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04/05/2008

Un article très intéressant d'Achille Mbembe sur le Zimbabwe de Mugabe

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Un extrait pour vous mettre l'eau à la bouche :

"Qu’il s’agisse de la colonisation ou de l’apartheid, l’expérience des « pouvoirs blancs » en Afrique a été désastreuse. Qu’il en ait été ainsi s’explique largement par le fait que ces pouvoirs étaient mus par la logique des races et l’esprit de violence qui en était le corollaire.

Dans leur forme comme dans leur contenu, les nationalismes africains se sont malheureusement contentés de récupérer à leur profit et dans un geste purement mimétique et cette politique des races, et son esprit de violence. Au lieu d’embrasser la démocratie, ils ont mis cette logique et cet esprit au service d’un projet de perpétuation de leur propre pouvoir. C’est ce projet d’un pouvoir sans autre justification que lui-même qui, aujourd’hui, rencontre ses limites au Zimbabwe et ailleurs sur le Continent.

Dans la crise au Zimbabwe se jouent par conséquent deux ou trois questions décisives pour l’avenir de l’Afrique. D’une part, si le rêve d’émancipation africaine n’a été que l’envers mimétique de la politique et de la violence de la race mise en branle par la colonisation, alors il est temps d’imaginer une sortie du nationalisme qui ouvre la voie à une conception afropolitaine et post-raciale de la citoyenneté, faute de quoi les Africains d’origine européenne n’ont aucun avenir en Afrique.

D’autre part, les Africains d’origine européenne n’auront d’avenir en Afrique que si l’on procède effectivement à une déracialisation et une mutualisation de la propriété. Déracialiser la propriété ne signifie pas expropriation pure et simple des blancs, mais investissements multiformes en vue de la fructification de l’ensemble du capital humain disponible. Or, cette fructification de l’ensemble du capital humain disponible n’est guère possible dans un contexte de tyrannie. D’où l’inconditionnelle nécessité d’un véritable passage à la démocratie. Tel étant le cas, Mugabe – et tous les autres - doivent partir. Mais qui peut jurer aujourd’hui que leurs successeurs feront nécessairement mieux ?"


L'intégralité de l'article "Le cynisme des nations" sur le blog d'Alain Mabanckou.

21/04/2008

Chefs d'Etat africains : qui est franc-maçon ?

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Il est vrai que les dossiers sur les francs-maçons et leurs mystérieuses connexions sont devenues une sorte de "marronnier" pour la presse française. Il n'empêche que les "Unes" évoquant ceux qui se font appeler "les fils de la veuve" attirent toujours. Comme beaucoup d'autres lecteurs, je me suis plongé avec beaucoup d'intérêt dans la lecture de l'enquête de Vincent Hugeux et de François Koch publiée dans L'Express de la semaine dernière et intitulée "Francs-maçons : l'Afrique aux premières loges".

Je m'y suis plongé d'autant plus facilement qu'une sorte de "trombinoscope" aguicheur capte forcément l'attention. On y trouve, sur fond de carte d'Afrique, les photos des chefs d'Etat considérés comme des "frères au grand jour" - Omar Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Idriss Déby Itno (Tchad) et François Bozizé (République centrafricaine). Le dernier cité, indique L'Express, par ailleurs révérend supérieur d’une Eglise du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem, a sollicité à l’automne 2007 la bénédiction du pape Benoît XVI. On y signale aussi les "frères de l'ombre", qui s'abstiennent de commenter, voire démentent :
Abdoulaye Wade (Sénégal), qui a, "semble-t-il, pris ses distances avec sa loge, d'autant qu’il doit tenir compte de l’hostilité de l’islam confrérique envers la franc-maçonnerie" ; Blaise Compaoré (Burkina Faso), parrainé par son ministre des Affaires étrangères, Djibril Bassolé ; Amadou Toumani Touré (Mali) ; Mamadou Tandja (Niger) ; Thomas Yayi Boni (Bénin) et Paul Biya (Cameroun), qui aurait été initié avant de se rapprocher de la mouvance rosicrucienne. Les "demi-frères" sont ceux qui ont été approchés et envisagent de rallier la « tribu » : Faure Gnassingbé (Togo), et Joseph Kabila (République démocratique du Congo).

Au-delà du trombino, le dossier de L'Express nous en apprend de bien belles sur les moeurs politiques en Afrique noire. Par exemple, Denis Sassou N'Guesso a "converti", en 1996, Idriss Déby et ses "frères ennemis" aujourd'hui rebelles, Tom et Timane Erdimi. L'article de L'Express confirme que les "frères de lumière" ont été les maîtres d'oeuvre de la conférence de Kléber, après Linas-Marcoussis, où il était question de "déshabiller" Laurent Gbagbo pour "habiller" Seydou Diarra et tout le lobby qu'il représente, que le général Robert Gueï a été "initié en présence d’une brochette d’anciens officiers français et catapulté en un clin d’œil au 33e degré, dignité suprême" et que la bataille de Brazzaville entre Lissouba et Sassou était aussi une bagarre entre le Grand Orient et la Grande loge nationale de France (GLNF). On peut lire cette vérité affolante, qui montre que certains de nos Etats ont été "privatisés" au profit de mouvements ésotériques tirant leur substance de l'étranger : "Au Gabon, au Congo-Brazza ou au Cameroun, décrocher un maroquin demeure, pour le non-initié, un authentique exploit".
A la fin de la lecture de cet article, on est persuadé d'une chose : franc-maçonnerie en Afrique = Françafrique. On se dit aussi que s'im est vrai qu'on reconnaît l'arbre à ses fruits, alors la franc-maçonnerie en Afrique est assurément une plante vénéneuse produisant des "tyrans éternels".

L'article en entier ici.

10/04/2008

Le bal des indignés

Beau texte d'Elisabeth Lévy lu sur le site d'Arrêt sur Images.


« Nul ne ment autant qu'un homme indigné. » Cette formule de Nietzsche mériterait d'être placardée dans toutes les rédactions. Ces jours-ci, le journalisme (en particulier dans sa version cathodique mais pas seulement) s'apparente à une olympiade de l'indignation. Un bon journaliste est un journaliste bon - et il n'est pas de meilleure façon d'afficher sa bonté que de manifester son indignation.

On me dira que de la «banderole de la honte» aux turpitudes chinoises, du calvaire d'Ingrid Betancourt aux tombes profanées d'Arras, l'actualité est particulièrement prodigue en légitimes motifs d'indignation. En vérité, depuis la chute de l'humanité hors du Paradis et de l'innocence, autrement dit, depuis le début de l'Histoire, celle-ci ressemble plus à une litanie d'horreurs, massacres et autres injustices qu'à un long fleuve tranquille. C'est bien triste mais c'est ainsi. L'invasion du discours médiatique et, ceci expliquant largement cela, de l'action politique, par la rhétorique de l'indignation, ne saurait donc être imputée au télescopage, dans l'actualité, d'événements particulièrement émotionnants. Elle montre que le journalisme est engagé sur une pente savonneuse sur laquelle, à force de bien penser sur tout et en toute occasion, on finit par ne plus penser du tout. A la réflexion, il n'est pas surprenant que Reporters Sans Frontières, dont la vocation initiale était de défendre la liberté d'informer à travers le monde, soit désormais une entreprise généraliste de promotion de l'indignation. Saint Ménard est sur tous les fronts, partout où il peut bravement affirmer qu'il est favorable au Bien et farouchement hostile au Mal. Sauf qu'indignation rime rarement avec information.

Les sommaires de nos grands JT fournissent une bonne illustration de l'évolution indignationnelle de l'information. Oui, nous autres, journalistes, nous sommes pour les Droits de l'Homme, du chti, d'Ingrid Betancourt et des musulmans morts pour la France. Nous sommes contre le racisme, la misère et la souffrance des malades. Dans un monde compliqué, mieux vaut s'accrocher aux valeurs sûres. Il faut noter que, dans la plupart des cas, l'indignation elle-même et surtout, son caractère unanime, sont supposés avoir valeur d'information.

En réalité, il s'agit plutôt de sommation : l'indignation est une proposition qu'on ne peut pas refuser. Il faut en être. C'est ainsi que Marianne, qui consacre sa «une» à «la tyrannie des minorités» (excellent sujet au demeurant) se sent tenu d'apporter sa contribution à l'indignation générale en ajoutant les auteurs de l'infâme banderole à sa liste des groupes d'oppression. «Quand une poignée de hooligans salit les ch'tis», annonce l'hebdomadaire. Au lendemain de la profanation d'Arras, Eric Fottorino en personne prend sa plume la plus solennelle, pour annoncer en "une" du Monde (une place réservée aux grandes occasions), que ce n'est pas bien du tout : "Cette haine qui revient au même endroit, à un an de distance, comme un printemps noir, il faut la condamner", écrit-il. Il est vrai que les lecteurs du Monde n'y auraient pas pensé tout seuls. Tant d'audace force l'admiration. Quand Bertrand Delanoë et Carla Bruni, représentante de son président de monmari, défilent côte à côte (en compagnie de plusieurs ministres qui n'ont sans doute pas de tâche plus urgente que d'afficher leurs mines graves sur les écrans) pour réclamer la libération d'Ingrid Betancourt, il faut avoir très mauvais caractère pour ternir cette union sacrée. Et puisqu'il serait embarrassant de préciser à qui on demande cette libération, ne nous embarrassons pas de détails. D'une façon générale, il est préférable de s'indigner contre, mais il n'est pas interdit de s'indigner tout court. L'essentiel est de ne jamais être en retard d'une bonne cause.

Le citoyen-téléspectateur aimerait sans doute comprendre en quoi l'embarras des pays occidentaux face à la Chine traduit une redistribution mondiale des cartes économiques et stratégiques; il voudrait peut-être savoir pourquoi la diplomatie française est «mobilisée» dans la guerre qui oppose un Etat d'Amérique latine à un mouvement qui, pour se dire maoïste, n'en est pas moins terroriste. (Précision pour ceux qui croient que mao signifie jeune, branché et sympa); il s'interroge probablement sur les raisons pour lesquelles une banderole brandie durant quelques minutes devient un sujet d'indignation nationale quand toutes celles qui l'ont précédée n'avaient pas suscité la moindre réaction. Le citoyen-téléspectateur n'a qu'à aller se rhabiller. Ces questions n'intéressent guère le journalisme-en-colère.

L'indignation, c'est le beurre et l'argent du beurre, la liberté des infirmières bulgares sans la réception de Khadafi, le frisson de l'anti-conformisme et le confort du consensus. La résistance low cost. Tous contre seul! Il est d'autant plus gratifiant de s'indigner des profanations de tombe ou des atteintes aux Droits de l'Homme qu'il se trouve, somme toute, assez peu de monde pour défendre les unes et les autres - en tout cas, ouvertement: il n'est pas impossible que certains, excédés par la bonne conscience qui dégouline de nos écrans, finissent par approuver secrètement les pires transgressions.

L'indignation permet d'échapper aux contradictions du réel. Pour peu que l'on soit suffisamment indigné, il est parfaitement possible, au cours de la même journée, de stigmatiser les basses pensées commerciales du gouvernement français qui n'a pas l'air trop chaud pour boycotter la cérémonie d'ouverture des festivités pékinoises et d'approuver l'envoi d'une mission humanitaire qui revient à négocier avec des individus dont l'intérêt pour les Droits de l'Homme laisse quelque peu à désirer. On peut d'ailleurs gager que les mêmes journalistes qui avaient du mal à cacher leur satisfaction durant la grand-guignolade parisienne de la flamme olympique nous gratifieront le 8 août prochain de commentaires admiratifs sur la grandiose cérémonie de Pékin.

Vous l'avez compris: le grand avantage de l'indignation, c'est qu'elle dispense de penser. Et la réflexion, on ne sait pas où ça peut mener. Ou plutôt, on le sait trop bien. «Comprendre, c'est justifier», claironnaient les professionnels de la chose à ceux qui avaient le toupet de se demander pourquoi, par exemple, les prolos désertaient le PC pour le Front national. Amis lecteurs, sachez-le: si vous vous posez des questions, vous êtes déjà sur la mauvaise pente. Ressaisissez-vous. Indignez-vous avec nous.

01/04/2008

Un papier au sujet de l'affaire IB sur Rue 89

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Il est écrit par Philippe Madelin, journaliste spécialiste des questions de sécurité. Un extrait :

Le sergent Ibrahim Coulibaly, alias IB, alias le major, a-t-il tenté de recruter des mercenaires en 2003 pour renverser -voire tuer- Laurent Gbagbo, président de la Côte d’Ivoire? Telle est la question débattue depuis le 10 mars et jusqu’au 2 avril, devant la 16e chambre correctionnelle du TGI de Paris présidée par Jean-Claude Kross.

Ce procès se veut le modèle et l’exemple des poursuites que la France entend désormais exercer contre les "soldats de fortune" et leurs commanditaires pour en finir avec cette détestable "marchandisation" de la guerre.

L’affaire nous renvoie aux pantalonnades pittoresques et barbouzardes dont est si riche l’histoire trentenaire de la Françafrique. Au cours de l’été 2003, grâce à une chaîne de renseignements complexe allant de la CIA au SVR (Service de renseignement extérieur) pour aboutir à la police française.


Pour lire l'article en intégralité, cliquez ici.

Mon commentaire sur Rue 89.

"C'est fou, mais le procès parisien d'IB n'a pas passionné à Abidjan. Parce qu'il arrive trop tard : les événements ont eu lieu en 2003, sous Chirac, dans un tout autre contexte. Parce que le principal accusé a réussi à s'enfuir de la France alors qu'il était en résidence surveillée, s'est réfugié au Bénin d'où il a tenté de récidiver, avec l'aide de Français... dont un journaliste indépendant (Jean-Paul Ney) qui a eu l'honneur de voir Sarkozy préfacer un de ses livres.
Parce qu'après l'affaire IB, il y a eu d'autres controverses franco-ivoiriennes, dont les événements de novembre 2004, ce qui fait que le réflexe de méfiance vis-à-vis de la France est tel qu'il faudra plus qu'un procès "symbolique" (IB court toujours) pour que les Ivoiriens voient dans les développements politico-judiciaires en France autre chose qu'une série de calculs dénués de tout grand principe."

25/03/2008

RDC : quelque chose d'important se joue

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A tous ceux qui veulent comprendre les enjeux contemporains de la République démocratique du Congo (RDC), et qui sont soucieux de décrypter la « politique des puissances » dans les riches pays miniers d’Afrique, je conseille avec enthousiasme le blog de la journaliste belge Colette Braeckman. Je ne cache pas que son livre «Les nouveaux prédateurs» a été pour moi une bénédiction : il m’a permis de mieux comprendre les logiques diplomatiques et économiques en œuvre en Côte d’Ivoire depuis septembre 2002.
Ces derniers jours, elle nous parle d’un sujet d’une importance stratégique inversement proportionnelle à la place qu’il occupe dans les médias : les grandes tractations autour des fabuleuses richesses naturelles du pays de Lumumba. Elle nous raconte une histoire qui est une parabole de notre temps.
Tout a commencé avec la création, par le Premier ministre Antoine Gizenga (figure historique du nationalisme congolais), de la commission de revisitation des contrats miniers que le pays a signé pendant la période de la transition avec de nombreuses firmes internationales, pour la plupart occidentales. L’alarme est venue d’un fait : les ressources minières ne contribuent au budget de la RDC qu’à hauteur de 6%, cinq fois moins que ce qu’elles rapportaient en 2002, c’est-à-dire en pleine guerre !
Comment cela a-t-il été possible ? Colette Braeckman explique :

«Alors que le gouvernement congolais a besoin urgent de ressources fraîches pour entamer la reconstruction du pays, le ministre de l’Economie et du Commerce, André Philippe Futa a relevé que la contribution du secteur minier était bien inférieure aux attentes, ne dépassant pas 6% du budget national, contre 30% en 2002, dans un contexte de guerre et de croissance négative ! Cette faible contribution est d’autant plus scandaleuse qu’au Katanga qui connaît un véritable boom économique, 1644 titres miniers ont été délivrés, et que le cours du cuivre, qui était de 4000 dollars la tonne voici quatre ans, dépasse aujourd’hui les 8000 dollars. Le processus de révision des contrats entamé l’été 2007 avait fait apparaître que sur 60 premiers contrats passés au crible, cinq seulement étaient déjà en phase de production, six en «étude de faisabilité» et que les titres couvrant 49 autres contrats devaient faire l’objet d’un examen approfondi pouvant mener soit à une renégociation, soit à une annulation pure et simple.
Les griefs retenus à l’encontre des sociétés étrangères sont multiples : dans certains cas, alors qu’elles se trouvaient simplement au stade de la prospection, de l’étude des gisements, des sociétés avaient déjà commencé à exploiter discrètement, envoyant à l’étranger des semi-remorques chargés d’ « échantillons ». Dans d’autres cas, le périmètre concédé avait été indûment étendu, au détriment de zones qui devraient être réservées aux artisans-creuseurs, en empiétant sur des propriétés villageoises ou en rognant sur des zones naturelles, et cela alors que le Congo se prépare à multiplier les « puits de carbone » c’est à dire des réserves boisées.
De manière générale, les contrats aujourd’hui jugés léonins ont systématiquement sous estimé l’apport congolais (valeur des concessions et capacités des équipements existants) et surestimé l’apport financier des intervenants extérieurs. Ces derniers, en plus, ont bénéficié d’importantes exonérations fiscales, s’étendant quelquefois sur une période de trente ans.
En plus de ces contrats inégaux, la fraude pure et simple prive le pays d’importantes ressources financières, plus de 90% des exportations de la RDC étant illégales ou incontrôlées.
Le ministre des Mines, M. Martin Kabwelulu a déclaré qu’au total, 4.542 titres miniers avaient été octroyés à 642 sociétés sur l’ensemble du territoire national, et que les concessions couvertes par ces titres couvraient 33% du territoire du pays.
Autrement dit, durant la période de transition, un tiers du Congo a littéralement été vendu, et cela sur base de photos aériennes et de cartes géologiques dont certaines étaient vendues par le Musée de l’Afrique centrale à Tervueren.
Plusieurs conclusions ont été tirées à l’issue de ces états généraux : si le socle du code minier, très libéral et qui avait été adopté durant la période de transition avec les conseils et le soutien actif de la Banque Mondiale demeure valable, certaines de ses clauses devront être réexaminées. Le rapport demande, entre autres, l’extension de la part de l’Etat dans le capital des sociétés minières mixtes, une meilleure spécification de la répartition des compétences entre le Ministre des Mines et les Ministres provinciaux, la prise en compte des populations locales, le gel des concessions et une lutte implacable contre la fraude. Un cahier des charges devra définir les relations entre les populations locales et les titulaires des droits miniers.»


Affolant, n’est-ce pas, que la logique de pillage soit allée aussi loin dans le pays ? Bien entendu, il est légitime de se demander qui est responsable de cette gabegie. « Le Congo ne s’est pas pillé tout seul », affirme Braeckman.

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« Mis à jour grâce à l’obstination du Premier ministre Gizenga (visiblement moins endormi que ne le disent les chancelleries…), le scandale des contrats miniers éclabousse tout le monde. Certes, durant la période de transition qui a précédé les élections, les ressources du pays ont été bradées par les autorités en place, impliquées à tous les niveaux: des conseillers de Kabila sont cités, mais ils avaient l’aval de Bemba en charge de l’Economie et des Finances, les ministres des Mines successifs ont fermé les yeux, les fonctionnaires ont laissé faire et ont touché leur commission.
Mais durant cette période intermédiaire qui a succédé à huit années de guerre et d’occupation et deux décennies d’affaiblissement de l’Etat, les Congolais n’étaient pas seuls: ils se trouvaient pratiquement sous la tutelle de la «communauté internationale» (c’est à dire essentiellement les Occidentaux) qui animait le CIAT (Comité d’accompagnement de la transition), soutenait la Mission des Nations unies au Congo et appuyait la Banque Mondiale. Cette dernière ne se contenta pas seulement d’assurer (avec un succès très relatif) la démobilisation des belligérants, elle participa à la rédaction du Code Minier et du Code forestier, en dicta les termes très libéraux et surveilla l’application des dispositions. Mais sans mesurer à quel point un Etat affaibli, une administration défaillante et sous payée étaient incapables de faire respecter la loi et de protéger la population contre les prédateurs en col blanc qui succédaient aux pillards en uniforme des années de guerre. »


Dans ce contexte de désenchantement des Congolais, qui ne croient plus aux discours de leurs élites, encore moins à ceux de la fameuse « communauté internationale », qui n’est en réalité que la « communauté occidentale », bonne conseilleuse mais pas bonne payeuse, la Chine fait une entrée fracassante dans le secteur minier congolais. L’Empire du milieu a opté pour une formule-choc : les « contrats de troc ». Infrastructures contre matières premières. Les Occidentaux hurlent, pestent, mettent en garde de manière très paternaliste contre les envahisseurs chinois qui ne seraient, ô scandale, intéressés que par les richesses naturelles de l’Afrique.
Mais la logique de troc vaut mieux que la logique de la prédation entretenue par les élites africaine et occidentale pendant de nombreuses années. En matière de communication, elle est d’une redoutable efficacité. Quand on pense aux Chinois en Côte d’Ivoire, on pense au Palais de la Culture et à la Maison des députés de Yamoussoukro, construite alors que tout l’Occident avait tourné le dos au pays. Quand on pense aux Français, on pense à la force Licorne, au massacre de l’Hôtel Ivoire, aux accords de Linas-Marcoussis, aux accords de coopération écrits en 1961, et autrement plus léonins que ceux que la Chine signe aujourd’hui.
Colette Braeckman conclut un de ses articles sur les contrats miniers par une phrase pleine de bon sens : « Les Chinois, demain, ne seront peut-être pas meilleurs que les tuteurs d’hier. Mais ils ne seront sans doute pas pires non plus. »
L’Afrique ne doit plus attendre de sauveur. Son avenir se trouve en elle, et elle est capable du meilleur comme du pire.

Photo 1 : Colette Braeckman et le Premier ministre Antoine Gizenga.
Photo 2 : L'usine de Gecamines au Katanga.

19/03/2008

Global Witness dénonce Soro et les FN

e9304d1b2d29d0b4f90dd11edc4a00d0.jpgL'ONG a bien décidé de ne pas lâcher les baskets du Premier ministre ivoirien. Nous ne pouvons que la féliciter pour ces pressions utiles, à un moment où Soro semble avoir neutralisé toute la classe politique ivoirienne : le pouvoir ne veut pas fragiliser un processus globalement porteur d'espoir dont Laurent Gbagbo est l'initiateur, et l'opposition ne veut pas prendre le risque de voir basculer l'ex-secrétaire général de la FESCI définitivement dans le camp présidentiel.

Un an après l’accord de Ouagadougou, les rebelles FN continuent de percevoir des taxes
Une mission de Global Witness en Côte d’Ivoire en février 2008 a constaté que le groupe des rebelles des Forces Nouvelles (FN) continue de percevoir des taxes sur le cacao et les diamants, malgré le processus en cours de réunification du pays.

Global Witness a notamment constaté que les camions de cacao continuent d’être escortés vers le Burkina Faso par les FN. Ses enquêteurs ont également pu confirmer sur le terrain que les FN continuent de délivrer des laissez-passer pour circuler dans leur zone et de maintenir des barrages routiers, et à cette occasion, commettent fréquemment des abus des droits humains.

« Ce système parallèle et illégitime de taxes, de laissez-passer et de barrages institué par les FN ne fait que favoriser la corruption. C’est de fait une économie de guerre qui retarde la réunification du pays » affirme Patrick Alley, directeur de Global Witness.

En juin 2007, Global Witness avait publié le rapport « Chocolat chaud : comment le cacao a alimenté le conflit en Côte d’Ivoire », qui dénonçait notamment la stratégie employée par les FN pour se procurer environ 30 millions de dollars par an en taxant le cacao transitant par le nord.

Un an après y avoir signé un accord politique, le Président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, et son Premier Ministre, Guillaume Soro, se retrouvent aujourd’hui à Ouagadoudou au Burkina Faso pour évaluer les progrès dans l’application de l’accord.
En dépit de cet accord, du démantèlement de la zone de confiance, et du progressif redéploiement de l’administration nationale sur l’ensemble du territoire ivoirien, les FN continuent d’administrer le nord de la Côte d’Ivoire, comme ils le font depuis 2002.

Global Witness appelle Guillaume Soro, en sa qualité de Premier Ministre et Secrétaire Général des Forces Nouvelles (FN), à mettre fin à ce système d’extorsion. « Toutes les taxes perçues par les FN dans cette zone devraient être abolies, les recettes générées par toutes ces taxes divulguées et des informations sur la façon dont cet argent a été utilisé jusqu'à présent publiées. Finalement, l’entièreté des taxes collectées à ce jour devrait être reversée à l’Etat, lequel se doit d’être transparent dans son utilisation de cet argent », précise Patrick Alley.

18/03/2008

Perpignan ? C'est quel village d'Afrique ?

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"Les choses qui arrivent aux autres commencent déjà à m'arriver", disait le célèbre humoriste Jean-Miché Kankan. Marianne pense-t-elle la même chose, lorsque des tripatouillages électoraux dignes de la république bananière la plus caricaturale se déroulent à Perpignan, en pleine France "métropolitaine" ? L'article qui suit est, en tout cas, édifiant.

A Perpignan, les bulletins étaient dans une chaussette
JEAN-PAUL ALDUY, sénateur UMP et maire sortant de Perpignan (Pyrénées-Orientales), n'a pas eu le temps de savourer sa victoire d'une courte tête (45,48 %) sur la coalition de gauche et du MoDem (44,11 %), loin devant le FN (10,42 %). Avant même la proclamation des résultats, ses opposants étaient dans la rue pour demander sa démission après une fraude présumée dans un bureau de vote dont le président avait dissimulé des bulletins et des enveloppes dans sa chaussette droite, avec pour but de « bourrer les urnes ». Hier, la tension est encore montée d'un cran en ville avec la manifestation de plusieurs centaines de personnes devant la mairie pour réclamer de nouvelles élections.

« Ce n'est pas un fait isolé. Ce scrutin a été faisandé. Il n'a aucune valeur », explique Jean Codognès, numéro deux de la liste de gauche. Les opposants entendent déposer des recours en annulation visant tous les bureaux de vote de la ville, en promettant une compilation très complète de différentes irrégularités et des témoignages précis sur la manière dont le scrutin a été mené. « Nous avons triomphé démocratiquement de l'union contre nature des tout sauf Alduy qui appellent aujourd'hui à l'émeute. Ce n'est pas la faute éventuelle d'un individu qui peut l'entacher », estime Jean-Paul Alduy qui dénonce les attitudes « putschistes » de Christian Bourquin, le président socialiste du conseil général. Hier soir, la garde à vue du président du bureau de vote a été prolongée. Il aurait reconnu avoir stocké des bulletins dans sa chaussette « pour ne pas les égarer pendant le dépouillement ».

Source : Le parisien


Les fraudes électorales sont-elles l'apanage exclusif des démocratures du Tiers-Monde ? Pas vraiment, et cette petite histoire nous le rappelle. L'on se souvient des divers scandales électoraux de la mairie de Paris, où le clan Chirac parvenait à faire voter des morts. Ceux qui ont étudié l'histoire de la décolonisation en Afrique savent aussi que durant la période multipartite d'avant l'indépendance, les gouverneurs coloniaux truquaient les scrutins pour favoriser les partis politiques qui leur étaient favorables. Dès le départ, la violation des principes démocratiques a relevé du "transfert de technologies", sauf que l'élève a fini par dépasser le maître. A quand des émissaires du RDPC de Paul Biya ou du PDG d'Omar Bongo venant former les militants de l'UMP aux manières les plus raffinées de tricher sans se faire prendre ? Pour une fois, le savoir-faire ira du Sud au Nord. Rions seulement !

29/02/2008

Sarkozy au Cap pour corriger l'affront du discours de Dakar ?

Ci-dessous, l'intégralité de l'intervention du président français Nicolas Sarkozy au Parlement sud-africain. Qu'en pense le village ?

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Madame la Présidente
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Je voudrais vous dire mon émotion de parler devant le Parlement d’un pays
qu’en France nous admirons, je veux dire votre pays, l’Afrique du Sud.
Avec le recul, le vingtième siècle apparaît comme l'un des siècles les plus
brutaux de l'histoire de l’humanité. Le vingtième siècle pour l’humanité ce
fut : deux guerres mondiales, un génocide, la shoah, des dictatures, des
exilés.

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22/02/2008

Ange Djédjé, fonctionnaire ivoirien, raconte son expulsion de France dans Frat-Mat

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Que vous est-il arrivé en France pour que vous soyez expulsé?


Je précise que je n’ai pas été expulsé. Ce sont des malentendus. Pour être expulsé, il faut vivre en France. Moi, je vis à Abidjan. Je ne travaille pas en France, je ne suis pas immatriculé en France. C’est dans le cadre familial que je suis allé dans ce pays.



La France, pour augmenter le nombre d’immigrés à expulser, a donné un quota à chaque préfecture. Les policiers ont des primes pour exécuter cette tâche. Ils peuvent vous interpeller même à l’aéroport, dans un rang en train de remplir les formalités d’embarquement. Ils vous demandent alors de les suivre, de ne plus rentrer chez vous et de vous mettre à la disposition de la police française, italienne ou allemande.



Dieu a voulu que l’opinion nationale et internationale sache comment les Africains sont traités en France. Et j’ai vécu cette mésaventure.



A Abidjan, quelle est votre occupation?


Je travaille à Abidjan depuis 22 ans, j’ai ma famille ici, je suis dans la fonction publique.



Pouvez-vous nous dire ce qui vous est concrètement arrivé en Europe?


Au départ, je n’avais pas affaire à la police française, puisque je n’étais pas en France. J’étais dans un rang à l’aéroport, en Italie, avec mes bagages pour revenir à Abidjan. Et comme je vous le disais tantôt, les services de l’immigration en France étant assujettis à des quotas, quand l’Italie prend un Africain, au lieu de l’expulser, elle l’envoie en France.



L’Italie paie des primes aux policiers français venus chercher cet immigrant. Quant à la France, elle se charge de l’expulser pour le comptabiliser dans les statistiques d’expulsions en fin d’année.



Pour quelles raisons, selon vous?


C’est pour dire qu’elle diminue l’insécurité. Je vais plus loin pour dire que l’immigration n’a rien à avoir avec l’insécurité.



Les Africains qui vont en France, c’est pour y travailler. Mais pas pour poser des bombes. Les Africains sont des racailles, donc il faut les balayer. Munis de papier ou pas, il faut les enlever du territoire français.



Etiez-vous le seul à l’aéroport en Italie à être interpellé?


Un certain nombre de Noirs avaient été interpellés en même temps que moi. On m’a demandé de donner mes papiers. Ce que j’ai fait en même temps que mon billet d’avion. Comme je ne parle pas l’Italien, je me suis retrouvé dans un engrenage. Ce pays me renvoie en Suisse, à la frontière française.



Pourquoi en Suisse?


Tout simplement parce que de l’Italie, pour aller en France, il faut passer par la Suisse. C’est la procédure.



Au moment de votre interpellation en Italie, aviez-vous vraiment vos papiers en règle?


Depuis 1984, je vais souvent en Europe. Je n’ai jamais eu de problème. J’étais en règle. Si non je n’entrerais pas dans un territoire.



Que s’est-il passé quand vous êtes arrivé en France?


En France, je pouvais m’exprimer en Français. J’ai dit aux responsables de l’immigration que je voulais rentrer chez moi. Je me suis laissé dire que c’est une procédure d’expulsion qui doit suivre son cours. De fait, je devais être gardé pendant 24 heures, avant d’être présenté au préfet. Qui allait décider si je devais rentrer en Côte d’Ivoire ou être maintenu dans un centre de rétention.



Un centre de rétention…


Je leur ai demandé ce que c’est qu’un centre de rétention. Ils m’ont dit que c’est un endroit où on garde des immigrés en situation irrégulière en Europe avant de les renvoyer dans leurs pays respectifs.



Je me suis retrouvé dans ce centre de rétention. A la justice, j’ai demandé à rentrer étant donné que j’avais mon billet. Le juge m’a dit que je n’avais pas d’adresse en France, donc il ne pouvait pas me laisser en liberté.



Dans ce centre, comment a été organisé votre rapatriement?


J’ai alors appelé mon épouse et un ami qui est au Canada quand mon téléphone portable m’a été remis. Mon ami du Canada a divulgué l’information sur l’Internet. Alors l’AFP, France Inter et plusieurs radios ont diffusé cette information.



Notre Consul a dit au préfet du Doubs qu’il n’était pas normal qu’on retienne quelqu’un qui devrait circuler librement. L’Association des Ivoiriens résidant au Doubs s’est rendue spontanément au centre. Pour dire aux responsables de la préfecture: «vous n’êtes pas dans vos droits».



La préfecture a reconnu qu’elle était en erreur. Mais qu’elle était assujettie à un quota d’expulsés. A 5h du matin, on m’a dit: «on ne vous menotte pas, vous allez rentrer dans votre pays, parce que vous êtes en règle». Je leur ai demandé «qui prend mon billet en compte?» On m’a répondu: «c’est l’Etat français». Ainsi je suis revenu à Abidjan tranquillement mercredi.



Interview réalisée par Ernest Aka Simon

07/02/2008

Tchad : un article très intéressant sur Rue 89

Des témoignages saisissants recueillis par un étudiant de l'ESJ-Lille, d'origine africaine, Cyprien Boganda.