topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

23/11/2011

Gbagbo raconte son 11 avril et fait de graves révélations

 

onana.jpg

C'est dans le livre "Côte d'Ivoire : le coup d'Etat" de Charles Onana, journaliste d'investigation, dont Le Nouveau Courrier publie des bonnes feuilles ici.

 

 

04/10/2011

Le site du Nouveau Courrier est prêt !

 

ScreenShot166.jpg

Je suis très fier de présenter à vous, lecteurs, et à toute la communauté, le tout nouveau site du "Nouveau Courrier". Nous avons longtemps hésité avant de le lancer. Parce que le modèle encore indéfini des médias en ligne en Côte d'ivoire fait qu'on se demande toujours si ce qu'on a à perdre n'est pas plus grand que ce qu'on a à gagner quand on plonge dans la grande marmite du numérique.

 

Plus qu'un site, nous espérons, à moyen terme, former une vraie et forte communauté autour du site du "Nouveau Courrier", qui sera un complément idéal à l'offre papier. La première chose que nous vous demanderons, c'est d'imposer le leadership de ce site en le faisant connaître. A travers un travail de diffusion des liens qui vous semblent le plus intéressants sur les réseaux sociaux, dans les forums et dans vos sites et blogs.

Mais arrêtons de parler. Cliquez ici pour découvrir notre site. Que dis-je, votre site !

26/09/2011

Une question de légitimité morale (paru dans Le Nouveau Courrier du 26 septembre)

Un sujet d’actualité a captivé l’opinion publique mondiale durant la semaine qui vient de s’écouler : celui de la démarche de la Palestine visant à demander à l’ONU de l’admettre comme Etat-membre au même titre qu’Israël, la Bosnie, le Sud-Soudan… On a eu l’occasion d’observer une fascinante chorégraphie diplomatique. Bien que conscient de ce que, de toute façon, les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, poseraient leur veto, le numéro un palestinien Mahmoud Abbas a tout de même «déposé son dossier». Il a ainsi montré qu’il était prêt à accroître la pression exercée sur la communauté internationale pour faire avancer une cause qui marque le pas. Surtout, sa manœuvre vise à délégitimer les Américains, considérés comme les «propriétaires» du dossier Proche-Orient. En effet, ils apparaissent désormais comme des alliés inconditionnels d’une des deux parties qu’ils sont censés réconcilier. Et du coup, ils perdent leur légitimité morale, du moins dans le rôle d’arbitre qu’ils veulent se donner. Et ce n’est pas un hasard si, à la tribune de l’ONU, Nicolas Sarkozy a insisté sur le nécessaire élargissement du cercle des négociateurs…

****

Sans légitimité morale, impossible de faire accepter durablement et efficacement son autorité, en dehors de la contrainte, qui n’est qu’un des visages de la lâcheté. Nous devons tous méditer cette maxime dont la pertinence se vérifie régulièrement. Ces derniers jours, la France a continué d’être secouée par des révélations mettant à jour l’incroyable culture du gangstérisme international de ses élites politiques, qui mettent la diplomatie et l’image de leur pays au service d’intérêts personnels et inavouables. Au grand déballage sur les mallettes d’argent se promenant entre les palais africains et les palais français, et expliquant de nombreuses connivences, a succédé le feuilleton judiciaire sur les rétro-commissions récupérées à l’occasion des grands contrats d’armement, planquées dans des comptes en Suisse et progressivement ramenées en espèces en France par des intermédiaires au-dessus de tout soupçon. Les éditorialistes français ont commenté ces scandales et ces révélations sous tous les angles, sauf un, en forme de questionnement. Un pays dont les chefs ont un rapport profondément affairiste avec les grands enjeux diplomatiques, qui propose des avions de guerre et vend des technologies d’espionnage à une «dictature» à travers des hommes sulfureux un jour pour le renverser au nom de la «démocratie» le lendemain peut-il être considéré comme sérieux ? Comment les citoyens français peuvent-ils être sûrs que derrière le bruit et la fureur répandus sur Benghazi et sur Syrte, ne se cachent pas des gratifications que telle ou telle compagnie pétrolière donnera à tel chef d’Etat qui a peu de chances d’être élu, et qui n’a cessé de dire depuis longtemps qu’il sera «riche», selon ses propres termes, quand il quittera le pouvoir ? La France d’aujourd’hui, qui «importe» de l’argent sale par le biais de ses hommes politiques, a-t-elle la légitimité morale pour exporter la démocratie, les droits de l’homme et autres bons concepts qui cachent souvent de bien mesquins intérêts ? Cette question-là, il faudrait qu’on se la pose dans les médias parisiens, où l’on admet avec enthousiasme la fable selon laquelle la France défend, l’arme à la main, le beau et le bien en Libye et en Côte d’Ivoire…

****

Devinette… Quelle est la personnalité ivoirienne la plus controversée de la semaine ? Bien entendu, la réponse va de soi ! Eugène Dié Kacou ! Le patron du Conseil national de la presse (CNP) s’est illustré par un zèle répressif inédit dans l’histoire des médias ivoiriens. En un seul jour, il a interdit trois publications : Notre Voie, Aujourd’hui et Prestige. Toutes les trois appartenant à des groupes de presse «bleus». Son dernier coup de théâtre est dans la droite ligne de son action depuis sa réinstallation par le régime Ouattara : déstabiliser économiquement la presse d’opposition par des interdictions qui leur font perdre, à chaque coup, beaucoup d’argent.

Eugène Dié Kacou parviendra-t-il à convaincre l’opinion ivoirienne de sa volonté d’assainir une presse «culturellement» agressive et de bannir la «haine» ? Non, très clairement. Parce qu’il n’a pas, lui non plus, la légitimité morale nécessaire pour mener à bien ce chantier. En un mot comme en cent, il n’est pas crédible. Il n’est pas crédible parce qu’hier, à ce même poste sous un autre pouvoir, il n’a pas manifesté la «rigueur» dont il se veut le chantre aujourd’hui. Il est d’autant plus illégitime que son interprétation de la «haine» à laquelle inciterait la presse est très politiquement orientée. Qui peut vraiment croire que la presse d’opposition est plus virulente, plus «haineuse», que la presse proche du pouvoir ? Le travail de monitoring de l’association Reporters sans frontières lors de la dernière présidentielle a démontré que les pratiques de la presse ivoirienne se «répondent» de manière symétrique.

Eugène Dié Kacou est d’autant plus contestable que cela fait longtemps qu’il n’est plus un authentique défenseur de la liberté de la presse, de la loi sur la presse et du Code de déontologie du journaliste ivoirien. Hier , alors que nous étions embastillés à la Police Criminelle par un procureur qui nous faisait un chantage éhonté pour que nous dévoilions nos sources, Eugène Dié Kacou, président du CNP, à rebours de toutes les organisations professionnelles qui demandaient notre libération inconditionnelle, se transformait – à notre grande surprise – en auxiliaire de justice, en nous demandant de violer le Code de déontologie et de «livrer» nos sources. Depuis deux mois, notre confrère Hermann Aboa est incarcéré pour un prétendu délit qu’il aurait commis dans le cadre de son travail de journaliste. Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le Comité ivoirien pour la protection des journalistes (CIPJ), se sont mobilisés pour le respect de la loi ivoirienne et la libération d’Hermann. Où se trouve notre «doyen» Eugène ? Disparu. Ceux qui ont toujours dit qu’il était fort avec les faibles et faible avec les forts s’en trouvent confortés. Dans ces conditions, l’issue de l’action de celui qui, à son âge, se soucie sans doute de la trace qu’il laisse dans l’Histoire, est malheureusement connue d’avance. Il échouera, et l’on s’en souviendra comme d’un juge partisan. Comme tant d’autres…

21/09/2011

Economie politique du dénigrement

Publié dans Le Nouveau Courrier du 19 septembre 2011.

Où va l’économie ivoirienne ? Est-elle prête à rebondir pour le plus grand bien des populations, épuisées par plus de dix années d’une crise politique centrée autour des ambitions d’Alassane Ouattara, et qui a survécu à trois chefs d’Etat – Henri Konan Bédié, Robert Guei et Laurent Gbagbo ? En 2012, y aura-t-il plus d’emplois, plus de croissance partagée, plus d’épanouissement pour la « génération sacrifiée » ? A l’observation de la manière dont gouverne l’actuel exécutif, il est permis d’en douter. Et il est très clair pour ceux qui savent lire entre les lignes que la dernière mission du Fonds monétaire international (FMI) est retournée à Washington assez perplexe sur un certain nombre de sujets, notamment la capacité des actuelles autorités à rétablir durablement la sécurité. Pour la première fois, les anciens « collègues » d’Alassane Ouattara ont semblé formuler une conditionnalité politique à la conclusion du fameux programme Pays pauvres très endettés (PPTE) après lequel nous courons depuis une bonne douzaine d’années. Les législatives doivent se dérouler, et bien se dérouler. On n’en en est pas encore au point d’infléchissement, mais il y a quelques légers frémissements. Pourquoi ?

En un mot comme en cent, le régime du « super-économiste » Ouattara ne rassure pas tout à fait les milieux économiques sérieux, malgré leurs débordements d’affection au départ et leur évidente « solidarité de classe ». Pourquoi ? Parce qu’il semble sans boussole, peu désireux d’attaquer les vrais problèmes structurels de fond, obsédé par ce que nous appelons volontiers « l’économie politique du dénigrement ». Le régime Ouattara, dans une sorte de narcissisme contre-productif, poursuit la guerre qui s’est achevée ( ?) le 11 avril 2011 par d’autres moyens, et accorde de l’importance à des actions d’éclat, coûteuses et mal ficelées, qui n’ont pas tant pour objectif de gagner « la bataille des cœurs » mais de dénigrer en permanence le prédécesseur, comme pour briser à jamais un mythe qui demeure en dépit de tout.

L’exemple-type de ces manœuvres de conditionnement idéologiques dont l’unique horizon est le court terme immédiat est la fameuse opération « pays propre ». Elle est partie d’une simplification manichéenne facile à faire gober à une partie du peuple, mais pas très sérieuse dans le fond. Abidjan était sale sous Gbagbo et à cause de Gbagbo, Abidjan sera propre sous Ouattara et grâce à Ouattara. Abstraction est faite, de manière volontaire, de la lente dégradation du cadre de vie en Côte d’Ivoire liée à des facteurs structurels qui sont allés en s’aggravant : la grande crise qui a commencé dans les années 1980 et ne s’est plus arrêtée, la déstabilisation du système de collecte d’ordures enclenchée avec la disparition de la société « H » et son non-remplacement par quelque chose de cohérent, l’exode massif vers Abidjan dès le 19 septembre 2002, date de début de la guerre qu’on nous vend aujourd’hui comme « nécessaire », la difficulté de l’Etat à payer sa dette intérieure, qui a découragé les sociétés de nettoyage traditionnelles. Les palabres homériques sous fond de divisions partisanes et de refus de partager le pouvoir entre District, mairies et administrations centrales n’ont fait qu’envenimer le tout.

Qu’a fait le pouvoir Ouattara pour sortir de manière républicaine de ce nœud de contradictions ? Un projet de loi clarifiant les attributions des différents acteurs ? Un « effort spécial » pour trouver un accord avec les sociétés de nettoyage en vue de l’étalement de leur dette ? Un appel d’offres pour choisir un opérateur sérieux, après quelques semaines de nécessaire informel ? Un impôt juste pour augmenter la participation de ceux qui salissent la ville à son nettoyage, en vue d’assurer un système pérenne ? Rien de tout cela. On a mobilisé, dans l’informel absolu et souvent sur des bases ethniques, des milliers de « petites mains » qu’on n’a jamais payé depuis cinq mois et qui sont poussées à la mendicité. On a coopté des intermédiaires plus ou moins véreux, qui ne représentent aucune entreprise légalement constituée, pour recruter notre armée de balayeuses. Solution cosmétique, pratique irresponsable !

Tout aussi irresponsable est la politique du « bulldozer » conduite par Anne Ouloto, ministre de la Salubrité du gouvernement Ouattara, qui s’attaque aux conséquences sans même se soucier des causes de phénomènes comme l’habitat précaire et le commerce de rue. Une fois de plus, c’est l’exode lié à la guerre de 2002 qui a accentué la bidonvillisation d’Abidjan, déjà grande en raison de la croissance démographique et de la stagnation économique qui persiste depuis une trentaine d’années. Quel incroyable absurdité que cette orgie de la destruction qui ne s’accompagne d’aucun plan de relogement, d’aucune politique de construction de marchés de quartier à trafic rapide, d’aucune politique de l’emploi destinée à absorber les informels du commerce de survie, d’aucun dispositif de retour à la terre et à la ruralité – comme l’a si justement proposé l’ancien ministre Eric Kahé !

Plus profondément, l’on observe, médusés, un gouvernement qui ne paie pas pendant cinq mois ses contractuels, qui peine à satisfaire les créanciers de l’Etat… mais qui dépense des milliards à transhumer massivement à Paris, moins d’un mois après son retour de vacances, pour se célébrer en prétendant glorifier Houphouët-Boigny… pour savourer « la revanche des héritiers », selon l’expression de L’Intelligent d’Abidjan. Et casser du Gbagbo, à longueur d’allocutions et d’interviews. Economie politique du dénigrement !

Ce qui est frappant est que les vraies priorités nationales sont traitées avec une déconcertante légèreté par le gouvernement Ouattara. Qui triche avec les réformes nécessaires en matière sécuritaire. Au lieu d’encaserner et de démobiliser de manière rationnelle les «forces négatives» dont l’ADN est fondamentalement prébendier, on les chouchoute, on caresse leurs chefs, on les recycle dans des domaines divers. Ou on les chasse sans ménagement, précipitant leur basculement dans la violence aveugle, ce dont témoigne la transformation de certains d’entre les soldats des FRCI en « coupeurs de route » sanguinaires. La question de la collecte juste de l’impôt et des factures d’électricité – ce dernier secteur inquiète profondément le FMI – n’est pas réglée. On dit que la Centrale, c’est fini. Puis que ça repart. La guerre est finie, ses rentiers continuent de se gaver. Sur le chantier de la réconciliation, bien entendu, l’heure du « grand compromis » qui pourrait dérider tous les Ivoiriens – et nous faire gagner au moins 2 points de croissance durant les prochaines années – n’est toujours pas arrivée. Plus que jamais, les Ivoiriens ont aujourd’hui besoin d’un vrai, d’un grand politique, pour retrouver le goût de l’aventure nationale. Pour reprendre confiance en l’avenir, et investir.

15/09/2011

Wikileaks révèle l’obsession tribale de Ouattara

Les adversaires d'Alassane Ouattara le disent régulièrement. Comme son ancien ennemi juré et nouvel ami Henri Konan Bédié, il serait persuadé qu’en Côte d’Ivoire, la politique commence et se termine par l’ethnie. C’est pour cette raison qu’il aurait parsemé les rues de tout le pays de soldats analphabètes de son ethnie et que la majorité de ses nominations profitent aux Nordistes. Les derniers câbles diplomatiques diffusés par Wikileaks viennent comme pour apporter du crédit à leurs thèses.

Le 17 mars 2009, lors d’un entretien avec l’ambassadrice des Etats-Unis d’alors, Wanda Nesbitt, Alassane Ouattara essaie de faire croire à son interlocutrice que Laurent Gbagbo n’avait aucune chance de remporter la présidentielle, son électorat – assimilé de manière scandaleusement arithmétique à son ethnie – se résumant à 12% à 15% au plus. La suite, on la connaît. En dépit de la prise en otage de la moitié du pays par les rebelles des Forces nouvelles, Gbagbo obtient 43% des suffrages au premier tour, et devance de très loin ses adversaires dans le très cosmopolite district d’Abidjan. Au point qu’il a fallu des trésors de technologie électorale – plus de 100% de participation dans un grand nombre de bureaux de votes d’un Nord où régnait une terreur incroyable le 28 novembre 2010 – et une violation des règles de la CEI et de la Constitution pour que les alliés extérieurs de l’actuel chef de l’Etat arrivent à l’imposer.

Le câble diffusé par Wikileaks rejoint, dans sa description de la personnalité d’Alassane Ouattara, celui de Renaud Vignal le décrivant dépressif et pusillanime dans son appartement parisien cossu en 2001. «J’ai peut-être fait une erreur en quittant le poste de directeur général adjoint du FMI pour le combat politique en Côte d’Ivoire», a-t-il confié à Wanda Nesbitt. Avant de se plaindre de ce que le président Gbagbo et son camp voulaient imposer le désarmement avant les élections. Si l’on sait désormais pourquoi cette idée lui déplaisait et ce qu’il comptait faire des rebelles non désarmés, l’on comprend également quel camp est responsable non seulement de la guerre mais de l’insécurité complètement folle qui continue de défigurer la Côte d’Ivoire et d’inquiéter les investisseurs.

Un article de Benjamin Silué

13/09/2011

L’illusionnisme au pouvoir

Publié dans Le Nouveau Courrier du 12 septembre.

L’on savait que tout pouvoir a tendance à s’autocélébrer. Après tout, c’est une des règles du jeu politique. L’on savait également qu’Alassane Ouattara est un roi du marketing, qui vendrait un réfrigérateur à un esquimau grâce à un aplomb qui ne fait pas toujours bon commerce avec la sincérité. Mais tout de même ! Le concert de tam-tams qui a accompagné la pose de la première pierre du futur troisième pont d’Abidjan nous a laissé songeur. Cette première pierre serait tout un symbole : le retour à une Côte d’Ivoire qui travaille, qui se développe, qui bâtit, là où les anciens gouvernants «bavardaient». Ce pont qui vient est donc le signe d’une renaissance, nous somme-t-on de penser.

 

La propagande a ceci de particulier qu’elle abêtit les esprits sans grand sens critique mais qu’elle a tendance à se retourner contre ses auteurs dès lors que les personnes qu’elle vise la passent au tamis de la raison et de l’Histoire. Effectivement, le troisième pont d’Abidjan est un symbole. Ravageur ! Et la manière dont la reprise des travaux est montée en épingle dévoile la nature de l’idéologie pernicieuse de ceux qui ont, à travers mille et une conjurations, entravé le destin de la Côte d’Ivoire tant qu’ils n’étaient pas au pouvoir. Dans le but de faire admettre à tous qu’ils étaient certes le problème, mais qu’ils étaient également la solution. Persuadés que le pays finirait par se soumettre à eux… par épuisement ! Le troisième pont d’Abidjan est le symbole de l’arrêt de la marche du pays d’Houphouët-Boigny vers le progrès, qui a commencé avec le coup d’Etat du 24 décembre 1999. Le premier épisode d’une série d’attaques violentes contre la tranquillité des Ivoiriens, l’intégrité du territoire national et la stabilité sans laquelle tout développement est illusoire. Si demain, dans un mois ou dans trois mois, des «jeunes gens» suivent l’exemple des Guillaume Soro, Issiaka Ouattara ou Chérif Ousmane, nouveaux demi-dieux d’Eburnie, il est évident que le dossier sera à nouveau mis dans les tiroirs…

La construction de ce pont commence aujourd’hui parce que la pax franca, la paix française qui s’est imposée à coups de missiles, règne. Ce ne sont pas les formidables capacités de gestionnaire de l’actuel chef de l’Etat qui sont donc la source de ce «bonheur». Comme beaucoup de confrères l’ont déjà rappelé, le projet est né sous Henri Konan Bédié et a été relancé sur Laurent Gbagbo. Le pool de financiers avait déjà été constitué, de l’argent avait déjà été dégagé, notamment à travers un emprunt obligataire… Le constructeur n’attendait que les élections pour se mettre au travail. Ouattara n’a donc rien fait, à part augmenter le coût du pont dont les caractéristiques n’ont pourtant pas changé. Evaluée à 85 milliards de FCFA à tout casser en 2009, sa construction coûtera 125 milliards de FCFA au final. Où ira le différentiel ? Mystère et boule de gomme.

De plus, le choix profondément politique d’Alassane Ouattara, qui a choisi l’option du péage là où Laurent Gbagbo y était opposé pour des raisons pratiques – s’il s’adresse à la minorité des Ivoiriens qui peuvent débourser 1 400 FCFA par jour juste pour le traverser, Abidjan ne sera pas désengorgée – est révélateur. Ouattara se pose en président des riches, qui veut construire un beau pays pour que les riches s’y sentent bien. Quant aux pauvres, ils n’auront plus qu’à les contempler ! En effet, avant de lancer les travaux du «pont des riches», Alassane Ouattara a détruit les maisons et les commerces des pauvres. Sans les reloger ! A Yopougon, à Port-Bouët, à Cocody, Anne «Bulldozer» Ouloto n’a pas fait de quartier. Auparavant, le nouveau régime avait délogé les étudiants des campus pour y loger ses nervis. Que de drames personnels et familiaux derrière cette décision ! Essayez désormais de louer le moindre studio à Abidjan : les étudiants éjectés des Universités, les prix des loyers ont pris l’ascenseur. Comme ceux des produits de première nécessité, au demeurant. Mais si vous en parlez, vous êtes un «aigri». «Silence, on développe !», vous rétorquera-t-on, en empruntant maladroitement l’expression de Jean-Marie Adiaffi, qui dénonçait pourtant la philosophie pernicieuse du parti unique, qui est de retour.

La Côte d’Ivoire se construit, nous dit-on. Mais qui la construit ? Comment ? A quel prix ? Et surtout : pour le bien-être de qui, au profit de qui ? L’Afrique du Sud des John Vorster et des Pieter Botha se construisait aussi. Mais contre la majorité, contre le peuple, contre les Noirs. Au passage, rien ne nous prouve que le «vaste chantier» que l’on nous promet sera un jour réalisé. Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une première pierre ne fait pas le bâtiment. Il est toujours temps de se pencher sur ce que les membres de la coalition au pouvoir ont détruit, pour mieux faire la balance avec ce qu’ils construiront demain. Alassane Ouattara nous a promis cinq universités en cinq ans, certes. Il reste qu’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire n’en a aucune. Qui a détruit l’Université de Cocody ? Et celle d’Abobo-Adjamé ? Et celle de Bouaké, dont les moindres carreaux ont été recyclés dans des pays voisins ? Qui a passé Abidjan au «peigne fin» du pillage systématique, il y a exactement cinq mois ? Qui a détruit la RTI, reconstruite aujourd’hui à grands frais, et grâce à des prêts dont les taux d’intérêt ne sont jamais communiqués ? A qui appartiendra demain une Côte d’Ivoire surendettée ? Une chose est sûre, et les vieux Africains le savent : quelqu’un qui n’arrange rien et qui ne gâte rien est toujours meilleur que quelqu’un qui arrange un peu après avoir beaucoup gâté.

 

 

12/09/2011

Affaire Robert Bourgi : vu d'Abidjan, rien de nouveau

 

Dans son interview où il raconte par le menu les mœurs des dirigeants français en matière de gangstérisme d’Etat, Robert Bourgi évoque les 3 millions d’euros (2 milliards de FCFA) que le président Laurent Gbagbo aurait donné à Jacques Chirac comme «contribution» à sa campagne électorale. Mais cette demi-révélation n’apprendra rien de fondamental aux personnes les mieux informées à Abidjan, qui ont tous entendu parler de cette histoire. Robert Bourgi ne raconte pas comment tout a commencé. Cet avocat, qui a connu Gbagbo lorsqu’ils enseignaient tous les deux à l’université d’Abidjan au début des années 80, a commencé par sensibiliser le président nouvellement élu, et qui a déjà subi une tentative de coup d’Etat venant du Burkina Faso. Lors d’un repas à la Résidence présidentielle, il a expliqué, devant des convives médusés, qu’il fallait que Gbagbo soit «généreux» pour avoir la paix. Il a raconté cette pratique franco-africaine «traditionnelle», racontant ce que les autres chefs d’Etat africains, notamment Omar Bongo Ondimba, faisaient. C’est ainsi que tout a commencé…

alain toussaint.jpg

Qu’est-ce qui a fait qu’à peine réélu, Jacques Chirac considère Laurent Gbagbo comme un ennemi personnel au point d’ériger son renversement en priorité de la diplomatie française ? Certains à Abidjan ont considéré que le «pouvoir des professeurs», qui a donné une fois, n’a pas été «généreux» sur la durée. D’autres ont estimé que le camp Chirac savait très bien que ses alliés naturels de la droite ivoirienne seraient non seulement plus généreux, mais permettraient une exploitation néocoloniale globale de la Côte d’Ivoire autrement plus rentable – c’est ce qu’il nous est désormais donné de voir avec Alassane Dramane Ouattara…

 

KOULIBALY(1).jpgEn réalité, les révélations de Robert Bourgi n’en sont pas, vues d’Abidjan. Toussaint Alain, conseiller en communication de Laurent Gbagbo pour l’Europe, avait déjà levé le lièvre. Dans l’édition du Figaro du 7 février 2003, il avait mis Villepin en garde, dans le «feu» de Linas-Marcoussis et de la conférence de Kléber. «Villepin devrait se méfier. Les dessous des relations franco-ivoiriennes, notamment à l’époque où il était secrétaire général de l’Elysée, ne sont pas toujours très reluisants. Nous sommes un peu étonnés qu’après toutes les largesses dont la Côte d’Ivoire a fait preuve à l’égard de l’Elysée, Monsieur de Villepin se comporte ainsi. Nous aussi, nous avons des dossiers», avait-il lâché. De son côté, Mamadou Koulibaly avait raconté, lors de rencontres politiques, le «harcèlement» auquel le clan Chirac avait soumis les autorités ivoiriennes de l’époque pour qu’elles paient leur obole françafricaine. Il vient de récidiver dans une déclaration à l’AFP. «J’ai dit au président que nous étions un pays pauvre et que nous n’avions pas d’argent à financer des élections d’hommes politiques des pays riches», se souvient-il, rappelant que Robert Bourgi avait évoqué les vertus de la «générosité».

Toutes ces «largesses forcées» n’ont pas été très rentables pour Gbagbo, en tout cas. Cinq mois après la présidentielle de 2002, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Omar Bongo le «Parrain» et Blaise Compaoré – qui envoyait ses sous à l’intérieur de djembés, puisque Villepin a des goûts «culturels» – parrainaient la rébellion qui devait balafrer la Côte d’Ivoire pendant neuf longues années.

Un article de Philippe Brou (Nouveau Courrier du 12 septembre 2011)

 

09/09/2011

Soro aurait menacé de démissionner...

 

guillaume_soro.jpg

Si l’on en croit les confidences de La Lettre du Continent, feuille confidentielle spécialisée sur l’Afrique basée à Paris, les relations entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro ne sont pas un long fleuve tranquille. «D’ordinaire flegmatique, le Premier ministre Guillaume Soro a piqué une grosse colère le 7 août, allant jusqu’à menacer le chef de l’Etat de démissionner. En cause, l’emprise des Français nommés à la présidence, chargés de gérer des domaines aussi stratégiques que le budget et les projets d’infrastructures», écrit La Lettre du Continent. Qui révèle que l’homme qui irrite le plus Soro est Philippe Serey-Eiffel, ingénieur des Ponts et Chaussées qui jouerait le rôle d’un vice-président omniprésent. Soro serait allé jusqu’à écrire une note à ses conseillers les sommant de désobéir à ses injonctions. Ambiance. Eiffel n’est pas le seul. Claude Réglat, ancien patron des Forces françaises au Gabon, règne sur le domaine sécuritaire, et gère notamment le dossier délicat de l’insertion des hommes des Forces nouvelles au sein de la nouvelle armée. Tandis que la Direction du renseignement militaire (DRM) française gère directement les écoutes téléphoniques d’un régime accusé de très graves violations des droits de l’homme… «Concernant les réformes de l’administration et de la justice, Nicolas Sarkozy recherche actuellement la personnalité idoine pour remplir le job», écrit La Lettre du Continent. On croit rêver… Jusqu’où la recolonisation de la Côte d’Ivoire va-t-elle aller ?

 

Soro pense-t-il que les «sorciers blancs» de Ouattara sont là pour préparer un éventuel conflit ouvert avec lui, voire pour le liquider politiquement après avoir, par l’art du renseignement, bien pénétré le système dont il verrouille une partie pour demeurer indispensable aux yeux de Ouattara ? Sans doute. Moins sérieusement, on remarquera tout de même que le chef de l’Etat se méfie définitivement des Ivoiriens. Alors qu’on raconte que son premier cercle sécuritaire est composé de «coopérants» burkinabé, La Lettre du Continent nous apprend que l’alimentation d’Alassane Ouattara – le sujet est très sensible pour les chefs – sera l’affaire d’un Français du nom d’Olivier Payet, patron du restaurant de l’hôtel Tiama, que Dominique Ouattara voudrait recruter. Car c’est elle qui gère directement les recrutements. Alors que l’on nous avait assurés, en avril dernier, qu’elle «ne se mêlerait pas de tout» comme la trop politique Simone Gbagbo, mais qu’elle s’occuperait tranquillement de sa Fondation. Les promesses, on le sait, n’engagent que ceux qui y croient…

Benjamin Silué

 

08/09/2011

Tout sur l’état d’esprit de Gbagbo

 

gbagbo.jpg

L’analyse historique du fondateur du FPI est claire et sans concession. La Côte d’Ivoire de 2011 vit une occupation qui ne dit pas son nom. Comme la France de 1940, sous le joug d’Hitler en dépit de l’existence d’un «masque» local.

 

Plus que jamais debout. Selon des sources qui ont eu un accès direct à Laurent Gbagbo, le président ivoirien renversé par l’armée française va bien. Très bien même. Il jouit d’une «bonne acuité physique et intellectuelle». Privé de journaux par des adversaires qui n’ont décidément aucun sens de la grandeur, l’otage de Korhogo est pourtant toujours 100% politique, et a une conscience très aiguë des enjeux aux points de vue national et international.

Le président Laurent Gbagbo garde sa dignité intacte et est un peu gêné de la – nécessaire – dénonciation de ses conditions de détention par certains de ses avocats. Certes, il n’est pas détenu au sein de la Résidence présidentielle de Korhogo, contrairement aux propos (volontairement ?) inexacts d’Alassane Ouattara lors de l’interview accordée à CNN lors de son récent séjour américain. Mais Gbagbo «n’a pas de problème». Il ne le dit pas clairement, mais il estime visiblement que ses souffrances et son humiliation ne représentent pas grand-chose par rapport à ce que de nombreux Ivoiriens anonymes ou connus endurent au cœur de «l’hiver colonial» dans lequel la Côte d’Ivoire est comme piégée. Et l’Afrique avec elle. Beaucoup d’entre eux ont perdu la vie, et Gbagbo en est conscient, selon ceux qui l’ont entendu parler.

En ce moment, Laurent Gbagbo lit les Mémoires de Charles de Gaulle. Et s’attarde sur la figure du De Gaulle résistant, en exil, apparemment marginalisé par les vainqueurs du moment, alliés de l’Allemagne hitlérienne, alors première puissance militaire mondiale. Et un mot lui est apparu comme une illumination : celui de «figurants», utilisé par le patriote français de l’époque faisant face à l’occupation de son pays, pour qualifier le gouvernement de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain. L’effet de miroir entre la France de 1940 et la Côte d’Ivoire de 2011 lui semble frappant, même s’il se refuse à comparer Nicolas Sarkozy à Adolf Hitler. La Côte d’Ivoire est assujettie aujourd’hui, la France l’a été hier. Si le régime actuel est composé de «figurants», cela signifie qu’au fond, ils ne sont pas importants. Gbagbo, qui considère qu’il a été arrêté en tant que président légitime et légal au regard du droit de son pays, est donc arrêté par la volonté de Nicolas Sarkozy. Son vrai contradicteur, son vrai adversaire donc. Au-delà des «figurants».

Très clairement, Laurent Gbagbo ne reconnaît pas la légitimité d’Alassane Ouattara, même s’il est bien entendu hors de question pour lui de contester son pouvoir «de fait» en dehors des voix démocratiques. Fidèle à sa pensée du 11 avril, selon laquelle il fallait désormais régler «le volet civil» de la crise ivoirienne, il fait confiance à son parti et à la coalition de partis qui le soutiennent. Et il réaffirme son soutien à son porte-parole, qu’il considère comme son «représentant», Koné Katina, ancien ministre du Budget.

Un article de Philippe Brou

 

07/09/2011

Guerre de l'OTAN en Libye : la presse africaine fait grise mine...

... et ce de manière quasi-unanime, comme en témoigne cette revue de presse de RFI, qu'on ne peut pas soupçonner de sympathies kadhafistes;

Revue de presse Afrique 05-09-2011
(04:46)
L'hebdomadaire Jeune Afrique, basé à Paris, est bien le seul à applaudir de manière aussi enthousiaste la victoire des Occidentaux.
kadhafi une jeune afrique.jpg

La question qui tue : qui est déconnecté de l'opinion continentale ?

Bon à savoir : j'ai travaillé pour Jeune Afrique, titre avec lequel j'ai cessé de collaborer et avec lequel je reste en bons termes.