1 476 000 tonnes. D’ores et déjà, malgré le contexte de crise qui n’a pas permis la mise en œuvre de ce plan de relance, le travail des opérateurs du secteur du riz permet de réduire les importations qui sont passées de 900 000 tonnes en 2006, à 760 000 tonnes en 2008, soit une diminution d’environ 100 000 tonnes chaque année. Mais ces efforts sont compromis aussitôt par les coûts de l’importation qui n’ont cessé d’augmenter, passant de 152 milliards en 2006, à 210 milliards en 2008, malgré l’abandon des droits à l’importation. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut transformer les conditions et les techniques de la production agricole vivrière. Nous ne pouvons pas rendre le travail de la terre attractif sans aller vers la mécanisation. La mécanisation permettra de réduire la pénibilité du travail de la terre et d’envisager la production à grande échelle. Mais il faudra également des techniques modernes de conservation et de transformation de nos produits vivriers. De même, nous devons améliorer les conditions de ramassage, de transport et de commercialisation de ces produits. C’est sur cette nécessaire évolution que devront porter nos efforts dans les années à venir. Nous pouvons réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Nous avons tout ce qu’il faut pour mettre à la disposition des habitants de ce pays, suffisamment de produits alimentaires. J’ai insisté sur la question du riz, d’abord parce que nous subissons un déficit préjudiciable à l’économie et à l’équilibre même de notre société, le riz étant devenu l’aliment de base de la majorité de la population ivoirienne, en particulier pour la population urbaine. Ensuite, concernant les autres productions vivrières, notamment l’igname dont nous produisons 5 500 000 tonnes par an, le manioc (2 342 000 tonnes), la banane plantain (1 511 000 tonnes), le maïs (639 000 tonnes), notre pays est autosuffisant. Pour les autres denrées alimentaires, je pense notamment à la viande, la situation reste préoccupante. Ce qui est dit du riz est également valable pour l’approvisionnement de la Côte d’Ivoire en viande. Nos besoins en viande sont estimés à 137 000 tonnes par an. La production nationale couvre à peine 36 % de ces besoins, et, sur les 63% couverts par les importations, 17% le sont par l’importation d’animaux sur pieds provenant des pays frontaliers. Le coût de ces importations est estimé à près de 86 Milliards de F CFA par an. Pour combler le déficit, nous devons non seulement développer la production intérieure, mais nous devons également donner une nouvelle dynamique à la coopération avec les pays qui nous fournissent la viande. La première question à régler, est celle des conflits récurrents entre les éleveurs et les agriculteurs au sujet des dégâts causés par les troupeaux en transhumance. J’ai proposé aux Ministres en charge de l’Agriculture et de la Production Animale d’élaborer un projet de loi sur la professionnalisation de l’élevage. L’élevage doit devenir un véritable métier, exercé sur des espaces spécialement aménagés et clôturés. Nous devons en outre, à travers un accord avec les pays frères et amis du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée, qui sont nos fournisseurs traditionnels, chercher à importer la viande plutôt que des animaux sur pied.
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d’Ivoire.
Demain, c’est la fête d’indépendance (Ndlr : Hier vendredi 7 Août 2009). Dans un an, en 2010, la Côte d’Ivoire aura 50 ans. Nous pouvons être fiers de notre parcours. J’ai nommé un Comité de réflexion qui s’est mis aussitôt au travail pour préparer les festivités du cinquantenaire de notre indépendance. J’ai confiance en l’avenir de ce pays. Un petit pays, comparé aux grandes puissances, mais un pays solide par la cohésion et la volonté de ses enfants. Nous devons enraciner la paix après avoir triomphé des épreuves de la crise. Du fond du cœur et avec chacun de vous, je souhaite un très joyeux anniversaire à notre chère patrie.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !
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26.07.2009
Visite de Biya à Paris : la diaspora "djafoule"
A lire ici. Si en plus des ONG casse-pieds, les ex-étudiants qu'on torturait allègrement quand ils étaient au pays peuvent se mêler de "gâter" leur visite en métropole, beaucoup des chefs d'Etat africains n'auront plus envie de venir baiser la babouche de leur grand chef parisien.
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18.07.2009
Delugio parle chez Raphaël
Delugio, blogueur majeur de la période de crise en Côte d'Ivoire, jette le masque et raconte son parcours dans une interview donnée à Raphaël Adjobi, blogueur très "branché" littérature. Intéressant ! A lire ici.
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