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23/07/2011

Côte d'Ivoire : la tentation coloniale, par Michel Galy (version multimédia)

Le très beau texte de Michel Galy mis en scène avec talent par l'ami Grégory Protche. Qui lui donne, pour ainsi dire, de la chair.

09/07/2011

Des personnalités LMP ont été transférées de la Pergola à Boundiali aujourd’hui

L’ancien Premier ministre Aké N’Gbo, l’ex-gouverneur de la BCEAO Philippe-Henri Dacoury-Tabley, le dernier grand argentier du président Laurent Gbagbo Désiré Dallo ainsi qu’Alcide Djédjé, ex-chef de la diplomatie ivoirienne, les ministres Ouégnin, Adjobi et Boni-Claverie… Au total, une dizaine de personnalités de l’ancienne majorité présidentielle seraient sur le point d’être elles aussi transférées de l’hôtel Pergola au nord de la Côte d’Ivoire, précisément dans la petite ville de Boundiali. Elles pourraient être « déportées » ce 9 juillet. C’est, en tout cas, ce qui leur a été notifié oralement. Dans la pure « tradition » procédurière caractérisée par l’informel, qui s’applique aux partisans du président renversé. La nouvelle est surprenante lorsque l’on sait que, jusqu’à présent, les autorités affirmeraient qu’elles seraient transférées à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) après réfection. « C’est une stratégie pour les priver d’une défense équilibrée. Comment pourront-ils désormais être en contact avec nous ? », analyse un des avocats de ces dignitaires embastillés.

Ajout : Selon nos informations, les personnalités ci-dessus évoquées ont finalement été déportées ce samedi 9 juillet à 5 heures du matin par les FRCI. L'ONUCI a refusé de s'associer à la démarche du gouvernement Ouattara.

 

25/05/2011

Le rapport d'Amnesty International relance la polémique sur le rôle de la France dans l'arrestation de Laurent Gbagbo

Ce 24 mai 2011, l'ONG de défense des droits de l'homme Amnesty International a publié un rapport sur les violations des droits de l'Homme perpétrées ces derniers mois en Côte d'Ivoire, en PDF ici. Un rapport précieux et relativement équilibré qui remet en cause la thèse médiatique du "monstrueux Gbagbo qui massacre son peuple" et de "l'angélique Ouattara magnanime et soucieux d'éviter les règlements de compte". En plusieurs posts, je tenterai de le "décortiquer", sans prétendre à l'exhaustivité.

Première remarque rapide. Le rapport va faire rebondir la polémique sur le rôle de la France. Son rôle militaire d'abord. Paris a toujours prétendu ne pas avoir participé à l'arrestation de Laurent Gbagbo, n'avoir jamais franchi les grilles de la Résidence présidentielle. Or un témoin direct interrogé par Amnesty International explique qu'ils étaient bien là, au moins dans la cour de la Résidence présidentielle, et qu'ils ont été des témoins passifs de mauvais traitements des FRCI sur les personnes se trouvant aux côtés du chef de l'Etat renversé. Extraits.

« [Un] témoin a raconté comment certains partisans de Laurent Gbagbo avaient été frappés par des éléments des FRCI, dans la cour de la résidence présidentielle, après leur reddition. « Ils se sont mis à frapper les hommes et les femmes avec des bouts de bois et avec leurs crosses. D’autres les filmaient et les prenaient en photo comme des bêtes de foire. Il y avait des soldats français de la Force Licorne qui se trouvaient devant la résidence dans leurs véhicules ou dans leurs chars et ils ne sont pas intervenus. Ils étaient là comme quand on est au cinéma et qu’on regarde un film. Une jeune femme qui était en train d’être battue a tendu la main vers un soldat français qui a détourné le visage ».

Ce témoin a précisé que les forces françaises ont ensuite soigné certains des blessés et les ont rassurés. « Lorsque des soldats des FRCI ont menacé certaines personnes de les emmener vers le camp d’Anyama pour les tuer ou les violer, les soldats français ont dit : ‘La protection des autorités [à savoir de Laurent Gbagbo et de ses proches partisans], c’est de notre responsabilité ».

Ce témoignage, qui n’évoque que de manière incidente le rôle des soldats français, infirme totalement le « scénario » vendu par France 2 sur la base d’images tournées par les FRCI où les derniers chars français vus n’ont pas franchi le portail qui a été « explosé » à coups de canon.

Le rapport d’Amnesty nous offre également un témoignage sur l’assassinat du ministre Désiré Tagro, et du rôle ambigu qu’a joué l’ambassadeur de France à Abidjan, Jean-Marc Simon, dans l’enchaînement macabre des faits.

« Désiré Tagro était en discussion avec l’ambassadeur de France pour convenir des modalités de la reddition de Laurent Gbagbo et de ses proches. Désiré Tagro est sorti avec un drapeau blanc mais on lui a tiré dessus sans le toucher. Il est revenu et a rappelé l’ambassadeur pour lui demander que les tirs cessent. Lorsque nous sommes sortis, j’ai vu que Désiré Tagro était blessé à la mâchoire ». Désiré Tagro est décédé, dans la soirée, des suites de ses blessures. Lors d’une rencontre avec les délégués d’Amnesty International, le 19 avril 2011, des responsables de l’ONUCI ont précisé que, suite à une demande des FRCI, ils avaient évacué M. Tagro vers leur antenne médicale. Cependant, faute de chirurgien disponible, ils l’avaient ensuite transféré à la Polyclinique internationale Sainte Anne-Marie (PISAM) à Cocody où il est décédé ».

Selon toute évidence, Jean-Marc Simon a donné à Désiré Tagro des garanties qui se sont avérées dérisoires. L’on épiloguera longtemps sur le contrôle qu’il pouvait avoir sur les combattants des FRCI qui ont mené l’opération conjointement avec les Forces spéciales françaises, sur les auteurs des rumeurs folles ayant évoqué la thèse d’une tentative de suicide totalement aberrantes, et sur le fait qu’alors qu’il était visiblement en très mauvais état, l’ancien ministre de l’Intérieur de Laurent Gbagbo n’a pas directement été conduit dans une structure hospitalière à même de lui sauver la vie.

 

13/05/2011

Duékoué : "Le Nouvel Observateur" dénonce une "épuration ethnique" lancée par les forces pro-Ouattara

C'est un reportage publié dans l'hebdomadaire "Le Nouvel Observateur", dans son édition du 12 mai 2011. C'est le premier article de la "grande presse" hexagonale qui évoque une expression que nous utilisons, pour notre part, depuis le 2 avril 2011, c'est-à-dire avant la capture de Laurent Gbagbo. Extraits d'un article qui devrait être envoyé à Nicolas Sarkozy, qui se prépare à aller faire une "méga-teuf" avec un homme dont les troupes se sont rendues coupables de crimes se rapprochant de plus en plus d'actes de génocide.

"1000, 2000 morts ? On ne sait pas. Mais la grande tuerie de Duékoué a duré toute une semaine, dans la ville, les villages, la brousse. Accusées : les Forces du Nord du président Ouattara qui ont lancé leurs supplétifs à l'assaut. Jean-Paul Mari a reconstitué sur place la mécanique d'une bataille qui a tourné à l'épuration ethnique".

"Dans l'église incendiée du quartier Carrefour, il faut marcher entre les cadavres encore frais d'hommes abattus à bout portant, découpés à la machette ou la gorge tranchée, à même le sol, mains liées dans le dos, comme des animaux de ferme. Il y avait un quartier, une population de 10 000 personnes, il ne subsiste plus grand-chose d'humain. Sinon l'église Jésus-Christ Sauveur, carbonisée, les maisons noircies, les allées défoncées en terre ocre, le sol noir couvert de gravats et de vêtements sales, dispersés."

"Tuer, tuer, tuer, la solution est toujours la même. La solution à quoi ? D'abord à un conflit politique. Entre les Forces du Nord, ex-rebelles devenus l'armée du nouveau président Ouattara, et les Forces du Sud, l'armée de l'ancien président déchu Laurent Gbagbo. Une solution aussi au conflit ethnique qui oppose les Malinkés ou Dioulas du Nord et les Guérés du Sud. Une solution, enfin et surtout, au conflit foncier, la terre pour la terre, la guerre dans la guerre, pour un village, une ferme, un champ de cacao. Tuer l'autre, le grand propriétaire, le fermier, c'est laisser la terre vide, comme un cimetière fertile, à prendre là, maintenant. Un conflit politico-militaire et la revanche des métayers, cela suffit pour justifier le massacre des innocents. Cela s'appelle une épuration ethnique".

"Carrefour est le premier quartier sur leur chemin. Ils encerclent les maisons. Les hommes sont triés, leur carte d'identité examinée. Un nom malinké : la vie sauve. Une carte d'identité ivoirienne, un nom guéré : une balle dans la tête. Dehors les femmes sont à genoux. "Ils nous forçaient à chanter leur gloire, à répéter : "Guerriers ! Guerriers !", dit Julie, une habitante. Les assaillants se divisent en trois groupes : "Les tueurs, les pillers et les gâteurs... Les gâteurs, c'est ceux qui arrosaient nos maisons d'essence avant de mettre le feu." Un curé et ses enfants de choeur sont surpris devant l'église : "Quel est ton parti ? - Le parti de Jésus-Christ. - Jésus-Christ ? C'est pas un parti" Ils sont abattus. Au milieu des cris et des explosions, les assaillants insultent leurs victimes : "Vous avez voté Gbagbo ! Traîtres !" Et les anciens métayers exultent : "Vous nous avez pris pour des domestiques. Nous sommes revenus en maîtres. Nous prendrons vos femmes, vos terres, vos champs. Et vous mangerez de la boue !" Et ils tuent."

"A Bahé-B, à quelques kilomètres de Duékoué (...) au troisième jour des massacres, les tueurs ne trient plus leurs victimes. "Ma femme, Félène, mes jumeaux de 4 ans et demi, mon fils de 2 ans... Ils ont tué neuf personnes de ma famille", dit Denis. Couché dans les herbes hautes, paralysé, en sang, Denis entend l'appel au secours de sa nièce, sa fille adoptive, âgée de 13 ans : "Papa ! Au secours ! Ils sont en train de me violer!" Denis aperçoit plusieurs hommes autour de l'enfant, les cris durent uen éternité. Puis ils cessent. Et Denis découvrira le corps de sa nièce, abattue d'une décharge dans la poitrine."

"Parfois, même le père Cyprien sent le courage lui manquer. Surtout dans la nuit noire, quand il entend les rôdeurs assassins continuer à hurler des menaces sous le nez des survivants : "On vous tuera jusqu'au dernier". Oui, le père Cyprien tremble lui aussi."

11/05/2011

Des cadres du FPI enlevés par les FRCI

Certains de ses proches nous avaient annoncé que Jean-Baptiste Gomon Diagou, maire de Cocody appartenant au parti de Laurent Gbagbo, avait été enlevé le 9 mai 2011 dans son complexe hôtelier, situé dans son village de Blockhauss, dans la commune de Cocody à Abidjan. En réalité, la descente des FRCI ne s'est pas soldée par son arrestation, mais par des actes de vol. Les assaillants ont été identifiés comme des membres des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) pro-Ouattara. Rappelons que Vincent Libi Koïta, directeur général de la SICOGI, pro-Gbagbo lui aussi, a été capturé à son bureau par "des hommes en armes", le 4 mai dernier. Le directeur général de l'AGEF, Kéty Lansiné Soumahoro, cadre du FPI très actif à Cocody, a été lui aussi kidnappé selon le même procédé.

Ajout : Selon une source d'information fiable, Libi Koïta et Kéty Lansiné se trouvent en "résidence surveillée" à l'hôtel Pergola.

10/05/2011

Le journal de Guillaume Soro se réjouit du musellement de la presse d'opposition

NordSud_1760.jpgC'est une preuve de plus que le régime d'Alassane Ouattara est bien décidé à installer la Côte d'Ivoire dans la pensée unique la plus stérile et refuse de toutes ses forces le pluralisme médiatique. Nord-Sud, le quotidien contrôlé par Guillaume Soro, Premier ministre, ministre de la Défense et chef quasi opérationnel des FRCI, forces armées pro-Ouattara, dans son édition de ce 10 mai 2011, lance une campagne virulente contre César Etou, directeur de publication du quotidien Notre Voie, contrôlé par le FPI, parti de Laurent Gbagbo. Pourquoi ? César Etou a commis le "crime" d'écrire une lettre à des organisations de défense des droits de l'Homme pour les alerter sur des allégations de mauvais traitements sur Simone Gbagbo, épouse de Laurent Gbagbo. Des allégations a priori crédibles quand on sait que le 11 avril dernier, elle a vu ses vêtements déchirés et ses cheveux arrachés avant d'être contrainte de poser dans des positions humiliantes avec des combattants FRCI aux mines patibulaires. Des allégations entretenues par le fait que Simone Gbagbo n'a eu aucun contact physique ou téléphonique avec l'un de ses proches depuis le 11 avril dernier, jour de son arrestation.

Nord-Sud "incendie" Etou, dont la photo est placée à la "Une" du journal.

"Les dignitaires et autres cadres du Front populaire ivoirien (Fpi) sont-ils vraiment prêts à aller à la paix avec les Ivoiriens ? Pas si sûr pourrait-on dire si on en juge le fait qu’ils rament à contre-courant de leur profession de foi dans laquelle, ils clament leur disposition d’esprit à tourner la page des jours sombres que le pays vient de connaître par leur fait. Au nombre des frontistes encore loin de s’être repentis, figure César Etou, journaliste au quotidien ‘’Notre Voie’’, le porte-voix officiel du Fpi.
Dans un courrier adressé à plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme, il a choisi d’attiser le feu grâce à un tissu de mensonges
tricoté autour de l’assignation à résidence surveillée de Simone Gbagbo. « Selon des informations précises, les rebelles de Ouattara
font payer 200 F Cfa aux femmes pour aller regarder la première dame, Simone Gbagbo, par les fenêtres de sa résidence de détention.

Le spectacle ressemble à ceux qu’on offre au public enflammé pour observer une bête de foire », soutient César Etou qui ne se fait pas prier pour accuser les soldats de l’Onuci, de complicité et de ‘’mauvais traitement’’ sur la personne de l’épouse de Laurent Gbagbo."

"Balivernes et mensonges !", hurle Nord-Sud, qui n'a pas enquêté sur place. Avant de menacer de manière très claire et de se réjouir des entraves à la liberté de la presse en Côte d'Ivoire:

"D’où le pyromane de César Etou tient-il donc ces informations, lui qui n’a jamais eu le courage de dépasser le périmètre de son domicile, de peur de répondre de ses écrits incendiaires devant ses concitoyens. Surtout qu’il se permet d’écrire qu’il tient son scoop de sources précises. Tout le monde peut comprendre que c’est ce type de journalisme que lui (de surcroît directeur de publication) et ses journalistes ont pratiqué depuis octobre 2000 et qui a conduit le pays dans le gouffre. Et, c’est au moment où le pays leur offre l’occasion de se racheter, qu’il se livre à cette dérive, à tragédie morale. Fort heureusement que les journaux ‘’bleus’’ sont dans l’impossibilité de paraître. Sinon…"

Rappelons-le : Nord-Sud est le journal contrôlé par le Premier ministre Guillaume Soro, dont on a vu les méthodes expéditives face à son rival Ibrahim Coulibaly dit "IB". Ses prises de position sont à rapprocher de celles d'Hamed Bakayoko, ministre de l'Intérieur, ministre de la Communication par intérim, qui contrôle Le Patriote, quotidien qui n'a pas toujours fait dans la dentelle. Des positions critiquées par Reporters sans frontières dans un communiqué, qui s'indigne du fait que la rédaction de Notre Voie soit "depuis quelques temps occupée par des soldats des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) qui interdisent l’accès des lieux aux journalistes"... Extraits.

"Dans un discours prononcé au Conseil national de la presse, le 3 mai 2011, à l’occasion de la vingtième Journée internationale de la liberté de la presse, le ministre de l’Intérieur et de la Communication, Hamed Bakayoko, a eu des mots peu rassurants vis-à-vis des médias. Sa déclaration s’apparentait plutôt à une mise en garde. "La liberté oui, mais elle a ses limites. La liberté a une certaine frontière. On ne parle plus de liberté quand elle transcende certaines valeurs. Des gens avaient pensé que l’impunité était sans limite. Il faut qu’ils réalisent que ce n’est plus possible. On ne peut pas déstabiliser le tissu social simplement parce qu’on est journaliste. Nous n’allons pas accepter que la presse enfonce la Côte d’Ivoire. La presse porte une responsabilité importante dans cette crise. Les journaux et les journalistes ont voulu être aux avant-postes des politiques, ils ont voulu aller plus loin que les politiques", a-t-il déclaré."

Un autre exemple de ces messages très clairs envoyés par les médias pro-Ouattara et de ce double langage (l'un à destination de l'international, l'autre à vocation interne) est donné par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) dans une lettre ouverte à Alassane Ouattara.

"Nous sommes troublés par les propos de Jean Soro, animateur à la Radio Côte d'Ivoire, contrôlée par votre administration, au cours d'une émission interactive le 17 avril. Après qu'un auditeur a souligné que Le Nouveau Courrier était un exemple de  journal pro-Gbagbo qui aurait prétendument incité à la haine, Jean Soro a déclaré à l'antenne que le compte de tous ceux qui sympathisaient avec Gbagbo serait réglé, selon des journalistes locaux. De tels propos contredisent vos propres déclarations publiques incitant vos partisans à ne pas chercher à se venger."

Quel type de démocratie l'Occident est-il donc venu installer "au bazooka" en Côte d'Ivoire ?

 

Côte d'Ivoire : l'ère des menteurs

L'article est du quotidien L'Intelligent d'Abidjan, daté du 9 mai 2011, et raconte ce qui tient lieu d'opération de réconciliation à Anokoua Kouté, village ébrié faisant partie de la commune d'Abobo. Le titre ? "Les Ebrié d’Anokoi demandent pardon aux FRCI et aux populations". Pourquoi s'humilient-ils ainsi ? Pour avoir le droit de retourner dans leur village. Qu'ont-ils donc fait, ces Ebrié, pour battre ainsi leur coulpe ? Extraits de l'article.

"Ceux-ci avaient fui leur village à la suite des affrontements avec des hommes armés basés à PK 18. Il était reproché aux habitants d’Anokoi d’avoir commis des exactions sur des populations notamment celles dont les noms sont à consonance nordiste. Face à la réplique, les habitants de ce village n’ont eu d’autre solution que de fuir leur village. Depuis lors, personne n’ose y remettre les pieds, par peur de représailles de la part de certains habitants de PK 18 dont beaucoup ont perdu des proches. Ayant pesé l’ampleur des actes commis par certains habitants d’Anokoi, la chefferie traditionnelle des villages Ebrié, aidée par l’ancien maire central du district d’Abidjan, N’koumo Mobio, a fini par réaliser qu’il faut revenir vers leurs anciens voisins et leur présenter des excuses. C’est dans cette optique que M. Koné Famoussa (responsable local de la coalition pro-Ouattara) a entrepris de sensibiliser ses frères et sœurs, notamment les militaires. Pour lui, il faut accepter le pardon. Quel que soit ce qui s’est passé. «Nous devons demeurer toujours des frères et des sœurs, comme l’a recommandé le président Alassane Ouattara», a-t-il insisté. «Acceptez vos frères Ebrié. Je vous demande pardon», a-t-il plaidé. Et, ce en présence de chefs militaires tels que le commandant Konaté Fré".

Ce récit totalement biaisé et d'un cynisme effroyable traduit bien la perception que le nouveau pouvoir ivoirien a de la "réconciliation" en Côte d'Ivoire. En réalité, il s'agit d'un révisionnisme permanent et d'une réécriture à marche forcée de l'Histoire, consistant à transformer les partisans de Ouattara en doux agneaux et les autres Ivoiriens en monstres bons à "rééduquer". Là où ce récit est emblématique, c'est qu'il fait passer les victimes d'un crime contre l'humanité caractérisé pour des bourreaux. Que s'est-il passé à Anokoi ? Extraits d'un rapport de Human Rights Watch, ONG généralement considérée comme très compréhensive vis-à-vis du camp Ouattara.

"Aux environs de 2 h du matin le 7 mars, plus de 60 combattants pro-Ouattara ont attaqué le village d'Anonkoua-Kouté, situé tout près de leur fief militaire d'Abobo à Abidjan. Anonkoua est un village habité principalement par des membres de l'ethnie Ébrié, qui soutiennent largement Gbagbo. La veille, il y avait eu des affrontements dans cette zone entre forces armées des deux camps. Des victimes de l'attaque du 7 mars ainsi qu'un combattant appartenant au camp Ouattara ont expliqué à Human Rights Watch que les forces pro-Ouattara pensaient que des armes avaient été laissées dans le village. Toutefois, les assaillants semblent avoir tué des civils au hasard et ont incendié une grande partie du village.

Human Rights Watch a interrogé quatre victimes d'Anonkoua-Kouté et a pu confirmer la mort de neuf civils, dont deux femmes qui ont été brûlées."

Ce sont donc les personnes dont le village a été incendié, qui ont été contraintes à l'exil interne, qui sont contraintes de demander pardon aux auteurs, je le répète, d'un authentique crime contre l'humanité. Quand les criminels sont dans le camp du "bien" proclamé par la communauté internationale, et les victimes du côté du "mal", il suffit, visiblement, de subvertir le mal en bien. Cette imposture morale n'est possible que parce qu'elle a été en réalité conceptualisée par la "communauté internationale", qui a imposé depuis plus de dix ans une fable simplificatrice campant le "bon" ADO face aux "mauvais" Bédié, Guei puis Gbagbo. Une "communauté internationale" qui, avec la presse qui lui est soumise, a diabolisé un camp et angélisé un autre... dont elle camoufle les méfaits aujourd'hui pour protéger ses propres forfaitures.

C'est ce qu'on est tenté d'appeler "la logique d'Anokoi" qui pousse les "communicants" d'Alassane Ouattara, à diffuser sur Internet, des images de prétendus "miliciens" pro-Gbagbo (parmi lesquels se trouvent plusieurs jeunes dont le seul tort est de déplaire à leurs voisins pro-RHDP ou dont ils ont piqué la copine), kidnappés depuis près d'un mois et parqués sur le terrain de tennis de l'Hôtel du Golf, à chanter les louanges du nouveau chef de l'Etat, une sorte de "bienfaiteur universel". Quand la logique de "l'allégeance" est poussée à l'extrême à ce point, l'on n'est pas loin des camps de redressements staliniens. La vidéo, pour ceux qui ne l'ont pas vue, où l'on voit un garde-chiourme battre la cadence avec son fouet très original.

 

Autre exemple de réécriture à marche forcée de l'Histoire. Sur la chaîne TCI, le porte-parole de Guillaume Soro, Léon Allah Kouakou a émis une drôle d'accusation. Il a affirmé que "la criminalité a atteint une proportion inquiétante avec la libération de tous les bandits et autres criminels de la MACA par l’ex-Président, Laurent Gbagbo". Pourtant, Ibrahim Coulibaly dit "IB", patron du commando invisible pro-Ouattara tué par ses alliés, avait, avant sa mort, dans un entretien à Jeune Afrique, assumé cette opération pour le moins irresponsable. Il a "libéré des prisonniers" parce qu'il devait "récupérer deux de mes hommes emprisonnés depuis plusieurs années", selon ses propres termes. Par ailleurs, dans une vidéo, le chef d'état-major adjoint d'Alassane Ouattara, Issiaka Ouattara dit "Wattao", reconnaît que des anciens prisonniers se trouvent parmi ses hommes et que ses hommes se livrent à des pillages dès qu'ils ne sont pas "cadrés" par les soldats français de l'opération Licorne. La vidéo.

Comment comprendre ces "médiamensonges" qui auraient été faciles à démonter si la liberté de la presse existait encore en Côte d'Ivoire ? Leur justification politique me semble claire. Désorganisé, incapable de prendre les choses en main, handicapé par son mode de prise de pouvoir - l'instrumentalisation, depuis 2002, d'hommes en armes quasiment analphabètes,  Ouattara a bien l'intention de rejeter au maximum tous les problèmes du pays sur son prédécesseur. Histoire, sans doute, de continuer à souder le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), ancien conglomérat de l'opposition dont le seul point commun était la détestation sans nuances du prisonnier de Korhogo.

03/05/2011

Témoignages sur le racket des FRCI pro-Ouattara

Si, en dehors de Yopougon, les combats ont cessé dans le district d'Abidjan, les pillages et les cambriolages perpétrés par les FRCI d'Alassane Ouattara se poursuivent. Désormais, le racket s'y ajoute et entrave la libre circulation donc le retour à la normalité. Par exemple, les populations dans la zone de Memni sur la route d'Alépé sont victimes de racket de la part d'éléments FRCI de la zone, elles ne peuvent donc pas se déplacer jusqu'à Abidjan, pourtant proche...

Par ailleurs, de nombreux fonctionnaires qui ont perçu leur salaire la semaine dernière ont été fouillés et dépouillés de leur argent. Les FRCI prennent comme argument les fouilles nécessaires pour rechercher des armes et débusquer des improbables "miliciens de Gbagbo". La discipline n'est toujours pas le fort de la "nouvelle armée ivoirienne" dont certains soldats dépenaillés patrouillent dans des pick-ups tout en buvant au goulot des liqueurs et du gin, la kalach à la main...

28/04/2011

"Des cadavres calcinés le long des routes entre Guiglo et Toulepleu"

Extraits d'un article paru dans Slate Afrique, en entier ici.

"Médecins sans frontières (MSF) a de nouveau tiré l'alarme le 22 avril 2011, rappelant que la violence persiste et que la situation humanitaire est toujours «aigüe». En cause, les combats et règlements de compte dans plusieurs quartiers d'Abidjan, PK18 et Yopougon, mais aussi l'instabilité dans l'Ouest du pays.

«Des villages pillés et détruits sont déserts et l'on voit des cadavres calcinés le long des routes entre Guiglo et Toulepleu, rapporte Xavier Simon, chef de mission de MSF en Côte d'Ivoire. Nos équipes prennent maintenant en charge des personnes qui n'osaient pas sortir de la brousse pour se faire soigner et qui souffrent de blessures datant de deux ou trois semaines. Comme ces blessés sont toujours terrifiés, ils attendent d'être dans un état critique pour sortir et se faire soigner

A Abidjan, MSF a soigné 60 blessés le 21 avril 2011, dont 12 par balle. Les pénuries de matériel et de médicaments pénalisent les hôpitaux de la ville, aux portes desquels de longues files se forment dès quatre heures du matin, pour recevoir des traitements urgents. Beaucoup se terrent, par peur des représailles des FRCI contre les partisans de Laurent Gbagbo.

Un homme a raconté à SlateAfrique, sous couvert d'anonymat, avoir perdu un membre de sa famille, le 25 avril 2011: Thérèse Blabo, une militante en vue du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo, âgée d'une cinquantaine d'années et mère de deux enfants émigrés aux Etats-Unis, a été brûlée vive près de chez elle, aux 220 Logements, un quartier d'Adjamé.

La scène s'est produite sous les yeux d'une population qui aurait applaudi, selon les témoignages parvenus à cet homme. Un retraité raconte par ailleurs avoir perdu le 10 avril 2011 l'un de ses neveux, un étudiant en sciences économiques de 23 ans, sans activité politique, mais appartenant à l'ethnie bété (comme Laurent Gbagbo). Le jeune homme a été fauché à Yopougon alors qu'il cherchait à fuir le quartier.

«Ca tirait et il a pris une balle en route, raconte notre source. Beaucoup de parents partent à Dabou, une ville située à 50 km d'Abidjan. Les gens à Yopougon sont égorgés comme des moutons, parce qu'ils sont Bétés ou soupçonnés d'être des supporters du président sortant. C'est insupportable. Je ne dors pas, ça me rend malade. On continue à tuer les gens pour une histoire de politique alors que c'est fini! C'est fini! Tout se passe au nez et à la barbe de l'Onuci, qui doit protéger les civils.» indique le retraité."

 

 

 

Un reportage d'Arte qui documente l'épuration ethnique commise à Duékoué par les forces pro-Ouattara