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16/10/2008

Il était grand temps, par Josua Christian Zady

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Les résultats du concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) session 2008, tous cycles confondus, sont connus du grand public depuis quelques jours. Contrairement à l’année dernière, ceux de cette année n’ont pas entraîné de façon manifeste une vague de contestation et de récrimination de la part des candidats même s’il reste entendu que des failles subsistent encore. C’est vrai, on ne change pas aussi facilement des pratiques et des habitudes acquises avec le temps et que l’inexistence d’une véritable opinion publique avait fini par consacrer voire légitimer. Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre combat a eu le mérite, sinon de juguler totalement le phénomène de la fraude et de la corruption, du moins de le réduire à des proportions « raisonnables », encore que le terme raisonnable est incongru. Cependant, l’espoir d’une éradication totale de ce fléau demeure, à la condition seulement, comme le souligne en substance François Perroux dans son œuvre Aliénation et Société industrielle, que les élites intellectuelles, dans leur ensemble, prouvent un souci actif et efficace de « déprolétariser » les masses.
C’est un secret de polichinelle que le terme d’exclusion est devenu au seuil des années 90 la référence du débat social. Entendons-nous bien, nous ne parlons pas d’exclusion dans le sens où la politique et les politiciens ivoiriens la perçoivent, mais d’exclusion comme l’apparition d’une nouvelle forme de pauvreté due au chômage de longue durée ; d’exclusion entendue comme l’ensemble des processus de mise à l’écart. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes sont dans l’impasse, incapables de jouer un rôle dans la société, frappés par la drogue, l’alcool sans qu’ils paraissent s’en émouvoir. Une spirale de mécomptes les tire vers le bas. Pour ceux-là, il faut faire quelque chose dans l’urgence et le Ministre Dosso Moussa ne croyait pas si bien dire lorsqu’il a affirmé dernièrement que l’intégration de la jeunesse constitue un défi majeur. Nous l’en félicitons au passage et en profitons pour dire que cela passe par l’assainissement des concours de la Fonction Publique. Un aperçu nous a été donné cette année avec les concours de l’ENA qui ont connu un brin d’objectivité grâce à nos écrits ; la fraude à grande échelle n’a pu s’opérer. Tous les observateurs s’accordent même à reconnaître les efforts consentis par nos autorités pour dissuader les principaux acteurs de la corruption, à travers notamment la mise en place, au forceps, de la Commission de surveillance dirigée par Monsieur Sanogo Porno dont l’éthique et la longue expérience professionnelle ont permis de déjouer au cycle moyen supérieur des velléités de fraudes orchestrées par les membres de l’Administration de l’ENA.
Néanmoins beaucoup reste encore à faire pour donner la chance à tous ceux qui n’ont ni parents haut placés, ni suffisamment d’argent pour s’offrir une place dans l’Administration Publique. On nous reprochera assurément de parler beaucoup de l’ENA ; cela est vrai. Mais c’est parce qu’elle le mérite : elle permet de voir gros et de saisir que la société ivoirienne, dans l’état actuel, est en déliquescence comme elle est incapable de promouvoir l’excellence. La preuve nous a été donnée par le Ministre Cissé Bacongo qui a ouvertement disqualifié l’examen du BTS par la découverte de faux diplômes. Le chiffre de deux mille (2000) faussaires annoncé par le Ministre ne constitue pas seulement une hallucination, mais aussi et surtout une grande honte pour l’Etat de Côte d’Ivoire dont la corruption du système éducatif vient ainsi d’être portée à nu. Nul n’ignore qu’en Côte d’Ivoire le BTS est devenu une marchandise qu’on peut acheter sur le marché en l’occurrence la DECOES. Avec une somme de trois cent mille francs (300 000) on peut facilement s’offrir ce diplôme sans être régulièrement inscrit dans une école et parfois même sans avoir nécessairement besoin de subir les épreuves écrites et orales. Les étudiants qui savent l’existence de cette pratique le répètent à l’envi à certains professeurs qui refusent de donner dans la compromission et qui sont réputés pour leur rigueur au travail. Nombre de ces enseignants nous ont approchés pour nous confier qu’ils ont volontairement arrêté depuis des années de participer aux examens de BTS au motif qu’il est inadmissible que les opérations de délibération ne se font pas dans le centre même de correction et qu’ils n’y sont pas associés. En effet, disent-ils, une fois les corrections achevées, les copies sont acheminées à la DECOES qui se charge de la transcription des notes et de la publication des résultats. Cela veut tout simplement dire qu’il n’y a pas de procès-verbal dûment signé par l’ensemble des correcteurs comme on a l’habitude de le faire au Baccalauréat. Comment alors ne peut-on pas s’attendre à une fraude massive savamment entretenue par ceux-là mêmes qui sont supposés garantir la crédibilité dudit examen? Voici dépeint dans toute sa laideur les conditions d’organisation du BTS depuis de longues années. Il faut saluer le courage du Ministre Cissé Bacongo qui a pris la décision d’assainir le milieu. Décision noble, mais qui ne portera véritablement ses fruits qu’avec le départ de l’actuelle direction de la DECOES qui se caractérise par sa longévité à la tête de cette structure.
On ne le répétera jamais assez, un peuple ne dure et ne se sauve que par sa culture, le renouvellement perpétuel de ses valeurs morales et spirituelles ainsi que par la qualité de la formation de sa jeunesse. Or ce qui nous est donné de constater avec le système éducatif ivoirien dans son ensemble n’est que l’échec patent d’un modèle de société.
Le Collectif des Jeunes Diplômés de Côte d’Ivoire, contrairement à ce que de nombreuses personnes croient, n’a pas vocation que de critiquer. Il se définit comme un organe de contrôle qui, se plaçant au-dessus de la mêlée, fustige les dérives d’où qu’elles viennent, mais sait aussi apprécier les bonnes actions. C’est pourquoi il remercie le Gouvernement d’avoir prêté une oreille attentive à ses nombreuses critiques et revendications. Nous voulons également saisir l’occasion pour dire à toute la jeunesse et singulièrement aux heureux candidats de cette année que rien ne s’obtient sans lutte et sans sacrifice. Si aujourd’hui ils sont nombreux à fêter leur succès sans bourse déliée, c’est justement parce que des jeunes gens comme eux, au mépris de tous les risques encourus, ont eu le courage de dénoncer les dérives de notre société et de refuser le gouffre sans fond dans lequel semblaient nous précipiter des individus sans foi ni loi. C’est pourquoi il ne faut jamais oublier notre ami Assalé Tiémoko Antoine, 1er vice-président du Collectif des Jeunes Diplômés de Côte d’Ivoire qui a payé au prix fort les conséquences de cette lutte et qui croupit actuellement dans les geôles de la prison.
Deux enseignements majeurs peuvent être tirés de cette lutte :
Le premier, c’est que le seul combat qui mérite aujourd’hui d’être mené par la jeunesse et qui doit mobiliser tout ce que nous avons d’énergie, c’est celui de notre devenir et de l’avenir de notre pays. Nous avons la lourde responsabilité de sortir notre pays du sous-développement par l’imposition d’une exigence éthique. Ainsi, les gens qui ont été poussés à la mendicité, à la nécessité, au désespoir et qui se servent de leur mythomanie comme viatique doivent voir se briser ce cercle et trouver des rêves nouveaux.
Le deuxième, c’est qu’on peut obtenir satisfaction de ses revendications sans violence forcément, sans battre le pavé, mais dans le dialogue et dans un esprit citoyen. Qu’on n’a nul besoin d’accepter les compromissions pour se frayer un chemin dans la vie. Notre génération est une génération qui peut se trouver une raison de vivre et qui a le devoir de donner du rêve aux générations futures.
Si nous avons compris cela, nous avons le devoir de construire, comme l’affirme Gérard Mermet, dans Francospie 1995, Editions Larousse, une société centripète qui s’efforce à intégrer la totalité de ses membres à l’opposé de celle d’aujourd’hui qui est centrifuge parce qu’elle tend à exclure tous ceux qui ne parviennent pas à se maintenir dans le courant parce qu’ils n’ont pas les relations nécessaires.
Retenons enfin que notre avenir et celui de notre pays seront ce que nous en ferons ou ce que nous avons décidé d’en faire.
Dieu bénisse la jeunesse ivoirienne pour les batailles à venir !!!

Fait à Abidjan, le 13 Octobre 2008
Collectif des Jeunes Diplômés de Côte d’Ivoire
Le Bureau Exécutif National
collectifdesjeunesdiplomes@yahoo.fr
09 40 35 38

Photo d'illustration tirée du compte Flickr de Kvidje.

25/09/2008

Afrique du Sud : le retour de la Bête ?

Lu sur le blog de Ben.

Afrique du Sud : la fête des cannibales (Achille Mbembé)

achille mbembe.jpgLe Chef de l’État sud-africain n’aura donc pas achevé son deuxième et dernier mandat. Il vient d’etre défenestré par son parti, le Congrès National Africain (ANC), dans une cabale qui présente les traits combinés d’un repas totémique au cours d’une fête des cannibales, d’un putsch civil et d’un médiocre roman postcolonial.
Thabo Mbeki n’aura pas seulement été rejeté par l’ANC qu’il rejoignit à l’âge de 14 ans et, après la libération, en devint le premier apparatchik. Il aura littéralement été dévoré par « le mouvement » – point culminant d’un interminable rituel d’anthropophagie politique qui s’est poursuivi pendant près de deux ans et qui aura profondément traumatisé ce jeune-vieux pays.
Au moment où il quitte le pouvoir, il est honni et vilifié par une organisation qu’il servit honorablement pendant un demi-siècle. La faction qui désormais contrôle l’ANC a décidé d’en faire le bouc émissaire de la profonde crise morale dont elle est aujourd’hui la proie et du tournant de plus en plus pervers qu’emprunte la lutte politique dans ce pays hier encore porté aux nues pour son exemplarité et sa puissance de réconciliation. Et la question qui se pose au lendemain de cette défenestration est bien celle de l’avenir de l’ordre démocratique et constitutionnel sud-africain.

Bouc émissaire

JacobZuma.jpgAprès avoir gravi les plus hauts échelons du parti, Mbeki commit une monumentale erreur l’an dernier lorsque, son mandat à la tête de l’État arrivant à terme et son impopularité approchant le point de crête, il conçut la funeste idée de conserver les rênes du parti – position qui lui aurait alors permis continuer de peser sur la vie politique du pays longtemps après son départ du gouvernement. Il fut battu lors du congrès de l’ANC et perdit le contrôle du mouvement au profit de son ex-Vice Président devenu depuis lors son adversaire et ennemi, Jacob Zuma.
L’ANC vient de mettre un terme à son mandat à la tête de l’État pour une raison simple. Il constituait le dernier obstacle majeur au projet de « blanchiment » de Zuma - un politicien quasi illettré et polygame, mais retors et rusé, inculpé pour fraude et corruption et qui, pour accéder au pouvoir, cherche par tous les moyens à éviter de comparaitre devant les tribunaux de son pays.
En cela, il est soutenu par une coalition hétéroclite de syndicalistes, de communistes et de nativistes apparemment prêts à tout pour le hisser au pouvoir. Communistes et syndicalistes en particulier s’opposent à la politique économique présumée néolibérale poursuivie depuis le milieu des années 90 sous la houlette de Mbeki qu’ils accusent par ailleurs d’avoir exercé le pouvoir de manière autocratique et d’avoir marginalisé les forces d’une « gauche » qui porte de plus en plus son nom à la manière d’un pesant masque. Leur soutien à Zuma relève d’autant plus de l’expédient que ce dernier ne cesse de déclarer que la politique économique ne fera pas l’objet de changement.
Au nombre des partisans de Zuma figurent également les organisations de la jeunesse de l’ANC et du Parti communiste. Au cours des dernières années, ces organisations ont graduellement revêtu l’apparence de « milices civiles ». L’une de leurs fonctions est d’intimider l’opinion publique et de s’attaquer à la légitimité des institutions judiciaires en particulier. Adoptant une posture insurrectionnelle, elles ont remis au gout du jour une rhétorique pseudo-radicale en vigueur à l’époque de la lutte contre l’apartheid, affublant du label de « contre-révolutionnaires » les ennemis présupposés de leur poulain. Elles ont également réhabilité le langage du « complot » et de la « trahison », n’hésitant pas à proclamer leur volonté de « tuer » ou de « liquider » ceux qui en viendraient à s’opposer à leur projet de domination de l’État et de la société par le parti.
À ces forces structurées s’est ajoutée une cohorte d’aventuriers, hommes d’affaires et politiciens mécontents ou en quête de prébendes et dont certains, accusés de corruption, de fraude et autres malversations, ont eu maille avec la justice ou s’estimaient avoir été, à un moment ou à un autre, l’objet de traitements injustifiés sous l’ère Mbeki. Si cette catégorie rêve de revanche et de vengeance, c’est pour mieux avoir accès aux réseaux de patronage et aux circuits de l’enrichissement privé rendus possibles par les politiques dites d’ « affirmation positive » (Black Economic Empowerment) mises en place après 1994 et dont l’un des effets a été la montée d’une classe moyenne noire relativement dépolitisée, mais fortement portée vers la consommation de masse.
Au cours des cinq dernières années, l’impopularité de Mbeki au sein des classes subalternes n’a fait que s’aggraver. L’impéritie du gouvernement face aux trois plus grands fléaux qui amoindrissent le plus gravement les chances de survie des classes défavorisées – à savoir la pauvreté, la criminalité et le Sida – n’a pas seulement contribué à élargir le fossé entre la bureaucratie d’un coté et la population de l’autre. Elle a également ouvert la voie à une pernicieuse remise en question de l’État de droit, la plupart des pauvres s’estimant « trahis » par la démocratie elle-même, ou encore développant une nostalgie d’un passé certes injuste, mais marqué à leurs yeux par le respect – idéalisé - de l’ordre, de la loi et de la discipline. Face à l’inexorable montée de la criminalité et des inégalités et eu égard au fait que la plupart des indigents sont « inemployables », le sentiment prévaut aujourd’hui selon lequel il est plus facile d’obtenir par la violence et la force ce que le droit à lui tout seul peine à garantir.
Mbeki s’est finalement aliéné les faveurs de plusieurs couches libérales blanches et d’une grande partie de l’intelligentsia – y compris noire. Au nom de la défense des privilèges hérités de l’apartheid, les élites et classes moyennes blanches lui reprochent – souvent à tort - d’avoir tourné le dos à la politique de réconciliation raciale initiée par Nelson Mandela et d’avoir redonné du souffle aux formes d’identification raciale héritées de l’époque de la ségrégation. C’est donc un homme isolé et solitaire, bénéficiant d’appuis au sein de la bureaucratie, mais presque sans base sociale déterminée, qui vient d’etre mis à la porte.

Bilan

Le bilan de Thabo Mbeki à la tête de l’État sud-africain n’est pourtant pas maigre. On commence seulement à le savoir - sa contribution politique et intellectuelle à la libération de l’Afrique du Sud aura été colossale, presqu’à la mesure de celle de Mandela, Sisulu et les autres. Parfois contre l’avis de nombreux cadres du mouvement de libération en exil et au risque de sa propre carrière, il poussa plus que d’autres vers une sortie négociée de la crise sud-africaine. Il établit secrètement des contacts avec le pouvoir blanc longtemps avant Mandela lui-même et, avec l’appui d’Oliver Tambo, contribua à professionnaliser les services diplomatiques de l’ANC en exil, transformant au passage la lutte contre l’apartheid en l’un des premiers symboles politiques de l’ère de la globalisation.
Il est le principal architecte de la démocratie et de l’extraordinaire prospérité économique dont les couches moyennes blanches et noires ont fait l’expérience au sortir de l’apartheid. Il n’a pas seulement contribué à la déconstruction théorique et intellectuelle du régime d’apartheid. Il a présidé à la mise en place des grandes institutions du système politique sud-africain, à la déracialisation de son ordre juridique et à la formulation de la politique économique poursuivie depuis 1996.
Il a apporté son poids intellectuel et mobilisé – parfois sans compter- les ressources de l’État sud-africain aux fins d’articulation d’un agenda proprement africain. Il a travaillé sans relâche à la mise sur pied d’institutions panafricaines capables d’assurer une régulation relativement autonome du Continent. En cela, il est l’un des derniers grands « intellectuels politiques » africains issus des grandes luttes émancipatrices du XXe siècle. Mieux que ceux qui sont venus avant lui (Kwame N’Nkrumah, Julius Nyerere, Jomo Kenyatta, Agostino Neto, Amilcar Cabral, Samora Machel et les autres), il se sera efforcé de tisser un lien étroit entre les trois impératifs de la souveraineté nationale, d’invention d’un ordre démocratique et constitutionnel et d’une négociation intelligente des contraintes internationales – notamment celles résultant de la mondialisation.


Figure tragique et solitaire

Mais s’il est vrai que Mbeki a bel et bien été la victime inattendue d’un rituel d’anthropophagie politique que ses commanditaires s’efforcent de masquer sous l’habit du jeu démocratique, il reste que son démon le prédisposait à devenir l’objet privilégié de ce sacrifice qui ne veut pas dire son nom.
De la grande tradition africaine des luttes de libération, il conservera le sens du sacrifice et du dévouement à une cause jugée juste – la politique en tant que sacerdoce. Mais il ne parviendra jamais à refermer la plaie de la race, la portant dans son for intérieur, à la manière d’un sur-moi, captif d’une blessure dont il aura peiné à se libérer. De son passage au communisme, il aura conservé un certain sens du volontarisme, mais aussi le gout du secret, des luttes d’appareil, des coups perfides et des pratiques machiavéliques.
Les longues années d’exil et la menace réelle de mort à l’époque de la lutte contre l’apartheid auront entretenu en lui une vision paranoïaque et conspiratrice des processus historiques et des actions humaines et élevé l’esprit partisan et celui de loyauté au rang de vertus. Sa longue fréquentation des corridors des satrapies africaines, de Lagos à Harare et Lusaka, lui donnera l’occasion d’observer dans la quasi intimité la duplicité des pouvoirs postcoloniaux. Dans ce faisceau d’attitudes se trouvent les sources d’un style de leadership pontifical, réfractaire à la critique, distant et arrogant, qui contribuera à transformer en ennemis tant de gens qui, au départ, étaient pourtant sinon bien disposés à son égard, du moins neutres.
Figure solitaire et tragique – une de plus – du nationalisme africain, il est dévoré non par l’impérialisme, mais par les siens. Dans une large mesure, sa tragédie est comparable à celle du Roi Christophe que décrivit Aimé Césaire dans sa fameuse pièce – le spectre de Haïti dans la conscience noire. Ironie suprême, Mbeki a stoïquement accepté son sort au nom de la loyauté indéfectible à l’ANC – un parti qui se sclérose à la manière du FNL algérien, du Congress Party indien ou des anciens mouvements de libération et qui, sous l’influence du Parti Communiste sud-africain, continue de fonctionner comme si 1989 n’avait jamais eu lieu.

Mbeki laisse derrière lui un pays fragile, pris dans le vertige d’une corruption rampante, d’une crise sanitaire aux proportions bibliques, d’une culture de la prédation qui se généralise, et dont les grandes avancées réalisées depuis 1994 sont en passe d’etre remises en cause. De profondes inflexions de la politique économique sont nécessaires pour faire face à la pauvreté de masse et aux inégalités. Mais le plus grand défi est de redonner des qualifications à la masse des « inemployables » qui alimente le cortège des « superflus », ouvrant ainsi un énorme appel d’air à des formes de plus en plus nettes de « lumpen-radicalisme ».
Des péripéties en cours, il ressort clairement que l’hégémonie exercée par l’ANC sur la vie politique et institutionnelle du pays, voire sur l’État lui-même, loin d’etre une source de stabilité, est une menace potentielle pour la démocratie et l’avenir de l’État de droit. Un équilibre plus sain entre le parti au pouvoir et les forces d’opposition est désormais un impératif. Ce rééquilibrage passe entre autres par une véritable déracialisation de la vie politique sud-africaine et une repolitisation de la société après les années de démobilisation.
L’avenir démocratique de l’Afrique du Sud passe nécessairement par une reconstitution de l’opposition autour d’un parti majeur, véritable coalition multiethnique et multiraciale capable d’assurer l’alternance. Il passe aussi par le renforcement des autorités, agences et institutions indépendantes chargées de consolider l’État de droit. À ceci s’ajoute l’indispensable réforme du code électoral. Pour l’heure, le Chef d’État est un simple fonctionnaire du parti. N’étant pas élu directement par le peuple, il peut etre révoqué par les représentants du parti. Il en est de même des parlementaires – bureaucrates à la solde du parti, et qui ne sont comptables devant aucune circonscription précise, encore moins responsables devant l’électorat dans son ensemble.
La crise en cours montre que le compromis de 1994 - et sur lequel repose l’ordre politique actuel – a atteint ses limites. Il faudrait, sans tarder, négocier un nouveau pacte qui passe par l’approfondissement de la démocratie et une mutualisation des intérêts économiques des différentes couches sociales et raciales – sans quoi il faut s’attendre à une implosion dont les conséquences pour l’avenir du Continent seraient très graves.



Achille Mbembe est professeur d’histoire et de sciences politiques à l’université du Witwatersrand et directeur de recherche au Witwatersrand Institute for Social and Economic Research (WISER) à Johannesburg.

Tiré du blog d'Alain Mabanckou, Le Crédit a Voyagé.

11/09/2008

Afrique et journalisme citoyen

A lire sur Rue 89.

06/09/2008

L'argent des "casses" de la BCEAO refait du bruit

ArmeeFr-BCEAO-Bouake.jpgLe coordonnateur du Comité d’initiatives des intellectuels a plaidé la mise en place d’une commission d’enquête indépendance et d’un ‘’jury d’honneur’’ pour ‘’tirer au clair’’ l’affaire ‘’récurrente’’ du blanchiment, au Sénégal, de l’argent de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO).

‘’Ce que nous voulons, c’est être édifié sur cette question pendante de dimension ouest-africaine’’, indique Malick Ndiaye dans une déclaration lue vendredi devant la presse en marge de l’ouverture du procès du journaliste El Malick Seck, jugement finalement renvoyé au 10 septembre, sur demande du Procureur de la République, maitre des poursuites.

El Malick Seck, directeur de publication du quotidien privé 24Heures Chrono, est poursuivi pour ‘’diffusion de fausses nouvelles’’, ‘’offense au chef de l’Etat’’, recel de documents administratifs’’, entre autres, suite à un article publié dans son journal, impliquant le chef de l’Etat, Abdoulaye Wade et son fils, Karim, dans une affaire de blanchiment d’argent.

Selon 24Heures Chrono, cet argent aurait atterri au Sénégal après la casse des agences de Korhogo, Bouaké et Abidjan en Côte-d’Ivoire.

‘’N’est-il pas temps de mettre en place une commission d’enquête indépendante ouest-africaine et un jury d’honneur pour tirer cette affaire récurrente du blanchiment de l’argent de la BCEAO au clair, dans un sens ou l’autre ?’’, s’est il interrogé, soulignant dans la foulée que ‘’poser la question, c’est y répondre’’.

‘’Le fait d’entamer une procédure d’urgence contre un journaliste qui rapporte des propos d’un tiers, en lieu et place d’éclairer l’objet même du litige, pose problème’’, a estimé M. Ndiaye qui s’est indigné du mutisme de la classe politique et de la société civile sur cette affaire.

‘’Ni les hommes politiques ni la société civile ne disent plus un mot sur cette affaire. Ce n’est ni juste ni loyal d’entretenir dans ce pays, un champ de confidentialité et d’opacité qui frise le déni de justice’’, a-t-il regretté.

Pour Malick Ndiaye, sociologue à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, ‘’l’urgence n’est ni d’empêcher +24Heures Chrono+ de paraitre encore moins de briser la plume de El Malick Seck".

Le journal ‘’24Heures Chrono’’, qui a été fermé pendant une semaine, est paru vendredi dans les kiosques, jour du procès de son directeur de publication, El Malick Seck.

Source APS

04/09/2008

Mondial 2006 : le Ghana a-t-il vendu ses matchs ?

En lire plus ici.

Choco Miss Noël : futilité malsaine

Je rebondis sur un post récent de Yoro pour dire tout le mal que je pense du concours Choco Miss organisé à Abidjan par Patricia Kalou, pour initier les fillettes très rapidement à la facticité du monde d'artifices, d'esbroufe et de "boucan" qui veut se transformer en référentiel en Côte d'Ivoire.
Je suis d'accord avec Yoro parce que je pense que la culture populaire n'est pas innocente, elle renvoie à des corpus de valeurs. Nous n'avons pas envie que nos fillettes mettent toute leur espérance dans un culte d'une beauté instrumentalisée aux fins que l'on sait par les adultes qui font la promotion des valeurs négatives dont nous parlons ici.
Je déplore que la société Chocodi fasse de ces histoires de "choco-miss" un point central de sa communication comme en témoignait, il y a plus d'un an, un post du blog Babiwatch.

29/08/2008

Denver : le discours d'Obama en VF...

... et en intégralité ici.

28/08/2008

Assassinat de Sankara : les révélations de Prince Johnson

sankara20thomas2020fotoot7.jpg
Comme un certain nombre de commentateurs, j'ai toujours mis en relation l'assassinat de Thomas Sankara en 1987, le début de la guerre au Liberia (24 décembre 1989), les convulsions en Sierra Leone et - un peu - en Guinée et la crise ivoirienne. Dans son intervention à la Commission Vérité et Réconciliation du Liberia, Prince Johnson ne dit pas autre chose et révèle que la première victime des sanguinaires "freedom fighters" des guerres de prédation d'Afrique de l'Ouest n'a été personne d'autre que le célèbre et regretté Thomas Sankara... Qui étaient leurs commanditaires de l'époque ? Prince Johnson n'est pas très explicite sur le sujet, comme le démontre cette dépêche.

Les Etats-Unis avaient secrètement libéré de prison Charles Taylor dans les années 80 pour qu'il aille renverser le président Samuel Doe à Monrovia, a affirmé l'ex-chef de guerre libérien Prince Johnson, devant la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) du Liberia.

Charles "Taylor ne s'est pas évadé de prison. Il a été libéré (par les Américains) dans le but de venir au Liberia pour nous aider à nous défaire d'un régime dictatorial", a indiqué mardi Prince Johnson, ancien allié de M. Taylor et ancien sénateur libérien, devant la Commission.


Officiellement, l'ancien président libérien Charles Taylor s'est évadé d'une prison américaine en 1985 avant d'aller au Liberia renverser le président alors en exercice, Samuel Doe.

Mais selon M. Johnson, qui avait déjà évoqué le double jeu des Américains au Liberia entre 1989 et 1997, M. Taylor a été secrètement libéré par les autorités américaines pour réaliser cet objectif.

MM. Taylor et Johnson ont été des alliés dans les années 80 avant d'être des ennemis.

Prince Johnson, connu pour sa brutalité, notamment pour avoir fait filmer ses hommes torturant à mort le président Doe en 1990, est le premier ancien chef de guerre à être entendu par la Commission vérité et réconciliation depuis le début de ses auditions l'an dernier.

Au moins 500 personnes s'étaient pressées dans la salle d'audience bondée pour l'écouter.

Prince Johnson a également expliqué que Charles Taylor, après son retour en Afrique, s'était rendu au Burkina Faso pour y entraîner ses troupes rebelles et avait alors été sollicité pour participer au renversement du président burkinabè, Thomas Sankara, en 1987.

"Quand nous avons été là-bas (au Burkina Faso), on nous a dit que nous serions arrêtés si nous ne coopérions pas pour renverser Sankara parce qu'il était opposé à notre plan (pour renverser Doe). On nous a demandé de rejoindre une unité spéciale des armées burkinabé pour le destituer. C'est comme ça que Thomas Sankara a été renversé", a-t-il dit.

L'ancien chef de guerre libérien n'a pas précisé quels étaient les commanditaires des actions contre M. Sankara, tué en octobre 1987 dans un coup d'Etat dirigé par l'actuel président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, dont on a souvent dit qu'il avait fourni des armes à M. Taylor dans les années 90.

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) juge actuellement Charles Taylor pour crimes de guerre et crimes contre l'Humanité durant la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone de 1991 à 2001, faisant 120.000 morts. Le procès a été délocalisé à La Haye pour des raisons de sécurité.

08/08/2008

JO : l'acte de naissance de la superpuissance chinoise

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Un article très intéressant de Pierre Haski à lire ici.