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08/04/2011

"Les forces d'Alassane Ouattara ont coupé les deux bras du fils d'un ami" (Dominique Paillé, ancien porte-parole de l'UMP)

Je n’aime pas vraiment (le rôle de la France dans le conflit en Ci). J’ai été extrêmement marqué par un épisode qui m’a bouleversé. Le fils d’un ami a été victime à Abidjan, il y a 48 heures, de tortures innommables, on lui a coupé les deux bras. Il avait trente ans. C’était, d’après mon ami, des forces d’Alassane Ouattara. Je suis plus qu’indigné. Je m’interroge, à savoir si nous avons vraiment fait le bon choix.

(Source La Matinale de Canal Plus, deuxième vidéo à partir de la 34ème minute).

http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid3353-la-...

Les FRCI pro-Ouattara impliquées dans des vols de voitures et pillages dans la commune de Cocody

La vidéo qui suit corrobore de nombreux témoignages recueillis par nos soins dans la commune résidentielle de Cocody, et qui évoquent des combattants pro-Ouattara arrivant dans les quartiers, et obligeant des propriétaires de voitures 4X4 à leur donner leur clé, en les humiliant au besoin.

07/04/2011

Un article du Monde confirme le caractère inédit du massacre de Duékoué

Extraits.

"Le CICR ne fait pas ce genre de communiqué à la légère, il est très rare que nous donnions des chiffres. Si l'on parle d'au moins 800 victimes, c'est parce que nous étions à Duékoué le 31 mars et le 1er avril, et que ce sont nos équipes qui ont ramassé les corps, soit dans les maisons, soit à l'extérieur, pour les enterrer dans la dignité. Donc nous les avons comptés", précise Steven Anderson, un porte-parole du CICR, mettant de l'ordre dans les bilans disparates, allant d'une centaine de morts à plus d'un millier, diffusés par les ONG et les Nations unies depuis samedi. "Nous sommes devant un cas exceptionnel et une situation particulièrement choquante", ajoute-t-il. Un effroi partagé par tous les humanitaires qui ont eu connaissance des faits.

"S'il s'agit bien, comme c'est en train de se préciser, d'exécutions sommaires en masse commises en seulement deux jours, mardi 29 et mercredi 30 mars, on est vraiment devant un massacre de grande ampleur. Nos différentes sources sur le terrain ont dénombré à ce jour 816 morts. Mais on continue à découvrir des corps",explique Florent Geel, responsable Afrique à la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). "Ce n'est pas les 5 000 morts par jour du conflit rwandais, mais c'est vraiment très important. Pour vous donner un ordre d'idée, le massacre du stade de Conakry, en Guinée, qui avait choqué le monde entier en 2009, déclenché une enquête et provoqué la transition politique, c'est 157 morts", indique-t-il.

TRI ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

Si les informations restent encore parcellaires et les interlocuteurs très prudents dans les informations qu'ils distillent, en raison de l'extrême tension qui règne encore dans cette région de la Côte d'Ivoire sujette aux conflit inter-ethniques, toutes les sources s'accordent sur le fait que la plupart des victimes sont de sexe masculin. Des hommes et des garçons, parfois âgés de trois à cinq ans. Ce qui confirmerait le récit de survivants qui racontent comment les bourreaux ont fait un tri, séparant les hommes des femmes. Certaines victimes ont été tuées par balle, d'autres à la machette, frappées ou brûlées vives. La majorité appartiendrait à l'ethnie Guéré, mais pas toutes.

L'intégralité de l'article ici.

Bilan d'une semaine à Abidjan

Bilan d’une semaine d’enfer à Abidjan
Ce témoignage date du dimanche 3 avril 2011. Il est du journaliste Gilles Naismon, qui vit dans la commune de Cocody.

Suite à l’appel lancé sur la Radiodiffusion et télévision ivoirienne (RTI) par le Commandant du Groupement tactique du district d’Abidjan, appelant tous les éléments de Forces de défense et de sécurité (FDS) à rejoindre leur différentes unités, samedi dernier, militaires, gendarmes, policiers, douaniers et agents des eaux et forêts, qui avaient décroché de leur poste, se sont massivement mobilisés. Plus de 700 policiers, à titre d’illustration, se sont rendus spontanément aux lieux de rassemblement qui leur ont été indiqués. "Cher ami, c'était une affluence semblable à la mobilisation d'un public qui ne veut pas rater une finale de coupe du monde Côte d'Ivoire - France. J'ai la chair de poule parce que c'était émouvant, j'ai eu à l'esprit une belle mort", a confié un Colonel lorsqu’il a été question d’avoir une idée du bilan de la journée sur le théâtre des opérations. Son assurance annonce-t-elle un contrôle de la situation par les FDS à la tête desquelles il y a eu des défections ? Les choses semblent certainement allées au mieux pour les soldats loyalistes. Dans le quartier de Yopougon, les Forces de défense et de sécurité et des jeunes patriotes ont constitué un cordon de sécurité au niveau du sous-quartier Gesco. Cette mobilisation a pu barrer la route aux renforts de rebelles convoyés sur la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Malgré la présence d’hélicoptères de l'Onuci et de l’armée française de l’opération Licorne dont la présence et le vol à basse altitude en ces lieux ne se justifiaient pas. Dans l’après-midi de ce même samedi, la Licorne qui a tenté de livrer des munitions à un MI-24 de l'Onuci n’a pas pu atteindre cet objectif. L’armée de l’air de Côte d’Ivoire s’y est interposée dès que l’hélicoptère français s’est posé sur le tarmac de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny.

Ces pillages systématiques que l’Onuci avoue ne pas pouvoir contenir

Les quartiers d’Abidjan contrôlés par les insurgés acquis à la cause d’Alassane Ouattara présentent aujourd’hui un visage de désolation. Le constat de tous les habitants joints par téléphone dans différents quartiers et celui d’éléments de l’armée ivoirienne corroborent. A Cocody (Angré), plusieurs habitants de sous-quartiers Djibi, Rosiers… ont été victimes de vols de voitures et de pillages systématiques de leur domicile. D’autres forfaits des plus déshumanisants sont à mettre sur leur compte. «Lorsque des coups de feu, souvent à l’arme lourde, ont commencé à tonner dans notre zone jeudi dernier, ma famille et moi avons choisi de nous enfermé dans la maison le temps que la situation redevienne normale. Le samedi, dans la matinée, nous avons reçu une visite de cinq hommes armés qui ont réussi à forcer notre portail. Ils ont ensuite fait irruption au salon et ont pu emporter tout ce qui était à leur porté, après m’avoir intimé l’ordre de leur remettre la clé des deux véhicules stationnés dans la cour», témoigne cet habitant du sous quartier Angré les Arcades. G.P précise par ailleurs que sa maison de retraite construite dans son village à 4 km de Daloa a été également pillée et incendié par les rebelles qui ont pris pieds dans cette zone.
Sur le boulevard Giscard d'Estaing, les rebelles acquis à la cause d’Alassane Ouattara ont pillé le siège de la société de téléphonie cellulaire KOZ, les agences MOOV et de Côte d'Ivoire TELECOM.

A Marcory, Koumassi…, des quartiers situés au nord de la capitale économique, où des jeunes ont été également armés par les promoteurs du chaos, le décor ne diffère pas de celui des sous-quartiers de Cocody (Angré, Djibi…). Le siège de GENERAL METAL a été saccagé de même que celui d’ORCA TENDANCE. Trois commissariats de police, dont deux à Marcory, les 9ème et 26ème arrondissements, de même que le 6ème arrondissement à Koumassi, pour ne citer que ces cas officiellement connus, ont été saccagés et incendiés, après que tous leurs contenus aient été emportés.

Dans toutes les villes officiellement conquises par les hommes armés d’Alassane Ouattara, où les prisonniers de tout acabit (30 000) ont été délibérément remis en liberté par eux, c’est une véritable psychose. Appuyés par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, ils pillent. Et assassinent (nous y reviendrons plus en détail) sans retenue.

Gilles Naismon à Abidjan 

Témoignage sur les crimes des FRCI pro-Ouattara à Daloa

L’arrivée des rebelles à Daloa rime désormais avec exactions et pillages. Les langues commencent maintenant à se délier de plus en plus pour raconter l’ignominie, l’inhumain et l’incroyable. Je vous rapporte pour l’instant quelques faits :

- Un fonctionnaire de l’UFR, l’université de Daloa a été sauvagement poignardé par les rebelles. Celui-ci essayait de résister au pillage de sa maison ;

- Une femme habitant le quartier Soleil est à la recherche de ces deux jeunes enfants. Ceux-ci ont été enlevés par les rebelles parce qu’ils étaient coiffés (précision : coiffés signifie « les cheveux complètement rasés »). Aujourd’hui à Daloa, il ne fait pas bon d’être jeune d’une autre ethnie que Dioula et être coiffé. Les rebelles les assimilent systématiquement aux « miliciens de Gbagbo qui attaquent les dioulas » A leur arrivée, les rebelles ont écumé la ville pour les rechercher et les tuer. Un homme m’a raconté qu’un groupe d’une dizaine de jeunes a été tué parce que soupçonné de « miliciens ».

- Des jeunes animateurs des agoras ont été surpris sur indication de jeunes dioulas et ont été tués par les rebelles au quartier Soleil, quartier majoritairement habité par les ressortissants de l’ouest, notamment les Guérés et Wobés. L’on fait état d’une vingtaine de tués.

- Au camp militaire de Daloa, deuxième bataillon, une tête de « milicien de Gbagbo » tué à San Pédro y est exhibée en ce moment comme trophée de guerre.

- Des FDS, au nombre de quatre ont été égorgés au rond point du quartier commerce parce qu’ils ont refusé de se rallier. Ceux qui l’ont fait ont eu la vie sauve mais sont pris en otage par les rebelles. Ils vivent une sorte de liberté surveillée. Leurs armes et treillis leur ont été arrachés.

- Au quartier Lobia, village Bété devenu quartier de Daloa, deux personnes ont été tuées par les rebelles. Les corps seraient en décomposition en ce moment dans ledit quartier.

De plus en plus les rebelles font des excursions dans les villages bété toujours sur indication des jeunes dioulas. Nous n’avons pas écho de leurs exactions dans ces villages. Dès que nous les aurons nous vous les transmettrons.

 

Jean à Daloa

Témoignage sur les crimes des FRCI pro-Ouattara à Daloa

L’arrivée des rebelles à Daloa rime désormais avec exactions et pillages. Les langues commencent maintenant à se délier de plus en plus pour raconter l’ignominie, l’inhumain et l’incroyable. Je vous rapporte pour l’instant quelques faits :

- Un fonctionnaire de l’UFR, l’université de Daloa a été sauvagement poignardé par les rebelles. Celui-ci essayait de résister au pillage de sa maison ;

- Une femme habitant le quartier Soleil est à la recherche de ces deux jeunes enfants. Ceux-ci ont été enlevés par les rebelles parce qu’ils étaient coiffés (précision : coiffés signifie « les cheveux complètement rasés »). Aujourd’hui à Daloa, il ne fait pas bon d’être jeune d’une autre ethnie que Dioula et être coiffé. Les rebelles les assimilent systématiquement aux « miliciens de Gbagbo qui attaquent les dioulas » A leur arrivée, les rebelles ont écumé la ville pour les rechercher et les tuer. Un homme m’a raconté qu’un groupe d’une dizaine de jeunes a été tué parce que soupçonné de « miliciens ».

- Des jeunes animateurs des agoras ont été surpris sur indication de jeunes dioulas et ont été tués par les rebelles au quartier Soleil, quartier majoritairement habité par les ressortissants de l’ouest, notamment les Guérés et Wobés. L’on fait état d’une vingtaine de tués.

- Au camp militaire de Daloa, deuxième bataillon, une tête de « milicien de Gbagbo » tué à San Pédro y est exhibée en ce moment comme trophée de guerre.

- Des FDS, au nombre de quatre ont été égorgés au rond point du quartier commerce parce qu’ils ont refusé de se rallier. Ceux qui l’ont fait ont eu la vie sauve mais sont pris en otage par les rebelles. Ils vivent une sorte de liberté surveillée. Leurs armes et treillis leur ont été arrachés.

- Au quartier Lobia, village Bété devenu quartier de Daloa, deux personnes ont été tuées par les rebelles. Les corps seraient en décomposition en ce moment dans ledit quartier.

De plus en plus les rebelles font des excursions dans les villages bété toujours sur indication des jeunes dioulas. Nous n’avons pas écho de leurs exactions dans ces villages. Dès que nous les aurons nous vous les transmettrons.

 

Jean à Daloa

06/04/2011

L'Etat français a armé les forces pro-Ouattara (Le Canard Enchaîné)

Accusées de massacres massifs par des organisations internationales impartiales (le CICR et Amnesty International notamment), les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), constituées majoritairement par les rebelles qui occupent la moitié nord du pays depuis plus de huit ans, ont été armées par l'Etat français. C'est en tout cas ce que révèle Le Canard Enchaîné, hebdomadaire satirique et d'investigation français, dans sa parution de ce mercredi 6 avril. Extraits.

"Selon plusieurs témoignages d'officiers supérieurs au "Canard", la France a appuyé la conquête du sud du pays par les forces de Ouattara. L'un d'eux, proche de l'Elysée, se félicite de "notre efficacité dans l'organisation de la descente sur Abidjan." (...) Un autre galonné, membre des services de renseignements, confie : "On a fourni des conseils tactiques aux FRCI", mais aussi "des munitions et des Famas (fusils d'assaut). De son côté, le contingent militaire français est porté, le 4 avril, à 1 700 hommes. Les 900 hommes du dispositif permanent Licorne ont été notamment renforcés par des Rambo de la Direction des opérations (ex-Service action) de la DGSE et des Forces spéciales.

Quelques-uns, parmi ces derniers, se sont retrouvés en contact direct avec l'entourage de Ouattara. A 19h30, quatre hélicos PUMA, soutenus par des MI 24 de l'ONUCI, commencent leur pilonnage, frappant au passage des objectifs aussi stratégiques que le CHU et un supermarché du quartier de Cocody. Pour la seconde fois en sept ans, "l'ancienne puissance coloniale" bombardait des soldats et des populations ivoiriennes.

Cet héroïque canardage, qui, selon l'Elysée, laissait entrevoir une reddition rapide de Gbagbo, risque pourtant de laisser des traces profondes. Et une situation difficilement gérable à Abidjan. D'abord parce que Ouattara pourrait pâtir, dans cette ville majoritairmeent acquise à Gbagbo, de son image de protégé de la France et des pays riches. L'armement de ses troupes, son équipement tout neuf ont suscité l'étonnement des Ivoiriens. Si l'aide du Burkina et du Nigeria est reconnue, d'autres pistes de financement apparaissent. Selon des témoignages et des documents obtenus par "Le Canard", des proches de Ouattara ont monnayé, en 2009 et 2010, d'importantes quantités d'or extraites des mines du Nord. Plusieurs tonnes ont été acheminées au Ghana voisin sous couvert de véhicules de... l'ONU. Puis envoyées, par petites quantités, à Anvers (Belgique) pour y être transformées. A l'état de poudre, cet or a été négocié à plus de 15 000 euros le kilo.

L'image du camp Ouattara - présenté par certains comme "l'axe du bien" - restera également entachée par les massacres commis ces derniers jours. A Duékoué, par exemple, plusieurs centaines de morts seraient, selon l'ONU et diverses organisations internationales, surtout imputables aux FRCI, les forces de Gbagbo se voyant aussi accusées d'atrocités.

En contact téléphonique permanent avec Ouattara, Sarkozy, qui prétendait le soutenir au nom de la protection des civils, devra ramer dur pour faire oublier les exploits de certains de ses chefs de guerre. Et pour transformer cette intrusion meurtrière en victoire de la démocratie."

Que retenir de cet article bien informé ? Premièrement, que la France a violé le cessez-le-feu au nom duquel Ban Ki Moon réunissait d'urgence le Conseil de sécurité il y a quelques semaines, affirmant sans preuves que la Biélorussie avait vendu des hélicoptères de guerre à Laurent Gbagbo. Deuxièmement, que, comme au Rwanda en 1994, la France officielle a entraîné et équipé des tueurs. Comme au Rwanda, elle est coresponsable des massacres.

05/04/2011

"Ils ont tué ma soeur de 16 ans devant moi" à Toulepleu

Ce témoignage a été recueilli par l'agence de presse catholique Misna.

"Ils sont arrivés de jour pendant que nous étions aux champs. Nous n'étions pas très inquiets, car nous savions qu'ils allaient finir par arriver mais nous pensions qu'ils continueraient leur route pour Abidjan. Nous nous étions dits : ce ne sera pas comme pendant la guerre. Ils veulent juste montrer qu'ils contrôlent tout le territoire. Mais en réalité, ils ont tué ma sœur de 16 ans devant moi et ont commencé à brûler les maisons et les greniers" : ainsi commence le poignant témoignage de Simon Taye, réfugié contacté par la MISNA au sein d'un groupe d'Ivoiriens au Libéria, où ils sont arrivés après un jour et demi de marche dans la forêt située entre les deux pays.

Le récit de Simon décrit le climat de terreur et d'insécurité qui a caractérisé ces derniers jours l'avancée des forces ralliées à Alassane Ouattara dans le Sud du pays. Le conflit amorcé par la crise postélectorale risque de replonger la Côte d'Ivoire dans la guerre civile, à quatre ans seulement de la conclusion de l'accord de paix entre le président sortant Laurent Gbagbo et les anciens rebelles, qui ont désormais repris les armes.

"C'était le 15 mars, je n'oublierai jamais ce jour. Les forces de l'ordre ne patrouillaient plus depuis quelques temps quand des hommes armés des Forces républicaines sont arrivés dans notre ville, à Toulepleau, qui est la dernière ville ivoirienne avant la frontière, à environ 130 kilomètres de Duékoué. Ils se sont mis à tirer sur n'importe quoi, y compris sur les civils, des femmes et des enfants sans défense. Certains ont été blessés aux mains et aux pieds et n'ont pas pu s'échapper pour se cacher dans la forêt comme je l'ai fait", raconte l'interlocuteur de la MISNA, qui a rencontré sur sa route "les habitants d'autres villages voisins qui fuyaient tous vers le Libéria. Comme moi, ils préféraient éviter les routes pour ne pas rencontrer de barrage".

Un grand nombre d'habitants de la région se sont réfugiés de l'autre côté de la frontière, au Grand Gedeh, qui abrite actuellement près de 30.000 Ivoiriens, originaires pour la plupart de l'Ouest du pays, où, selon l'organisation locale Caritas, les violences commises sur la population civile par les Forces républicaines se seraient avérées les plus atroces. "Ils sont tous profondément choqués. Certains n'ont pas parlé ni mangé pendant plusieurs jours. Et il y a des enfants parmi eux", indique à la MISNA Augustine Nugba, coordinateur local de Caritas. "Nous leur fournissons toute l'assistance dont nous sommes capables. Mais ces gens n'ont rien", explique-t-il, qualifiant leurs conditions de "très précaires". Dès que le gouvernement donnera son feu vert, ajoute-t-il, "nous construirons un camp de réfugiés pour faire face à l'urgence".

(Alessia de Luca Tupputi)

"Comment j'ai vécu la prise de Daloa"

Je publie ici le témoignage d'un habitant de la ville de Daloa, qui raconte dans un style assez romanesque la prise de la ville par les troupes pro-Ouattara. S'il ne relate pas des violations des droits de l'homme très graves, il témoigne d'une réalité : les FRCI sont en majorité des troupes analphabètes et ethniquement homogènes. Cet article témoigne aussi de la déchirure inter-ivoirienne.


Je m’appelle Jean, j’habite la cité des antilopes.

Comme tous les habitants de Daloa, plusieurs semaines avant l’arrivée des rebelles, la rumeur couvrait toutes les rues, les lieux de travail, les habitations et les maquis de la ville. Elles étaient souvent susurrées, souvent bruyantes et braillardes. La ville pendant ce temps était plongée dans une grande psychose. Les bruits de bottes à Vavoua et Duékoué, deux villes voisines enflaient la rumeur et la psychose. A tout cela s’ajoutaient les manifestations souvent dramatiques d’élèves qui se découpaient souvent à la machette et se blessaient à coups de pierres.

Le jour même de leur arrivée, dans la journée, une terrible panique s’est emparée de la ville. En un laps de temps, tous les bureaux et magasins ont fermé, les travailleurs sont rentrés précipitamment chez eux par les moyens dont ils disposaient. De ce fait, les rues se sont vidées de leur ambiance et monde habituels. Les taxis sont eux aussi entrés dans la danse en garant purement et simplement sans penser à la recette quotidienne que leurs différents employeurs pourraient leur exiger. Chacun y allait de ses récits et de ses informations qu’il détenait de « sources sûres » : les combats feraient rage à Duékoué, ils s’étaient intensifiés sur l’axe Daloa-Vavoua ; nos troupes seraient en situation délicates et les rebelles seraient aux portes de Daloa qu’ils prendraient dans quelques minutes. Caché ou assis à la maison ou au maquis, chacun attendait la suite des événements. Les appels téléphoniques se multipliaient et tout cela rendait bien évidemment l’ambiance extrêmement morose et fort tendue. Tout le reste de la journée fit vécu dans cette triste et lourde ambiance et cette peur et psychose généralisées.

A 23h30 de ce lundi 28 mars 2011, la première détonation se fit entendre. Elle était puissante, abasourdissante qui a remué toute la ville et les maisons. Les quelques noctambules incorrigibles ont dû ramper pour entrer dans leur cachette. Assis à mon bureau de travail à la maison, j’étais en train de surfer sur le net pour avoir les dernières informations et envoyer quelques mails à des amis qui voulaient avoir des informations de source quand moi aussi j’entendis cette terrible déflagration. La peur au ventre, je m’allongeai sans chercher mes restes dans mon lit n’oubliant pas toutefois de faire ma prière comme d’habitude.

Les détonations se succédèrent, aussi effroyables les unes que les autres. On eût dit qu’elles se rivalisaient en puissance à qui mieux mieux. Je me posai la question de savoir d’où venaient-elles : de notre camp ou de celui-ci des rebelles ? Bien entendu, je ne pouvais pas avoir de réponses à ma légitime interrogation. Toute la nuit fut ainsi rythmée par toutes ces détonations à vous couper le souffle.

Habitant le quartier Abattoir II, quartier tristement réputé pour sa précarité, je crus toute la nuit que ces détonations y provenaient. Car depuis quelques jours, il se racontait que des rebelles s’y seraient refugiés avec la complicité des habitants dioula, supporters indécrottables d’Alassane Ouattara, chef de la rébellion. Ils y auraient caché des armes de guerre pour attaquer le moment venu. Les nombreuses patrouilles de la police n’auraient pas été fructueuses.

Donc je croyais fermement toute la nuit que ces détonations provenaient de mon quartier, donc juste à côté de moi, au-dessus de ma tête, selon ma position dans mon lit. De toutes les façons leur proximité ne pouvait pas contrarier ma conviction nocturne.

Ainsi, toute ma nuit et certainement celle de tous les habitants de Daloa fut rythmée par les fracas de ces armes de guerre. Mon sommeil, quand il venait, était évidemment perturbé.

Couché et apeuré dans mon lit, je me mis à réfléchir en me posant quelques questions qui secouaient et travaillaient mon intelligence et ma foi : Pourquoi la guerre ? Quand eut lieu la première ? Pourquoi les hommes se font-ils la guerre ? Pourquoi les hommes fabriquent-ils des armes aussi meurtrières pour s’entretuer ? Pour cette présente guerre qui venait de se déclarer derechef, je me demandais pourquoi une simple crise électorale qui survient partout dans les pays même civilisés et développés peut-elle chez nous prendre une telle ampleur meurtrière ? Quels étaient donc les vrais enjeux de notre élection passée ; était-elle une élection de sortie de crise ou avait-elle d’autres enjeux que nous ignorons ? Pourquoi avoir mis tant de sous dans cette élection pour se retrouver pire qu’auparavant ? Je n’eus pas de réponses à mes questions pourtant existentielles. D’ailleurs mon but en les posant n’était pas de trouver des réponses. Mais les poser déjà me soulageait.

Arriva le jour. Il était 7h quand je sortis de ma chambre, je dirais plutôt de ma cachette. Malheureusement mon premier contact avec l’extérieur se fit avec la rencontre des rebelles ! Quelle histoire ! Ils étaient trois, bien armés ; jusqu’aux dents, comme on dit. « Ouvrez ! Vous cachez des militaires et des gendarmes dans votre maison. On va vous tuer, vous égorger… Nous on est venu pour la paix, pour la justice. Gbagbo a des foutaises. Il a perdu et il ne veut pas donner le pouvoir à notre frère Alassane…On va vous tuez tous si on trouve des armes et des militaires chez vous… Cafris que vous êtes… » Je ne sus comment je me retrouvai nez à nez avec l’un d’entre eux, l’arme bien orienté dans la direction de ma poitrine et le doigt sur la …gâchette donc ! C’est-à-dire au mauvais endroit pour moi. Mon souffle s’arrêta net. Je me rappelai sur ces entrefaites que je n’avais pas dit ma prière en me levant ce matin : « Quelle erreur ! », me suis-je dit intérieurement. Il cracha ainsi en ma direction : « Toi tu es un gendarme de Gbagbo. D’ailleurs tu ressembles à un gendarme. Fais-moi voir tes doigts. Pourquoi tu n’es pas habillé comme les autres ? Si tu ne réponds pas je vais te tuer tout de suite. Nous on n’est venu pour tuer. On est sans pitié. » Mes frères qui ont compris mon drame s’approchèrent pour faire comprendre au rebelle que je n’étais pas un gendarme. Sans être convaincu, il entra précipitamment dans ma chambre l’arme bien au point non sans me prévenir : « Si jamais je trouve un militaire de Gbagbo dans ta chambre, je vous tue tous. Nous on est venu pour la paix et la justice. Gbagbo a des foutaises sur nous… » Il mit à sac ma chambre et sortit. « Où sont les autres avec qui vous vivez ici ? Ils n’ont qu’à sortir. Vous cachez les militaires de Gbagbo. On va vous tuer tous. Nous on est venu pour la paix et la justice… » Sur ces faits il tambourina sur la porte de la chambre voisine à la mienne. Y étaient cachés quelques hommes et femmes. Ceux-ci sont venus se refugiés chez nous ; certains depuis la veille. Ils sont venus d’un village sur l’axe Daloa-Vavoua où semble-t-il les batailles faisaient rage ; d’autres dès les premières détonations. « Ouvrez, vous êtes garçons et puis vous avez peur. Ouvrez vite sinon je tire sur vous. Moi je m’appelle Terminator, je suis sans pitié. Je tire sur tout ce qui bouge » S’adressant à un des refugiés bien bâti, il lui dit : « Toi, qui tu es ? Tu es un gendarme. Montre tes doigts. Relève tes pantalons et montre tes mollets » le pauvre monsieur s’exécuta sans sourire. « Tu fais quoi ? » - « Je suis baoulé » (sic). « Je dis tu fais quoi ? » - « Je suis planteur » - « où ça ? » - « Là-bas » - « Là-bas où ça ? » - « sur la route de Vavoua » - « Pourquoi tu es ici ? Tu fais quoi ici ? Tu es planteur ou militaire ? » Sans attendre cette fois-ci de réponse, il s’adressa à l’autre. En faisant tournoyer le bout de son arme autour de sa tête, il lui révéla net : « Toi tu ressembles à mon ennemi. Tu fais quoi ? » - « Je suis mécanicien » Il abandonna précipitamment ce monde et rejoignit les autres rebelles. Celui qui semblait être leur chef nous apprit qu’ils sont ici sur indications. Ils étaient effectivement accompagnés de deux jeunes gens en tenues civiles qui leur servaient d’indicateurs de cours de Fds. Il nous apprit aussi qu’ils étaient très pressés. Qu’ils ont une mission de quelques jours seulement et qu’on ne devrait pas donc perdre leur si précieux temps. Il nous martela encore avec insistance : « Nous c’est Gbagbo on veut. Gbagbo a des foutaises. Depuis quatre mois il ne veut pas que notre chef Alassane soit président. Nous on vient de Korhogo pour libérer la Côte d’Ivoire. Gbagbo ne doit plus rester là. On va le tuer. Celui qui n’est pas d’accord ou qui est avec lui on va le tuer aussi. Nous on n’est sans pitié ». Traumatisés et apeurés, nous restions cois à les regarder et écouter débiter leur haine contre Gbagbo et ses partisans. Avant de nous libérer l’un d’eux jeta un coup d’œil dans la voiture et lança à l’endroit de son propriétaire : « Hé Dja ! vié môgô, voiture-là je vais venir prendre après pour mes weekends. Tu vas me donner non ! Je te ramène après. Fais-moi confiance !  On n’est pas venu pour faire le mal» Le propriétaire acquiesça timidement de la tête. « A quelle heure je peux venir prendre, hein ! » Le propriétaire fit voir la montre-bracelet que ce rebelle visiblement plus excité que les autres portait. Il lui indiqua le moment sur sa montre sans lire l’heure. Mais ce rebelle semble ne pas savoir lire une montre. « A quelle heure ? » sonna-t-il. « A 6h », répondit le propriétaire.

Pendant ce temps, les balles sifflaient encore sur le reste de la ville, moins détonante de plus en plus. La situation semble maîtrisée par les rebelles qui certainement cherchent maintenant à assurer leurs arrières.

A la paroisse où nous nous sommes réfugiés désormais, les autres réfugiés commencèrent à affluer baluchons et autres nécessités sur la tête ou lourdement portés en main. Les plus petits au-devant de leurs parents, qui ne comprennent rien à tout ce qui leur arrive et apeurés entrèrent dans la cour de la mission avec ceux-ci. C’était la stupeur totale dans la mission et dans le quartier. Toutefois, nos frères dioulas exultaient de joie. Ils ne semblaient nullement menacés ou inquiétés par cet événement. Pourquoi ? En tout cas moi je ne le sais pas. Cependant, avant l’arrivée des rebelles j’entendais dire que nos frères dioula voulaient se venger de toutes les injustices que nous autre Cafris et Boussoumanis leur avions causé. C’était pour eux l’occasion tout rêvé de régler leur compte aux autres qui n’étaient pas comme eux. Est-cela qui justifiait qu’ils soient si heureux, petits et grands, alors que les balles crépitent et que l’ensemble de la population est apeuré et terré ou cherche refuge en un endroit rassurant comme la mission ? Je n’ai pas de réponse à cette question. Ma préoccupation actuelle est de savoir ce qui va se passer par la suite et comment y échapper au cas où le pire survenait.

Autour de 10h, nous recevions une autre visite à la mission. N’ayant certainement pas compris l’heure du rendez-vous que le propriétaire lui a fixée, notre rebelle, flanqué d’un nouveau que les réfugiés de la mission et les voisins autour ont identifié comme un jeune du quartier, vendeur de portables au Black (quartier commerce), vint chercher « sa » voiture. Sans résistance, le propriétaire la lui «offrit » après avoir pris le soin d’en extraire les pièces et divers autres accessoires. « Vié môgô, merci è, tu es gentil quoi ! Je t’envoie ça tout de suite, à 6h. Tu as compris non ? Nous on n’est pas venu pour faire du mal à la population. On est là pour la sécurité. C’est Gbagbo seulement on veut. Il a trop de foutaise ce môgô-là. Mais il va voir… ! » On lui ouvrit le portail. Il eut du mal à sortir son butin de la cour de la mission. Quand il réussit à le faire, celui-ci s’éteint net au grand désarroi de son nouveau propriétaire. « Eh vié môgô ta voiture ne veut pas partir ou bien ? » Pendant un bon moment il eut du mal à la rallumer. Enfin il y parvint. Mais la bouger était une autre affaire. La voiture était complètement immobilisée. Intérieurement j’étais très content de la tournure que prend cette affaire de voiture. Je vis notre rebelle transpirant à grosses gouttes. Quelqu’un prit le risque de lui dire qu’à cette allure il risque d’abîmer son butin de voiture. Mais lui ne prêta aucune attention à ce sage avertissement. Tout d’un coup, comme par enchantement la voiture, après un vrombissement qui n’était pas loin des détonations de la veille, démarra dans un immense nuage de poussière au grand soulagement de nos deux rebelles et bien entendu à notre mécontentement. Prévu pour revenir quelques heures après, nous n’avions plus jamais revu « notre » voiture.

La mission pendant ce temps se remplissait toujours de ses réfugiés. Les nouvelles que ceux-ci nous donnaient de la ville n’étaient pas reluisantes et rassurantes. Les rebelles auraient commencé à s’en prendre aux pro- Gbagbo. Les FDS étaient recherchés dans tous les quartiers sur indications des jeunes dioulas qui accompagnaient même les rebelles aux domiciles des FDS et des responsables de LMP. Je conclus que si ces informations étaient avérées, la situation risquerait de s’enliser. Peu importe, il fallait la gérer maintenant que nous sommes devant le fait accompli. Ils nous apprirent aussi que des maisons étaient déjà visitées par des rebelles en armes et des pillards.

Une autre visite de rebelle. Comme toujours, elle était précédée de tirs. Le prêtre ouvrit prudemment le portail. Leur chef se présenta : « Je m’appelle chef bandit. Nous sommes venus pour libérer la ville…On nous a signalés que vous cachez des armes et des militaires ici. Nous sommes venus vérifier. » Le père n’eut pas le temps de leur dire de rentrer qu’ils étaient déjà dans la cour, les armes bien au point, prêt à appuyer sur la gâchette. Stupeur totale dans la cour. Comment cette cours de la mission, notre refuge le plus sûr peut-il devenir un camp militaire ? Surexcités, nos rebelles nous demandâmes pourquoi y a –t-il autant de personnes déplacées dans la cour ? Le prêtre répondit à leur chef que s’ils sont là, c’est parce qu’ils ont pris peur des tirs et que ne sachant où aller en ce moment, ils sont venus se réfugier dans la cour de Dieu. Celui-ci répliqua très vivement : « Ah bon, c’est de nous que vous avez peur ? Au moment où les miliciens libériens et angolais de Gbagbo étaient là vous n’avez pas eu peur. Pourquoi c’est de nous que vous avez subitement peur, nous qui sommes venus vous libérer et protéger ? D’ailleurs tous les garçons qui sont ici sortez tous on va partir avec vous. » Un des rebelles alla désigner un monsieur d’un certain âge tout apeuré et assis sous l’un des préaux comme un gendarme. « Toi, sors ici, tu es gendarme. Fais voir tes doigts et tes pieds. Tu es gendarme. C’est vous qui aviez tué nos frères. On va aller avec toi pour t’égorger. » Le prêtre essaya de raisonner le chef pour lui faire comprendre que ce monsieur n’est pas un gendarme et donc qu’il ne mérite pas ce triste sort qu’ils veulent lui réserver. Après un bon moment de tractation, ils consentirent à le relâcher au grand soulagement du pauvre monsieur qui avait déjà fondu terriblement. Quelle histoire de rebelles !

Le chef rebelle ou du moins le « chef bandit » explique par la suite au père que ces réfugiés doivent rentrer chez eux s’ils ne se reprochent rien. Ils ne sont pas en danger de mort avec leur arrivée dans la ville. Ils peuvent même coopérer avec eux s’ils le veulent. Et que de toutes les manières ils n’ont pas intérêt à ne pas coopérer. Le prêtre lui exigea de parler lui-même aux réfugiés. Il le fit à sa manière, avec ces termes et langages bien choisis et laissa ses contacts et disparut avec sa bande dans un vrombissement incroyable des voitures. Je reconnus pêle-mêle dans ces voitures celles de MTN, Sodeci, Anader, Cie. C’était un vrai cortège de… bandits.

Quelques instants après leur départ, une autre visite. Celle-ci était un peu…civilisée. C’était leur chef, un certain Diakhité. Il est le délégué régional. Le père le connaît depuis Vavoua où il était avant d’être muté sur cette paroisse de Daloa. Il a même béni son mariage religieux musulman. « Ah mon père vous êtes ici ? » Le père lui répondit qu’il était maintenant ici et qu’il était content de le revoir après leur douloureuse séparation de Vavoua et que cela faisait plusieurs visites de ses éléments depuis le début de la journée et que cela l’inquiétait vu que la situation pouvait dégénérer car certains éléments sont visiblement incontrôlés et extrêmement agressifs. « Mon père, tranquillisez-vous. Nous sommes là pour régler la crise et y mettre fin. Car pour nous, depuis le 28 novembre le débat est clos. Alassane a gagné les élections et Gbagbo refuse de lui donner le pouvoir en s’y accrochant. Nous avons reçu la ferme mission de le déloger du palais en vue d’installer le vrai vainqueur qui est Alassane. Nous passons sur les paroisses pour vous demander de vous tranquilliser et de ne pas avoir peur. Cette crise n’est pas une crise ethnique ou religieuse. C’est une crise électorale donc politique. » Les autres membres de sa délégation tentèrent de dire la même chose. Après cela il se retira avec sa délégation. Je tiens à souligner que celle-ci comprenait la présence de deux prêtres, un de Vavoua et un autre de Daloa. Pour quelle raisons étaient-ils avec eux ? Je n’en sais rien. Et je ne cherche pas à le savoir maintenant, mes préoccupations étaient bien ailleurs.

Un peu plus tard dans la journée, mon portable sonne ; au bout, la sœur Marie-Chantal GBAGBO. Elle m’apprend qu’elle est réfugiée à l’église. En effet, tôt le matin, elle a reçu la visite inopinée de dix quidams de rebelles excessivement agressifs. Ils lui ont dit qu’ils ne la connaissent pas et s’ils sont là pourtant c’est sur indication de jeunes dioulas du quartier. Sur ces propos ils l’ont menacée sous prétexte que sa résidence servirait de poudrière aux miliciens de GBAGBO et qu’elle cacherait des armes. Elle-même serait l’enfant ou la femme de GBAGBO. Sa résidence fut mise à sac. Elle sortit traumatisée de cette rencontre infernale. Ces visiteurs sont partis avec sa voiture Rav4 en promettant de revenir. Paniquée et troublée elle trouva refuge dans la première cour quand elle put mettre le nez dehors avec sa postulante. C’est quand elle reprit ses esprits qu’elle songea à se réfugier à l’église. Elle m’appelait donc pour aller les chercher afin de rejoindre le presbytère. Ce que je fis avec le père et son stagiaire. C’est une sœur moralement atteinte que nous avions retrouvée et qui ne s’était pas encore reprise de son traumatisme. La sœur et sa postulante restèrent avec nous quelques jours au presbytère. Mais comme son état psychologique ne s’améliorait point, le père proposa à l’évêque de l’héberger le temps de la crise. Il accepta et reçut donc la religieuse et sa postulante qui s’y trouvent encore.

Le lendemain mercredi 30 mars 2011, plusieurs autres visites se succédèrent. Mais je retiens seulement deux. La première, autour de 11h : toujours le même rituel d’arrivée : crépitements des armes, vrombissement des voitures. Le premier qui mit pied à l’intérieur de la cour du presbytère est un véritable Dozo. Son accoutrement ne le trahit pas. Bardés de gri gris et autres fétiches de la tête au pied, escorté par une colonie impressionnante de mouches, elles aussi certainement rebelles, il commença : « Je m’appelle chichi de Watao. Je viens aux nouvelles. Nous sommes là pour sécuriser la population ». Quand nous lui apprîmes que d’autres rebelles se sont emparé du véhicule du prêtre, il en eut un rictus impressionnant et débita ces propos « Oh, église et mosquée, on ne doit pas toucher. Qui a fait ça ? » Par la suite, il nous demanda si nous allions bien. Les autres dozos qui l’escortèrent sortirent de leur voiture de commandement, une Pajero 4x4, sans immatriculation. Certainement elle aussi a subi le même sort que les autres voitures dans lesquelles ils se pavanent à travers la ville. Après quelques échanges vraiment cordiaux, ils prirent congé de nous non sans nous laisser leurs différents contacts comme leurs prédécesseurs. Ils embarquèrent dans leur véhicule remplit de mouches et partirent selon le même rituel que les autres. A dire vrai cette visite fut très sympathique. De toutes celles que nous avions reçues je crois bien que celle-ci fut la meilleure, sans barbarie, sans agressions et injures gratuites.

Deuxième rencontre : 16h, une autre visite de nos désormais compagnons de fortune, les rebelles. Cette visite est à n’en point douter, la plus tumultueuse et orageuse. Une cohorte de rebelles fait irruption au presbytère selon le rituel ordinaire, leur code d’entrée. Tout excité, l’un d’eux, les yeux bien rouges et les dents biens noires, vociféra après une rafale: « Qui est ici ? Sortez sinon on vous tue…vous avez des armes ici » Il rafala encore. « Sortez ! » Il fit irruption dans le salon. Je me retrouvai nez à nez avec lui. Très respectueusement je lui cédai le passage. Qui est fou ? Il tint tout le monde en respect et pénétra dans la cuisine et se retrouva dehors. Il rafala encore une fois et proféra la sempiternelle injure à Gbagbo et à ses supporters. Pour nous dire au revoir, il rafala de plus belle. Ce fut une véritable démonstration de force à la manière d’un guérilléro sur un champ de bataille. La mission devint absolument silencieuse. Même les enfants qui d’ordinaire pleuraient pour attirer l’attention de leurs parents devinrent miraculeusement silencieux. Ils comprirent certainement l’ampleur de la situation. De toutes les façons ils n’avaient pas le choix. Il sortit rejoindre les autres qui l’attendaient dehors. Il s’attaqua à la voisine en face son arme bien pointée dans sa direction : « Et toi ! Qui est ici ? Tu caches des miliciens. Tu es quelle ethnie ? Tu es guéré ? On cherche les guérés, les miliciens de Gbagbo. Ce sont eux qui ont tué nos frères» Il était déjà dans la cour de la pauvre dame toute apeurée qui lui répondit : « Je suis dioula » ; -« Comment tu t’appelles ? », -« Coulibaly Mariam » ; - « tu as la chance ! » Après avoir plusieurs fois rafalé, il partit avec ses compagnons selon toujours le même rituel de départ comme s’ils s’étaient passé le mot.

Par la suite, d’autres visites suivirent, moins tumultueuses et traumatisantes. Par la suite également, les indiscrétions nous ont fait savoir que ces nombreuses visites de rebelles étaient justifiées par le fait que le vicaire de la paroisse, aumônier diocésain des FDS, se revêtait souvent de son treillis au vu et au su de tous dans le quartier. Il fut alors désigné par les indicateurs comme un militaire de Gbagbo détenant donc des armes. Heureusement lui était déjà parti bien avant l’arrivée des rebelles dans la ville.

Voici donc en quelques pages les événements que j’ai particulièrement vécus les deux premiers jours de la prise de Daloa par les rebelles d’Alassane Ouattara. J’ai dû arranger la forme de leur langage pour préserver la pureté stylistique et grammatical de celui-ci. Sachez tout simplement que ces rebelles sont des incultes ne sachant faire une phrase en français. Beaucoup parlaient le dioula et la plupart d’entre eux sont d’origine malinké et burkinabé.

Je me pose la question de savoir pourquoi des jeunes dioulas peuvent-ils servir d’indicateurs pour déloger et tuer des FDS. Dans ce quartier pourtant, j’ai toujours cru, peut-être naïvement, que nous vivions en de bon termes, comme des frères qui s’aiment et donc étaient prêts à se trouver contre toute attaque étrangère. Je me suis donc trompé. Décidément, cette malheureuse crise ne finira jamais de nous livrer ses secrets.

Jean à DALOA

Des pasteurs et des fidèles tués dans une église (Salvator Saguès, Amnesty International) par les pro-Ouattara

"Les forces proches d’Alassane Ouattara, notamment un commando qui s’appelle le « commando invisible » dans le nord de la ville, commet des exactions extrêmement graves sur la population. Le « commando invisible » a mené il y a quelques jours un raid sur un petit village, au nord d’Abidjan, qui s’appelle « Anonkoi », où ils ont tué une quarantaine de personnes dans des conditions réellement atroces. Il y a vraiment un risque maintenant, de règlement de comptes, entre différents groupes politiques ou ethniques. Et on est vraiment au bord d’un conflit très grave.

(...)  Nous avons des informations, surtout à Duékoué. A environ six cent kilomètres à l’ouest d’Abidjan, lorsque les forces républicaines proches d’Alassane Ouattara ont pris la ville, ils s’en sont pris aux populations guéré, qui sont une ethnie proche de Laurent Gbagbo, et ont tué plusieurs personnes, y compris des pasteurs, y compris des fidèles dans une église. C’est gravissime !

Nous on en a recensé quelques dizaines (de morts), mais c’est très difficile de dire… Des femmes ont été violées… Et nous appelons notamment Alassane Ouattara, qui est actuellement en position de donner des ordres aux forces républicaines, de leur envoyer un message très clair ; d’arrêter de s’en prendre aux populations civiles, parce qu’on est vraiment en présence, dans certains cas, de réels crimes de guerre."

(Source rfi.fr)