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24/10/2012

Le sénateur de Paris demande la publication des archives coloniales et néocoloniales de la France

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Discours de Pierre LAURENT, Sénateur Communiste de Paris sur la PROPOSITION DE RESOLUTION présentée en application de l'article 34-1 de la Constitution, tendant à la reconnaissance de la répression d'une manifestation à Paris le 17 octobre 1961.

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers Collègues,

Je me réjouis de la discussion de cette proposition de résolution que Nicole BORVO COHEN-SEAT, au nom de notre groupe, a déposé le 30 janvier 2012. Cette résolution fait droit à une demande portée depuis de longues années pour que la France officielle reconnaisse les faits sanglants qui se sont déroulés le 17 octobre 1961. Elle propose en outre la réalisation d’un lieu du souvenir à la mémoire des victimes.

Permettez-moi de rendre hommage au combat de Nicole BORVO COHEN-SEAT qui, aux côtés de mon ami Guy FISCHER intervenant tout à l’heure, et en tant que présidente de groupe et élue parisienne, s’était grandement impliquée dans la reconnaissance des crimes coloniaux dont justement le 17 octobre 1961 mais aussi la « disparition » du mathématicien Maurice Audin.

En défendant cette proposition je veux d’abord dire ma satisfaction de la très récente expression du président de la République qui vient de déclarer le 17 octobre dernier, je cite : « La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes. »

C’est un acte important, tant attendu, auquel il nous revient aujourd’hui de donner toute sa portée par un vote solennel de notre assemblée. Je me réjouis que notre proposition de résolution le permette. Elle doit être un engagement à ce que ce premier pas soit suivi des actes nécessaires à l’établissement définitif de la vérité et à la reconnaissance des crimes coloniaux, dont le 17 octobre 1961 constitue, avec d’autres, un épisode tragique.

Nous pensons notamment que la reconnaissance des faits par le président de la République doit conduire à l’ouverture des archives sur le 17 octobre 1961 et au-delà à toutes les archives concernant les guerres coloniales et leur cortège de répression et de massacres.

 Ne serait-il pas souhaitable à ce sujet que les archives de l’Etat soient soumises à des règles communes en matière d’archives conformes au fonctionnement d’un Etat démocratique ?

Cela impliquerait que soient versées aux Archives nationales celles de la préfecture de police de Paris, des ministères de la Défense et des Affaires Etrangères, quitte à ce que leurs fonds relèvent de dispositions particulières, précises et justifiées et que les archives des anciens ministres, Premiers Ministres et Présidents de la République relatives à leur fonction ne soient pas privatisées par les intéressés mais versés dans leur ensemble aux Archives Nationales.

Cela aurait aussi le mérite de contribuer à faire la lumière sur les agissements de la France et de son armée dans les pays africains notamment, où elle a participé, à de nombreux renversements de pouvoir plus ou moins sanglants. La fin de rapports coloniaux ou néo –coloniaux avec ces pays, souhaitée récemment par le président de la République à Dakar, passe par là. Le développement de nouvelles relations de coopération aussi.

Dans la même logique il faudrait que la notion d’archives « incommunicables » telle qu’elle apparaît dans la loi 2008 soit abrogée.

Pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs homologues des deux rives de la Méditerranée.

La vérité doit aussi être dite sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains, au sein même de l’UMP notamment, sans parler de l’extrême-droite, cherchent à réhabiliter.


Ce qui s’est passé ce jour du 17 octobre 1961 n’était pas un évènement isolé survenu en un lieu et en un moment unique mais le paroxysme d’une politique de guerre coloniale symbolisée par la mise en place du Préfet de Police Maurice Papon et couverte voire encouragée par les plus hautes instances de l’Etat.

On a vu s’effectuer, dans les rues de la capitale une chasse à l’homme aboutissant à des assassinats et c’est pour cela que je pense comme beaucoup d’historiens que l’on peut parler en l’espèce d’un crime d’Etat emblématique.

En effet, certaines autres dates nous rappellent à quel point la violence et le crime d’Etat sont indissociables du colonialisme : la sauvage répression du 8 mai 1945 à Sétif, les massacres de Madagascar en 1947, la terrible guerre d’Indochine, et la totalité de la guerre d’Algérie, dont la bataille d’Alger, la « disparition » du mathématicien Maurice Audin en juin 1957 et le massacre du 8 février au métro Charonne furent des épisodes particulièrement violents.

Mais revenons à la nomination de Maurice Papon qui est à mon avis un moment clé pour comprendre ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 et symptomatique de la mise en œuvre de cette politique coloniale.

En effet, Maurice Papon au passé de collaborateur bien connu et qui jusqu’en mars 1958 était un préfet régional de l’Est algérien réputé pour ses méthodes brutales devient le 16 mars 1958 préfet de police de Paris. Il le restera après le changement de régime de mai 1958.

Papon n’hésite pas à ordonner des rafles massives et de réquisitionner y compris le Vel’ d’Hiv’ !

Sous son autorité les assassinats de Nord-Africains par les forces de répression s’accélèrent au cours de l’été 1961. La pratique de jeter des hommes assommés, parfois ligotés, dans la Seine est attestée dès septembre de cette année. Le 2 octobre 1961 Maurice Papon n’avait-il pas déclaré « Pour un coup reçu, nous en porterons dix ».

En ce même début de mois, il veut imposer aux Algériens vivant en région parisienne un couvre-feu.

C’est dans ce contexte que le 17 octobre 1961 des dizaines de milliers d’Algériens, majoritairement des ouvriers, manifestaient pacifiquement contre cette mesure,  discriminatoire, scandaleuse et illégale. Pour certains, c'était la première fois qu'ils quittaient leurs bidonvilles.

Et c’est dans ce contexte aussi que se déroulera quelques mois plus tard le massacre de Charonne.

L’ampleur et la gravité de la répression ont peut-être masqué, aux yeux de beaucoup, la signification politique majeure de cette journée : qu’au cœur de la capitale, qui se prétendait encore officiellement également celle de l’Algérie, la quasi-totalité des Algériens valides soient descendus dans la rue, malgré les violences qui, inévitablement, les attendaient, est le signe que plus personne, au sein de cette communauté, ne voulait de l’Algérie française, même transformée, même réformée. 

Lorsque les Algériens purent, même quelques instants seulement, crier leurs mots d’ordre, ce furent des Algérie algérienne. « Le FLN au pouvoir » et « Libérez Ben Bella » notamment. Même les plus hostiles des observateurs convenaient de la détermination de la foule.

Alors, c’est le déchaînement : les forces de police se précipitent sur les manifestants avec une sauvagerie inouïe. De partout sortent les « bidules », ces longues matraques meurtrières. Les policiers frappent à tour de bras. Ceux qui sont à terre sont impitoyablement matraqués, piétinés, roués de coups. Mâchoires brisées, yeux exorbités, fractures ouvertes, rien n’arrête la furia.

Des coups de feu sont tirés. Dans divers lieux, à Bezons, au pont Saint-Michel, des hommes ensanglantés, souvent à demi inconscients, parfois ligotés, sont basculés dans la Seine. D’autres sont jetés pêle-mêle, sans ménagements, dans des cars de police, où les attendent de nouveaux matraqueurs. Une véritable noria de cars se rend vers les dépôts, les commissariats, vite saturés. Des bus de la RATP sont réquisitionnés. Le Palais des Sports est réquisitionné.  

Selon les recherches actuelles il y aurait eu le 17 octobre 1961 au moins 200 morts, ce qui donne, pour le moins, une résonnance particulière aux propos de Maurice Papon cités plus haut, sans parler des plus de 11 000 arrestations qui officiellement s’en suivirent et des nombreux blessés.

Les crimes commis le 17 octobre 1961 ont suscité à l’époque un débat public et une indignation dans les milieux progressistes mais dès ce moment-là, le pouvoir s’est acharné à étouffer la réalité du crime et les responsabilités. Il aura donc fallu 51 ans pour que le président de la République reconnaisse les faits.

L’Humanité, le PCF, ses élus nationaux et parisiens dénonceront dès cette époque avec d’autres comme Simone de Beauvoir, André Breton, Michel Butor, Aimé Césaire, Marguerite Duras, Claude Roy, Laurent Schwartz et Hervé Bourges notamment, l’abomination qui vient de se produire.

Ils interpellent les autorités. Le préfet de police de Paris est le 27 octobre 1961 directement interpellé par Raymond Bossus au Conseil de Paris. Je me permets de citer ses propos : « « Combien y’a-t-il eu de morts parmi les Algériens, combien de noyés, combien de décès à la suite de coups ? Jour après jour, heure après heure, affluent des témoignages d’Algériens jetés à la Seine. D’autres informations nous sont parvenues : des Algériens ont été tués par balles, frappés à la matraque, à coups de pieds, arrosés à la lance, étranglés. C’est une honte pour le gouvernement gaulliste qui jusqu’à preuve du contraire, est bien l’ordonnateur des actes racistes et criminels de la police. » et il conclut : « la vérité qui éclate aux yeux de tous est que le peuple algérien, ce peuple qui s’est donné un gouvernement - le GPRA - ce peuple, dans son ensemble, veut sa liberté dans l’indépendance ».

Le préfet de police reste de marbre devant cette interpellation.

Quant  au dirigeant du PCF et sénateur communiste Jacques Duclos dans une question orale du 19 octobre 1961 dénonce « cette politique de répression brutale, rappelant par ses méthodes une des périodes les plus tragiques de notre histoire nationale » et « les complaisances scandaleuses dont bénéficient de la part du Gouvernement les factieux, plastiqueurs et criminels de l’OAS. »

Pire encore, dès les premières contestations, le ministre de l’intérieur de l’époque, Roger Frey s’oppose à toute tentative d’enquête, notamment parlementaire.

Les témoignages recueillis par les éditions Maspéro sont saisis chez les brocheurs et des revues comme Vérité-Liberté ou les Temps Modernes sont également saisies. En 1962, les projections du film « Octobre à Paris » de Jacques Panijel sont interdites. Le pouvoir en place puis les pouvoirs qui y succéderont organiseront, autant que ce soit possible, l’oubli.

Il faudra attendre la venue de la gauche au pouvoir pour que le 17 octobre 1981 le journaliste Marcel Trillat diffuse au cours du journal télévisé du soir un reportage à ce sujet et fasse rejaillir dans la mémoire collective ces évènements.

En 1984 c’est le roman de Didier Daeninckx intitulé « Meurtres pour Mémoire » dont l’intrigue entrecroise histoire de la Résistance et histoire du 17 octobre.

Le 17 octobre 1991 il y eut une première manifestation d’ampleur dans le cadre de la commémoration des évènements.

Le 23 septembre 2001 le Conseil de Paris vote la pose d’une plaque commémorative qui deviendra effective le 17 octobre de la même année. La ville de Gennevilliers a inauguré une place 17 octobre 1961 le 19 février 2007.

Le cinquantième anniversaire de ce drame fut une étape plus importante encore dans ce parcours mémoriel. La mobilisation grandit et s’élargit. Seuls les plus réactionnaires donneront de la voix pour déclarer que ces commémorations constituent une « provocation » et qu’il n’était pas question que la France présente ses excuses.

Dans la même veine le maire de Neuilly,  Jean-Christophe Fromantin avait refusé de s'associer aux maires de Nanterre, Argenteuil, Asnières, Gennevilliers, Colombes et d'autres villes pour rendre un hommage aux victimes du massacre du 17 octobre sur le pont de Neuilly. Pour la simple raison qu'il "s'en tient au calendrier des commémorations de l'Etat " et que Neuilly « n'a jamais été associé à ce terrible évènement par le passé ».

Même si à l’instar de « la fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie » - dotée de moyens publics importants et sous la coupe d’associations nostalgiques - nombreux sont encore ceux qui à droite et à l’extrême droite vantent les « aspects positifs de la colonisation » l’idée d’une liberté d’accès aux archives pour tous fait de plus en plus son chemin.

Néanmoins les forces de la réaction n’ont pas tout à fait encore renoncé à leur travail de déni de l’histoire. C’est le cas du Front National, dont les représentants étaient et sont toujours à la pointe de l’abjection sur ce sujet comme sur bien d’autres. Quant au chef de file des députés UMP Christian Jacob a estimé, à propos des déclarations de François Hollande sur la répression "sanglante" de la manifestation d'Algériens à Paris le 17 octobre 1961, qu'il est "intolérable de mettre en cause la police républicaine et avec elle la République tout entière".

En cela il se situe dans la droite ligne, si j’ose dire, d’un Bernard Lafay, pilier s’il en fut, de la mouvance de l’Algérie française qui le 31 octobre 1961 déclara : « Il n’est pas imaginable que le préfet de police – dont on connaît le respect des principes démocratiques ou seulement du droit naturel – ait pu décider sans motifs graves des mesures discriminatoires privant une partie de la population de l’exercice de ses libertés individuelles (…). Protectrice de la population parisienne et aussi, depuis des années, au risque de sa vie, des travailleurs musulmans terrorisés par le FLN, notre police sait qu’elle mérite et qu’elle conserve l’estime de ceux qu’elle défend. Le peuple, le vrai peuple de Paris a compris que son dévouement a su éviter que les incidents aujourd’hui évoqués ne dégénèrent en tragédie. »

Dans l’odieux on peut aussi citer Alex Moskovitch, conseiller municipal gaulliste UNR de Paris qui le 27 octobre 1961, pour défendre une motion de confiance au préfet de police Papon prononça les paroles suivantes : « Tous ces agents de l’ennemi doivent être renvoyés du territoire métropolitain. Voilà deux ans que nous le demandons. Ce qu’il faut ? L’autorisation, et suffisamment de bateaux. Le problème qui consiste à faire couler ces bateaux ne relève pas, hélas, du Conseil municipal de Paris.» La motion est adoptée par la majorité de droite avec 47 voix pour et 30 voix contre.

Le temps est venu d’en finir avec ces propos infâmes à rebours de l’histoire.

En reconnaissant le crime, en faisant la clarté sur les responsabilités, en votant cette proposition de résolution, nous contribuerons à la dignité de la République. Nous apaiserons la douleur de toutes les victimes civiles et militaires, de celle leurs familles, pour redéfinir des relations saines avec le peuple et le gouvernement algériens.

La prise en compte de ce passé participera à une coopération réciproquement avantageuse entre la France et l’Algérie, tant sur le plan culturel qu’économique et scientifique intégrant la question de la libre circulation des personnes qui ont très fréquemment des attaches familiales dans les deux pays.

L’adoption de cette proposition de résolution va en ce sens. C’est pourquoi je vous propose de la voter.

13/05/2010

Un reportage de Jean-Philippe Rémy (Le Monde) que j'ai aimé lire

"Pendant ce temps... en Côte d'Ivoire" est un beau papier qui ne s'engouffre pas dans les clichés éculés mais permet de voir vivre Abidjan, une ville "fatiguée" où la créativité d'artistes et d'entrepreneurs comme Franck Fanny, Issa Diabaté, Paul Sika est une forme de défi face à la tentation de la morosité et de l'ivoiropessimisme. Lire en cliquant ici.

04/03/2010

Le gouvernement Soro II au complet

Lire ici.

09/12/2009

Une interview intéressante du chauffeur d'Houphouët

kalilouThiero32.jpgKalilou Thiero, Malien originaire de Ségou et inamovible chauffeur d'Houphouët-Boigny de son vivant, a donné une interview assez surprenante au journal "Le Ségovien" sur laquelle je suis tombée. Il parle de son regretté patron et livre quelques anecdotes croustillantes.

Sur Houphouët, Senghor, Sékou Touré et Sankara

Houphouët n’avait vraiment pas la même idéologie que Senghor. Rien qu’à entendre souvent leur débat où Houphouët se voyait vexé par la manière philosophique de Senghor d’aborder les sujets. Et puis, Houphouët se définissait toujours devant Senghor comme un héritier d’une chefferie. Les conceptions du pouvoir n’étaient pas les mêmes. A peu près, c’est la même chose qu’avec Sékou Touré qui lui demandait d’opter pour un régime de révolution qui fait fi du colonisateur.

Pour Sankara, je peux attester qu’Houphouët avait le sommeil coupé. La révolution de Sankara le dérangeait. Depuis une colère noire piquée contre son ministre, Jean Baptiste Moké qui ne fut pas satisfait d’un réaménagement technique du gouvernement, je n’ai jamais vu Houphouët, régulièrement colérique qu’avec Sankara.

 

Sur Houphouët, ADO, Bédié, Gbagbo et la fameuse carte de séjour

"En Côte d’Ivoire, tous les maliens étaient RDA, le parti qui dirigeait le pays mais avec la carte de séjour, nous avons tous basculé au FPI. Cette carte de séjour existait, mais c’est Alassane Ouattara qui l’a appliquée aux étrangers. Je me rappelle que j’ai pris mon courage à deux mains pour dire à Houphouët : « Mais Papa, affaire d’Alassane, c’est trop fort ! ». Il m’a dit : «  Mon fils, c’est vrai, Alassane a mal fait mais qu’est ce que tu me proposes ? ». Je lui ai dit que les étrangers, surtout les maliens, ne peuvent pas payer 10 000 F, déjà qu’on avait à payer 3 000 F pour la pièce d’identité malienne. Je lui propose 4 000 ou 5 000 F. Il me regarde et semble convaincu. Du coup, je le vois appeler Alassane et lui dire « bon Alassane, désormais tu mets la carte à 5 000 F, il ne faut pas qu’avec cette carte nos militants partent chez Gbagbo ».

Malgré tout ce qu’on peut dire, Houphouët aimait et admirait Gbagbo. C’est l’un des rares politiciens qui lui disait la vérité. Ça faisait mal à Houphouët mais en prenant du recul, il adhère à ses critiques. C’est le cas d’une milice d’Houphouët Boigny que Gbagbo a combattue et que par la fin, Houphouët s’en était débarrassé. C’est le cas, et rarement on en parle, de certains remaniements ministériels dont les critiques de Gbagbo sont à l’origine.

En ce qui concerne Alassane, ses relations avec Houphouët datent de son séjour en tant que fonctionnaire international à Dakar puis à Abidjan, sinon Alassane est bien un burkinabé mais détesté par Sankara. Houphouët a donc sauté sur l’occasion pour contrer Sankara en le nommant Premier Ministre. A cette époque, tout était presque au point pour qu’Houphouët désigne Gbagbo comme Chef du gouvernement. Pour le cas de Bédié, rien à dire, Houphouët l’avait élevé et adopté."

 

L'article en entier.

18/09/2009

Aux racines de la Françafrique : la dégradation de l'image de la France en Afrique, par Albert Bourgi (2)

Deuxième partie du long - et passionnant - développement d'Albert Bourgi, professeur de droit public à l'Université de Reims, sur la structure des relations entre la France et ses anciennes colonies africaines depuis les indépendances.

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Aux racines de la Françafrique : la dégradation de l'image de la France en Afrique, par Albert Bourgi (1)

Je publie ici, en deux parties, un assez long texte offert à notre "village" par Albert Bourgi, professeur de droit public à l'université de Reims et lecteur attentif de ce blog. Il a été écrit en décembre 2008 (donc avant l'affaire gabonaise) et publié initialement à l'Annuaire français de relations internationales de 2009 volume X Edtions la Documentation Française et Bruylant pages 483-500. Je conseille à ceux qui le peuvent de l'imprimer et de le lire tranquillement parce qu'il nous offre une lecture historique et une perspective "structurelle" des jeux franco-africains depuis l'indépendance. Il nous permet donc de nous échapper un peu des passions de l'actualité pour cerner les problèmes de fond. Bonne lecture à vous !

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27/08/2009

Jesse Jackson parle de la Côte d'Ivoire dans un des principaux médias américains

 

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Dans une tribune publiée par le portail en ligne Huffington Post, l'ancien compagnon de Martin Luther King affirme d'entrée de jeu que "l'Afrique compte" en évoquant certaines réalités économiques, notamment les approvisionnements américains en pétrole et les investissements massifs de la Chine. Puis, il évoque de manière précise la Côte d'Ivoire, qu'il a visitée à l'invitation du COJEP. Extraits traduits en français.

 

"Durant la plus grande partie de ses 49 années d'histoire en tant que nation indépendante, la Côte d'Ivoire a été la lumière qui brille au sein d'une Afrique de l'Ouest dont la visibilité était faible. Politiquement stable, culturellement tolérante et économiquement vigoureuse, la Côte d'Ivoire était une puissance régionale.

Un des officiels de l'ambassade américaine m'a expliqué que cette nation de 18 millions de personnes était à ses voisins ce que les Etats-Unis sont au Mexique et à l'Amérique centrale. "C'est ici que les gens venaient chercher du travail", m'a-t-il dit. "Si cette économie s'effondre, il y aura un impact dramatique sur la région entière".

La Côte d'Ivoire produit 40% du cacao mondial et est un grand exportateur de bananes, de café, de coton, d'huile de palme, d'ananas, de caoutchouc, de bois et de thon. Durant les dernières années, selon desr responsables de l'ambassade américaine, les exportations de pétrole ont augmenté de manière significative, et le pétrole est aujourd'hui la plus grande source de devises étrangères du pays.

En visitant son port tentaculaire - le deuxième en Afrique - j'ai vu cinq cargos remplis de fruits et de légumes allant en Europe.

Abidjan, la plus grande ville qu'on appelait autrefois "Petit Paris", était une destination populaire pour les touristes des Etats-Unis et d'Europe durant des années.

Mais par la suite il y a eu un coup d'Etat en 1999, suivi par des sanctions de l'ONU, une autre tentative de coup d'Etat en 2001 et une guerre civile brutale en 2002 qui a coupé le pays en deux - Nord et Sud -, et qui a amené la Côte d'Ivoire au bord du désastre.

Aujourd'hui, les coups de feu ont cessé. Mais la nation demeure sur la brèche.

Une élection transparente et juste est la clé pour restaurer la Côte d'Ivoire dans sa place au sein de la communauté des nations. Une démocratie de classe mondiale signifie des investissements de classe mondiale.

C'est le message que j'ai porté en rencontrant séparément le président Laurent Gbagbo et les leaders des deux parties d'opposition qui regardent vers le Palais Présidentiel. J'ai eu un long et fructueux entretien téléphonique avec Henri Konan Bédié, un ancien président qui veut récupérer son ancien job, et j'ai eu un entretien physique avec des représentants d'Alassane Ouattara, qui était hors du pays, et suivait un traitement médical à Paris.

Je l'ai dit clairement partout et à tout le monde : j'étais là, non pour soutenir un candidat, mais le processus démocratique.

En prenant la parole à une conférence de la jeunesse panafricaine et à une rencontre de religieux musulmans et de chrétiens, j'ai demandé au peuple et au candidat de se mettre d'accord sur trois principes de base.

Numéro un : faire campagne de manière diligente et honnête.

Numéro deux : utiliser le langage de réconciliation et de de destruction.

Numéro trois : s'engager publiquement à apporter son soutien au vainqueur.

La volonté de bâtir un grand pays doit être plus forte que les rapacités personnelles. Le vainqueur doit gagner avec grâce ; les perdants doivent perdre avec dignité. Tous doivent soutenir et servir la Côte d'Ivoire.

J'ai aussi eu un entretien physique avec le Premier ministre, Guillaume Soro. Il y a trois il était le leader de la rébellion, dans le Nord. Maitenant, il supervise les élections, travaillant nuit et jour pour guérir cette nation. Il m'a invité à revenir en tant qu'observateur de l'élection, ce que j'ai l'intention de faire.

Je lui ai rappelé et j'ai rappelé à tous ceux que j'ai rencontrés que nous, aux Etats-Unis, avons déjà été divisés entre Nord et Sud, pris au piège de notre propre guerre civile sanglante.

Après cette guerre, nous avons souffert pendant des générations, de l'apartheid américain. Il a fallu un siècle pour que le vote de chaque citoyen américain soit protégé par la loi.

A travers la profondeur de cette souffrance, les Américains sont en train d'apprendre à vivre ensemble au-delà des barrières de classe, de genre et de race.

L'Amérique s'est construite sur les cendres de la souffrance et de la division. La Côte d'Ivoire le peut, elle aussi."

 

18/08/2009

Quel avocat pour la RTI ?

issa sangaré.jpgLe désamour est-il si grand entre les Ivoiriens et leur télévision ? En tout cas, depuis le début d'un bras de fer qui ne dit pas son nom entre le Palais de la Culture d'Abidjan et la RTI, le web ivoirien se moque volontiers de la "télévision d'Etat", en mode "c'est bien fait".

Sur Facebook, Edith Yah Brou pousse une gueulante :

 

"Le vendredi 14/08/2009. Il est 20 heures; je viens d'apprendre que le palais de la culture a décidé de fermer ses portes aux nombreux spectateurs venus assister à l'émission de vacances ''Variétoscope''. C'est une grève illimitée de tous les agents et soutenue par la direction.

Revenons en au fait. 

Les nombreux jeunes qui ont fait le déplacement pour s'amuser, se défouler, s'enjailler, ne comprennent pas ce qui se passent..
La télévision leur sert depuis plus de 20 ans, les mêmes émissions de vacances abrutissantes et réchauffées pour soi-disant les occuper. Ce média d'état qui est regardé par une certaine couche de la population ne se renouvelle pas ou du moins, essaie de le faire croire.

De sa vocation primaire d'éducation et d'information, elle est devenue un véritable ''fourre-tout'' de recettes censées engranger du bénéfice. En passant par les espaces publicitaires dont les coûts varient au gré des saisons et des hommes qui passent, aux émissions du matin, du midi, de l'après-midi, du week end et enfin aux productions locales qu'ils n'achètent pas mais pour lesquelles ils font payer aux pauvres producteurs des montants astronomiques. 
Tout est fait pour rapporter du fric afin que le Chiffre d'affaire de la RTI soit toujours atteint à 500%. N'oublions pas la redevance de la CIE et les nombreux dons qu'elle reçoit de la part d'opérateurs pas toujours philanthropes car espérant des passages gratuits, échanges marchandises oblige. 
Malheureusement, leurs dirigeants nous ressortiront toujours le même refrain, " nous n'avons pas d'argent pour acheter des caméras ou des véhicules."
Mais c'est tout à fait normal si vous entretenez une masse salariale dont les 3/4 ne vous est pas forcément utile et avec des postes aux titres souvent falacieux. 

Bref, c'est la seule télévision et ça ne changera pas maintenant car lorsqu'on veut prendre le pouvoir et asseoir sa domination, la RTI est le passage obligé pour faire son showtime. Avec plusieurs télévisions, l'effet de surprise et de menace serait considérablement amoindrie. Mais revenons en aux émissions de vacances et la grève du palais de la culture. Nous avons entamé la période estivale (le temps est pourtant maussade et pluvieux ici), avec des résultats catastrophiques aux principaux examens nationaux. 

On pouvait attendre du média d'état qu'il se remette vite en cause et crée la surprise en annulant tout et en proposant des alternaives plus éducatives et sources démulation. Ce n'est pas le cas. Tout a déja été enclenché et bien sûr, il ne faudrait pas vexer les sponsors car ce sont eux qui rapportent de l'argent. Bref, les enfants n'ont pas bossé, Abidjan est pollué, on blanchit de l'argent à tour de bras et nous on continue nos émissions dite culturelles (mon oeil). Des émissions culturelles, ce sont des émissions qui enrichissent le savoir, qui boostent l'intellect, qui nous rendent compétitifs. En somme des émissions qui font que quand on en sort, on en ressort moins bête. je peux citer pour exemple: "Questions pour un champion, attention à la marche, Intervilles, des Chiffres et des Lettres, etc.." la liste est longue. 

Vous ne trouverez jamais ce type d'émissions sur notre chaîne nationale. Il y a eu, c'est vrai, des iniiatives, mais qui ne sont pas allées bien loin car comme d'habitude, il faut payer pour diffuser une production privée alors que la RTI n'a pas de contenu. Au contraire, nos émissions rivalisent de manque de créativité, d'inculture, de ridicule, les unes des autres: Stars Karaoké, Podium, Panache, wozo, Variétoscope, etc...la liste n'est pas longue.
Ces émissions se ressemblent toutes et traitent la même thématique, la musique, la danse et le chant. De véritables doublons. Et il y a même un directeur des émissions de vacances, qui est aussi inspecteur et à la fois journaliste à ses heures perdues.

Le palais de la culture est devenu le nouveau plateau de tournage de ces émissions grand format. La RTI qui depuis 40 ans aurait pu s'équiper d'au moins deux (2) studios géants pour de telles émissions, se prend une claque en pleine figure cette semaine.
Le palais de la culture, siège de toutes les émissions de la maison bleue, lui refuse l'accès et ce, pour combien de temps? Je ne saurais vous le dire.

Mon plus grand désir, c'est que le palais de la culture ferme ses portes jusqu'à fin septembre (dommage pour les autres manifestations), le temps que le goût amer des médiocres résultats scolaires et universitaires soit dilué. La RTI pourra ainsi se remettre en cause au niveau de ces émissions ''inculturelles'' et abrutissantes, et proposer des contenus qui sensibilisent les jeunes au travail, à la compétition intellectuelle et au management. 

En un mot, chers amis, cet article est un véritable coup de gueule. A l'heure où j'écris ces lignes, on est vendredi soir, il est 21h30 et je retourne à mes occupations."

Euclide Okolou, sur son blog perso, dit à peu près la même chose:

"J’ai ri quand j’ai vu M Issa Sangare Yeresso, le responsable des émissions de vacances de la Radio Télévision Ivoirienne s’en prendre aux responsables du Palais de la culture. Bien heureux de voir qu’ils ont trouvé quelqu’un pour « chauffer leur rognon » comme on dit en Côte d’Ivoire. Le palais de la culture les exige de payer maintenant 2 000 000 FCFA au lieu de 800 000 FCFA par tranche en plus d’une exigence de sécurité privée que je reconnais abusive.(...) Il dit que la RTI ne "gagne rien dans ces émissions, elle remplit juste son role de promotion de la culture". Là encore j’ai rit, si le palais se moque de l’intelligence des gens comme il le dit, lui se moque de quoi des gens alors ? Les sponsors de ces émissions sont là gratuitement ? Les droits d’entrée n’aident en rien ? S'ils n'aident pas pourquoi ne pas prendre les 500 places de l'hotel communal? L'émission Karaoké se tient labas, est ce que le ciel est tombé? Dites ça à d’autres !"

08/08/2009

Fête nationale 2009 : l'intégralité du discours de Gbagbo

laurent-gbagbo2.jpgIvoiriennes, Ivoiriens, 
Mes chers compatriotes, 
Chers amis de la Côte d’Ivoire. 
La Côte d’Ivoire célèbre demain, 7 août 2009, le 49ème anniversaire de son indépendance. Comme dans la vie de toutes les nations, durant ces quarante-neuf ans, notre histoire a connu des périodes de paix relatives comme des moments de crise. Mais nous avons toujours su vaincre les obstacles, ensemble, pour aller de l’avant. Nous avons su mettre en avant ce qui nous rassemble autour de ce pays qui est à nous tous, qui est notre patrie, la terre de nos pères. Nous en donnons la preuve chaque jour depuis le déclenchement de la crise ivoirienne. C’est ce qui nous permet de nous retrouver aujourd’hui, par-delà nos divergences, dans le processus de paix initié par nous-mêmes, et qui a abouti à l’Accord Politique de Ouagadougou. Depuis la signature de cet Accord, la paix est de retour en Côte d’Ivoire. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a entériné cet accord, vient d’adopter la résolution 1880 dans laquelle il salue nos efforts pour faire aboutir le processus de paix. Nous prenons acte, de la décision annoncée dans cette Résolution de prolonger de six mois supplémentaires le mandat de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Aujourd’hui il n’y a plus aucun obstacle politique à la tenue de l’élection présidentielle le 29 novembre 2009. Depuis mars 2007, notre travail, le Premier ministre et moi-même, a consisté à régler les problèmes politiques qui faisaient obstacle au retour de la paix. Il faut savoir cependant qu’en Côte d’Ivoire, les élections ne sont pas organisées par le ministère de l’Intérieur ni, a fortiori, par le Président de la République. Elles sont organisées par la Commission Electorale Indépendante, la CEI. Dans le cadre du règlement politique de la crise, toutes les parties ivoiriennes ont accepté de confier les aspects techniques du processus électoral à une entreprise privée, SAGEM-SECURITE et à l’Institut National de la Statistique (INS). Jusqu’ici, ces structures ne nous ont pas dit qu’elles étaient incapables de respecter le chronogramme qu’elles ont elles-mêmes établi. La date de l’élection présidentielle est donc fixée au 29 novembre 2009. 

Mes chers compatriotes,

Nous avons vu où le refus de la démocratie a conduit ce pays. Nous voyons l’état de la Nation après la guerre. Je viens d’effectuer une visite d’Etat dans les régions des Montagnes, du Bafing et du Denguélé. Trois régions qui avaient été séparées du reste du pays par une zone occupée par des forces internationales. Dès le 11 mai 2007, soit à peine deux mois après la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, je m’étais rendu à Tiébissou, dans la région des Lacs, en compagnie du Premier ministre, pour procéder symboliquement au démantèlement de cette zone dite de confiance qui consacrait de fait la partition de la Côte d’ Ivoire. Le 30 juillet 2007, nous étions à Bouaké pour la cérémonie de « la Flamme de la Paix ». Du 26 au 30 novembre 2007, j’effectuais une visite d’Etat dans les départements de la région des Savanes à Korhogo, Ferké, Boundiali et Tengréla. L’enjeu de ces visites, outre l’occasion qu’elles offrent au chef de l’Etat de se saisir directement des difficultés et des potentialités de chaque région, c’est la réunification du pays, condition nécessaire à l’organisation des élections. Dans le contexte de sortie de crise où nous sommes, le séjour du Président de la République, garant de l’unité nationale, dans les régions qui avaient été occupées, marque la fin de la situation d’exception que nous avons vécue du fait de la guerre. Je voudrais donc ce soir, au nom de la Nation entière, saluer nos compatriotes des régions que nous venons de visiter. Leur dire merci pour la mobilisation exceptionnelle des populations, des cadres et des élus tout au long de notre séjour. Mes remerciements vont également à toutes les régions que nous avons visitées depuis le début du processus de paix. Ces visites se poursuivront. Elles atteindront toutes les régions de Côte d’Ivoire. La principale leçon que je retire de ces tournées, en ayant écouté les différents porte-parole des populations, en ayant vu l’état de nos routes, de nos écoles et de nos centres de santé, c’est que la guerre n’a épargné aucune partie de la population ivoirienne. Elle n’a épargné aucune partie du territoire national. Ses conséquences sont ressenties partout. C’est ce qui en fait une catastrophe nationale.

Mais, au-delà de ce constat, j’ai ressenti combien était fort l’attachement à la cohésion nationale, le sentiment d’appartenance à une même communauté nationale. J’ai vu combien était profonde, l`aspiration à la construction d`un Etat moderne, garant de la paix et du développement. J’ai également mesuré les immenses potentialités de développement de nos régions. Nos ressources minières sont à peine exploitées. Nous avons les estimations des gisements de fer du mont Nimba (1 milliard de tonnes), du mont Klaoyo (673 millions de tonnes), du mont Tia (510 millions de tonnes) et du mont Gao (370 millions de tonnes). Les gisements de Nickel et de cobalt, à Sipilou, dans le Département de Biankouma, sont estimés à 250 millions de tonnes. A cela, s’ajoute, le cobalt de la région de Touba et de Kongbesso. Sans oublier les mines d’or d’Ity, d’Angovia, d’Affema, de Bonikro et de Tongon. Les projets pour l’exploitation de ces ressources minières incluent la construction d’une ligne de chemin de fer qui permettrait de relier la région des Montagnes au Port de San Pedro. Deux grands Groupes d’investisseurs, dont l’un est déjà installé dans la région, sont disposés à nous accompagner. Enfin, outre les richesses du sous- sol, la Côte d`Ivoire dispose partout d’un sol riche et de l’eau pour produire tout ce qu’il faut pour nourrir les enfants de ce pays et exporter de la nourriture dans toute la sous- région ouest africaine. Les scientifiques nous disent que là où il pousse une herbe, il peut pousser de la nourriture. Il n’y a pas de terre impropre à l’agriculture en Côte d’Ivoire. Nous avons la forêt depuis les bords de l’océan jusqu’aux frontières du Mali et du Burkina ; depuis Odienné à la frontière avec la Guinée jusqu’à Bouna à la frontière du Ghana.

Partout où l’on s’arrête en Côte d’Ivoire, on trouve une forêt luxuriante, un sol riche qui ne demandent qu’à être mis en valeur. La terre est notre alliée partout où nous vivons, pourvu que nous nous donnions la peine de travailler. Elle est notre alliée pour la vie mais aussi pour la paix. C’est notre travail qui consolidera la paix et développera le pays. Malheureusement, en Côte d’Ivoire, nous sommes encore victimes de l’orientation imprimée à l’agriculture sous la colonisation. On a donné, comme objectif à l’agriculture, la production du café, du cacao, du bois, de l’hévéa, du coton ; tous ces produits que nous exportons vers la Métropole dans le cadre d’une économie complémentaire mais non concurrentielle. Ces exportations, jusqu’à présent nous ont aidés à gagner des devises pour acheter des produits manufacturés. Mais nous arrivons à un stade où la poussée démographique d’une part et la rareté de la forêt d’autre part, montrent qu’il devient suicidaire de continuer dans la même direction. Nous devons sortir de ce schéma. Nous devons en revenir à la définition de toute agriculture, qui est d’abord et avant tout de procurer de la nourriture aux enfants de la terre. Certes, il ne s’agit pas d’abandonner les productions agricoles destinées à l’exportation. Mais il faut aller résolument vers la production agricole vivrière, puis, vers la transformation, ici sur place, dans nos usines, de ce que nous exportions jusqu’à présent, en totalité. Nous devons sortir de l’illusion que les recettes tirées de la vente des produits agricoles de rente pourront permettre de nous procurer des produits alimentaires en quantités suffisantes. La crise récente du riz a montré que la Côte d’Ivoire, premier producteur du cacao au monde, a failli manquer de nourriture pour ses enfants. Nous voulons tirer le meilleur profit de nos exportations agricoles. Mais nous devons en même temps, donner toute la place qu’elle mérite à la production vivrière. C’est le sens du choix fait cette année d’honorer le secteur des produits vivriers. J’ai voulu que solennellement, à l’occasion de ce quarante-neuvième anniversaire de l’indépendance de notre pays, la Nation rende hommage aux hommes et aux femmes qui œuvrent dans ce secteur vital pour notre pays. Il fallait les donner en exemple, en particulier à notre jeunesse. 

Mes chers compatriotes, 
Le temps est venu de lancer une campagne pour le développement de l’agriculture vivrière à grande échelle. L’igname, le riz, la banane plantain, le manioc, le tarot, etc. peuvent faire gagner autant d’argent que le café ou l’hévéa. Et, en même temps, ces produits nous assurent une alimentation journalière, en plus de ce que nous importons. En 2008, la Côte d’Ivoire a importé près de deux millions de tonnes de produits alimentaires qui ont coûté environ 700 milliards de francs CFA. Sur ces montants, les importations de riz représentent à elles seules le tiers, soit 756 000 tonnes pour 209 milliards de francs CFA. Vient ensuite le poisson dont nous importons plus de 300 000 tonnes par an et qui nous ont coûté 175 milliards de francs CFA en 2008. S’agissant en particulier du riz, à la fin du mois de juin 2009, nous sommes déjà à 552 000 tonnes, pour environ 143 milliards. Le coût des importations du riz approche ainsi les 300 milliards de francs, cette année. Si donc rien n’est fait, il faudra s’attendre à débourser chaque année, plus de 300 milliards pour faire face à la facture de nos importations de riz. Le plan de relance de la filière riz, élaboré par nos experts pour atteindre l’autosuffisance, se chiffre à 800 milliards, soit l’équivalent de deux années et demie d’importation. Avec un tel investissement, nous aurions en 2011, une production de 1 500 000 tonnes, couvrant les besoins de la consommation annuelle qui est de 1 476 000 tonnes. D’ores et déjà, malgré le contexte de crise qui n’a pas permis la mise en œuvre de ce plan de relance, le travail des opérateurs du secteur du riz permet de réduire les importations qui sont passées de 900 000 tonnes en 2006, à 760 000 tonnes en 2008, soit une diminution d’environ 100 000 tonnes chaque année. Mais ces efforts sont compromis aussitôt par les coûts de l’importation qui n’ont cessé d’augmenter, passant de 152 milliards en 2006, à 210 milliards en 2008, malgré l’abandon des droits à l’importation. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut transformer les conditions et les techniques de la production agricole vivrière. Nous ne pouvons pas rendre le travail de la terre attractif sans aller vers la mécanisation. La mécanisation permettra de réduire la pénibilité du travail de la terre et d’envisager la production à grande échelle. Mais il faudra également des techniques modernes de conservation et de transformation de nos produits vivriers. De même, nous devons améliorer les conditions de ramassage, de transport et de commercialisation de ces produits. C’est sur cette nécessaire évolution que devront porter nos efforts dans les années à venir. Nous pouvons réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Nous avons tout ce qu’il faut pour mettre à la disposition des habitants de ce pays, suffisamment de produits alimentaires. J’ai insisté sur la question du riz, d’abord parce que nous subissons un déficit préjudiciable à l’économie et à l’équilibre même de notre société, le riz étant devenu l’aliment de base de la majorité de la population ivoirienne, en particulier pour la population urbaine. Ensuite, concernant les autres productions vivrières, notamment l’igname dont nous produisons 5 500 000 tonnes par an, le manioc (2 342 000 tonnes), la banane plantain (1 511 000 tonnes), le maïs (639 000 tonnes), notre pays est autosuffisant. Pour les autres denrées alimentaires, je pense notamment à la viande, la situation reste préoccupante. Ce qui est dit du riz est également valable pour l’approvisionnement de la Côte d’Ivoire en viande. Nos besoins en viande sont estimés à 137 000 tonnes par an. La production nationale couvre à peine 36 % de ces besoins, et, sur les 63% couverts par les importations, 17% le sont par l’importation d’animaux sur pieds provenant des pays frontaliers. Le coût de ces importations est estimé à près de 86 Milliards de F CFA par an. Pour combler le déficit, nous devons non seulement développer la production intérieure, mais nous devons également donner une nouvelle dynamique à la coopération avec les pays qui nous fournissent la viande. La première question à régler, est celle des conflits récurrents entre les éleveurs et les agriculteurs au sujet des dégâts causés par les troupeaux en transhumance. J’ai proposé aux Ministres en charge de l’Agriculture et de la Production Animale d’élaborer un projet de loi sur la professionnalisation de l’élevage. L’élevage doit devenir un véritable métier, exercé sur des espaces spécialement aménagés et clôturés. Nous devons en outre, à travers un accord avec les pays frères et amis du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée, qui sont nos fournisseurs traditionnels, chercher à importer la viande plutôt que des animaux sur pied. 

Mes chers compatriotes, 
Chers amis de la Côte d’Ivoire. 
Demain, c’est la fête d’indépendance (Ndlr : Hier vendredi 7 Août 2009). Dans un an, en 2010, la Côte d’Ivoire aura 50 ans. Nous pouvons être fiers de notre parcours. J’ai nommé un Comité de réflexion qui s’est mis aussitôt au travail pour préparer les festivités du cinquantenaire de notre indépendance. J’ai confiance en l’avenir de ce pays. Un petit pays, comparé aux grandes puissances, mais un pays solide par la cohésion et la volonté de ses enfants. Nous devons enraciner la paix après avoir triomphé des épreuves de la crise. Du fond du cœur et avec chacun de vous, je souhaite un très joyeux anniversaire à notre chère patrie.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !

26/07/2009

Visite de Biya à Paris : la diaspora "djafoule"

A lire ici. Si en plus des ONG casse-pieds, les ex-étudiants qu'on torturait allègrement quand ils étaient au pays peuvent se mêler de "gâter" leur visite en métropole, beaucoup des chefs d'Etat africains n'auront plus envie de venir baiser la babouche de leur grand chef parisien.