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18/04/2008

Gbagbo et "l'intelligence du village"

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Le président Laurent Gbagbo profite de son voyage aux Etats-Unis pour parler à la presse... française. Je ne parlerai pas beaucoup du fond de son entretien au "Monde", mais de sa manière de répondre ou de ne pas répondre aux questions, et de récupérer le discours des autres pour donner son point de vue.
Gbagbo a envie de dire du bien de Sarkozy, on le savait depuis son départ d'Abidjan. Mais il veut dire du bien de lui pour des raisons qui réjouiront sa base, et non comme un vulgaire Omar Bongo Ondimba. Il dresse donc le portrait d'un Sarko réformateur, liquidateur de la Françafrique. Il avait refusé de s'exprimer sur le discours de Dakar. Mais il est volontiers bavard sur le discours prononcé en Afrique du Sud. Extraits.

Vos relations avec le président français, Jacques Chirac, étaient médiocres. L'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy change-t-elle la donne ?


Bien sûr. Les observateurs de la politique africaine de Sarkozy n'ont pas remarqué une chose fondamentale. La déclaration du Cap, en février, tendant à modifier les accords de défense entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique est révolutionnaire. Il met à terre un des piliers de ce qu'on appelait la "Françafrique". Nous le réclamons depuis toujours.

Est-ce que vous souhaitez la fermeture du 43e bataillon d'infanterie de marine français, basé à Abidjan ?


Nous sommes d'accord avec la proposition de la France qui maintiendrait, comme points d'ancrage, des bases à Dakar, Libreville, Djibouti et La Réunion. Cela veut dire que le 43e BIMA fermera.


Peut-on parler d'une normalisation des relations entre Paris et Abidjan ?


Elles n'ont plus la passion malsaine qu'un diplomate français appelait le pathos. Il suffisait que la Côte d'Ivoire dise quelque chose pour que la France se mette en branle, ou l'inverse. Il n'y a plus cette maladie-là. Les relations sont en voie de normalisation. Elles sont bonnes.


On remarquera que Gbagbo "prend la bouche de la France" pour dire que le 43è BIMA fermera. Ivoirien veut pas palabre. On remarquera aussi que lorsque le numéro un ivoirien ne veut pas répondre à une question, il ne recule devant aucune "bizarrerie" pour ne pas y répondre. Exemple.

Les experts de l'ONU chargés de surveiller l'embargo sur les armes affirment que la garde républicaine bloque le contrôle de certains sites. Pourquoi ?


Il faut le demander à la garde républicaine. Je ne peux pas lui donner des ordres, j'ai d'autres choses à faire.


Tchié ! Quand un Africain du village écoute cette réponse, il entend : "Je refuse le contrôle de certains sites en donnant ma bouche à la Garde républicaine, et je ne lèverai pas mon interdiction."

L'intégralité de l'interview :


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16/04/2008

Les Kényans ont-ils "acheté" la paix aux politiques ?

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Extrait d'un article lu dans Time Magazine et traduit pour vous.


Au final, ne pouvant pas s’entendre totalement, Kibaki et Odinga ont decidé de créer plus de ministères, leur nombre passant de 34 à 42. La pertinence de certains se discute. Il n’y a pas seulement un ministre du développement, mais désormais en plus un ministre pour le Nord Kenya et les autres zones arides. Nairobi, qui a déjà son propre gouvernement local, est désormais « traitée » par un nouveau ministre au point de vue national. Le pays aura aussi un ministre pour « le planning et la vision 2030 », dont les attributions sont très mal définies.
Au Kenya où la corruption est forte, ce n’est pas une surprise pour plusieurs groupes de la société civile : les leaders verront les cabinets ministériels non comme des plateformes sur la base desquelles gouverner effectivement, mais comme des prix à attribuer à des supporters loyaux. « Si vous regardez, dans l’opposition et le gouvernement, il y a des gens qui, il y a quelques années disaient “il faut un cabinet resserré, il faut réduire les dépenses du gouvernement” », explique Stephen Lugalia, president de lnstitute of Certified Public Accountants of Kenya. « Ce sont des personnes très intelligentes qui ont decidé d’ignorer leurs déclarations passées et de dire "nous allons juste veiller à prendre soin de notre peuple."


L'article en entier ici.

Cela ne vous rappelle-t-il pas le processus de sortie de crise dans un autre pays d'Afrique, où l'on a vu des analphabètes devenir ministres tant le gouvernement de sortie de crise était assimilé à une mangeoire ?

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14/04/2008

Paris-Abidjan-Kigali : réconciliation ou realpolitik ?

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Si Nicolas Sarkozy a eu un jour envie d'apparaître comme le "réconciliateur" là où ses prédécesseurs symbolisaient l'affrontement avec la Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo, le Rwanda de Paul Kagame et dans une certaine mesure l'Afrique du Sud de Thabo Mbeki (l'on se souvient des échanges peu amènes entre Paris et Pretoria autour de "la bataille d'Abidjan"), il doit être bien content aujourd'hui.
C'est l'idylle entre la France et l'Afrique du Sud. Sarkozy se souvient que Mbeki a été l'une des rares voix africaines à ne pas l'accabler après le discours de Dakar (l'on se demande toujours pourquoi, mais il fallait sans doute en savoir plus sur les tractations souterraines pour comprendre cette drôle de connivence).
C'est la détente entre la France et le Rwanda, et Kagame tresse des lauriers à Nicolas Sarkozy lors de la dernière interview qu'il a accordée à Jeune Afrique.


"Les signes (...) sont encourageants et indiquent que l'on progresse sur la voie de la normalisation. Nous les accueillons avec un esprit positif. Nous voulons avancer vite, et je crois qu'avec l'administration Sarkozy le Rwanda a enfin trouvé un interlocuteur ouvert."


b0f7ebab8cb56ae029c525bd07d07f28.jpgL'Ivoirien Laurent Gbagbo, qui a été l'un des quatre chefs d'Etat africains à recevoir par avance le discours de Sarkozy au Cap, fait désormais assaut de lyrisme envers la France, et flatte son homologue en le comparant (à son avantage) avec son prédécesseur Jacques Chirac. Extrait d'un article de Fraternité-Matin d'aujourd'hui.

Hier, le Président Laurent Gbagbo, «heureux» et décontracté, s’est longuement confié, «pour l’histoire» (...) Pour cela, il a témoigné de sa «reconnaissance» à l’Angola pour son soutien. Il a également remercié les Présidents sud-africain Thabo Mbeki et burkinabé Blaise Compaoré, pour leurs différentes médiations qui ont boosté le processus de paix. Le Président ivoirien est également revenu sur les relations difficiles que la Côte d’Ivoire et la France ont entretenues durant la crise, du fait de son homologue français d’alors. «La France est redevenue aux yeux de la Côte d’Ivoire ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire un pays ami, un grand frère (…) Nous sommes dans une bonne phase avec la France», a dit Laurent Gbagbo, en se félicitant de la nouvelle approche de la France, empreinte de respect et de considération.
Parlant de la sortie de crise, le Chef de l’Etat a évoqué le «travail intense» qu’il a abattu avec le Premier ministre et le gouvernement, ce week-end, pour «prendre lundi (aujourd’hui, ndlr) les dernières décisions» concernant les élections générales et «les communiquer au Facilitateur et au Conseil de sécurité» de l’Onu. «Bientôt, nous allons faire les élections et la crise sera terminée», a rassuré le Président Gbagbo. Parlant des soldats des forces de l’Onuci et de la Licorne, qu’il a remerciés, le Chef de l’Etat dira: «je souhaite qu’ils restent jusqu’aux élections, qu’ils nous aident à les sécuriser et après nous nous séparerons amicalement».


Que faut-il comprendre ? Que l'homme du discours scandaleux de Dakar, accessoirement créateur du ministère de l'Identité nationale, réussit là où ses prédécesseurs Mitterrand et Chirac ont échoué ? Qu'il arrange là où ils ont "gâté" ? Trop simpliste. Les discours bienveillants que l'on entend à Kigali, Pretoria et Abidjan témoignent plus d'une forme de realpolitik que d'autre chose.

Le temps, grand guérisseur, a pansé certaines blessures au Rwanda. Kagame apprécie d'avoir affaire, pour la f2c078198db162bc727defe61ddffb47.jpgpremière fois, à un exécutif non impliqué dans le génocide. Il ne bouderait pas, aujourd'hui, un arrangement qui dissuaderait la France de lui nuire au Conseil de sécurité de l'ONU, au sein des institutions de Bretton Woods et dans ce qu'on peut appeler la machine judiciaire internationale. Certes, il n'est pas pressé, sa situation étant plus confortable aujourd'hui qu'hier. Mais il n'est pas masochiste non plus.

Mbeki, quant à lui, n'a jamais été hostile à une cogestion des crises et des opportunités africaines avec la France et d'autres puissances. C'est l'arrogance de Jacques Chirac, qui le voyait en Bongo ou Sassou-bis, en porte-voix servile sans aucune forme d'influence supplémentaire qui a réveillé en lui le nationaliste africain. Que Sarkozy, un homme qui n'a pas connu le colonialisme le flatte en reprenant le thème de la "renaissance africaine" dans ses discours n'est pas pour lui déplaire. De plus, Pretoria est engagée dans une guerre de leadership au long cours contre Abuja. L'Afrique du Sud a besoin d'alliés, notamment dans son ambition de gagner LE siège africain du Conseil de sécurité de l'ONU. Il nous faudra sans doute bien analyser les résultats de la prochaine rencontre UA-ONU à New York pour comprendre le jeu de Mbeki.

Gbagbo va aux élections. Et il a besoin de la neutralité bienveillante de la France pour accompagner la normalisation économique (qui passe par le FMI, la Banque mondiale et les investissements étrangers, y compris français) et la normalisation diplomatique (qui passe par le Conseil de sécurité de l'ONU). Il sera à New York avec l'ami Mbeki, y rencontrera des officiels hexagonaux. Il donne donc des signaux. Le grand marchandage, la grande "sorcellerie" est ouverte.

Trop consciente de sa fragilisation dans un contexte international où l'Afrique redevient un enjeu, une princesse certes délurée et panier percé mais convoitée pour ses beaux bijoux, la France de Nicolas Sarkozy revient, au fond, à la doctrine du foccartisme originel. On ne se fâche pas longtemps avec les pouvoirs en Afrique. On les renverse ou on fait avec au nom du devoir de maintenir, partout, les intérêts français, la présence française. Mitterrand au Rwanda et Chirac en Côte d'Ivoire ont eu des obsessions passionnelles négatives. Sarkozy, qui n'a pas baigné dans l'univers du colonialisme et du néocolonialisme, qui voit l'Afrique par le prisme de l'immigration et des gros profits des grands groupes, dont les patrons sont ses amis intimes, est plus détaché, plus froid. Ce qui ne signifie pas, loin s'en faut, qu'il soit un grand humaniste tiers-mondiste.

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13/04/2008

Les émeutes de la faim risquent de s'aggraver

Selon la FAO.

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07/04/2008

Jean-Marie Le Guen à propos des événements de novembre 2004 : Une "grandiose manipulation sur l'opinion"

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Le député socialiste de Paris, qui était à Abidjan avec Jack Lang, a dégainé, à l'émission Les Grandes Gueules de RMC.

"Aujourd’hui, nous avons le sentiment, et nous voulons le dire, que notre pays, sans doute une partie de la communauté internationale et singulièrement la France de M. Chirac, a connu une manipulation sur l’opinion qui était tout à fait grandiose. Et, il est temps aussi que l’on ait une autre forme d’information sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Par exemple parler de l’affaire de Bouaké, c’est très douloureux. Mais nous y sommes revenus à plusieurs reprises avec tous les interlocuteurs, y compris les rebelles, les chefs des rebelles, par exemple Guillaume Soro, lorsque, vous le savez, neuf soldats français ont été tués, apparemment par l’aviation ivoirienne.
(...) C’était de la manipulation. Et là, nous avons le sentiment et je le dis très solennellement, qu’il faut une commission d’enquête pour que la lumière soit faite sur ces événements. Parce qu’il nous semble qu’il y ait beaucoup de choses très bizarres dans cette affaire. Et que ce qui a été dit jusqu’à présent par les autorités françaises est particulièrement à remettre en cause.
(...) Depuis que M. Chirac et de Villepin ont été en responsabilité, il y a eu des interventions de la France en Côte d’Ivoire, avec des manipulations d’informations que je considère comme extrêmement graves. Une information judiciaire a été ouverte sur l’affaire de Bouaké, en France. Que cette information judiciaire n’arrive pas à faire toute la lumière parce que justement, un certain nombre de responsables au niveau de l’Etat bloquent cette information. Il est temps que la lumière soit faite parce que neuf soldats français ont été tués, dans des circonstances qui sont pour un coup, extraordinairement douteuses et que quelques années après, on n’arrive pas à faire la lumière."


Personnellement, je suis heureux qu'un député français soulève de nouveau un débat que l'on tente à toute force d'occulter en France : pourquoi toute cette chape de plomb sur le "bombardement" de Bouaké ? Quelle insupportable vérité, quel crime d'Etat, quelle formidable manipulation a accouché des "jours de feu" de novembre 2004 en Côte d'Ivoire ?

Les podcasts de l'émission ici.

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31/03/2008

Vie chère : Abidjan, bientôt contaminée par le syndrome Douala-Ouaga ?

Ce sont des images qui en rappellent d'autres, vues ces dernières semaines sur le continent, notamment au Burkina Faso et au Cameroun. Des manifestants dans les rues brûlent des pneus et bloquent les routes pour protester contre la cherté de la vie. Les forces de l'ordre réagissent avec hargne.
Aujourd'hui, Yopougon et Cocody se sont échauffées. Le CECOS a réagi par des grenades lacrymogènes. Certaines sources parlent d'un mort. Si elles se confirment, ce serait un mort de trop.
Abidjan va-t-elle être contaminée par le syndrome Douala-Ouaga ? En tout cas, les ménagères sont unanimes. Les prix flambent sur le marché, notamment ceux du pain et du riz, ce qui réflète les mouvements sur le marché mondial.
Pour que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets, le gouvernement gagnerait à privilégier la négociation sans délai avec les associations de consommateurs, les syndicats et les mouvements spontanés. Ce serait d'autant plus facile que le mouvement en Côte d'Ivoire est encore très timide. Seulement quelques centaines de personnes sont descendues dans la rue, et elles ne disposent d'aucune espèce de coordination véritable. Les premiers manifestants étaient, nous dit-on, des braves dames d'âge mur. Le mouvement n'est pas (encore) récupéré par l'opposition, affirment des témoins. Et de toute façon, une entrée en scène des têtes du RDR ou du PDCI nuiraient forcément aux manifestants en lézardant leurs rangs. Même la crise des déchets toxiques n'a pas résisté aux clivages politiques accentués par la guerre !
Les autorités ivoiriennes n'ont pas vu monter la colère d'une partie du peuple. Et force est de constater qu'elles n'ont pas anticipé sur une grogne qui était prévisible, au regard du contexte international. La surpolitisation des enjeux en Côte d'Ivoire fait que personne ne fait plus vraiment attention aux questions sociales élémentaires. C'est bien dommage ! Personnellement, je suis persuadé d'une chose : les peuples comprennent les autorités qui les comprennent.

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"Jeune Afrique" et "Le Patriote" : quelles connexions ?

C'est curieux... Aujourd'hui, j'ai acheté le numéro double de Jeune Afrique, qui sort officiellement le dimanche ou le lundi. A l'intérieur de ce numéro, un article sur "la galaxie Gbagbo", qui se donne pour mission d'enquêter sur les personnes qui montent ou qui sont en disgrâce dans l'entourage du numéro un ivoirien. Je m'interdis de dire ce que je pense du fond du papier, où je suis d'ailleurs très brièvement cité.
Mais je me demande par quel cheminement l'article de Cheick Yérim Seck est arrivé vendredi à la rédaction du "Patriote", journal du parti d'Alassane Ouattara... et a été publié samedi, soit deux jours avant l'arrivée du magazine à Abidjan.
L'on a souvent dit qu'Alassane Ouattara était un actionnaire minoritaire de Jeune Afrique, commandait des papiers et les lisait avant leur diffusion. On a même dit que Béchir Ben Yahmed se faisait un devoir de convoyer des exemplaires du journal à la résidence parisienne du président du RDR avant sa mise sur le marché.
L'épisode du papier de Jeune Afrique diffusé en intégralité et en exclusivité par "Le Patriote" va assurément alimenter ces thèses.

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29/03/2008

Faut-il continuer à soutenir Mugabe ?

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Aujourd'hui, le Zimbabwe, économiquement exsangue, élit son président. Robert Mugabe, président sortant, est aux prises avec Simba Makoni, ancien de la ZANU-PF, son parti, et Morgan Tsvangirai, candidat du MDC, et "opposant historique".
Tout le monde prédit la victoire de Mugabe, que les médias occidentaux ne peuvent désigner sans ajouter à son nom le qualificatif "dictateur". Mugabe, nous explique-t-on, gagnera parce qu'il s'est donné les moyens de gagner. Et non parce qu'il est soutenu par le peuple.
Je me méfie de ce genre de jugements catégoriques - on en a beaucoup entendu en Côte d'Ivoire, et ils étaient complètement erronés.
L'Occident m'intéresse peu. Je m'interroge et j'interroge les Africains : doit-on continuer à soutenir Mugabe, au pouvoir depuis 28 ans, et qui veut mourir sur son fauteuil, pour la seule raison que sa lutte contre le scandale des terres est légitime ?
N'y a-t-il personne dans son parti qui peut continuer sa lutte pour la justice foncière dans son pays ?
Si l'on met de côté le combat contre un Occident qui soutient l'inacceptable - la monopolisation des terres arables par les Européens, qu'est-ce qui distingue Mugabe de Bongo ou de Biya ? N'est-il pas un "tyran éternel" comme les autres ?
Mugabe nous séduit parce que notre imaginaire politique s'abreuve à la source d'une certaine philosophie anticolonialiste, progressiste. Nous avons trop supporté les "puppets" de l'Occident pour être insensibles à une certaine forme de courage chez lui. Mais cela suffit-il ?
"Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement", écrivait Albert Camus dans L'Homme révolté. Nous disons non à la dictature, au néocolonialisme, à la société verrouillée.
Mais à quoi disons-nous oui ? Personnellement, je dis oui à la liberté pour l'Afrique de choisir ses partenaires dans le contexte de la mondialisation, à la conscience patriotique de nos dirigeants, à une société libérale et démocratique. Les fondements philosophiques de l'indépendantisme à l'américaine me séduisent plus qu'une vulgate marxiste devenue trop commode pour les partisans du monolithisme politique. Ce qui ne signifie pas que je suis favorable à la politique contemporaine des Etats-Unis.
Robert Mugabe est certes un nationaliste, mais il n'est pas un républicain. En République, la mort du chef sur son fauteuil est une malheureuse exception, un accident. En monarchie, c'est la loi naturelle.
Je me méfie de plus en plus des rhétoriques politiques tournant autour du "revanchisme". Une chose est de résister fermement contre l'envahisseur, une autre est de tirer profit de l'existence ou du souvenir de l'envahisseur pour s'éterniser au pouvoir. A la démarche de Mugabe, je préfère la méthode sud-africaine, qui privilégie la restauration du lien social entre les communautés - la réconciliation, donc - et la rectification patiente des inégalités, dans un environnement pacifié.

21/03/2008

Françafrique : pour aller plus loin sur l'affaire Bockel

L'article de Rue 89 qui révèle que Bongo, Biya et Sassou ont appelé Sarkozy pour réclamer la tête de Bockel sur un plateau d'argent.
Et un bon paquet d'articles et de commentaires de blogs sur l'affaire Bockel grâce à Wikio.

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Jean-Marie Bockel, le sacrifié

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Dans la France de Nicolas Sarkozy, c'est une mauvaise manière que d'affirmer que l'on veut "signer l'acte de décès de la Françafrique". C'est un acte de délinquance que de donner des sueurs froides au père Omar Bongo Ondimba, très nerveux ces derniers mois, ou au camarade Sassou.
Jean-Marie Bockel vient de le comprendre. A l'occasion du dernier remaniement ministériel, il a été débarqué du lieu d'où il entendait écrire l'épitaphe du néocolonialisme à la française. Il est désormais chargé de gérer les Anciens Combattants. Retour vers le passé donc, pour celui qui se rêvait l'homme du futur et de la rénovation.
Le "délit" de Jean-Marie Bockel est contenu dans une tribune libre publiée dans Le Monde le 15 janvier 2008. Il y écrivait :

"C’est justement parce que je suis un ministre d’ouverture et que j’ai adhéré au discours de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique que je souhaite que les choses changent. Or la rupture tarde à venir. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d’égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s’agit pas de faire la morale, mais d’aider au développement. Or, à cause de défauts de gouvernance dans certains pays, notre politique de coopération, malgré de multiples réalisations, ne permet pas des progrès à la hauteur des efforts consentis. (...)
La mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de certaines structures administratives ou politiques, la prédation de certains dirigeants, tout le monde connaît ces facteurs ou les imagine. Au total, sur 100 milliards de dollars annuels d’aide pour l’Afrique, 30 milliards s’évaporent. Certains pays ont d’importantes ressources pétrolières, mais leur population n’en bénéficie pas. Est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? Il faut donc revoir les conditionnalités, évaluer l’efficience de notre aide."


Comment Jean-Marie Bockel se sent-il aujourd'hui ? Affectant de rester droit dans ses bottes, il dit ne pas retirer un mot sur la Françafrique. Il n'empêche qu'il n'est plus dans le circuit...

Et Robert Solé consacre, à lui et à son ambition contrariée, un billet court, ressemblant justement à une épitaphe...

"Contre son gré, Jean-Marie Bockel passe du secrétariat d'Etat à la coopération à celui des anciens combattants. Il essaie de s'en consoler et de faire bonne figure en soulignant sa "passion pour la défense". Est-ce bien à propos ? On ne lui demande pas de concocter des plans d'invasion, mais, après avoir combattu pour la coopération, de coopérer avec d'anciens combattants.


Les autorités gabonaises se frottent ouvertement les mains. Le soldat Bockel avait beaucoup déçu certains potentats africains en réclamant des relations moins tordues entre la France et ses ex-colonies.

Les secrétaires d'Etat passent ; les chefs d'Etat restent. Président du Gabon depuis 1967, Omar Bongo déclarait récemment : "Je serai candidat en 2012 si Dieu me donne encore la force." Il n'a pas précisé ses intentions pour 2019, mais tout indique que seul le Tout-Puissant pourrait le soustraire à son devoir. N'oublions pas que si l'Afrique est le plus jeune des continents par l'âge moyen de sa population, c'est aussi le plus vieux : les premiers hommes y seraient nés il y a 100 000 ans, bien avant la Coopération."

On ne peut s'empêcher de comparer Jean-Marie Bockel à Jean-Pierre Cot, premier ministre de la Coopération sous François Mitterrand, sacrifié sur l'autel de la Françafrique. Ironie du sort, Bockel se croyait plus malin que Cot :

"C’est un vieil ami. Il s’est vite isolé et n’a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions."

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