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29/05/2013

International Crisis Group, une vraie ONG ou un "jouet" des gouvernements occidentaux ?

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Dans un post précédent, nous rappelions le financement de l'ONG Reporters sans frontières, qui la rend totalement dépendante de l'Union européenne et du gouvernement français, qu'elle ne peut pas critiquer radicalement sans risquer de disparaître ou du moins de devoir licencier une partie de son personnel. Alors que l'ONG International Crisis Group, qui se pique d'indépendance, annonce un "partenariat officiel" avec le gouvernement français, sur la question du Sahel - dont ledit gouvernement est un acteur principal -, il est également important de noter la vérité qui suit. ICG est financée à 49% par des gouvernements, tous Occidentaux, à 31% par des entreprises privées occidentales (dont les pétrolières BP, Chevron et ENI), et à 20% par des fondations (dont la fameuse Open Society de l'omniprésent George Soros). Sérieusement, quelles sont les garanties d'indépendance de cette ONG très gouvernementale ? Pour en savoir plus, cliquez ici.

09/05/2013

Quand le procureur de la CPI camouflait les crimes de l'Etat français en Côte d'Ivoire

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La lecture attentive des rapports souvent longs et arides des institutions comme la CPI et des ONG internationales de défense des droits de l'Homme qui lui servent d'inspiration permet de suivre la trace d'un certain nombre de prismes idéologiques. Et trahit aussi des complalisances.

Ainsi du document transmis par Louis Moreno-Ocampo, alors procureur auprès de la CPI, à la chambre préliminaire III de l'institution. Et qui était censé apporter de plus amples informations sur les crimes relevant potentiellement de la CPI commis entre 2002 et 2010. Le procureur cite des crimes allégués attribués soit aux rebelles d'alors soit aux loyalistes. Il essaie de "balancer" le tout pour donner une impression d'équilibre - tout cela ne mange pas de pain, car l'évocation de ces exactions supposées ne l'oblige pas à enquêter...

Toutefois, mon regard s'est arrêté sur sa description des événements de novembre 2004 où, à Abidjan et dans la zone gouvernementale, plusieurs dizaines d'Ivoiriens ont été tués, très souvent par balles, par l'armée française - notamment devant l'hôtel Ivoire. Ce qui est frappant, ahurissant, renversant, c'est qu'Ocampo refuse d'évoquer les morts ivoiriens dans son rapport. Ce n'est même pas qu'il les relativise, ou qu'il les minore. Il n'en parle pas. Ces morts n'existent pas. Ils ne heurtent manifestement pas la "conscience internationale", que la CPI est censée représenter. De toute façon, Ocampo ne parle pas de ces événements au titre des "tueries" ou des "massacres" mais au titre des "attaques illégales" (l'attaque illégale étant l'opération de reconquête du Nord du pays aux mains des rebelles par l'armée nationale).

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"Entre le 4 et le 9 novembre 2004, l'aviation gouvernementale ivoirienne a lancé des attaques sur les villes de Bouaké, Korhogo et d'autres bastions rebells dans le Nord de la Côte d'Ivoire. L'offensive a causé la mort de 55 civils. Comme neuf soldats français ont aussi été tués durant le raid meurtrier sur Bouaké, la France a pris la décision de détruire l'aviation ivoirienne. Ce qui a entraîné des émeutes anti-françaises, encouragées par le leader des Jeunes Patriotes Charles Blé Goudé. Le gouvernement ivoirien a par la suite accusé les forces françaises d'avoir tiré sur des manifestants qui allaient en direction du 43ème BIMA à côté de l'aéroport d'Abidjan. Selon les officiels français, certains de ces manifestants étaient armés."

Dans ce récit d'un cynisme renversant, l'hôtel Ivoire, le pont Charles-De-Gaulle, où des militaires français ont tiré sur des manifestants ivoiriens désarmés, disparaissent. Les 64 morts ivoiriens, tués de sang-froid (et sur ordre) par des soldats français, disparaissent. Et pourtant, ce massacre est le plus documenté de tous ceux dont Ocampo parle dans son document. Canal + a ainsi publié un documentaire édifiant, qui taille en pièces la piteuse défense de la France officielle. Le voici.

Le réalisateur ivoirien Sidiki Bakaba a lui aussi produit un documentaire plus engagé mais tout aussi édifiant : La Victoire aux Mains Nues.

De toutes ces preuves, Ocampo se contrefiche ! La CPI, instrument de légitimation d'un certain ORDRE POLITIQUE, ne peut pas raisonnablement accuser l'armée française de massacres, comme elle le ferait de vulgaires Nègres, qu'ils soient loyalistes ou rebelles.

L'ex procureur de la CPI s'est majoritairement appuyé sur des rapports d'organisations de défense des droits de l'Homme pour écrire son rapport. Et il est assez édifiant de voir que celle qui structure son raisonnement, Human Rights Watch, a également passé par pertes et profits les massacres français de novembre 2004 en Côte d'Ivoire. Dans son rapport de mai 2005, le premier après ce massacre, l'ONG criminalise beaucoup les jeunes patriotes, disqualifie le mouvement de colère contre une armée française qui était pourtant entrée en guerre sans le déclarer contre la Côte d'Ivoire et... évoque en quelques phrases ambigues le massacre de l'Ivoire.

"Blé Goudé a insisté sur le fait que les manifestants et ses Jeunes Patriotes n’étaient pas armés. Cependant, des officiels français disent qu’ils ont vu des patriotes armés sur le pont Général de Gaulle dès le milieu de l’après-midi. Ils avancent comme preuve le fait que plusieurs soldats français ont été blessés par balles pendant les manifestations. Le gouvernement ivoirien a accusé les forces françaises d’avoir tiré sur les manifestants à Abidjan avec de véritables munitions et a estimé le bilan des violences de novembre 2004 à 64 morts et environ 1500 blessés. Plusieurs manifestants interviewés par Human Rights Watch ont déclaré qu’ils avaient vu les forces françaises tirer à balles sur la foule des manifestants depuis des immeubles et d’un hélicoptère. Certaines des victimes et des blessés de l’Hôtel Ivoire ont été piétinés en s’enfuyant pour échapper aux tirs, d’après des sources de l’hôpital."

On remarquera qu'HRW défend l'armée française au maximum (alors que les vidéos accablantes la mettant en cause sont déjà sorties). Contrairement à sa méthodologie, elle ne diffuse pas les témoignages des blessés graves et des Ivoiriens que l'armée française a rendu invalides. Elle ne donne pas la parole aux parents des personnes décédées. Elle ne fournit au lecteur aucun élément clair permettant d'approcher la vérité, au-delà des déclarations des uns et des autres.

Amnesty International a une approche plus conforme à sa vocation. Comme souvent sur la Côte d'Ivoire. Dans un rapport publié le 19 septembre 2006, l'ONG ne met pas dos à dos deux versions, mais affirme qu'il y a eu des dizaines de morts et de blessés et que l'armée français a tiré sur des personnes qui ne représentaient pas de menace directe :

"Amnesty International n'a pu établir le bilan exact des victimes des affrontements de novembre 2004 à Abidjan qui ont fait des dizaines de morts et de blessés. En effet, les autorités ivoiriennes ayant ouvert une enquête judiciaire sur ces faits, les délégués d'Amnesty International n'ont pu rencontrer, en dépit de demandes officiellement déposées, le médecin légiste ou le procureur ni se rendre dans les morgues d'Abidjan car toutes ces informations étaient protégées par le secret de l'instruction. Amnesty International a cependant pu recueillir un nombre important de témoignages de victimes et de parents de victimes ainsi que les versions des représentants des forces armées ivoiriennes et françaises. Les troupes françaises ont certes dû faire face à des mouvements importants de manifestants, parfois menaçants pour leur vie ou celle de tiers et elles ont dû évacuer dans des conditions difficiles des civils français et des ressortissants d'autres nationalités. Cependant, les informations recueillies par Amnesty International concernant les conditions dans lesquelles les soldats français ont fait usage de leurs armes létales lors des affrontements qui les ont opposés à des manifestants à Abidjan en novembre 2004, montrent que les forces françaises ont, à certaines occasions, fait un usage excessif et disproportionné de la force alors qu'elles se trouvaient face à des manifestants qui ne représentaient pas une menace directe pour leurs vies ou la vie de tiers."

Amnesty International se garde toutefois d'utiliser le mot qui aurait été utilisée si cette manifestation avait été réprimée par une armée africaine : MASSACRE. Or il s'agit bien d'un massacre. Un effroyable massacre. Un massacre qui est recouvert par une impunité qui s'appuie sur les omissions de la CPI, les justifications effrontées d'une groupe de pression mesquin camouflé derrière la défense des droits de l'Homme (HRW) et par la dénonciation "à moitié" d'Amnesty International.

Au fait, qui finance les fameuses ONG de défense des droits de l'Homme ?

L'on sait aujourd'hui qui possède les grands médias mondiaux et beaucoup les lisent en le gardant à l'esprit. TF1 c'est Bouygues. Wall Street Journal c'est Murdoch. L'Express c'est Dassault (un marchand d'armes, donc). Europe 1 et le Journal du Dimanche, c'est Lagardère (un autre marchand d'armes). Mediaset, c'est Berlusconi.

Mais pourquoi ce réflexe de distance critique n'est-il pas de mise quand on évoque des organisations autrement plus influentes sur la scène internationale que les médias, et qui ne vivent souvent pas des cotisations de leurs adhérents, mais des dons de milliardaires OCCIDENTAUX et de gouvernements OCCIDENTAUX ? 

Le débat est ouvert.

 

 

07/05/2013

Les propos incroyables d'un journaliste malien ignorant !

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La profession de journaliste est occupée, en Afrique, par des personnes sans culture. Et c'est malheureux ! Voici ce que je lis sous la plume de Hamady Tamba, du journal malien Le Reporter. "«Je préfère un report de quelques mois à un conflit post-électoral à l’ivoirienne» ! C’est la crainte exprimée par le président du Cnid-Fyt, Me Mountaga Tall, par apport à la date des prochaines élections au Mali. Il était interrogé par une radio internationale. Après l’écoute de son intervention, on se demande : de quoi Me Tall a-t-il réellement peur ? Il sait pertinemment que la situation du Mali est totalement différente de celle de la Côte d’Ivoire où la prolongation de la transition a causé plus de problèmes. En fait, le problème a été de laisser Laurent Gbagbo être juge et partie : c’est lui qui a organisé les élections, tout en étant candidat à sa propre succession. Et comme beaucoup de tyrans africains, il s’est accroché à la philosophie qu’«en Afrique, il faut être fou pour organiser les élections et les perdre». Le refus du camp Gbagbo de reconnaître sa défaite est la cause fondamentale de la dernière crise post-électorale qui a secoué la Côte d’Ivoire jusqu’au 11 avril 2011. Ce qui est arrivé à la Côte d’Ivoire est le résultat de la phobie (islam) et de l’exclusion (Dioulas) érigées en système politique : l’Ivoirité !"

Certes, mieux vaut lire cela qu'être aveugle ou analphabète mais tout de même ! Cette prose confuse est non seulement bourrée de contrevérités, mais caractéristique du chauvinisme idiot et de l'absence de mise en perspective qui poussent l'Afrique à reproduire les mêmes erreurs - parce que d'un pays à l'autre, on croit à une "exceptionnalité bien dérisoire" !

Commençons, sans nous énerver, à corriger l'affirmation centrale du confrère bien mal inspiré. Ce n'est pas Gbagbo qui a organisé le scrutin de 2010 en Côte d'Ivoire, mais une Commission électorale aux mains de l'opposition politique et de la rébellion armée. Les différentes crises post-électorales qui ont éclaté à l'occasion des élections locales, et les preuves multiples de fraudes qui existent aujourd'hui au sujet des différents scrutins sont là pour édifier les citoyens et les journalistes qui savent qu'il ne suffit pas de se contenter d'écouter RFI pour comprendre les tenants et les aboutissants de l'actualité africaine.

Poursuivons en nous étonnant d'un tel raisonnement venu d'un citoyen du Mali, pays sur lequel il est désormais à la mode de gloser au sujet de l'exclusion, des persécutions et du racisme dont seraient victimes les Touaregs - qui prennent, dans le récit dominant, la place occupée par les "Dioulas" en Côte d'Ivoire. Intellectuellement, il est tout à fait incongru de légitimer la rébellion armée ivoirienne et de s'en prendre au MNLA, comme le fait ce journaliste.

Aveuglé par un micro-nationalisme totalement déconnecté de la réalité, Hamady Tamba écrit : "Même si nous avons frôlé le pire, nous ne pensons pas que notre décadence ait atteint le seuil dépassé par la Côte d’Ivoire à un certain moment récent et critique de son histoire politique. Quoi que l’on dise ou qu’on pense, la haine ethnique n’est pas aussi exacerbée dans notre pays." Sérieusement ! Il suffit de lire les rapports sur le Mali des ONG qui ont "théorisé" la haine ethnique comme problème numéro un de la Côte d'Ivoire pour se persuader du contraire. De plus, la "décadence" malienne a été si fulgurante et les institutions maliennes si peu préparées à ce qui n'a pas fini de leur arriver qu'on aurait pu penser que certaines fausses certitudes auraient disparu. Par dessus le marché, le Mali, qui en est à sa cinquième rébellion touarègue depuis l'indépendance, n'est pas très bien placé pour donner des leçons d'unité nationale à une Côte d'Ivoire qui a attendu son 42ème anniversaire pour avoir sa première insurrection armée !

Tant que les journalistes africains auront un niveau de "concept" aussi bas que celui d'Hamady Tamba, ceux qui dominent le continent pourront dormir tranquilles.

D'une naïveté déconcertante, Hamady Tamba écrit : "La France ne peut pas non plus rester indéfiniment au Mali. Se retirer sans la tenue des élections, c'est exposer le pays à une autre crise politique qui risque de nous ramener à la case départ". 

Qui lui rappellera que si l'opération Epervier est présente "provisoirement" au Tchad depuis février 1986, la France peut rester 30 ans, donc "indéfiniment" au Mali, tant qu'elle estime que c'est dans son intérêt ?

Qui lui expliquera que l'intérêt de l'ex-puissance coloniale n'est pas de rendre aux Maliens un pays sans crise politique, mais de se retirer militairement (éventuellement) quand elle aura imposé, d'une manière ou d'une autre, son "nouvel ordre politique" dans l'ancien Soudan français ?

  

28/07/2012

Quand l'AFP reconnaît que les beaux révolutionnaires syriens sont des islamistes

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Il y a comme ça des pépites de vérité que l'on trouve, par hasard, dans le fumier de la guerre de l'information. Alors qu'en Occident tous ceux qui émettent des doutes sur le soutien sans équivoque à "l'Armée syrienne libre", aux démocrates armés syriens spécialistes des attentats terroristes, etc... sont considérés comme des infréquentables défenseurs d'une tyrannie, une dépêche de l'AFP vient nous en dire plus sur l'identité de ces beaux combattants de la liberté. Que nous apprend-elle ?

"Tout le quartier est cerné. Les combattants sont des opposants syriens et des étrangers qui affirment appartenir au "Liwa Tawhid al-Moujahidine", la Brigade de l'unification des Moujahidines (combattants islamistes). Il y a des Tchétchènes, des Algériens et même des Suédois et des Français de confession musulmane. 

Une vidéo diffusée par des militants sur internet montre des rebelles montés sur une fourgonnette rouge -- sur laquelle est écrit en blanc le nom de la "Brigade de l'unification des Moujahidines" -- qui tirent à la mitrailleuse en direction des hélicoptères de l'armée, des salves saluées par les cris d'autres rebelles postés dans les rues.

Dans une autre vidéo, un immeuble est en flammes tandis que retentissent des tirs nourris et des sourates du Coran récitées par le muezzin d'une mosquée."

Fort intéressant tout cela.

Les "Français de confession musulmane" qui se trouvent là-bas, jumeux idéologiques de l'ennemi public numéro un d'il y a quelques mois, Mohammed Merah, sont-ils en contact avec les forces spéciales françaises qui soutiennent la rébellion syrienne ? Dans la mesure où ils nourrissent le même grand dessein que leur pays et ont strictement les mêmes alliés, seront-ils en cas de victoire décorés voire intégrés dans les Forces spéciales ? Vont-ils a contrario être jetés en prison ou mis sur la liste noire des "terroristes" à surveiller de très près ?

Alors que le chef de la diplomatie française Laurent Fabius appelle au déploiement de forces africaines "capables" et "organisées" pour chasser du Nord-Mali les "islamistes armés" qui y sont installés, on aimerait lui poser une question : quelle est la différence entre les "islamistes armés" qui sont au Mali et les "révolutionnaires" salafistes qui sont en Syrie ? Ils sont de la même obédience idéologique et jouissent des largesses des mêmes financiers, notamment l'émir du Qatar, qui leur envoie sans doute des Western Union entre deux Conseils d'administration du PSG.

Au fait, de qui se moque-t-on ?

27/07/2012

En Côte d'Ivoire, on peut être admis à un concours sans avoir été admissible

Pour en savoir plus, regardez cette vidéo...

Et suivez le lien... Ici.

22/07/2012

Monseigneur Tonye Bakot et le faux problème Bamiléké du Cameroun

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Avez-vous entendu parler de la dernière sombre affaire qui hystérise le Cameroun ? Je vous la résume. C’est l’histoire d’un prélat, l’archevêque de Yaoundé, Mgr Tonye Bakot, par ailleurs grand chancelier de l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC), qui écrit au Père Martin Birba, doyen de la Faculté de sciences sociales et de gestion de l’Université en question. L’objet du courrier, «Statistiques», n’a rien à voir à un quelconque cours relevant de cette discipline. Mgr Tonye Bakot évoque plutôt de sinistres considérations relevant de la comptabilité ethnique. En gros, que dit la lettre?

-Que 48% des enseignants associés viennent de la seule province de l’Ouest-Cameroun.

-Que 31,5% des enseignants permanents viennent de la seule province de l’Ouest-Cameroun.

-Que plus de 60% des étudiants de la Faculté viennent de la seule province de l’Ouest-Cameroun.

Pour Mgr Tonye Bakot, ces statistiques révèlent un «problème». Qu’il faut corriger par une forme de discrimination (positive ou négative, selon les intérêts ou les opinions de chacun). «A valeur égale sur le plan intellectuel», il faut privilégier les enseignants des autres régions, nous apprend l’Eminence. «Outre les corrections anonymisées» qui existent visiblement déjà, ce qui pousse le vieux curé indigne à relayer des rumeurs non prouvées de signaux secrets inscrits par les étudiants de l’Ouest à l’usage des enseignants de l’Ouest à l’occasion des concours, il faut diversifier le plus possible les profils ethniques des correcteurs. 

Ce billet n’a pas pour objectif premier de démontrer que la démarche de Mgr Tonye est ethniciste, tribaliste, etc… Mais il a pour ambition de prouver qu’elle est intellectuellement mal construite, malhonnête voire profondément stupide, et qu’elle est caractéristique de ces raisonnements erronés qui conduisent le Cameroun – et l’Afrique – à poser des faux problèmes auxquels il sera forcément apporté de fausses solutions. Relevons au passage que la logique totalement ahurissante du prélat conforte à la fois les tribalistes anti-Bamilékés et les tribalistes Bamiléké. Parce que, si l’on ne rejette que les soupçons de fraude aux concours évoqués, l’on finit par admettre que les ressortissants de l’Ouest-Cameroun sont «forts», plus «forts» que les autres. Ce qui est grotesque.

Je n’ai jamais fait le moindre certificat de statistiques, mais comme tout honnête homme je connais un des concepts-clés de cette discipline scientifique : l’échantillon. 60% des étudiants de la Faculté sont originaires de la seule province de l’Ouest-Cameroun. Quel était leur pourcentage parmi les candidats au concours ? Quel était leur pourcentage parmi les bacheliers de leur promotion ? Mgr Tonye Bakot ne le dit pas. Le sait-il seulement ? S’en soucie-t-il ?

Quel est le pourcentage des «ressortissants de l’Ouest» au Cameroun ? Le recensement général de la population de 2005, dont les résultats ont mis cinq années à être rendus disponibles, ne le dit pas. A quoi peut donc ressembler un «équilibre ethnique» pertinent au Cameroun ? Si nous avons, au hasard 35% de la population générale qui «vient» d’une province A, 20% d’une province B, et 8% d’une région C…, l’équilibre veut-il que, parce qu’il y a 10 provinces, chaque province apporte au pot commun 10% des fonctionnaires, des étudiants des établissements publics et privés, des joueurs de l’équipe nationale, des Miss Cameroun et de leurs dauphines ? Si la réponse à cette question est oui, l’on créera forcément  un déséquilibre structurel qui ne pourra être résolu que par une épuration – génocide, émigration forcée, etc… Est-ce vraiment cela que les Camerounais veulent ?

Dans sa lettre, Mgr Tonye Bakot note que 50% des enseignants permanents de la faculté qu’il dissèque sont originaires du Centre et du Littoral tandis que 31,5% sont originaires de l’Ouest. Pourquoi agglomère-t-il le Centre et le Littoral ? Pourquoi agglomère-t-il, dans son «recensement» des enseignants non permanents, le Centre, le Sud et le Littoral ? Pourquoi ne donne-t-il pas le pourcentage du seul Centre, c’est-à-dire 37,9% ? Quand on regarde froidement ses données, l’on se rend compte que seules quatre des dix régions du Cameroun sont représentées dans le corps enseignant... S’il ne cachait pas certaines données, l’on se rendrait compte que l’Ouest n’est pas la seule région «sur-représentée» dans le corps enseignant, même si l’on se plie à son prisme déformant. En réalité, le raisonnement de Tonye Bakot part d’un étrange prérequis selon lequel il y a un problème «de l’Ouest», et que c’est ce seul problème que les politiques d’équilibrage doivent régler. Il trahit la sujétion de Tonye Bakot à une vision coloniale du Cameroun, traduite dans la fameuse phrase du colonel Jean Lamberton, qui a été un des officiers français qui a réprimé violemment le mouvement indépendantiste camerounais : «Le Cameroun s’engage sur le chemin de l’indépendance avec, dans sa chaussure, un caillou bien gênant. Ce caillou c’est la présence d’une minorité ethnique : les Bamiléké, en proie à des convulsions dont l’origine ni les causes ne sont claires pour personne. (…) Sans doute le Cameroun est-il désormais libre de suivre une politique à sa guise et les problèmes bamiléké sont du ressort de son gouvernement. Mais la France ne saurait s’en désintéresser : ne s’est-elle pas engagée à guider les premiers pas du jeune Etat, et ces problèmes, ne les lui a-t-elle pas légués non résolus ? (…) En fait, les Bamiléké forment un peuple. Il suffit pour s’en convaincre de considérer leur nombre, leur histoire, leur structure sociale et leur dynamisme. Qu’un groupe homogène de populations nègres réunisse tant de facteurs de puissance et de cohésion n’est pas si banal en Afrique Centrale ; au Cameroun, du moins, le phénomène bamiléké est sans équivalent (…) L’histoire obscure des Bamiléké n’aurait d’autre intérêt qu’anecdotique si elle ne révélait à quel point ce peuple est étranger au Cameroun.» On ne peut comprendre les dérapages de Mgr Tonye Bakot que si l’on prend en compte le fait que le logiciel colonial continue de coloniser son cerveau, comme celui de tous ceux qui prétendent qu’il y a un problème bamiléké au Cameroun – les Bamilékés qui se vantent de leurs qualités supposées, et les tribalistes anti-Bamilékés qui s’en inquiètent. Mgr Tonye Bakot n’est donc pas un patriote camerounais. Il s’oppose à la construction nationale. En effet, peut-on parler de nation camerounaise si les droits de chaque citoyen sont subordonnés à l’endroit où son grand-père, voire son arrière-grand-père paternel est né ?

Au-delà du défi national, les intégrismes ethniques camerounais escamotent une des questions les plus importantes du pays. Au lieu de traquer les origines ethniques de ses étudiants, le grand chancelier de l’Université catholique serait bien inspiré d’enquêter sur les origines sociales de «ses» étudiants, et d’élargir son étude – qu’il pourrait faire réaliser par ses étudiants en sciences sociales, toutes ethnies confondues – sur les chances qu’un fils de pauvre a de s’en sortir autrement que par le banditisme dans un pays gangrené par la corruption et le refus de la méritocratie. Combien y a-t-il de fils d’ouvriers, de modestes paysans, de sans-emploi, dans son établissement où la scolarité représente près de trois années de SMIC au Cameroun ? Au fond, qu’est-ce que cela peut bien faire à un fils de paysan de l’Adamaoua qu’il y ait plus de fils de ministres vivant à Santa Barbara dont les grands-parents viennent de l’Ouest que de fils de ministres vivant à Santa Barbara dont les grands-parents viennent de l’Adamaoua… dans une université où il a très peu de chances d’étudier ? Et si l’échauffement ethnique était le consensus minimal des différentes coteries bourgeoises du Cameroun, qui, avant d’aller à l’assaut du pouvoir, prennent chacune en otage une armée de nécessiteux aveuglés par les illusions identitaires ? 

 

 

14/10/2011

Monsieur Wade, libérez notre camarade Noël Malick !

Qui, en Côte d'Ivoire, se souvient de Noël Malick Seck, ce jeune activiste et homme politique sénégalais qui a courageusement choisi de dire sa part de vérité sur ce qu'il est convenu d'appeler la "crise postélectorale", et de faire le voyage d'Abidjan malgré l'hallali international ?

Qui se souvient de son émouvant texte de révolte après le funeste 11 avril, "l'armée française ne gagne contre des Nègres", et que vous pouvez écouter, dit par Grégory Protche du Gri-Gri International, ici bas ?

 

Eh ben, ce jeune espoir de la politique sénégalaise, Abdoulaye Wade l'a fait arrêter et veut le juger ce vendredi pour... rien. Ou plutôt pour un motif fallacieux : menaces de mort, outrage à magistrat et offense au chef de l'Etat. C'est un délit, au Sénégal, d'attirer, par courrier, l'attention du Conseil constitutionnel sur l'inéligibilité constitutionnelle de Wade. Voici l'objet du délit ici, il n'a rien d'injurieux.

Préparons-nous donc à nous mobiliser pour Noël Malick, partout où besoin se fera sentir. Il risque trois à cinq ans de prison. C'est une honte !

17/08/2011

Hermann Aboa : la photo de la honte !

 

 

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Il y a des photos qui en disent plus que mille éditos. Le cliché que nous publions ici, et que nous mettons à notre « Une », fait partie de ces clichés qui décrivent à merveille une situation donnée, et démasquent le langage perfide des « communicants » et des « étouffeurs professionnels », très habiles à justifier l’injustifiable. Comme l’image de Pius Njawé, fondateur du quotidien Le Messager et prisonnier personnel de Paul Biya, le président camerounais, à plusieurs reprises, regardant tristement à travers le grillage de sa prison.

 

Chaque fois qu’un journaliste est emprisonné, c’est toute la profession qui est déshonorée. La situation d’Hermann Aboa est d’autant plus choquante qu’il est un des quinze prisonniers d’une métropole abidjanaise où tous les voleurs, braqueurs et criminels ont été mis en liberté par ceux-là mêmes qui ont désormais à cœur de mettre des universitaires, des hauts fonctionnaires, des hommes politiques et… des journalistes au secret. Tandis que le pays s’enfonce dans une insécurité générée par nos « libérateurs » autoproclamés.

Il faut bien regarder cette photo d’Hermann Aboa. Il n’est pas abattu,non ! Il esquisse même une sorte de petit sourire qui en dit long sur sa force mentale, lui qui est accusé des crimes les plus infâmants par le premier magistrat de son pays, qui a dû regarder une autre émission que la sienne pour se convaincre qu’il lançait des appels au meurtre contre certaines ethnies précises. Il est libre. Libre derrière les barreaux. Et sa liberté intérieure est un moteur pour nous, qui pouvons encore écrire, publier, nous indigner.

Il faut bien regarder cette photo d’Hermann. Elle fera le tour du monde. Et elle édifiera le monde, sur la nature véritable du régime ivoirien, porté à bout de bras par un Occident qui se dit démocratique.

 

08/01/2011

Pourquoi je n'achèterai plus jamais "Libération"

Il y a des moments où le pacte de confraternité entre journalistes doit être égratigné pour des raisons élémentaires de salubrité intellectuelle. Ce petit billet vise en tout cas à dénoncer les pratiques étranges du quotidien français « de gauche » contrôlé par la famille Rothschild. J’ai nommé Libération. Ce 7 janvier, je vais à un kiosque parisien pour me procurer ce journal – que je n’achète plus depuis longtemps, préférant de loin le professionnalisme du Figaro ou du Monde à sa morgue germanopratine. Mais sa « Une » sexy sur « les réseaux français de Gbagbo » a attiré ma curiosité.

A la lecture du « dossier » de trois pages, qui n’est qu’une recension éditorialisante d’informations déjà données par des confrères – y compris le site Rue89 qui est, lui, gratuit –, un vaste sentiment de dégoût s’est emparé de moi. On le devine aisément, la « liste » dressée par « Libé », qui s’est débrouillé pour publier le maximum de photos des « amis de Gbagbo » qui représentent « le pire des relations entre les deux capitales », est d’intimider assez ceux qui, en France, n’approuvent pas la politique ivoirienne de Nicolas Sarkozy. L’enjeu est d’empêcher tout vrai débat national sur la question, en séparant les « bons » ouattaristes des « méchants » gbagbophiles. Nulle part, dans le dossier, on ne donne la parole aux pestiférés. Nulle part, on ne met en lumière leur discours, leurs arguments. On les diabolise, histoire d’arriver à un unanimisme national dangereux pour la démocratie.

Le procédé rappelle ces journaux camerounais controversés qui ont diffusé, il y a un temps, des listes d’homosexuels supposés, pour les livrer à la vindicte populaire. Il est méprisable. Non pas parce que Libé choisit son camp – c’est son choix, et je suis un militant du journalisme d’opinion – mais parce que le quotidien créé par Jean-Paul Sartre, qui surjoue, sur des enjeux mineurs, son ancrage à gauche, trompe ses lecteurs. Depuis le 19 septembre 2002, plus que Le Figaro, plus que tout autre journal, il est à la manœuvre pour Ouattara, le champion de la droite française. Il n’hésite pas à mentir, travestir les faits, à s’autocensurer… pour complaire à un prétendu adversaire idéologique. Je parle ici de Chirac puis de Sarkozy...

Libération est le seul quotidien français qui a écrit, après le début de la rébellion menée pour le compte de Ouattara, qu’il n’y avait rien en Côte d’Ivoire. Ni putsch ni mutinerie. Mais un auto coup d’Etat mené par Gbagbo. Contredit par les faits, le journal n’a jamais fait amende honorable. Sans le moindre début de preuve, Libé a écrit que l’entreprise Tommy, qui a déversé des déchets toxiques au port d’Abidjan, était la propriété de Simone Gbagbo. Or elle appartient à un Nigérian qui croupit à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Libé, dont les envoyés spéciaux étaient à Abidjan en novembre 2004, a respecté l’omerta profitant à Jacques Chirac selon laquelle il fallait faire le black-out sur les 64 civils ivoiriens tués par l’armée française ; omerta que Canal + et Le Canard Enchaîné ont courageusement violé. Contrairement au Monde et au Figaro, Libé n’a jamais enquêté sur les incohérences de la version française quant au bombardement de la base française de Bouaké le 6 novembre 2004.

Les ventes de Libé chutent-elles inexorablement ? Je m’en réjouis. Ce quotidien, que nous considérions (jeunes et naïfs étions-nous) comme une « bible » lorsque nous étions à l’école de journalisme, ne mérite pas d’exister. Lâche sur le fond, verbeux sur la forme, germanopratin et donneur de leçons, réduisant le fait d’être de gauche à une sorte de « culture » élitaire et dépressive, il représente le pire de ce qui se fait en matière de presse en France. Je n’achèterai plus jamais Libération.

16/02/2010

Les fables de Philippe Hugon, "spécialiste" de l'Afrique

Dans la série "quand on est un universitaire occidental, on peut dire toutes les extravagances sur l'Afrique", j'ai l'honneur de vous présenter l'épisode Philippe Hugon. Directeur de recherche à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) de Paris, il a été invité par France24 pour "éclairer" les téléspectateurs dans le cadre de l'émission à la "Une". Sa thèse ? Gbagbo veut retarder les élections parce qu'il a peur de les perdre. Thèse légitime à défendre tant qu'elle est étayée par des faits.

Malheureusement, Philippe Hugon se révèle un très mauvais connaisseur de la Côte d'Ivoire, et se met à débiter des contre-vérités navrantes et dangereuses pour la paix sociale. Regardez la vidéo ici. Retranscription d'extraits :

"Il y a un contentieux notamment sur la composition de cette liste électorale puisqu'il y a 429 000 cas litigieux, et notamment de savoir si les originaires du Nord peuvent voter ou pas et donc il y a eu ce qu'on appelle un délit par rapport aux patronymes et on a supprimé, les juges ont supprimé de la liste électorale tous ceux qui avaient un nom qui renvoyait aux originaires du Nord."

Ces propos sont absolument faux, et cette histoire n'a jamais été entendue même venant de la bouche des opposants ivoiriens les plus virulents. Philippe Hugon, qui est venu pour développer une thèse partisane, a oublié de s'informer sur les derniers développements en Côte d'Ivoire.

En effet, un recensement électoral ("enrôlement") a eu lieu. La procédure acceptée par tous ne nécessitait que la présentation d'un extrait de naissance. Par la suite, des "croisements" avec les fichiers historiques de l'état-civil devaient permettre de "débusquer" d'éventuelles fraudes ou fausses déclarations. Une liste électorale de personnes "sans problèmes" a été publiée, et une liste d'un peu plus d'un million de personnes devant apporter une preuve supplémentaire de leur identité, ou toute autre précision, est sortie. Sur cette liste, on trouve des Ivoiriens originaires du Sud, du Centre, du Nord, de l'Ouest et des naturalisés qui n'ont pas fourni tous leurs papiers. Tous les partis ont admis cette pratique.

En violation de la procédure, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) a repêché de la liste d'un million 429 000 personnes dont les noms devaient être, selon la justice ivoirienne, insérés dans la liste électorale sans qu'elles suivent la procédure normale... si le pot-aux-roses n'avait pas été découvert. Signalons au passage que le procureur adjoint qui a mené l'enquête porte un nom, Diakité, "renvoyant aux originaires du Nord".

Le président de la CEI a admis qu'il avait établi cette liste de 429 000 personnes, mais pour sa "propre gouverne", sans envisager de l'introduire dans la liste définitive. Tout le monde reconnaît le "dysfonctionnement", mais certains parlent de tentative de fraude rédhibitoire tandis que d'autres évoquent des incompréhensions et accuse le camp présidentiel de chercher la petite bête. Personne ne dit que tous les Nordistes ont été sortis de la liste électorale. D'où Philippe Hugon sort-il tout ça ?

Il confond visiblement deux affaires : celle des 429 000 et celle des contentieux judiciaires, légaux, qui voient certaines personnes inscrites sur les listes électorales accusées, certaines fois à raison, d'autres fois à tort, devant les tribunaux. Pour l'instant, il y a tout au plus quelques centaines de personnes qui ont été radiées des listes électorales par des juges qui ont rejeté une grande partie des plaintes. Personnellement, je déplore le caractère expéditif de certaines audiences, qui ne respectent pas assez les droits de la défense, et surtout les incendies et saccages des tribunaux, comme si la violence devait l'emporter sur le contradictoire du droit.

Philippe Hugon sait-il que supprimer de la liste électorale tous les originaires du Nord revient à exclure près d'un million et demi de personnes de cette liste ? Se rend-il compte que cette affirmation totalement fantaisiste peut être gobée par une partie de la population peu alphabétisée et la pousser à des violences "de survie" ?

Complètement carent sur l'actualité, le "spécialiste" n'est pas non plus calé sur l'Histoire. Il affirme :

"Le Nord historiquement a été rattaché à la Haute-Volta pendant la période coloniale, on est dans un contentieux extrêmement ancien en Côte d'Ivoire".

Seulement voilà, c'est une partie de la Haute-Volta (ancien nom du Burkina Faso) qui a été rattachée à la Côte d'Ivoire de 1932 à 1947 par les Français, alors qu'une deuxième a été incluse dans le Soudan français (actuel Mali) et une troisième dans le Niger.

Comment l'Afrique ne se sentirait-elle pas méprisée quand des ignorants complets viennent jouer les savants sur les plateaux les plus prestigieux à son sujet, maniant à dessein le couteau identitaire, comme si un Rwanda ne suffisait pas ?