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27.06.2008

Cameroun : autopsie d'une indépendance (suite)

Au sujet du documentaire diffusé lundi dernier par France 5, l'analyse de Serge-Alain Godong dans le quotidien camerounais Le Jour, ici.

20.06.2008

Et si Obama était Camerounais ?, par Patrice Nganang*

A lire en intégralité ici.

*Patrice Nganang est un écrivain camerounais, lauréat du grand prix littéraire d'Afrique noire.

15.06.2008

Obama n'est pas Africain, par Diégou Bailly*

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Barack Hussein Obama, Américain de nationalité, Africain d'origine (son père est Kenyan) et Asiatique d'éducation (sa mère Américaine s'est remariée avec un Indonésien) a pris le meilleur à l'investiture du parti démocrate sur Mme Hillary Clinton, l'épouse de Bill Clinton, ancien président des Etats-Unis.
Cette victoire historique fait déjà rêver certains Africains. Beaucoup d'entre nous attendent (encore) la venue d'un nouveau "messie" qui les délivrera enfin de la misère, de la pauvreté et du poids de l'exploitation. Ceux-ci espèrent que Barack Obama sera celui que l'Afrique attend depuis toujours. Hélas, mille fois hélas, il n'est point Africain. A tout le moins, on peut le considérer comme un afro-américano-asiatique. Cette tri- culturalité lui confère l'atout majeur d'une plus large ouverture sur le monde et d'une plus grande aptitude à la tolérance.
Cependant, disons-le tout net: il n'est pas Africain. Il ne sera pas le porte-étendard de la cause de l'Afrique; s'il remporte, en novembre prochain, la victoire finale sur son rival républicain John McCain. Au contraire, il pourrait devenir, pour le continent, le pire des présidents que les Américains n'aient jamais élus. Tant il aura à cœur de montrer qu'il est plus américain que les Américains de souche. L'épisode de sa douloureuse séparation avec le pasteur Jeremiah Wright, son mentor de longue date, nous ramène violemment à cette dure réalité. Le fondateur de la Trinity United Church a eu le malheur de prononcer ces mots terribles pour la mémoire collective américaine: "Le 11 septembre (2001) est un juste retour du bâton; maudite soit l'Amérique!"
En outre, Barack Hussein Obama aura à cœur de prouver à tous les Américains (et à certains journalistes qui le disent déjà) qu'Obama (Lance enflammée en swahili) n'est point Oussama (Ben Laden). Clairement dit, il n'entend être ni le " fils" de son père, musulman de confession ni l'intrépide moudjahidin de la cause de l'Islam. En tous les cas, les Africains-américains authentiques observent d'un œil ébahi (si ce n'est ahuri) ce "petit prince" descendu tout droit de sa lointaine planète. . . noire.
Barack Obama n'est point Africain. Il n'entretient, d'ailleurs, aucune prétention de le devenir. Il est Américain, en son âme et conscience. Toutefois, qu'il le veuille ou non, il demeure un nègre, aux yeux des Américains. Sur ce point, il porte l'espoir et l'espérance de tous les Noirs. Il renouvelle nos droit et pouvoir de rêver.
Mais, ne l'oublions pas. Ils avaient déjà défiguré et décapité les stèles des pharaons noirs de la vallée de Kherma dans l'Egypte pharaonique. Meurtre symbolique! Aujourd'hui encore, ils pourraient trucider Obama (selon la boule de cristal de Dame Clinton) avant ou après sa victoire (que nous souhaitons de tous nos vœux) sur John McCain. Meurtre physique!
Quoiqu'il arrive par la suite, le p'tit nègre aura déjà pris rendez-vous avec son destin: celui de montrer au monde que les Noirs sont de plain-pied dans 1 'histoire (ancienne, moderne, contemporaine et immédiate) sans y être " suffisamment entrés ", selon la fameuse formule du président français Nicolas Sarkozy.
Historiens, politologues, futurologues, négrologues, négrophobes, négrophages... de renommée mondiale auront tout dit et prédit sur les Noirs, sauf imaginer qu'un de leurs congénères serait appelé, un jour, à diriger la plus grande puissance mondiale (après l'Egypte pharaonique, bien sûr).
Nous avons donc raison de souhaiter et d'espérer la victoire de Barack Obama. Nous en serons heureux et fiers. Même si nous restons persuadés que l'Afrique n'en tirera aucun bénéfice matériel. Bien au contraire, elle profitera stratégiquement aux Etats-Unis, en consolidant leur hégémonie sur le monde. Elle donnera aux Américains l'illusion de vivre dans un Etat très démocratique, dans un pays ouvert et tolérant et dans une société multiculturelle et multiraciale. Ou, au-delà des préjugés, ne comptent que la valeur intrinsèque et la compétence de chaque individu. Effectivement, ce pays qui, après le 11 septembre, aurait eu l'audace de porter à sa tête un Obama dont le nom rappelle outrageusement Oussama s'accordera le droit de s'attribuer toutes les vertus et qualités.
Oui, mais... Obama n'est pas Africain. Cependant, il renouvelle l'espoir et l'espérance de la race noire. Vilipendée, humiliée, honnie et vomie à travers les âges. Il rappelle à notre mémoire collective flétrie et flagellée que, si tout n'est pas permis,' "tout est possible ". A qui garde la foi.

*Journaliste ivoirien célèbre, Diégou Bailly est l'ancien directeur de publication du Jour. Il est aujourd'hui président du CNCA, organe de régulation de l'audiovisuel en Côte d'Ivoire. Il s'exprime ici à titre personnel.

09.06.2008

Discours historique de Gbagbo sur la corruption

Le président ivoirien a annoncé "une législation plus solide, plus corsée contre la corruption" lors d'un discours fort à Tiassalé. L'intégralité de son intervention ici. Personnellement, j'ai bien aimé la partie où il parle du trafic de journaux dans des circuits parallèles. Une activité qui se déroule dans quasiment tous nos quotidiens, avec la bénédiction d'une partie de la hiérarchie.

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Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;
Madame la Ministre Boni Claverie ;
Messieurs les Elus ;
Monsieur le Président du Comité d’Organisation ;
Monsieur le Porte-parole des cadres de Bodo ;
Monsieur le Porte-parole des populations de Brou-Brou ;
Honorables Chefs Traditionnels ;
Distingués Chefs Traditionnels Religieux ;
Populations de Bodo ;
Mesdames et Messieurs,

Tiassalé est le symbole de la Côte d’Ivoire de demain avec le brassage de toutes les populations. Je salue également ce département parce qu’on ’oublie vite.

En 1996, j’ai fait un terrible accident de voiture. J’ai été accueilli dans le modeste hôpital de Tiassalé. C’est en ce moment que je me suis rendu compte que nos hôpitaux à l’intérieur du pays, sont dépourvus de tout, même du minimum.

Nous allons faire un effort pour aider l’hôpital de Tiassalé. Bientôt, je viendrai pour faire un peu de dons à l’hôpital. Voilà pour les souvenirs personnels. Maintenant, il y a l’Etat. Nous avons entrepris une politique de décentralisation et en écoutant les gens parler, nous renvoyer les échos de cette politique, en écoutant le Porte-parole de Brou-Brou et celui de Bodo, je suis fier d’avoir initié cette politique.

Il faut que les peuples de Côte d’Ivoire soient en mesure de se prendre en main. Il faut que les Sous-Préfets soient proches d’eux. Mais, il faut également qu’eux-mêmes, avec les communes, se prennent en charge. Il était important que l’agglomération de Bodo, avec 5000 âmes, prenne son destin en main à travers sa mairie. Je suis heureux. J’en suis fier.

Habitants de Bodo, voici donc votre commune. J’ai fait ma part de travail, c’est à vous de faire la vôtre. D’abord, vous devez élire un Conseil municipal et un maire compétents. Excusez-moi, mais si vous élisez quelqu’un qui détourne, demain, l’argent de la commune, il ne faudrait pas venir pleurer à la Présidence.

J’ai fait ma part en vous donnant la commune. C’est à vous de faire le reste. Nous ferons encore beaucoup de choses parce que nous n’avons pas fini avec la décentralisation. Pour le moment, nous avons prolongé la communalisation. Pour les instances décentralisées comme le Département et la commune, nous n’avons pas encore voté la loi pour leur permettre de collecter eux-mêmes leurs impôts afin d’avoir leurs propres financements. C’est ce qui fait que pour le moment, l’Etat est obligé de donner des subventions. […].

Nous voterons une loi pour que vous puissiez vous-mêmes collecter les impôts qui vous reviennent de part la loi, selon l’assiette qui aura été définie par la loi. Mais en ce moment-là, nous serons sévères. Nous confierons les plus grandes responsabilités au corps préfectoral. J’estime qu’aujourd’hui, nous sommes dans une situation bâtarde où les Préfets n’ont pas encore la nouvelle définition de leur rôle.

Avant, on avait des Préfets-Maires, des Sous-Préfets Maires. Tout cela est fini. Aujourd’hui, le Préfet sera exactement ce qu’il est, c’est-à-dire le substitut du Chef de l’Etat, son représentant personnel là où il est. Le Sous-Préfet aussi. En conséquence, quand vous aurez arrêté vos budgets, les Préfets vont vérifier à priori et à posteriori. Ces lois n’ont pas été prises. Et les Préfets seront à vous trousses pour s’assurer que vous dépensez l’argent public pour le bien des populations. C’est le Préfet qui connaît les réalités du terrain. Ce n’est pas le Ministre de l’Intérieur. Il est trop loin. Nous allons donner aux Préfets, le pouvoir de vous contrôler directement, pour faire la chasse à ceux qui, sous le couvert du fait qu’ils sont élus, veulent être de petits truands. Il faudrait que les Préfets et Sous-Préfets traquent partout où les gens voudront détournés un sou.

Sur ce problème, je disais toujours aux gens que je ne sais pas mener deux combats à la fois. Mon premier combat était d’arrêter la guerre. La guerre est finie. Maintenant, mon combat, c’est de chasser les corrompus et leurs corrupteurs. […]. En pays Bété, d’où je suis originaire, on dit souvent que lorsque tu poursuivis deux écureuils, tu manges ta banane simplement sans accompagnement.

On a arrêté la guerre. Maintenant, il faut rendre propre la Côte d’Ivoire. Il faut faire la chasse aux corrompus. Il faut faire la chasse à la corruption. Aujourd’hui, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) sont en train de faire la chasse en leur sein.

Ce que nous constatons, c’est que le racket sur les routes est dû au fait que beaucoup de ceux qui ont les voitures aiment les rackets. Il y a deux semaines quand les Chefs des FDS m’ont averti que tout serait bloqué pour vérifier que les véhicules avaient effectivement leurs pièces, les 3 /4 des voitures étaient garées. Ils n’ont pas de papiers. On ne peut pas crier contre les Policiers et Gendarmes, quand on veut les corrompre soi-même. Vous roulez sans papiers (sans carte grise, sans assurance…) ; si vous avez un accident et que vous tuez quelqu’un, qu’est qu’on fait ? C’est l’Etat qui est interpellé. On ne peut pas continuez à rouler avec la maxime ‘’Dieu est Dieu’’. Nos véhicules doivent avoir leurs papiers.

Il faut donc lutter résolument contre la corruption. On parle des Policiers, des Gendarmes, mais dans les bureaux, les gens n’arrivent pas à faire leurs documents administratifs. […].

Je vous demande à vous, les Préfets et Sous-Préfets de faire la police dans vos bureaux. Les petites usines que nous avons dans nos régions, les personnalités les traient à telle enseigne que les gens sont découragés. Lorsqu’un Ministre vient en week-end, il appelle pour qu’on lui donne trois millions. On fait n’importe quoi.

Même les agents municipaux qu’on recrute et que l’on appelle communément ‘’coupeurs de billet’’, ils deviennent des ‘’coupeurs d’argent’’. On leur dit «allez sur le marché pour que chaque vendeur paie sa taxe», mais, eux, s’enrichissent au détriment de la commune. Il faut que cela cesse. Ce n’est pas sérieux. C’est pour tout cela que nous avons fait campagne. C’est pour tout cela que nous avons été élu.

La guerre vous a donné un sursis, à vous autres les corrompus. Maintenant le sursis n’existe plus, puisque la guerre n’existe plus. Maintenant on va faire la guerre. Même les simples journaux, là où les tirages sont fait, à l’imprimerie, certains prennent des paquets et vont vendre. Ce n’est pas compté dans le chiffre normal. On dirait que dans ce pays, on ne peut voir quelque chose sans voler. Dès qu’un bien est produit, il faut voler. Dans les usines de textiles ce qu’on nous signale, c’est que les ouvriers sortent avec des balles. Ce n’est pas bien.

C’est le pays que vous tuez en faisant cela. Quand je passe dans des endroits, les gens me disent : «il faut diminuer les impôts, la TVA, la taxe», je les regarde. Celui qui dit qu’il faut diminuer la TVA, il la vole déjà.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, tenez–vous prêt. Nous allons réfléchir à faire une législation plus solide, plus corsée contre la corruption. Mieux vaut qu’on fasse notre travail. Notre rôle, sera d’écarter les fossoyeurs de notre chemin. On ne peut pas accepter que dans un pays aussi bien que la Côte d’Ivoire, où nous avons tout (la mer, les lagunes, les forêts, les savanes, le pétrole, le café, le cacao) nous passions notre temps à voler au lieu de travailler.
Mettez-vous au travail.

Habitants de Bodo, de Brou-Brou, les communes qu’on vous a donné, doivent vous servir à mettre les Ivoiriens au travail.

Un village, une école, un dispensaire, de l’électricité ainsi que de l’eau courante. Si cela est fait, toute la Côte d’Ivoire est sauvée.

Que Dieu vous bénisse.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Je vous remercie.

14.05.2008

Reportage intéressant...

... d'une psychiatre-humanitaire française, Frédérique Drogoul, travaillant en ce moment dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire. Pour en lire plus, cliquer ici.

07.05.2008

La France pour des systèmes d'assurance maladie dans les pays pauvres

Visiblement, en 2000, le candidat Laurent Gbagbo a eu un très bon nez en proposant de créer un système d'assurance maladie universelle en Côte d'Ivoire, où les fonctionnaires bénéficient déjà d'une couverture maladie à travers la MUGEFCI. La France officielle, à travers Bernard Kouchner, valide cette piste de lutte contre la pauvreté. Ci-dessous un extrait de dépêche sur le sujet et un lien vers la vidéo où Kouchner s'explique plus largement.


La France a prôné mercredi au cours d'une conférence internationale à Paris la création de systèmes d'assurance maladie dans les pays pauvres, notamment en Afrique, mais des ONG ont défendu de leur côté la gratuité des soins afin d'aider des millions de personnes.

"Chaque année, plus de 100 millions de personnes passent en dessous du seuil de pauvreté pour cause de maladie et d'invalidité", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.

Le chef de diplomatie française s'adressait aux représentants de 65 pays, institutions internationales, organisations non-gouvernementales et entreprises privées au cours d'une conférence sur le financement des système de couverture maladie dans les pays pauvres.

Rappelant que la santé était "la condition première du développement", M. Kouchner a estimé qu'il fallait "impérativement impliquer les populations".

"Leur initiative, leur participation y compris financière quand c'est possible, sont indispensables", a-t-il ajouté.

"Le monde en développement ne peut pas vivre de la charité", a affirmé l'ancien "French Doctor".

"Une fois opérationnels et bien contrôlés par les populations elles-mêmes, les systèmes d'assurance ne coûtent pas cher", a poursuivi le ministre, soulignant la nécessité de "mécanismes de financement innovants", en faisant appel au secteur privé et à la micro-finance.


La vidéo de Kouchner ici.

04.05.2008

Un article très intéressant d'Achille Mbembe sur le Zimbabwe de Mugabe

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Un extrait pour vous mettre l'eau à la bouche :

"Qu’il s’agisse de la colonisation ou de l’apartheid, l’expérience des « pouvoirs blancs » en Afrique a été désastreuse. Qu’il en ait été ainsi s’explique largement par le fait que ces pouvoirs étaient mus par la logique des races et l’esprit de violence qui en était le corollaire.

Dans leur forme comme dans leur contenu, les nationalismes africains se sont malheureusement contentés de récupérer à leur profit et dans un geste purement mimétique et cette politique des races, et son esprit de violence. Au lieu d’embrasser la démocratie, ils ont mis cette logique et cet esprit au service d’un projet de perpétuation de leur propre pouvoir. C’est ce projet d’un pouvoir sans autre justification que lui-même qui, aujourd’hui, rencontre ses limites au Zimbabwe et ailleurs sur le Continent.

Dans la crise au Zimbabwe se jouent par conséquent deux ou trois questions décisives pour l’avenir de l’Afrique. D’une part, si le rêve d’émancipation africaine n’a été que l’envers mimétique de la politique et de la violence de la race mise en branle par la colonisation, alors il est temps d’imaginer une sortie du nationalisme qui ouvre la voie à une conception afropolitaine et post-raciale de la citoyenneté, faute de quoi les Africains d’origine européenne n’ont aucun avenir en Afrique.

D’autre part, les Africains d’origine européenne n’auront d’avenir en Afrique que si l’on procède effectivement à une déracialisation et une mutualisation de la propriété. Déracialiser la propriété ne signifie pas expropriation pure et simple des blancs, mais investissements multiformes en vue de la fructification de l’ensemble du capital humain disponible. Or, cette fructification de l’ensemble du capital humain disponible n’est guère possible dans un contexte de tyrannie. D’où l’inconditionnelle nécessité d’un véritable passage à la démocratie. Tel étant le cas, Mugabe – et tous les autres - doivent partir. Mais qui peut jurer aujourd’hui que leurs successeurs feront nécessairement mieux ?"


L'intégralité de l'article "Le cynisme des nations" sur le blog d'Alain Mabanckou.

21.04.2008

Chefs d'Etat africains : qui est franc-maçon ?

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Il est vrai que les dossiers sur les francs-maçons et leurs mystérieuses connexions sont devenues une sorte de "marronnier" pour la presse française. Il n'empêche que les "Unes" évoquant ceux qui se font appeler "les fils de la veuve" attirent toujours. Comme beaucoup d'autres lecteurs, je me suis plongé avec beaucoup d'intérêt dans la lecture de l'enquête de Vincent Hugeux et de François Koch publiée dans L'Express de la semaine dernière et intitulée "Francs-maçons : l'Afrique aux premières loges".

Je m'y suis plongé d'autant plus facilement qu'une sorte de "trombinoscope" aguicheur capte forcément l'attention. On y trouve, sur fond de carte d'Afrique, les photos des chefs d'Etat considérés comme des "frères au grand jour" - Omar Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Idriss Déby Itno (Tchad) et François Bozizé (République centrafricaine). Le dernier cité, indique L'Express, par ailleurs révérend supérieur d’une Eglise du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem, a sollicité à l’automne 2007 la bénédiction du pape Benoît XVI. On y signale aussi les "frères de l'ombre", qui s'abstiennent de commenter, voire démentent :
Abdoulaye Wade (Sénégal), qui a, "semble-t-il, pris ses distances avec sa loge, d'autant qu’il doit tenir compte de l’hostilité de l’islam confrérique envers la franc-maçonnerie" ; Blaise Compaoré (Burkina Faso), parrainé par son ministre des Affaires étrangères, Djibril Bassolé ; Amadou Toumani Touré (Mali) ; Mamadou Tandja (Niger) ; Thomas Yayi Boni (Bénin) et Paul Biya (Cameroun), qui aurait été initié avant de se rapprocher de la mouvance rosicrucienne. Les "demi-frères" sont ceux qui ont été approchés et envisagent de rallier la « tribu » : Faure Gnassingbé (Togo), et Joseph Kabila (République démocratique du Congo).

Au-delà du trombino, le dossier de L'Express nous en apprend de bien belles sur les moeurs politiques en Afrique noire. Par exemple, Denis Sassou N'Guesso a "converti", en 1996, Idriss Déby et ses "frères ennemis" aujourd'hui rebelles, Tom et Timane Erdimi. L'article de L'Express confirme que les "frères de lumière" ont été les maîtres d'oeuvre de la conférence de Kléber, après Linas-Marcoussis, où il était question de "déshabiller" Laurent Gbagbo pour "habiller" Seydou Diarra et tout le lobby qu'il représente, que le général Robert Gueï a été "initié en présence d’une brochette d’anciens officiers français et catapulté en un clin d’œil au 33e degré, dignité suprême" et que la bataille de Brazzaville entre Lissouba et Sassou était aussi une bagarre entre le Grand Orient et la Grande loge nationale de France (GLNF). On peut lire cette vérité affolante, qui montre que certains de nos Etats ont été "privatisés" au profit de mouvements ésotériques tirant leur substance de l'étranger : "Au Gabon, au Congo-Brazza ou au Cameroun, décrocher un maroquin demeure, pour le non-initié, un authentique exploit".
A la fin de la lecture de cet article, on est persuadé d'une chose : franc-maçonnerie en Afrique = Françafrique. On se dit aussi que s'im est vrai qu'on reconnaît l'arbre à ses fruits, alors la franc-maçonnerie en Afrique est assurément une plante vénéneuse produisant des "tyrans éternels".

L'article en entier ici.

10.04.2008

Le bal des indignés

Beau texte d'Elisabeth Lévy lu sur le site d'Arrêt sur Images.


« Nul ne ment autant qu'un homme indigné. » Cette formule de Nietzsche mériterait d'être placardée dans toutes les rédactions. Ces jours-ci, le journalisme (en particulier dans sa version cathodique mais pas seulement) s'apparente à une olympiade de l'indignation. Un bon journaliste est un journaliste bon - et il n'est pas de meilleure façon d'afficher sa bonté que de manifester son indignation.

On me dira que de la «banderole de la honte» aux turpitudes chinoises, du calvaire d'Ingrid Betancourt aux tombes profanées d'Arras, l'actualité est particulièrement prodigue en légitimes motifs d'indignation. En vérité, depuis la chute de l'humanité hors du Paradis et de l'innocence, autrement dit, depuis le début de l'Histoire, celle-ci ressemble plus à une litanie d'horreurs, massacres et autres injustices qu'à un long fleuve tranquille. C'est bien triste mais c'est ainsi. L'invasion du discours médiatique et, ceci expliquant largement cela, de l'action politique, par la rhétorique de l'indignation, ne saurait donc être imputée au télescopage, dans l'actualité, d'événements particulièrement émotionnants. Elle montre que le journalisme est engagé sur une pente savonneuse sur laquelle, à force de bien penser sur tout et en toute occasion, on finit par ne plus penser du tout. A la réflexion, il n'est pas surprenant que Reporters Sans Frontières, dont la vocation initiale était de défendre la liberté d'informer à travers le monde, soit désormais une entreprise généraliste de promotion de l'indignation. Saint Ménard est sur tous les fronts, partout où il peut bravement affirmer qu'il est favorable au Bien et farouchement hostile au Mal. Sauf qu'indignation rime rarement avec information.

Les sommaires de nos grands JT fournissent une bonne illustration de l'évolution indignationnelle de l'information. Oui, nous autres, journalistes, nous sommes pour les Droits de l'Homme, du chti, d'Ingrid Betancourt et des musulmans morts pour la France. Nous sommes contre le racisme, la misère et la souffrance des malades. Dans un monde compliqué, mieux vaut s'accrocher aux valeurs sûres. Il faut noter que, dans la plupart des cas, l'indignation elle-même et surtout, son caractère unanime, sont supposés avoir valeur d'information.

En réalité, il s'agit plutôt de sommation : l'indignation est une proposition qu'on ne peut pas refuser. Il faut en être. C'est ainsi que Marianne, qui consacre sa «une» à «la tyrannie des minorités» (excellent sujet au demeurant) se sent tenu d'apporter sa contribution à l'indignation générale en ajoutant les auteurs de l'infâme banderole à sa liste des groupes d'oppression. «Quand une poignée de hooligans salit les ch'tis», annonce l'hebdomadaire. Au lendemain de la profanation d'Arras, Eric Fottorino en personne prend sa plume la plus solennelle, pour annoncer en "une" du Monde (une place réservée aux grandes occasions), que ce n'est pas bien du tout : "Cette haine qui revient au même endroit, à un an de distance, comme un printemps noir, il faut la condamner", écrit-il. Il est vrai que les lecteurs du Monde n'y auraient pas pensé tout seuls. Tant d'audace force l'admiration. Quand Bertrand Delanoë et Carla Bruni, représentante de son président de monmari, défilent côte à côte (en compagnie de plusieurs ministres qui n'ont sans doute pas de tâche plus urgente que d'afficher leurs mines graves sur les écrans) pour réclamer la libération d'Ingrid Betancourt, il faut avoir très mauvais caractère pour ternir cette union sacrée. Et puisqu'il serait embarrassant de préciser à qui on demande cette libération, ne nous embarrassons pas de détails. D'une façon générale, il est préférable de s'indigner contre, mais il n'est pas interdit de s'indigner tout court. L'essentiel est de ne jamais être en retard d'une bonne cause.

Le citoyen-téléspectateur aimerait sans doute comprendre en quoi l'embarras des pays occidentaux face à la Chine traduit une redistribution mondiale des cartes économiques et stratégiques; il voudrait peut-être savoir pourquoi la diplomatie française est «mobilisée» dans la guerre qui oppose un Etat d'Amérique latine à un mouvement qui, pour se dire maoïste, n'en est pas moins terroriste. (Précision pour ceux qui croient que mao signifie jeune, branché et sympa); il s'interroge probablement sur les raisons pour lesquelles une banderole brandie durant quelques minutes devient un sujet d'indignation nationale quand toutes celles qui l'ont précédée n'avaient pas suscité la moindre réaction. Le citoyen-téléspectateur n'a qu'à aller se rhabiller. Ces questions n'intéressent guère le journalisme-en-colère.

L'indignation, c'est le beurre et l'argent du beurre, la liberté des infirmières bulgares sans la réception de Khadafi, le frisson de l'anti-conformisme et le confort du consensus. La résistance low cost. Tous contre seul! Il est d'autant plus gratifiant de s'indigner des profanations de tombe ou des atteintes aux Droits de l'Homme qu'il se trouve, somme toute, assez peu de monde pour défendre les unes et les autres - en tout cas, ouvertement: il n'est pas impossible que certains, excédés par la bonne conscience qui dégouline de nos écrans, finissent par approuver secrètement les pires transgressions.

L'indignation permet d'échapper aux contradictions du réel. Pour peu que l'on soit suffisamment indigné, il est parfaitement possible, au cours de la même journée, de stigmatiser les basses pensées commerciales du gouvernement français qui n'a pas l'air trop chaud pour boycotter la cérémonie d'ouverture des festivités pékinoises et d'approuver l'envoi d'une mission humanitaire qui revient à négocier avec des individus dont l'intérêt pour les Droits de l'Homme laisse quelque peu à désirer. On peut d'ailleurs gager que les mêmes journalistes qui avaient du mal à cacher leur satisfaction durant la grand-guignolade parisienne de la flamme olympique nous gratifieront le 8 août prochain de commentaires admiratifs sur la grandiose cérémonie de Pékin.

Vous l'avez compris: le grand avantage de l'indignation, c'est qu'elle dispense de penser. Et la réflexion, on ne sait pas où ça peut mener. Ou plutôt, on le sait trop bien. «Comprendre, c'est justifier», claironnaient les professionnels de la chose à ceux qui avaient le toupet de se demander pourquoi, par exemple, les prolos désertaient le PC pour le Front national. Amis lecteurs, sachez-le: si vous vous posez des questions, vous êtes déjà sur la mauvaise pente. Ressaisissez-vous. Indignez-vous avec nous.

01.04.2008

Un papier au sujet de l'affaire IB sur Rue 89

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Il est écrit par Philippe Madelin, journaliste spécialiste des questions de sécurité. Un extrait :

Le sergent Ibrahim Coulibaly, alias IB, alias le major, a-t-il tenté de recruter des mercenaires en 2003 pour renverser -voire tuer- Laurent Gbagbo, président de la Côte d’Ivoire? Telle est la question débattue depuis le 10 mars et jusqu’au 2 avril, devant la 16e chambre correctionnelle du TGI de Paris présidée par Jean-Claude Kross.

Ce procès se veut le modèle et l’exemple des poursuites que la France entend désormais exercer contre les "soldats de fortune" et leurs commanditaires pour en finir avec cette détestable "marchandisation" de la guerre.

L’affaire nous renvoie aux pantalonnades pittoresques et barbouzardes dont est si riche l’histoire trentenaire de la Françafrique. Au cours de l’été 2003, grâce à une chaîne de renseignements complexe allant de la CIA au SVR (Service de renseignement extérieur) pour aboutir à la police française.


Pour lire l'article en intégralité, cliquez ici.

Mon commentaire sur Rue 89.

"C'est fou, mais le procès parisien d'IB n'a pas passionné à Abidjan. Parce qu'il arrive trop tard : les événements ont eu lieu en 2003, sous Chirac, dans un tout autre contexte. Parce que le principal accusé a réussi à s'enfuir de la France alors qu'il était en résidence surveillée, s'est réfugié au Bénin d'où il a tenté de récidiver, avec l'aide de Français... dont un journaliste indépendant (Jean-Paul Ney) qui a eu l'honneur de voir Sarkozy préfacer un de ses livres.
Parce qu'après l'affaire IB, il y a eu d'autres controverses franco-ivoiriennes, dont les événements de novembre 2004, ce qui fait que le réflexe de méfiance vis-à-vis de la France est tel qu'il faudra plus qu'un procès "symbolique" (IB court toujours) pour que les Ivoiriens voient dans les développements politico-judiciaires en France autre chose qu'une série de calculs dénués de tout grand principe."

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