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12/01/2013

Un rapport du ministère français de la défense fait froid dans le dos - Le nationalisme africain et le panafricanisme présentés comme des menaces pour l'Occident!

Publié en octobre 2012 dans Le Nouveau Courrier, cet article me semble toujours pertinent alors que la crise malienne souligne cruellement l'incapacité des Etats africains à se doter d'une véritable politique de défense commune. Et conforte les options stratégiques de la France, développées ci-après.

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Et si les rapports des experts en questions stratégiques, dans toute leur aridité, étaient plus à même de nous éclairer sur les vrais enjeux de notre monde que le storytelling des médias occidentaux dominants dégoulinants de «bons sentiments» manipulatoires ? En tout cas, le dernier rapport édité par le ministère français de la Défense, et qui est plus que jamais «à la mode» alors que le sommet de la Francophonie de Kinshasa se prépare fiévreusement [cet article a été publié pour la première fois le 10 octobre 2012, ndlr], gagne à être lu et analysé. Le rapport prospectif à 30 ans dénommé «Horizons stratégiques» décrit les tendances lourdes de la politique extérieure et de défense française à long terme. Ce qui signifie qu’il est, peu ou prou, endossé par les deux principaux partis de gouvernement qui dirigent alternativement la France – et qui se prémunissent avec une solidarité exemplaire contre toute menace qui viendrait troubler leur confortable jeu de ping-pong.

Bertrand Badie, un des plus éminents spécialistes des relations internationales de l’Hexagone, qui dirige L’Etat du monde, encyclopédie géopolitique de référence et enseigne à Sciences-Po Paris, ne s’y est pas trompé. «Hollande est dans la continuité de Sarkozy. Pas tellement sur le verbe et la forme, car les deux hommes n'ont pas le même tempérament, mais sur le plan thématique, sur la ligne politique, François Hollande n'a pas montré de volonté forte de rupture. La politique étrangère a été la grande absente de la campagne électorale, aucun thème n'a été soumis au débat public, il n'est donc pas étonnant que Hollande n'ait annoncé ni proposition nouvelle, ni initiative spectaculaire, ni virage politique. (…) Depuis le début de la Vè république, la gauche n'a jamais fait l'effort de définir ce qu'est une politique étrangère de gauche. François Mitterrand qui avait vilipendé la politique étrangère du général de Gaulle s'est finalement aligné lorsqu'il a accédé à l'Elysée en 1981. Et ses successeurs ne se sont pas beaucoup intéressés à la politique étrangère. Il y a là un manque. Le travail de critique et de réflexion en profondeur n'est pas mené. D'ailleurs, la politique étrangère de Nicolas Sarkozy a été très peu critiquée par la gauche. Il n'y a pas eu de débat sur l'intervention en Libye. Celui sur la réintégration de la France dans l'Otan a été extraordinairement discret», a-t-il expliqué le 27 septembre dernier dans Le Journal du dimanche.
Le style change, mais le fond demeure, donc. Du coup, le document stratégique du ministère de la Défense, visiblement finalisé fin avril dernier – avant donc la débâcle de Nicolas Sarkozy – reste d’actualité. Que dit ce document sur le monde, la France et l’Afrique ?
 
Le déclin de l’Occident anticipé… et redouté
 
Le texte indique que parmi les «lignes de force» des décennies qui viennent, il y a «la fin de la domination occidentale». Nous nous dirigeons manifestement vers «un monde post-américain». Il existe «un risque de déclassement de l’Europe», et «l’affirmation de nouvelles grandes puissances, aux trajectoires toutefois incertaines» (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), devrait se poursuivre. «L’accélération de la mondialisation» est également une ligne de force dans un contexte de «transition géopolitique marquée par une instabilité et une volatilité croissantes». Tout cela, on s’en doutait un peu…
Qu’anticipe donc le document stratégique français en ce qui concerne l’Afrique subsaharienne ? «Vingt ans après la fin de la guerre froide, le continent devrait continuer à voir son importance géopolitique s’accroître sous l’effet de la concurrence économique entre puissances émergentes «du Sud» (Chine, Inde, Brésil) et puissances en déclin relatif (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie). Néanmoins, les sous-régions d’Afrique pourraient évoluer distinctement en fonction de leur environnement extérieur (systèmes Corne/péninsule arabique), Sahel/Maghreb/Europe, Afrique de l’Est/sous-continent indien». Est-ce à dire que, de par la proximité géographique, l’Europe a un «rôle à jouer» bien plus important en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord qu’ailleurs ? Sans doute. La question qui se pose est la suivante : par quels moyens, dans ces zones spécifiques, les Occidentaux déclinants mèneront-ils la «guerre économique» contre leurs nouveaux concurrents émergents ? L’actualité nous fournit quelques débuts de réponse à cette interrogation, et ils peuvent paraître effrayants.
 
Des «printemps arabes» en Afrique ? Non merci
 
Pourquoi la presse française se passionne-t-elle pour les processus de changements de régime dans le Moyen-Orient, tout en s'indignant si peu des dénis démocratiques dans les pays d’Afrique francophone, où Paris a pourtant les moyens de faire avancer les choses dans le bon sens, à coups d’amicales pressions, loin de la «démocratie des bombes» à laquelle la Côte d’Ivoire, par exemple, a payé un lourd tribut ? Pourquoi, en plein printemps arabe, Ségolène Royal débarque-t-elle à Ouagadougou pour apporter un soutien sans équivoque à un Blaise Compaoré qui veut modifier la Constitution et fait face à la colère de son peuple ? Peut-être parce que les «policy-makers» français ne croient pas en l’avènement d’une émancipation démocratique au sud du Sahara. La pauvreté et le tribalisme seraient des facteurs bloquants. «Une extension généralisée en Afrique subsaharienne des poussées démocratiques arabes paraît peu probable. Si certains éléments structurels (alternance bloquée, jeunesse diplômée au chômage, marginalisation d’une partie de l’armée) peuvent constituer un terreau favorable à un soulèvement populaire, plusieurs caractéristiques limitent de fait les évolutions politiques en Afrique à court et à moyen terme : l’absence de classe moyenne, les divisions identitaires et la faible institutionnalisation de l’État, notamment. Seuls quelques pays, dans lesquels une société civile solide, produit de l’histoire locale (syndicats, églises, chefferies traditionnelles), fait face à un État fort ou à un pouvoir bloqué, sont susceptibles de suivre la voie arabe, si certaines circonstances sont réunies (crise économique, élection grossièrement truquée…)», indique le document. L’analyse n’est pas tout à fait dénuée de fondement, mais les références obsessionnellement ethnographiques de la France officielle quand il s’agit de l’Afrique, par exemple, indiquent d’une certaine manière qu’elle n’est pas pressée que la situation change. Les pouvoirs qu’elle soutient n’encouragent pas, généralement, une plus forte institutionnalisation de l’Etat. N’accompagne-t-elle pas avec enthousiasme un régime Ouattara qui a substitué des milices tribales à une armée nationale et n’a-t-elle pas longtemps soutenu une rébellion ivoirienne qui détruisait l’Etat pour le remplacer par des baronnies féodales dont les «Com'zones» sont des figures emblématiques ?
 
Sécessions et migrations
 
«La remise en cause des frontières actuelles pourrait aboutir à la création de nouveaux États ou à des redécoupages plus ou moins violents (Sud-Soudan, Somalie…). La rupture du tabou de l’intangibilité des frontières pourrait avoir des effets en cascade sur l’ensemble du continent, voire au-delà», anticipe le rapport. L’on se souvient forcément qu’à Paris, la perspective d’une sécession du Nord-Mali, tant qu’elle ne disait pas son nom et qu’elle était incarnée par le MNLA, était une option sérieuse. Le soutien à des irrédentismes ou à des séparatismes sera-t-il demain, plus que jamais, un moyen de peser sur des situations géopolitiques ou de «semer l’effroi» parmi des nations africaines désireuses de s’affranchir ou de tester certaines formes d’indocilité? «Des catastrophes écologiques majeures liées aux premiers effets du changement climatique, notamment dans les zones les plus fragiles, pourraient déboucher sur de vastes mouvements de populations, intra et intercontinentaux, sources de déstabilisation majeure», écrit l’étude. Ce qui se passe dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, militairement conquis par des hommes faisant face chez eux à l’avancée du désert, est-il une préfiguration de ce type de «catastrophes» ? Les grandes villes de la côte ouest-africaine, épuisées par l’exode rural et de «l’abandon» d’une partie du Sahel, pourraient-elles vraiment, en partie, être noyées dans les flots de l’érosion côtière ? Ces questions interpellent les pouvoirs et l’intelligentsia du continent.
 
Le nationalisme africain… menace pour l’Occident !
 
Ce qui est inédit dans ce rapport produit par les experts du ministère français de la Défense, c’est qu’il classe désormais les souverainistes africains comme des ennemis potentiels. «Des crises dites «identitaires», fruit de l’instrumentalisation de catégories communautaires par certains acteurs politiques et économiques (partage du pouvoir et des richesses), pourront encore survenir. Le fondamentalisme, voire le radicalisme, religieux, tant musulman que chrétien, pourrait progresser, en l’absence de perspective d’intégration économique et politique des populations les plus pauvres et, surtout, des jeunes. Parallèlement – et paradoxalement – les sentiments nationalistes et/ou panafricains pourraient se développer, parfois au détriment des intérêts occidentaux». Vous avez bien lu ! Ceux qui pensent une Afrique forte, indépendante, libre de ses choix, y compris en matière économique, sont des menaces pour l’Occident ! Et cela est dit de manière «décomplexée», dans un pays où le discours ambiant, certes souvent en contradiction avec les actes et les pratiques, tient, de Charles de Gaulle à Dominique de Villepin, l’indépendance des nations pour une sorte d’absolu ! Comme si cela n’était pas assez clair, le journaliste Adrien Hart, dans un article publié par Slate Afrique, précise la pensée des rédacteurs du rapport : «Tout le monde garde à l’esprit les violents appels anti-français de leaders politiques pro-Gbagbo lors de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. L’avenir africain verra-t-il la multiplication de clones de leaders populistes comme Charles Blé Goudé ou de Julius Malema ? On ne le souhaite pas.» Et si ce background structurel était une clé permettant de comprendre la structure intellectuelle de ceux qui ont «pensé» l’assimilation grotesque du groupe islamiste Ançar Dine et de l’opposition ivoirienne en exil ? N’était-il pas question, au final, d’assimiler deux types d’acteurs qui représentent les menaces absolues ? Et si, au fond, la France officielle «préférait» d’une certaine manière les salafistes, dont la dangerosité est facile à «vendre», aux nationalistes africains, contre qui les opinions européennes comprendraient moins que l’on aille en guerre ? Ce débat n’est pas superficiel. Dès lors que l’on se convainc de ce que la principale menace identifiée par les stratèges officiels de l’Hexagone est le réveil de ce que nous appelons volontiers «l’Afrique digne», il devient évident que l’alliance avec des forces représentant la féodalité tribale voire le fanatisme religieux peut être envisagée contre les souverainistes africains. Les guerres civiles et les sécessions deviennent dans ce contexte des «problèmes» certes. Mais des «problèmes» qui légitiment une présence militaire, donc stratégique, accrue et vertueusement présentée. Puisqu’il s’agit de sauver l’Afrique contre elle-même en «empêchant les massacres».
 
La France veut continuer d’occuper militairement l’Afrique
 
Il y a une quinzaine d’années, la mode était aux concepts mettant en avant le retrait progressif de l’armée française du continent au profit de forces africaines de maintien de la paix. Ce n’est plus le cas. Ainsi, le rapport «Horizons stratégiques» met en valeur deux tendances lourdes attendues : un affaiblissement économique de l’Europe et un maintien plus que jamais d’actualité de la présence militaire française. L’amoindrissement de la part relative de l’Europe en tant que principal fournisseur d’aide publique au développement est susceptible d’affecter le tropisme européen des pays d’Afrique subsaharienne au profit des puissances émergentes majeures», peut-on ainsi lire. «Résultant de l’incapacité des États à contrôler leur territoire, la multiplication et l’extension des « zones grises », concentrant groupes criminels organisés (trafiquants, terroristes) et groupes rebelles, pourraient nécessiter des interventions occidentales auxquelles des pays européens, et la France en particulier, pourraient être amenés à participer», indique le rapport. La France a l’intention, dans les prochaines décennies, d’investir plus que jamais l’Afrique, qui «restera une zone de convoitises et de confrontations potentielles et une zone d’intérêt stratégique prioritaire pour la France». Le rapport trace les contours d’un mode d’intervention qui n’entend pas changer en Afrique, y compris au cœur des grandes villes. «Le renouvellement des accords de défense avec plusieurs partenaires africains confère à la France des responsabilités particulières en matière d’assistance, appelées à s’inscrire dans la durée. La présence de nombreux ressortissants français dans les villes, dans un contexte de forte insécurité, devrait renforcer la nécessité de disposer de capacités d’évacuation adaptées. Celles-ci devront de plus en plus être coordonnées au niveau international et avec les acteurs locaux, notamment privés», écrivent les rapporteurs. Qui préfèrent nourrir la perplexité quant aux capacités de l’Union africaine qu’il est plus que jamais question de contourner, voire de délégitimer. Au profit, sans doute, d’institutions vassales (comme la CEDEAO) ou d’institutions en partie contrôlées par Paris : Union européenne, ONU, etc… «La France continuera d’accompagner les organisations continentales et sous-régionales africaines dans le développement des instruments de sécurité collective, en privilégiant les cadres multilatéraux (UE, Onu, etc.). L’insuffisance probablement persistante des instruments de sécurité collectifs placés sous l’égide de l’Union africaine, quels qu’en soient les progrès en termes capacitaires, renforcera le besoin de politiques globales alliant sécurité, développement et gouvernance selon des axes bilatéraux et multilatéraux ad hoc et la mise en place de partenariats régionaux efficaces», écrivent les rapports. Voilà qui est clair. Il revient désormais au leadership africain «non aligné» d’en tirer toutes les conséquences. Froidement.
 
Théophile Kouamouo

21/11/2012

Calixthe Beyala raille la "République y a bon camembert" de l'UMP

 

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"Ainsi, les méandres électorales de l'UMP ne sont pas finies ! Un véritable roman feuilleton qui fait mourir de rire dans les chaumières, surtout venant des grands donneurs de leçons de la démocratie !

24 h à peine après avoir donné Jean-François COPE vainqueur des élections pour la présidence de l'UMP, que ce dernier n'a eu guère le temps de défaire ses bagages et occuper le siège censé le conduire à la présidence de la République en 2017, voilà que l'on découvre stupéfait des triches à gogo, des magouilles à tire larigot, des vas-y que je te dépouille sans sens, dans les Dom-Tom avec plus de mille cinq cent bulletins frauduleux... 

Et sans l'ombre d'une hésitation, François FILLON, s'est déclaré à nouveau vainqueur des élections ! Cent cinquante députés de l'UMP se sont rangés derrière Fillon, autant dire la majorité des députés UMP de l'assemblée. Et de faire appel à Juppé pour assurer la présidence car estimant que COPE, l'homme au chocolat n'a pas de légitimité !

Que c'est drôle, que c'est cocasse ! Les Africain-français conseillent à nos éminents démocrates de l'UMP de faire appel à Madame Zuma afin qu'elle expédie quelques casques noirs aux abords de la Seine ; qu'ils y bombardent quelques contestataires soutiens de Fillon. ils sont autorisés à tuer 3 000 ou 150 0000 au nom de la démocratie ; ils protégeront ainsi la vie des millions de braves citoyens français qui ne demandent qu'à vivre en paix dans un pays démocratique et prospère.

Que les Africains ne s'inquiètent pas : nous ne sommes pas un peuple ingrat. Nous les remercierons chaleureusement en leur permettant de piller les pommes de terre de nos paysans, les betteraves de nos braves agriculteurs ainsi que les inventions de nos chercheurs dans nos laboratoires. En outre, chaque fois qu'un Président Africain nous fera l'honneur de fouler notre sol, nous organiserons en son honneur des danses traditionnels notamment celtiques, il y aura des youyous pour dire à ce peuple Africain si gentil, oh, combien nous lui sommes reconnaissant de nous avoir aider à entrer dans l'histoire."

Intervention militaire au Mali : Aminata Traoré dénonce !

 

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"De la situation dramatique du Mali, il ressort une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit: l’instrumentalisation des violences faites aux femmes pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.Les femmes africaines doivent le savoir et le faire savoir.Autant l’amputation du Mali des deux tiers de son territoire et l’imposition de la charia aux populations des régions occupées sont humainement inacceptables, autant l’instrumentalisation de cette situation, dont le sort réservé aux femmes, est moralement indéfendable et politiquement intolérable. Nous avons, de ce fait, nous femmes du Mali, un rôle historique à jouer, ici et maintenant, dans la défense de nos droits humains contre trois formes de fondamentalisme : le religieux à travers l’islam radical ; l’économique à travers le tout marché; le politique à travers la démocratie formelle, corrompue et corruptrice. Nous invitons toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, en Afrique et ailleurs, se sentent concernés par notre libération de ces fondamentalismes à joindre leurs voix aux nôtres pour dire «Non» à la guerre par procuration qui se profile à l’horizon. Les arguments suivants justifient ce refus.

Le déni de démocratie
La demande de déploiement de troupes africaines au nord du Mali, transmise par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union Africaine (UA) auxNations Unies, repose sur un diagnostic délibérément biaisé et illégitime. Il n'est fondé sur aucune concertation nationale digne de ce nom, ni au sommet, ni à la base. Ce diagnostic exclut par ailleurs la lourde responsabilité morale et politique des nations, celles qui ont violé la résolution 1973 du Conseil de Sécurité en transformant la protection de la ville libyenne de Benghazi en mandat de renverser le régime de Mouammar Kadhafi et de le tuer. La coalition des séparatistes du mouvement national de libération de l'Azawad (MLNA), de Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) et de ses alliés qui a vaincu une armée malienne démotivée et désorganisée doit également cette victoire militaire aux arsenaux issus du conflit libyen.Le même Conseil de Sécurité va-t-il approuver, dans les jours à venir le plan d’intervention militaire que les Chefs d’Etat africains ont approuvé en prétendant corriger ainsi les conséquences d’une guerre injuste par une guerre tout aussi injuste? Marginalisée et humiliée dans la gestion de la crise libyenne, l'Union Africaine doit-elle se lancer dans cette aventure au Mali sans méditer les enseignements de la chute du régime de Mouammar Kadhafi?Où est la cohérence dans la conduite des affaires du continent par les dirigeants africains, dont la plupart s’était opposé en vain à l’intervention de l’OTAN enLibye, lorsqu'ils s’accordent sur la nécessité d'un déploiement de forces militaires au Mali, aux conséquences incalculables.
L’extrême vulnérabilité des femmes dans les zones en conflit
L'international Crisis Group prévient, à juste titre, que: «Dans le contexte actuel, une offensive de l’armée malienne appuyée par des forces de la Cédéao et/ou d’autres forces a toutes les chances de provoquer davantage de victimes civiles au Nord, d’aggraver l’insécurité et les conditions économiques et sociales dans l’ensemble du pays, de radicaliser les communautés ethniques, de favoriser l’expression violente de tous les groupes extrémistes et, enfin, d’entraîner l’ensemble de la région dans un conflit multiforme sans ligne de front dans le Sahara».es conséquences revêtent une gravité particulière pour les femmes. Leur vulnérabilité qui est sur toutes les lèvres, devrait être présente dans tous les esprits lors des prises de décisions, et dissuasive quand la guerre peut être évitée. Elle peut l'être. Elle doit l’être au Mali. Rappelons que les cas de viols que nous déplorons dans les zones occupées du Nord de notre pays risquent de se multiplier avec le déploiement de plusieurs milliers de soldats. A ce risque, il faut ajouter celui d’une prostitution plus ou moins déguisée qui se développe généralement dans les zones de grande précarité et par conséquent les risques de propagation du Sida. Le plan d’intervention militaire sur lequel le Conseil de Sécurité va se pencher prévoit-il des moyens de mettre réellement les femmes et les fillettes du Mali à l’abri de ce type de situation désastreuse? Rappelons également que sur l'ensemble du territoire les sanctions économiques imposées par la communauté internationale au peuple malien au nom du retour à un ordre constitutionnel discrédité affectent considérablement les groupes vulnérables. Les femmes du fait de la division sexuelle des tâches sont confrontées au niveau domestique à l'énorme difficulté d'approvisionnement des familles en eau, nourriture, énergie domestique, médicaments. Cette lutte quotidienne et interminable pour la survie est déjà en soi une guerre. Dans ces circonstances de précarité et de vulnérabilité des populations, et des femmes en particulier, l'option militaire en préparation est un remède qui a toutes les chances d'être pire que le mal alors qu’une alternative pacifique, émanant de la société malienne, civile, politique et militaire, sera constructive.
Des incohérences de la communauté internationale
Chacun des puissants représentants de la «communauté internationale» ainsi que la Cédéao (la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et l’UA (Union africaine) ont prononcé des mots à propos de nos maudits maux de femmes en situation de conflit. A tout seigneur tout honneur, le président français, François Hollande, qui joue le rôle de chef de file dans la défense de l’option militaire, a souligné la souffrance des femmes «premières victimes des violences de guerre» Et pourtant, il a déclaré le 26 septembre 2012, à New York, lors de la réunion spéciale sur le Sahel, en marge de l'Assemblée Générale des Nations Unies:«Je sais qu'il peut y avoir une tentation de mener des négociations. Négocier avec des groupes terroristes? Il ne peut en être question. Toute perte de temps, tout processus qui s'éterniserait ne pourrait faire que le jeu des terroristes». Il faut savoir terminer une guerre», semblent dire les présidents américains et français. «La guerre d’Afghanistan s’est prolongée au-delà de la mission initiale. Elle attise la rébellion autant qu’elle permet de la combattre. Il est temps de mettre fin en bon ordre à cette intervention et j’en prends ici l’engagement», déclara le candidat François Hollande dans son discours d’investiture à l’élection présidentielle.La Secrétaire d’Etat américaine aux affaires étrangères, Hillary Clinton dont l’escale du 29 octobre 2012, à Alger, avait en partie pour objet de convaincre le président Abdelaziz Bouteflika de rejoindre le camp de la guerre, s'était adressée aux chefs d’Etat africains réunis à Addis-Abeba en ces termes : «En République Démocratique du Congo, la poursuite des actes de violences contre les femmes et les filles et les activités des groupes armés dans la région orientale du pays, sont pour nous une source constante de préoccupation. L’Union Africaine et les Nations Unies ne doivent épargner aucun effort en vue d’aider la RDC à réagir à ces crises sécuritaires incessantes ».L’initiative du secrétaire des Nations Unies, Ban Ki Moon, intitulée «Unis pour mettre fin à la violence contre les femmes », lancée le 25 janvier 2008, accorde une attention particulière aux femmes de l’Afrique de l’Ouest. C'était avant les guerres en Côte d'Ivoire et en Libye qui ont largement compromis la réalisation des objectifs assignés à cette initiative. Nous comprenons sa réserve quant au déploiement militaire et espérons qu'il ne soutiendra pas le plan d'intervention des Chefs d'États de la Cédéao. La guerre, rappelons-le, est une violence extrême contre les populations civiles, dont les femmes. Elle ne peut que nous éloigner des objectifs visés par cette initiative. Pourquoi les puissants de ce monde qui se préoccupent tant du sort des femmes africaines ne nous disent pas la vérité sur les enjeux miniers, pétroliers et géostratégiques des guerres.La présidente de la commission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour sa part, souligne qu' «il est crucial que les femmes contribuent à, et s’impliquent activement dans, la recherche d’une solution au conflit. Leurs voix doivent être entendues dans les efforts visant à promouvoir et à consolider la démocratie dans leur pays. A cette fin, vous pouvez, sans aucun doute, compter sur le soutien de l`UA, ainsi que sur mon engagement personnel.» La nomination pour la première fois d'une femme à ce poste pourrait être un facteur véritable d'émancipation politique pour les femmes et donc de libération du continent, si Nkosazana Dlamini-Zuma accepte d'élargir la base du débat sur les femmes africaines en y intégrant les enjeux globaux qui nous sont dissimulées.
Notre triste statut d’otages
Le Mali est un pays à la fois agressé, humilié et pris en otage par des acteurs politiques et institutionnels qui n'ont aucun compte à nous rendre, à commençé par la Cédéao. L'une des traductions de cette réalité est l'énorme pression exercée sur ce qui reste de l'État malien.Le Président par intérim, Dioncounda Traoré, est le premier des otages maliens. S’il a cru devoir rappeler, le 19 octobre 2012, lors de la réunion du groupe de soutien et de suivi de la situation de notre pays, qu’il n’est pas un président pris en otage, c’est précisément parce qu’il l’est. Sinon il n’aurait pas répété à trois reprises, le 21 septembre 2012, la veille de l’anniversaire de l’indépendance de notre pays qu’il privilégie le dialogue et la concertation, et demandé aux Nations Unies, trois jours plus tard, une intervention militaire internationale immédiate. «J’ai conscience d’être le président d’un pays en guerre mais le premier choix est le dialogue et la négociation. Le deuxième choix est le dialogue et la négociation et», insiste-il « le troisième choix demeure le dialogue et la négociation. Nous ferons la guerre si nous n’avons pas d’autre choix… », a-t-il déclaré dans son discours à la nation avant de changer d’avis. Au-delà du président intérimaire, nous sommes tous des otages prisonniers d'un système économique et politique inégalitaire et injuste qui excelle dans l'art de briser les résistances à coup de chantage au financement. La suppression de l'aide extérieur se traduit cette année 2012 par un manque à gagner de 429 Milliards de francs CFA. La quasi totalité des investissements publics sont suspendus. La fermeture de nombreuses entreprises a occasionnée licenciements et chômage technique pour des dizaines de milliers de travailleurs alors que les prix des denrées alimentaires continuent de flamber. Les pertes les plus importantes sont enregistrées dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics. Paix et intégrité territoriale e tourisme, l'artisanat, l'hôtellerie et la restauration, qui subissaient depuis 2008 les conséquences de l'inscription du Mali sur la liste des pays à risques, sont gravement affectés alors qu'ils constitutuaient des sources de revenus substantiels pour les régions aujourd'hui occupées, notamment celle de Tombouctou. Référence est faite au statut d'otage non point pour dédramatiser l'épreuve insupportable des otages européens et de leurs familles mais pour rappeler l’égale gravité de la situation de tous les êtres humains piégés dans des systèmes dont ils ne sont pas personnellement responsables. La question est toutefois de savoir comment agir de telle sorte que notre pays retrouve son intégrité territoriale et la paix, et que les six Français détenus par Aqmi retrouvent leurs familles sains et saufs, sans que ces libérations n’ouvrent la voie à une intervention militaire qui mettrait en péril la vie des centaines de milliers d'habitants du Nord Mali qui sont autant d'otages (...)Nous demandons à toutes celles et à tous ceux qui partagent notre approche d'interpeller immédiatement les principaux acteurs de la communauté internationale, par écrit ou sous toutes autres formes d’expression, en plaidant pour que le Conseil de Sécurité n'adopte pas une résolution autorisant le déploiement de milliers de soldats au Mali.

Aminata Traoré

16/11/2012

Pourquoi "Le Nouveau Courrier" n'est pas dans les kiosques aujourd'hui

Pour lire l'article, cliquez ici.

15/11/2012

Le premier Théophile célèbre que j'ai connu n'est plus... Adieu Abéga... Adieu "Docteur"

Pour des raisons mystérieuses, le premier président camerounais, Ahmadou Ahidjo, se méfiait de la télévision. En 1984, les Camerounais ont donc suivi la finale de "leur" première Coupe d'Afrique des nations de football à travers leurs postes transistors.

Je pense que c'est le premier match qui m'a vraiment intéressé. J'avais sept ans. Mon frère aîné, fan de football déjà, en avait neuf. Sur la véranda de notre maison, il avait installé le vieux poste radio des parents (à l'époque, ces machines étaient solides). Une bible. Position à genoux obligatoire, après l'ouverture du score par le Nigeria. Et on priait pour gagner le match, en imaginant ce qui se passait à travers les commentaires souvent un peu trop "marseillais" des journalistes-vedettes Abel Mbengue (en français) et Zackarie Nkwo (en anglais). Egalisation. Et deuxième but camerounais, qui signe la marche vers la victoire.

"Abéga... Milla... Milla... Abéga... goaaaal !"

Et nous dansons dans la véranda, persuadés que nos prières innocentes nous ont apporté la victoire.

Persuadés que Théophile Abéga est vraiment un docteur en sciences footballistiques.

A l'époque, encore plus que Milla, la star, le héros, c'était lui. L'enfant de Yaoundé. Théophile.

Il vient de mourir à 58 ans. Trop tôt. Il meurt alors que les Lions indomptables sont devenus des chats édentés et capricieux tels des divas pomponnées. Incapables de gagner un match contre le Cap-Vert.

Et, l'espace d'une larme, ce sont nos souvenirs qui ressuscitent, brûlants, dans nos coeurs.

Adieu l'artiste, le docteur. Comme on dit à Abidjan, "tu connaissais ballon".

Le portrait complet de Théophile Abega par le site footafrica365 ici.

Komandant Simi Ol persiste et signe dans son clip : "Faut arrêter le massacre des innocents"

Komandant Simi Ol sera en concert avec Guy Labertit [qui montrera pour la première fois sur une scène publique son univers musical] au Point Ephémère (Paris) le 19 décembre prochain. Je dédicacerai mon livre "J'accuse Ouattara" à cette occasion.

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14/11/2012

Côte d'Ivoire : Ouattara dissout le gouvernement

"Le président a annoncé ce (mercredi) matin en conseil des ministres la dissolution du gouvernement", a indiqué à l'AFP la présidence, sans préciser les raisons de cette dissolution inattendue, ni quand serait formé le nouveau cabinet. L'ère des supputations est donc ouverte. Jeannot Ahoussou Kouadio, dont les relations avec Alassane Ouattara sont notoirement mauvaises, sera-t-il débarqué ? Une branche du FPI acceptera-t-elle d'intégrer ce gouvernement alors que la quasi-totalité de la direction du parti de Laurent Gbagbo est soit en prison soit en exil ?

Wait and see.

13/11/2012

Où va l'opposition ivoirienne [édito paru dans Le Nouveau Courrier]

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Les chanteurs de zouglou qui ont décidé de mettre un terme à leur exil parisien pour rejoindre «la caravane de la réconciliation» financée à grands frais par le régime Ouattara sont-ils des «traîtres» à la cause patriotique ivoirienne ? Faut-il les «punir» en boycottant leurs concerts et leurs oeuvres discographiques ? Ces questions ont agité les réseaux sociaux ces derniers jours et suscité de nombreux commentaires avec leur corollaire d’excès. Au-delà de l’écume de la polémique, ces échanges vifs devraient susciter des interrogations de fond. En réalité, cette foire d’empoigne soulève plusieurs problématiques. Premièrement, celle du rapport entre les artistes engagés et l’univers de la politique. Dès lors qu’ils ont pris des positions politiques, les chanteurs et autres vedettes doivent-ils être considérés comme des activistes, voire des militants soumis à la discipline du parti ? Doit-on donner plus de sens qu’ils n’en méritent à leurs choix de carrière qui répondent, après tout, à des considérations qui relèvent aussi et surtout de leur désir de survivre et de continuer à créer dans un environnement réceptif ? Quel message faiton passer aux artistes qui voudraient, le temps d’une ou de deux mélodies, faire des petites incursions en politique pour exprimer leurs indignations légitimes, leurs sentiments de citoyens, leur adhésion à des causes spécifiques ? Voudrait-on leur dire qu’en le faisant, ils s’engagent dans la sphère partisane et seront surveillés, lâchés voire lynchés à l’avenir s’ils s’écartent du droit chemin ? L’art, et plus particulièrement le zouglou, est une affaire d’hommes et de femmes libres. On peut être frustré ou déçu que Pat Sacko ou Petit Yodé aient choisi d’offrir une (petite) fleur à un régime Ouattara qui fait de l’événementiel pour mieux masquer son incapacité à réaliser la réconciliation. Mais il faut en toute chose savoir raison garder, respecter leur liberté, qui est également la liberté de nous surprendre voire de nous irriter par moments. En réalité, l’opposition ivoirienne, dans ses différentes composantes, doit gérer intelligemment le passage à vide, la traversée du désert. Elle fait face à la difficulté de s’organiser en alternative face à un pouvoir qui n’a d’autre rempart qu’une dictature épouvantable rendue possible par le silence des censeurs moraux occidentaux –les seuls qui intéressent plus ou moins le régime. Elle expérimente l’angoisse du temps qui passe et n’apporte pas de fenêtre d’opportunité immédiate, dans un contexte où elle sa structuration même – une «section » en prison, une «section» en exil, une «section» sur le terrain à Abidjan

– est porteuse de divisions, d’incompréhensions et de scissiparités. Jusqu’ici, elle a réussi ce qui relève quasiment du miracle. Elle a maintenu le lien avec une base politique qui n’a pas été atteinte et des relais au sein de la société civile qui n’ont pas tous basculé dans la flagornerie vis-à-vis des nouveaux maîtres d’Abidjan. Elle a préservé son unité derrière le symbole vivant qu’est devenu pour elle Laurent Gbagbo. C’est là sa principale force. C’est là la principale angoisse du clan Ouattara qui ne cesse de repousser le retour à la vie démocratique normale parce qu’il s’agirait aussi d’un retour aux vrais équilibres du pays. Cette force est aussi patrimoine. C’est elle qui, mise en branle dès l’apparition d’une vraie fenêtre d’opportunité politique, changera la donne. Mais l’opposition perdrait cet atout considérable si elle cédait à la tentation de la radicalité improductive et d’une quête de pureté se résumant à la posture, voire à la pose. Quand on est lancé dans une course de fond, il faut économiser son énergie D’autant plus que, dans le cas d’espèce, il n’y a aucune forme d’enjeu politique. Le retour à Abidjan de Petit Yodé et de Pat Sacko ne constitue pas un signal exploitable de manière judicieuse à l’international. Il n’apportera pas le moindre électeur à un régime qui prend l’eau de toutes parts et dont le caractère profondément sectaire apparaît quotidiennement, comme on l’a encore vu avec les agressions injustifiées subies par l’église des Assemblées de Dieu de Cocody, sur laquelle le ministre Cissé Bacongo s’est incroyablement acharné la semaine dernière. Ce n’est donc pas un enjeu. L’opposition ivoirienne, naturellement menée par le Front populaire ivoirien (FPI), est engagée dans un combat dont elle ne maîtrise absolument pas les échéances les plus importantes. Le vrai enjeu pour elle est de maintenir et de renforcer ses outils idéologiques structurants. Ce n’est pas pour rien que le régime travaille au corps à corps le FPI, flattant certains hiérarques, jetant d’autres en prison pour faire place nette et obtenir une entrée au gouvernement qui serait, pour le coup, une véritable trahison. Dans quelle mesure ce travail patient porte-t-il ses fruits, crée-t-il de mortelles suspicions et des ambitions inavouables, entrave-t-il les nécessaires pressions destinées à contraindre le pouvoir à laisser libre cours à une activité politique normale et contradictoire ? Qu’est-ce qui relève, dans la diaspora, de l’activisme de positionnement ou de «défoulement», et qu’est-ce qui participeà éclairer les consciences sur la nature réelle de la dictature ivoirienne, à rallier les alliés objectifs, à faire bouger les lignes chez les autres ? Ces questions sont incontournables. Quand on est lancé dans une course de fond, la question des économies d’énergie est centrale. Question angoissante : si le destin impose à la Côte d’Ivoire une échéance présidentielle anticipée, l’actuelle opposition déploiera-t-elle immédiatement une stratégie de reconquête du pouvoir pensée à l’avance ? En effet, tout se passe comme si un homme manœuvrait par tous les moyens pour neutraliser le FPI certes, mais aussi le PDCI, dans une stratégie globale de la terreur, tout en poussant ses pions et en préparant son avenir. Comme s’il voulait prendre tout le monde de court. Cet homme ne s’appelle pas Alassane Ouattara.

Il s’appelle Guillaume Soro.

Théophile Kouamouo

12/11/2012

La Libye, la France et l'aide au développement "forcée"

 

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Qui connaît, au fin fond du Sahel et du Sahara libyens, la ville de Petit-Couronne en Haute-Normandie, et ses 8699 habitants ? Pas grand-monde, et cela n'a aucune importance. Ce sont les compatriotes de Muammar Kadhafi qui vont financer, dans une sorte de logique inversée de l'aide au développement, le sauvetage de  Petroplus, la raffinerie de pétrole hébergée par cette petite cité. Une raffinerie en voie de liquidation judiciaire. 

Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, et Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif (c'est-à-dire de la réindustrialisation d'un pays dont le déclassement économique semble inexorable), sont aujourd'hui en Libye pour obtenir d'un gouvernement qui est leur obligé les millions de dollars dont ils ont besoin pour satisfaire leur base électorale. Fabius a été jusqu'à sa nomination comme ministre des Affaires étrangères le député du coin. Montebourg, quant à lui, doit bien sauver quelques usines pour donner l'impression que son ministère sert à quelque chose.

Et c'est d'ailleurs lui, le chantre de la démondialisation, du protectionnisme, donc d'une certaine forme d'hostilité à la "gouvernance mondiale" qui a prononcé la phrase la plus brutalement cynique à propos de cette subvention que doit apporter la Libye à la France. Il a dit :

«La France n'est pas étrangère à la libération de la Libye… Je vais demander au tribunal de commerce de surseoir à statuer pour prendre le temps qu'il faut pour permettre à nos amis libyens d'éventuellement investir dans cette raffinerie». (Source Ecofin).

Traduite dans notre langage de simples d'esprit, cette phrase signifie :

«Messieurs et mesdames les anti-Kadhafi, nous vous avons permis de vous installer au pouvoir. L'heure est venue pour nous de rentabiliser notre investissement. Nous n'avons pas du pétrole, nous avons de moins en moins d'idées, mais nous avons des missiles. Merci qui ? Merci Sarkozy.»

Quel bel hommage tout de même à l'ancien président conservateur français, qui rend ridicule le projet socialiste d'ouvrir une enquête parlementaire sur les relations franco-libyennes sous le régime précédent. De quoi se plaignent les socialistes ? Sarkozy a fait du business avec un Kadhafi accusé de tortures et de violations des droits de l'Homme. Les socialistes font du business avec des anti-Kadhafi accusés des mêmes exactions, d'ailleurs largement documentées par des vidéos qui ont fait le tour du monde ! Kadhafi est accusé par la députée socialiste Nicolas Bays d'avoir "plus qu'outrepassé le mandat de l'ONU pendant la guerre". Et alors ? Montebourg en profite bien aujourd'hui !

Cette histoire de la raffinerie Petroplus est en tout cas un grand moment de vérité. La conquête de la Libye par l'OTAN visait à se garantir un accès aux ressources financières fabuleuses de ce pays, en cas de difficultés de fin de mois. Le Qatar finance les déficits du PSG et les actions sociales dans les banlieues "difficiles", la Libye sauve les usines condamnés. Que demander de plus ? Pour l'instant, le pouvoir des canons aide à compenser le déclin économique de l'Occident.

 Source de l'illustration : le blog de Laurent Deloire.

08/11/2012

Voici les pays qui "mangent" dans les opérations de l'ONU

Il y a des tableaux qui parlent plus que des milliers de pages de démonstrations. Comme ce graphique publié par le site Internet du quotidien britannique The Guardian, et qui fait le point sur les pays qui commercent avec l'ONU, c'est-à-dire qui profitent financièrement de ces opérations inutiles et dispendieuses qui prolifèrent de manière inquiétante en Afrique.

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Sans surprise, les Etats-Unis, plus gros contributeur abritant de plus le siège de l'Organisation, se taillent la part du lion (10,81%). Ces bénéfices sont très nettement contrebalancés par leurs contributions (22% de l'ensemble). La France est dans la même configuration. Elle est le septième fournisseur de l'ONU (3,08% de part du gâteau), et le cinquième contributeur avec 6,30% du budget. Ces pays utilisent l'ONU comme levier de puissance. Ils paient beaucoup, ils vendent un peu. Ils commandent.

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Qui sont les pays pour lesquels l'ONU représente un vrai business ? La Suisse, qui ne fait partie des dix premiers donateurs, mais est le deuxième "vendeur". La Suisse est suivie par l'Inde et la Russie (1,2% des contributions pour 4,21 % des ventes), qui fournissent pour la première des médicaments, des vaccins et du matériel médical (low cost), et pour la deuxième de la nourriture... et des moyens de transport aérien.

Le cas de la Russie montre toute la schizophrénie des relations internationales, au-delà de la posture. Quand la Russie cesse de s'opposer à la grande manoeuvre sarkozyste en Côte d'Ivoire (2010-2011), elle perd (un peu) la face mais elle gagne un marché. C'est à elle que l'ONU loue les hélicoptères ! A chaque fois que l'ONU "ouvre" une nouvelle succursale dans un pays africain, un "marché" naît pour la Russie.

La Chine, de son côté, ne "mange" pas vraiment dans "affaire de ONU". Elle contribue à 2,67% du budget mais ne fait pas partie des 19 premiers vendeurs. C'est conforme à sa stratégie globale. Les Chinois paient pour avoir la "paix" et vendre directement leurs produits bon marché aux consommateurs. Ils financent l'ONU comme ils soutiennent le dollar et l'euro avec leurs gigantesques réserves. Soft power.

Il y a des pays dont les entreprises savent "profiter" de "l'occupation" onusienne, qu'elle les concerne ou qu'elle concerne le voisinage. Exemples : l'Afghanistan, le Soudan et le Kenya. La Côte d'Ivoire est "petite joueuse" sur ce terrain aussi. Elle vend moins à l'ONU que l'Ouganda par exemple. D'une manière générale, les pays d'Afrique de l'Est se débrouillent bien pour "manger l'argent" de l'ONU (Ouganda, Tanzanie, Kenya, Ethiopie...) Question, sans doute, de subtilité dans la négociation des accords d'établissement !

On peut multiplier les commentaires à l'infini mais une chose frappe : les pays émergents, les fameux BRICS, sont fort peu investis dans le financement de l'ONU. Certains d'entre eux profitent bien des prébendes qu'elle offre. Compliqué quand on entend mener une stratégie d'influence ! Si celui qui paie commande, c'est que l'ONU est bel et bien contrôlée par les pays occidentaux - ils sont sept dans le "top 10" des pays contributeurs !