18.04.2008
Mon Aimé Césaire

Ce long poème a été pour moi un précis d'intelligence philosophique, politique et émotionnelle.
Ce long poème et ses phrases de révolte contre le dominateur, qui vous blesse, vous nargue, vous écrase.
Au bout du petit matin...
Va-t-en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t-en je déteste les larbins de l'ordre et les hannetons de l'espérance. Va-t-en mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournais vers des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d'une femme qui ment, et là, bercé par les effluves d'une pensée jamais lasse je nourrissais le vent, je délaçais les monstres et j'entendais monter de l'autre côté du désastre, un fleuve de tourterelles et de trèfles de la savane que je porte toujours dans mes profondeurs à hauteur inverse du vingtième étage des maisons les plus insolentes et par précaution contre la force putréfiante des ambiances crépusculaires, arpentée nuit et jour d'un sacré soleil vénérien.
Ce long poème et son refus radical de toute compromission.
Accommodez-vous de moi. Je ne m'accommode pas de vous !
Ce long poème et l'amertume du dominé au milieu d'un peuple de dominés qui reproduit les mécanismes de sa domination.Au bout du petit matin, cette ville plate — étalée, trébuchée de son bon sens, inerte, essoufflée (...) embarrassée, rognée, réduite, en rupture de faune et de flore.
Au bout du petit matin, cette ville plate — étalée...
Et dans cette ville inerte, cette foule criarde si étonnamment passée à côté de son cri comme cette ville à côté de son mouvement, de son sens, sans inquiétude, à côté de son vrai cri, le seul qu'on eût voulu l'entendre crier parce qu'on le sent sien lui seul ; parce qu'on le sent habiter en elle dans quelque refuge profond d'ombre et d'orgueil, dans cette ville inerte, cette foule à côté de son cri de faim, de misère, de révolte, de haine, cette foule si étrangement bavarde et muette.
Dans cette ville inerte, cette étrange foule qui ne s'entasse pas, ne se mêle pas : habile à découvrir le point de désencastration, de fuite, d'esquive. cette foule qui ne sait pas faire foule, cette foule, on s'en rend compte, si parfaitement seule sous ce soleil (...)
Ce long poème qui exprime si bien la profondeur du passé qui ne passe pas, et cette douleur qui va bien plus loin que la rancoeur ou le prétendu "chantage mémoriel".
Que de sang dans ma mémoire ! Dans ma mémoire sont des
lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elles ne sont
pas couvertes de nénuphars. Dans ma mémoire sont des
lagunes. Sur leurs rives ne sont pas étendus des pagnes de
femmes.
Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture
de cadavres !
et mitraille de barils de rhum génialement arrosant nos
révoltes ignobles, pâmoisons d'yeux doux d'avoir lampé la
liberté féroce
(les nègres-sont-tous-les-mêmes, je-vous-le-dis les
vices-tous-les-vices, c'est-moi-qui-vous-le-dis
l'odeur-du-nègre, ça-fait-pousser-la-canne
rappelez-vous-le-vieux-dicton :
battre-un-nègre, c'est le nourrir)
(...)
Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des
bêtes brutes ; que les pulsations de l'humanité s'arrêtent aux
portes de la négrerie ; que nous sommes un fumier ambulant
hideusement prometteur de cannes tendres et de coton
soyeux et l’on nous marquait au fer rouge et nous dormions dans nos excréments
et l’on nous vendait sur les places et l’aune de drap anglais et la viande salée d’Irlande coûtait moins cher que nous, et ce pays était calme, tranquille, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes.
Ce long poème et cette plongée dans l'humiliation, cette catharsis d'où échappe un humanisme universel et bouleversant.
Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le
vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous,
mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme
la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a
pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie
que nous n'avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer
et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins
de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la
force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons
maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'a fixée
notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement
sans limite.
Parmi ceux qui pleureront Césaire ces prochains jours devant l'oeil des caméras, combien sauront qui était vraiment ce grand poète que leurs larmes pleurent si bruyamment ?
01:35 Publié dans Coup de coeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
14.01.2008
Une photo qui m'a fait plaisir...
... Je ne sais pas pourquoi, je n'aime pas particulièrement le foot ! Batochou y voit "l'expression originale et africaine d'un bonheur simple".
A bien y réfléchir, peut-être que j'aime en cette photo une sorte d'allégorie qui nous murmure à l'oreille que deux Noirs dans la même "niche" ne sont pas forcément rivaux. Eto'o contre Drogba, Eto'o contre Henry... nous avons une manie très énervante d'opposer les nôtres comme s'il y a un petit espace réservé pour eux et que chacun d'entre eux ne peut survivre qu'après avoir décimé les autres !

18:05 Publié dans Coup de coeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
12.01.2008
Ne plus être les marche-pieds des politiciens
En VO, piqué sur White African, un des meilleurs technoblogs d'Afrique. Déjà diffusé ici, mais en format plus petit.

En VF, piqué sur Xada Politicus.

14:15 Publié dans Coup de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


