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08/08/2008

C'était Zézé Baroan

La tribune qui suit est de l'ami Joël G. Baroan. Il est un témoignage sur celui qui fut son père, mais aussi et surtout, l'un des plus proches collaborateurs de Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d'Ivoire. Alors que l'actualité nous ramène aux jours pleins de fièvre de l'indépendance, petit clin d'oeil à l'Histoire !


Il y a un an, le 25 juillet 2007, s’éteignait le Général de division, Ambassadeur de Côte-d’Ivoire, Bertin Zézé Baroan. Tout a été dit sur l’homme ou presque. Sur ses origines, sur sa volonté farouche de se forger un destin à la mesure de ses ambitions et dans les pas de son illustre grand-père, le grand guerrier Rabet Boguhet, qui eu maille à partir avec le colonisateur, sur sa rencontre et plus tard sur sa collaboration avec Félix Houphouët-Boigny, emprunte de respect et d’admiration réciproques.

Orphelin très jeune, il avait choisi le métier des armes pour se forger une carrière militaire. Comme son ancêtre, il avait soif d’aventures et de grands espaces. L’Indochine et Dien Bien Phu lui fournirent leurs meilleurs élixirs. De retour en Côte d’Ivoire, auprès d’Houphouët, il avait fait le choix de le servir, parce que disait-il, le Président parlait de la Côte-d’Ivoire à construire, de la Côte-d’Ivoire de demain. Avec d’autres, il aurait la charge de l’Armée future du pays. Mais de quelle armée parle-t-on ?
Nous avions lui et moi, de longues conversations (plutôt interrogations pour moi et enseignements pour lui), sur divers sujets de ces premiers temps.
Il avait une certaine idée de l’armée ! Conscient que celle-ci fut ontologiquement une escouade au service de l’oppression coloniale, il disait la difficulté d’en faire une armée nationale. Il aimait à répéter : « Le jour où nous formerons une nation, notre armée suivra ! », à quoi je rétorquai : « l’armée ne pourrait-elle pas être le creuset de la nation ? » « Que non ! Elle sert un homme, une vision », regretta-il.

Pourtant tant bien que mal, il remplit ses missions. Comme premier Aide de camp de Félix Houphouët-Boigny d’abord, comme Commandant militaire du Palais ensuite, puis, comme Chef de la 3ème région militaire à Bouaké. Comme Chef d’état Major enfin, il fit serment de fidélité au drapeau et de loyauté à un homme, tandis que ses condisciples Kountché au Niger et Kérékou au Bénin tentaient l’aventure du Coup d’état. Bref, le soldat qu’il était portait haut la fierté de toute une armée, reflet d’un pays admiré, et montré en exemple par tous pour ses performances économiques. Mais il n’était pas dupe, car il savait aussi que son prestige personnel et la fierté qu’il avait pour cette armée avaient pour source et s’appuyaient sur le prestige et le rayonnement personnels d’un homme : Félix Houphouët-Boigny.
Plus tard, il illustra ce qu’il avait ressenti années là. En effet, devant la nomination d’Alassane Dramane Ouattarra au poste de Premier Ministre et la fierté légitime que ce dernier en éprouvait, le Général remarqua que le poste de Premier Ministre de ce temps là comme celui de Chef d’état major en son temps, n’étaient que la dérivée de l’énergie et cette énergie, n’était autre que le président Houphouët.
Alors une idée le hantait, celle de l’indépendance de l’armée, fut-elle partielle. Je ne crois pas, à ma connaissance, qu’il trouva une réponse, puisqu’il considérait que l’indépendance d’une armée comme celle d’un pays se gagne sur le champ d’honneur ; il pensait à l’Algérie, bien sûr !

Un homme de son temps avec les atavismes et les contradictions de son temps.

Les contradictions, les malentendus furent encore plus grands et plus vertigineux lorsqu’ils concernaient l’armée et sa relation avec le pouvoir politique. Il répugnait plus que tout ces moments de grandes confusions où l’armée prenait pied dans la vie politique. Le souvenir des moments funestes dans les pays frères sans doute ! Pour lui, la grande déchirure fut 1982. Lui qui était sorti de son Gbétitapéa natal, affranchi des contraintes locales pour aller au monde, le voici ramené, par le fait d’intellectuels bété qu’il admirait pourtant, à des considérations ethniques ! Ce qui fut appelé le « complot des enseignants bété » et le discours qu’il dut prononcer, pour y mettre un terme, le marquèrent durablement. Il me conta souvent les circonstances ubuesques dans lesquelles il concocta et prononça ce discours au contenu d’ailleurs pas très original : une allégeance tout ce qu’il y’a de plus classique d’une phalange d’une armée aux ordres. C’est dans l’itinéraire et dans la personnalité de celui qui la prononce que se situe le caractère insolite de cette motion de soutien. Il détesta ce moment, mais en bon soldat, il s’exécuta sans état d’âme.
C’est l’idée qu’il se faisait de la Côte-d’Ivoire qui le guida toujours. Rester digne et exemplaire.

Ainsi, il n’approuva pas le Coup d’état de 1999, parce qu’il ouvrait, disait-il, la boîte de pandore, toujours difficile à refermer, et que l’on créait de facto un mélange des genres qu’il n’aimait pas.

Pourtant, une fois à la retraite, lorsqu’il fit piqué par le jeu de la politique, et qu’il fit campagne pour la présidence du PDCI en 2000, ce n’était pas parce qu’il se sentait un nouveau destin, mais ce fut plutôt pour garder la maison et la protéger des convoitises. Mais hélas, il ne fut pas compris, pas plus en 2000, qu’en 2002, lorsque sortit de sa maladie que son treillis ceint pour l’occasion avait du mal à cacher, il prit la parole pour dire son indignation devant ce énième coup de feu qui devait emporter l’unité nationale. Malgré les apparences, il avait été blessé par la lecture critique que l’on fit de son initiative qualifiée d’activisme dans les milieux autorisés.
Je me souviens encore du mot que je lui fis parvenir pour tenter de m’expliquer avec lui la méfiance des autorités vis-à-vis de lui. Je lui écris ceci : « Sans doute (…) les actes que tu poses sont prit pour une ultime volonté de prendre le pouvoir d’état », et pour illustrer mon propos, je lui écris cette citation de Charles De Gaulle parlant du Pétain de juin 1940, et qui sans doute lui était appliqué : « Toute la carrière de cet homme d’exception avait été un long effort de refoulement. Trop fier pour l’intrigue, trop fort pour la médiocrité, trop ambitieux pour être arriviste (…). Et voici que tout à coup, dans l’extrême hiver de sa vie, les événements offraient à ses dons et à son orgueil, l’occasion tant attendue, de s’épanouir sans limites. A une condition, toutefois, c’est qu’il acceptât le désastre et la compromission comme pavois de son élévation et le décorât de sa gloire ». Dans son cas, le désastre eut été l’acceptation de toutes les turpitudes menant au pouvoir.

Je garde de mes cinq dernières années à ses côtés des souvenirs impérissables et des discussions de hautes volées sur ce qui se passait sous nos yeux.

La drôle de guerre déclenchée le 19 septembre 2002 et l’impréparation dans laquelle elle avait trouvé nos Armées. Il s’était étonné de la non capacité de projection des troupes sur un théâtre d’opérations c'est-à-dire de la possibilité de mener des opérations ponctuelles et rapides de sorte à prendre un avantage durable ; par manque de moyens, et par manque d’entraînement, mais aussi, et il semblait feindre d’ignorer par manque de confiance, ce qui explique sans doute le peu d’empressement des autorités politiques d’engager des actions militaires d’envergures, ce devant le manque de loyauté d’une grande partie de l’armée envers la république. De cela, il s’en rendrait compte plus tard devant les ralliements affichés ou même soupçonnés à la rébellion. Le miracle de cette nuit de septembre 2002, et il le reconnaîtra plus tard, tient pour l’essentiel à la bravoure et à la dignité (déjà !) de jeunes officiers.

La libération de Daloa le laissa dans une joie indescriptible, lui qui des semaines plus tôt rageait de ne pas voir appliquer son plan « caracals » de prise à revers des rebelles en les coupant de leurs bases burkinabé par des bombardements des lignes frontalières. Mais le pouvait-on vraiment ? En l’état de nos forces (matériels et hommes), cela relevait d’une douce illusion. Il le savait et n’osait se l’avouer.



Plus que tout événement de ces temps là, et après la paix amère de Marcoussis, le déclenchement de« Dignité » (tout est dans le nom même de l’opération) ravivait chez lui des souvenirs prodigieux. Il avait déjà salué l’effort de réarmement militaire et défendait, partout où il le pouvait, cette option du Président de la République.

Il reconnaissait, implicitement d’ailleurs, que les difficiles mutations des FANCI, pendant les années 1980 avaient contribué directement ou indirectement aux crises successives et avaient dans le même temps obéré leur capacité de réaction. Difficultés liées à l’armement (avec un TED c'est-à-dire un Tableau d’Equipements et de Dotations inadapté), mais surtout difficulté due à une gestion des effectifs et des Hommes trop adossée à un système d’avancement ostracisé par la politique. De fait, en prenant la parole en 1982, comme il avait fait, entouré d’officiers bété et se présentant comme tel lui-même, il avait prévenu son mandataire, Houphouët-Boigny que cela provoquerait un précédent dangereux pour le pays : faire entrer officiellement et de cette manière, l’ethnie dans l’armée. A l’époque et pour les besoins de la cause, son avertissement était noyé dans des félicitations tout aussi gênantes.

« Dignité » donc, c’était le retour de l’Armée, et aussi le retour de la puissance politique souveraine. Une armée comme il aimait : fière, conquérante, reflet de l’autorité politique et subordonnée à elle. Nous ne parlerons jamais lui et moi de l’échec de Dignité ; trop douloureux sans doute. Il s’était rallié, comme la majorité à l’option politique pour sortir du conflit et reconnaissait que seules des décisions politiques courageuses pouvaient enraciner durablement la paix.

Dans les derniers temps, nous parlions de l’avenir de l’armée. Il pestait devant l’insistance de vouloir faire une armée intégrée, là où lui voyait juste une armée à intégrer par les anciens rebelles ! Dispute sémantique que tout cela ? Pas vraiment, puisque derrière cette subtilité, le primat du Président de la république sur l’armée ne devait jamais être contesté.

Il rêvait d’une armée nouvelle débarrassée de ses vieux démons, sure de sa valeur et de sa place dans la nation, dignement représenté par son chef. C’était à ce prix que naîtrait les FANCI c'est-à-dire les Forces Armées Nouvelles de Côte-d’Ivoire, une armée à venir donc.

Il laisse un héritage sans doute contrasté, que d’autres mieux que moi pourront juger et apprécier, mais il nous a transmis à nous ses enfants, ses collaborateurs et je me permets de croire aux Ivoiriens, une mémoire profondément emprunte de loyauté et du service à la nation, sa seule exigence finalement c’était de tenir le rang de la Côte d’Ivoire quoiqu’il en coûte.

C’était ça aussi Zézé Baroan !



Joël G. Baroan

31/07/2008

Discours de Dakar : le scribe de Sarko se défend...

Dans Le Monde et sur Rue 89.

23/07/2008

Pas de Noirs dans les bars de Pékin : une fausse rumeur !

C'est ce que démontre Pierre Haski dans un article sur Rue 89, qui nous renseigne aussi sur les emballements médiatiques. Pour lire, cliquez ici.

16/07/2008

Où l'on reparle de Gildas Le Lidec

Le président Ravalomanana a congédié Gildas Le Lidec, ex-nouvel ambassadeur de France à Madagascar. Et pour cause : il était à Kinshasa lors de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila et à Abidjan lors des conspirations à répétition contre Laurent Gbagbo. On n'est jamais trop prudent...


fe1d954d65ef64e26e6ec2cd6fa1a448.jpgGildas Le Lidec, l'ambassadeur français à Antananarivo, a accusé le président malgache, Marc Ravalomanana, d'être à l'origine de son départ prématuré de la Grande Ile. Les cicatrices des relations franco-malgaches se rouvrent, estime la presse de la capitale.
"Je regrette profondément que le président de la République malgache ne m'ait pas accordé la moindre chance de pouvoir remplir l'exaltante mission dont je rêvais depuis longtemps et que m'avait confié, il y a quelques mois seulement, le président de la République française." Le discours officiel du 14 juillet 2008 de l'ambassadeur de France à Madagascar a fait l'effet d'une bombe médiatique dans la presse malgache et au-delà. En annonçant son départ prématuré, Gildas Le Lidec, arrivé à Antananarivo en février dernier, n'a laissé aucun doute sur ses motifs : il s'en va parce que telle est la volonté de Marc Ravalomanana.

De fait, après avoir reçu les lettres de créance de l'ambassadeur, le président malgache ne lui a prêté aucune attention. "Diverses sources diplomatiques font savoir que 'malgré de nombreuses tentatives de rapprochement entre les deux personnalités, le président malgache n'a jamais voulu parler en tête à tête avec le chef de la mission diplomatique française à Antananarivo'", rapporte le journal d'opposition Madagascar Tribune.

Les raisons de ce mépris seraient liées aux précédentes affectations de Gildas Le Lidec dans deux pays africains en pleine crise, à savoir la république démocratique du Congo et la Côte-d'Ivoire. "Un passé diplomatique peu apprécié" à Tana, souligne L'Express de Madagascar, qui ajoute que "la presse proche du pouvoir n'a pas manqué de se poser des questions sur les intentions françaises".

"Superstitieux, le numéro un malgache a développé une peur bleue du chef de la mission diplomatique française, juge Madagascar Tribune dans un éditorial. Ainsi, Gildas Le Lidec "paie aujourd'hui au prix fort son passé, sur lequel les autorités malgaches ont greffé une littérature aussi invraisemblable qu'irrationnelle". Et Madagascar Tribune constate "la victoire de Marc Ravalomanana dans son duel diplomatique très feutré avec le diplomate français", mais s'interroge par ailleurs sur "les éventuels impacts de ce désaveu de l'ambassadeur de France par les autorités malgaches alors que la France préside pour six mois l'Union européenne".

Dans un billet d'humeur, le journaliste de L'Express de Madagascar Sylvain Ranjalahy place cette "journée historique" sous le signe de la "rupture" dans les relations franco-malgaches. Rupture "avec les bienséances diplomatiques", car "l'usage veut que certaines informations ne soient pas destinées au grand public. Mais, si l'ambassadeur l'a fait dans son discours officiel du 14 Juillet, il faut comprendre que c'est aussi le sentiment de l'Etat français."

Côté malgache, "rupture avec un trop long complexe d'infériorité vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale". Ravalomanana "est le tout premier président malgache à avoir osé" faire prévaloir sa prérogative de chef d'Etat en refusant un ambassadeur. "On sait très bien qu'étant donné le tempérament du président malgache les raisons de son antipathie à l'égard du diplomate français pourraient bien être farfelues ; cela ne fait qu'amplifier l'audace de sa décision."

Pour ce même journaliste, "les relations franco-malgaches arrivent ainsi à un point extrême ponctuant six années de difficile cohabitation. En dépit d'un dehors favorable marqué par la double visite de l'ancien président Jacques Chirac, les séquelles de la tergiversation de la France à reconnaître Ravalomanana en 2002 demeurent gravées dans les mémoires. Elles restent tenaces au point d'engendrer une relation sur la corde raide qui avait déjà causé l'expulsion de deux journalistes français et d'un père jésuite."

Pour en savoir plus, cliquez ici.

27/06/2008

Cameroun : autopsie d'une indépendance (suite)

Au sujet du documentaire diffusé lundi dernier par France 5, l'analyse de Serge-Alain Godong dans le quotidien camerounais Le Jour, ici.

20/06/2008

Et si Obama était Camerounais ?, par Patrice Nganang*

A lire en intégralité ici.

*Patrice Nganang est un écrivain camerounais, lauréat du grand prix littéraire d'Afrique noire.

15/06/2008

Obama n'est pas Africain, par Diégou Bailly*

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Barack Hussein Obama, Américain de nationalité, Africain d'origine (son père est Kenyan) et Asiatique d'éducation (sa mère Américaine s'est remariée avec un Indonésien) a pris le meilleur à l'investiture du parti démocrate sur Mme Hillary Clinton, l'épouse de Bill Clinton, ancien président des Etats-Unis.
Cette victoire historique fait déjà rêver certains Africains. Beaucoup d'entre nous attendent (encore) la venue d'un nouveau "messie" qui les délivrera enfin de la misère, de la pauvreté et du poids de l'exploitation. Ceux-ci espèrent que Barack Obama sera celui que l'Afrique attend depuis toujours. Hélas, mille fois hélas, il n'est point Africain. A tout le moins, on peut le considérer comme un afro-américano-asiatique. Cette tri- culturalité lui confère l'atout majeur d'une plus large ouverture sur le monde et d'une plus grande aptitude à la tolérance.
Cependant, disons-le tout net: il n'est pas Africain. Il ne sera pas le porte-étendard de la cause de l'Afrique; s'il remporte, en novembre prochain, la victoire finale sur son rival républicain John McCain. Au contraire, il pourrait devenir, pour le continent, le pire des présidents que les Américains n'aient jamais élus. Tant il aura à cœur de montrer qu'il est plus américain que les Américains de souche. L'épisode de sa douloureuse séparation avec le pasteur Jeremiah Wright, son mentor de longue date, nous ramène violemment à cette dure réalité. Le fondateur de la Trinity United Church a eu le malheur de prononcer ces mots terribles pour la mémoire collective américaine: "Le 11 septembre (2001) est un juste retour du bâton; maudite soit l'Amérique!"
En outre, Barack Hussein Obama aura à cœur de prouver à tous les Américains (et à certains journalistes qui le disent déjà) qu'Obama (Lance enflammée en swahili) n'est point Oussama (Ben Laden). Clairement dit, il n'entend être ni le " fils" de son père, musulman de confession ni l'intrépide moudjahidin de la cause de l'Islam. En tous les cas, les Africains-américains authentiques observent d'un œil ébahi (si ce n'est ahuri) ce "petit prince" descendu tout droit de sa lointaine planète. . . noire.
Barack Obama n'est point Africain. Il n'entretient, d'ailleurs, aucune prétention de le devenir. Il est Américain, en son âme et conscience. Toutefois, qu'il le veuille ou non, il demeure un nègre, aux yeux des Américains. Sur ce point, il porte l'espoir et l'espérance de tous les Noirs. Il renouvelle nos droit et pouvoir de rêver.
Mais, ne l'oublions pas. Ils avaient déjà défiguré et décapité les stèles des pharaons noirs de la vallée de Kherma dans l'Egypte pharaonique. Meurtre symbolique! Aujourd'hui encore, ils pourraient trucider Obama (selon la boule de cristal de Dame Clinton) avant ou après sa victoire (que nous souhaitons de tous nos vœux) sur John McCain. Meurtre physique!
Quoiqu'il arrive par la suite, le p'tit nègre aura déjà pris rendez-vous avec son destin: celui de montrer au monde que les Noirs sont de plain-pied dans 1 'histoire (ancienne, moderne, contemporaine et immédiate) sans y être " suffisamment entrés ", selon la fameuse formule du président français Nicolas Sarkozy.
Historiens, politologues, futurologues, négrologues, négrophobes, négrophages... de renommée mondiale auront tout dit et prédit sur les Noirs, sauf imaginer qu'un de leurs congénères serait appelé, un jour, à diriger la plus grande puissance mondiale (après l'Egypte pharaonique, bien sûr).
Nous avons donc raison de souhaiter et d'espérer la victoire de Barack Obama. Nous en serons heureux et fiers. Même si nous restons persuadés que l'Afrique n'en tirera aucun bénéfice matériel. Bien au contraire, elle profitera stratégiquement aux Etats-Unis, en consolidant leur hégémonie sur le monde. Elle donnera aux Américains l'illusion de vivre dans un Etat très démocratique, dans un pays ouvert et tolérant et dans une société multiculturelle et multiraciale. Ou, au-delà des préjugés, ne comptent que la valeur intrinsèque et la compétence de chaque individu. Effectivement, ce pays qui, après le 11 septembre, aurait eu l'audace de porter à sa tête un Obama dont le nom rappelle outrageusement Oussama s'accordera le droit de s'attribuer toutes les vertus et qualités.
Oui, mais... Obama n'est pas Africain. Cependant, il renouvelle l'espoir et l'espérance de la race noire. Vilipendée, humiliée, honnie et vomie à travers les âges. Il rappelle à notre mémoire collective flétrie et flagellée que, si tout n'est pas permis,' "tout est possible ". A qui garde la foi.

*Journaliste ivoirien célèbre, Diégou Bailly est l'ancien directeur de publication du Jour. Il est aujourd'hui président du CNCA, organe de régulation de l'audiovisuel en Côte d'Ivoire. Il s'exprime ici à titre personnel.

09/06/2008

Discours historique de Gbagbo sur la corruption

Le président ivoirien a annoncé "une législation plus solide, plus corsée contre la corruption" lors d'un discours fort à Tiassalé. L'intégralité de son intervention ici. Personnellement, j'ai bien aimé la partie où il parle du trafic de journaux dans des circuits parallèles. Une activité qui se déroule dans quasiment tous nos quotidiens, avec la bénédiction d'une partie de la hiérarchie.

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Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;
Madame la Ministre Boni Claverie ;
Messieurs les Elus ;
Monsieur le Président du Comité d’Organisation ;
Monsieur le Porte-parole des cadres de Bodo ;
Monsieur le Porte-parole des populations de Brou-Brou ;
Honorables Chefs Traditionnels ;
Distingués Chefs Traditionnels Religieux ;
Populations de Bodo ;
Mesdames et Messieurs,

Tiassalé est le symbole de la Côte d’Ivoire de demain avec le brassage de toutes les populations. Je salue également ce département parce qu’on ’oublie vite.

En 1996, j’ai fait un terrible accident de voiture. J’ai été accueilli dans le modeste hôpital de Tiassalé. C’est en ce moment que je me suis rendu compte que nos hôpitaux à l’intérieur du pays, sont dépourvus de tout, même du minimum.

Nous allons faire un effort pour aider l’hôpital de Tiassalé. Bientôt, je viendrai pour faire un peu de dons à l’hôpital. Voilà pour les souvenirs personnels. Maintenant, il y a l’Etat. Nous avons entrepris une politique de décentralisation et en écoutant les gens parler, nous renvoyer les échos de cette politique, en écoutant le Porte-parole de Brou-Brou et celui de Bodo, je suis fier d’avoir initié cette politique.

Il faut que les peuples de Côte d’Ivoire soient en mesure de se prendre en main. Il faut que les Sous-Préfets soient proches d’eux. Mais, il faut également qu’eux-mêmes, avec les communes, se prennent en charge. Il était important que l’agglomération de Bodo, avec 5000 âmes, prenne son destin en main à travers sa mairie. Je suis heureux. J’en suis fier.

Habitants de Bodo, voici donc votre commune. J’ai fait ma part de travail, c’est à vous de faire la vôtre. D’abord, vous devez élire un Conseil municipal et un maire compétents. Excusez-moi, mais si vous élisez quelqu’un qui détourne, demain, l’argent de la commune, il ne faudrait pas venir pleurer à la Présidence.

J’ai fait ma part en vous donnant la commune. C’est à vous de faire le reste. Nous ferons encore beaucoup de choses parce que nous n’avons pas fini avec la décentralisation. Pour le moment, nous avons prolongé la communalisation. Pour les instances décentralisées comme le Département et la commune, nous n’avons pas encore voté la loi pour leur permettre de collecter eux-mêmes leurs impôts afin d’avoir leurs propres financements. C’est ce qui fait que pour le moment, l’Etat est obligé de donner des subventions. […].

Nous voterons une loi pour que vous puissiez vous-mêmes collecter les impôts qui vous reviennent de part la loi, selon l’assiette qui aura été définie par la loi. Mais en ce moment-là, nous serons sévères. Nous confierons les plus grandes responsabilités au corps préfectoral. J’estime qu’aujourd’hui, nous sommes dans une situation bâtarde où les Préfets n’ont pas encore la nouvelle définition de leur rôle.

Avant, on avait des Préfets-Maires, des Sous-Préfets Maires. Tout cela est fini. Aujourd’hui, le Préfet sera exactement ce qu’il est, c’est-à-dire le substitut du Chef de l’Etat, son représentant personnel là où il est. Le Sous-Préfet aussi. En conséquence, quand vous aurez arrêté vos budgets, les Préfets vont vérifier à priori et à posteriori. Ces lois n’ont pas été prises. Et les Préfets seront à vous trousses pour s’assurer que vous dépensez l’argent public pour le bien des populations. C’est le Préfet qui connaît les réalités du terrain. Ce n’est pas le Ministre de l’Intérieur. Il est trop loin. Nous allons donner aux Préfets, le pouvoir de vous contrôler directement, pour faire la chasse à ceux qui, sous le couvert du fait qu’ils sont élus, veulent être de petits truands. Il faudrait que les Préfets et Sous-Préfets traquent partout où les gens voudront détournés un sou.

Sur ce problème, je disais toujours aux gens que je ne sais pas mener deux combats à la fois. Mon premier combat était d’arrêter la guerre. La guerre est finie. Maintenant, mon combat, c’est de chasser les corrompus et leurs corrupteurs. […]. En pays Bété, d’où je suis originaire, on dit souvent que lorsque tu poursuivis deux écureuils, tu manges ta banane simplement sans accompagnement.

On a arrêté la guerre. Maintenant, il faut rendre propre la Côte d’Ivoire. Il faut faire la chasse aux corrompus. Il faut faire la chasse à la corruption. Aujourd’hui, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) sont en train de faire la chasse en leur sein.

Ce que nous constatons, c’est que le racket sur les routes est dû au fait que beaucoup de ceux qui ont les voitures aiment les rackets. Il y a deux semaines quand les Chefs des FDS m’ont averti que tout serait bloqué pour vérifier que les véhicules avaient effectivement leurs pièces, les 3 /4 des voitures étaient garées. Ils n’ont pas de papiers. On ne peut pas crier contre les Policiers et Gendarmes, quand on veut les corrompre soi-même. Vous roulez sans papiers (sans carte grise, sans assurance…) ; si vous avez un accident et que vous tuez quelqu’un, qu’est qu’on fait ? C’est l’Etat qui est interpellé. On ne peut pas continuez à rouler avec la maxime ‘’Dieu est Dieu’’. Nos véhicules doivent avoir leurs papiers.

Il faut donc lutter résolument contre la corruption. On parle des Policiers, des Gendarmes, mais dans les bureaux, les gens n’arrivent pas à faire leurs documents administratifs. […].

Je vous demande à vous, les Préfets et Sous-Préfets de faire la police dans vos bureaux. Les petites usines que nous avons dans nos régions, les personnalités les traient à telle enseigne que les gens sont découragés. Lorsqu’un Ministre vient en week-end, il appelle pour qu’on lui donne trois millions. On fait n’importe quoi.

Même les agents municipaux qu’on recrute et que l’on appelle communément ‘’coupeurs de billet’’, ils deviennent des ‘’coupeurs d’argent’’. On leur dit «allez sur le marché pour que chaque vendeur paie sa taxe», mais, eux, s’enrichissent au détriment de la commune. Il faut que cela cesse. Ce n’est pas sérieux. C’est pour tout cela que nous avons fait campagne. C’est pour tout cela que nous avons été élu.

La guerre vous a donné un sursis, à vous autres les corrompus. Maintenant le sursis n’existe plus, puisque la guerre n’existe plus. Maintenant on va faire la guerre. Même les simples journaux, là où les tirages sont fait, à l’imprimerie, certains prennent des paquets et vont vendre. Ce n’est pas compté dans le chiffre normal. On dirait que dans ce pays, on ne peut voir quelque chose sans voler. Dès qu’un bien est produit, il faut voler. Dans les usines de textiles ce qu’on nous signale, c’est que les ouvriers sortent avec des balles. Ce n’est pas bien.

C’est le pays que vous tuez en faisant cela. Quand je passe dans des endroits, les gens me disent : «il faut diminuer les impôts, la TVA, la taxe», je les regarde. Celui qui dit qu’il faut diminuer la TVA, il la vole déjà.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, tenez–vous prêt. Nous allons réfléchir à faire une législation plus solide, plus corsée contre la corruption. Mieux vaut qu’on fasse notre travail. Notre rôle, sera d’écarter les fossoyeurs de notre chemin. On ne peut pas accepter que dans un pays aussi bien que la Côte d’Ivoire, où nous avons tout (la mer, les lagunes, les forêts, les savanes, le pétrole, le café, le cacao) nous passions notre temps à voler au lieu de travailler.
Mettez-vous au travail.

Habitants de Bodo, de Brou-Brou, les communes qu’on vous a donné, doivent vous servir à mettre les Ivoiriens au travail.

Un village, une école, un dispensaire, de l’électricité ainsi que de l’eau courante. Si cela est fait, toute la Côte d’Ivoire est sauvée.

Que Dieu vous bénisse.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Je vous remercie.

14/05/2008

Reportage intéressant...

... d'une psychiatre-humanitaire française, Frédérique Drogoul, travaillant en ce moment dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire. Pour en lire plus, cliquer ici.

07/05/2008

La France pour des systèmes d'assurance maladie dans les pays pauvres

Visiblement, en 2000, le candidat Laurent Gbagbo a eu un très bon nez en proposant de créer un système d'assurance maladie universelle en Côte d'Ivoire, où les fonctionnaires bénéficient déjà d'une couverture maladie à travers la MUGEFCI. La France officielle, à travers Bernard Kouchner, valide cette piste de lutte contre la pauvreté. Ci-dessous un extrait de dépêche sur le sujet et un lien vers la vidéo où Kouchner s'explique plus largement.


La France a prôné mercredi au cours d'une conférence internationale à Paris la création de systèmes d'assurance maladie dans les pays pauvres, notamment en Afrique, mais des ONG ont défendu de leur côté la gratuité des soins afin d'aider des millions de personnes.

"Chaque année, plus de 100 millions de personnes passent en dessous du seuil de pauvreté pour cause de maladie et d'invalidité", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.

Le chef de diplomatie française s'adressait aux représentants de 65 pays, institutions internationales, organisations non-gouvernementales et entreprises privées au cours d'une conférence sur le financement des système de couverture maladie dans les pays pauvres.

Rappelant que la santé était "la condition première du développement", M. Kouchner a estimé qu'il fallait "impérativement impliquer les populations".

"Leur initiative, leur participation y compris financière quand c'est possible, sont indispensables", a-t-il ajouté.

"Le monde en développement ne peut pas vivre de la charité", a affirmé l'ancien "French Doctor".

"Une fois opérationnels et bien contrôlés par les populations elles-mêmes, les systèmes d'assurance ne coûtent pas cher", a poursuivi le ministre, soulignant la nécessité de "mécanismes de financement innovants", en faisant appel au secteur privé et à la micro-finance.


La vidéo de Kouchner ici.