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11/06/2011

Sur TV5 et Europe 1, les "perles" d'Alassane Ouattara

07/06/2011

Communiqué des avocats de Laurent Gbagbo, famille et proches

Pendant deux semaines, les Avocats Ciré Clédor LY (Barreau de Dakar -Avocat inscrit sur la liste des conseils de la Cour Pénale internationale et du Tribunal Pénal International pour le Rwanda), Lucie Bourthoumieux (Barreau de Paris) et, Jean Serges Gbougnon, DAKO Zahui Toussaint (Barreau de Cote d’ivoire), ont sillonné la Cote d’ivoire pour assister le Président Laurent Gbagbo, son épouse, son fils, ses amis ainsi que ses collaborateurs assignés à résidence depuis le 11 avril 2011.

Les conseils portent à l’attention de la communauté internationale, le défaut de signification aux concernés du décret d’assignation à résidence.

Cette omission sciemment voulue et entretenue, viole fondamentalement les droits de l’homme, ainsi que les dispositions légales qui règlementent la mesure d’assignation à résidence.

Les Conseils dénoncent avec vigueur les conditions matérielles inhumaines dans lesquelles des personnes ayant occupé les plus hautes fonctions d’un Etat sont contraintes de vivre.

Ces personnes sont en effet, soit enfermées dans des cellules infectes d’une prison poreuse aux intempéries (Bouna), soit détenues dans des locaux infestés de mambas et de moustiques (Katiola).

Les conseils demandent prestement l’arbitrage des Nations Unies et des organisations des droits de l’homme, aux autorités concernées, de publier au journal officiel de l’Etat de Côte d’Ivoire et de notifier aux assujettis le décret d’assignation à résidence ou un acte judiciaire pouvant légitimer la mesure, à défaut de lever cette dernière qui caractérise l’enlèvement, la séquestration et la détention arbitraires de personnes pour des raisons politiques, sans acte administratif, ni judiciaire justifiés.

Les conseils portent à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale que les personnes enlevées, séquestrées et arbitrairement assignées à résidence ne bénéficient pas des droits les plus élémentaires à savoir :

· la lecture de journaux et de livres,

· l’écoute de la radio et de la télévision,

· la liberté de circulation ne serait-ce que dans l’enceinte des cours des lieux de leur supplice,

· un lit et des soins minima pour les malades (médicaments, contrôle médical, régimes alimentaires adéquats …),

· le droit élémentaire et démocratique de visite des avocats et parents, hors la présence de personnes en armes

· l’éradication de risques potentiels de bavures par le maintien hors des résidences des hommes en arme,

· un téléphone portable sans confirmation officielle de leur statut de prisonniers,

· la désinfection et de l’équipement décent des lieux.

Toute chose qui constitue des violations graves des droits de l’homme qu’un Etat de droit ne saurait tolérer.

Les conseils exigent dès lors des autorités ivoiriennes, la libération immédiate et sans condition de ces personnes injustement arrêtées et assignées à résidence forcée.

Les conseils ont reçu mandats directs et impératifs, d’engager des poursuites pour enlèvement, séquestration, détention arbitraire et complicité contre des personnes physiques d’une part ; violations graves du droit international et complicité de ces violations par des personnes physiques ayant agit sous l’instigation ou avec la participation d’un pays, d’une organisation ou d’un groupe armé dont elles assuraient le commandement ou le contrôle, d’autre part.

Les conseils s’insurgent contre la violation de la Constitution, de la Loi organique sur la Haute Cour de justice de Côte d’Ivoire et surtout des règles du droit communautaire et du droit international consécutivement aux immunités de procédure et de fonctions.

En outre, les conseils, informés de l’assignation par la présidence de la Cour Pénale internationale, déférant la situation en République de Cote d’ivoire à la chambre Préliminaire 2, suite à la lettre du 19 mai 2011 par laquelle le Procureur a informé le Président de la CPI de son intention de soumettre à la chambre une requête préliminaire afin d’obtenir une enquête sur la situation en Cotre d’ivoire depuis le 28 novembre 2011, s’interrogent sur le choix sélectif de la seule période visée par le Parquet de la CPI, lequel amnistie de fait des violations massives des droits de l’homme consécutives à la commission de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre, utilisation d’enfants soldats et de génocide perpétrés de 2002 – 2003 au 28 novembre 2010 lesquels entrent dans la compétence rationae materiae et temporis de la Cour Pénale internationale.

La CROIX ROUGE INTERNATIONALE, AMNESTY INTERNATIONAL et HUMAN RIGHT WATCH et bien d’autres organisations internationales de défense des droits de l’homme ont des éléments probants sur cette période, et que nul n’ignore

Par ailleurs, les conseils s’interrogent sur l’harmonie du ménage de cette démarche hâtive et prématurée d’avec le principe de la compétence subsidiaire de la CPI.

Les conseils rappellent à la mémoire de la communauté internationale, les victimes de la période omise et leurs droits imprescriptibles.

Ils rappellent aussi les principes d’équité et d’égalité de traitement dans la mise en œuvre du statut de Rome, ainsi que l’esprit de justice qui est celui fédérateur de l’adhésion des peuples à la création d’une Cour Internationale au dessus de toutes les contingences et à l’écoute de toutes les situations qui donnent des raisons de croire que des personnes ou des groupes de personnes ont été victimes de violations graves du droit International .

Sur le terrain, les auditions se poursuivent et les conseils continuent leur mission.

30/05/2011

Gbagbo s'exprime pour la première fois depuis le 11 avril

Communiqué de presse

du Porte parole du Président Laurent GBAGBO

 

 

 

La situation de guerre que la France impose à la Côte d’Ivoire sans une déclaration préalable de guerre a déstabilisé la société ivoirienne en ouvrant une plaie béante et en engendrant des problèmes politiques nouveaux.

 

C’est le cas de l’assassinat, de l’arrestation et la détention arbitraires d’hommes politiques, d’enseignants, de Hauts cadres de l’Administration, de syndicalistes, de journalistes, d’étudiants, voire de simples anonymes pour délit d’opinions. Nombreux sont nos compatriotes qui sont soit assassinés soit continuent de subir des exactions sur la base de leur appartenance ethnique ou partisane. Tout ceci est de nature à mettre à mal l’unité nationale et a fini par nous convaincre de la volonté de la France de remettre en cause les acquis de notre lutte commune de plusieurs décennies pour l’instauration de la démocratie et des libertés individuelles au service de la Souveraineté de la Cote d Ivoire. Cette lutte a valu au président Laurent GBAGBO lui-même, à sa famille et à ses compagnons plusieurs arrestations et humiliations de la part de ses adversaires politiques.

C’est pourquoi, face à des problèmes politiques d’une telle importance, la polémique de l’entrée ou non du Front Populaire Ivoirien (FPI) dans un Gouvernement paraît inappropriée et indécente au regard de l’ampleur des dégâts causés par la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire. Le Président Laurent GBAGBO s’étonne que cette question fasse l’objet de tant d’attentions et de passions alors que les problèmes politiques relevés et soulignés sont encore pendants et ne font même pas l’objet d’intérêt pour connaître un début de solution.

A ce propos, le Président Laurent GBAGBO rappelle, que le Président de son Parti, M. Pascal AFFI N’Guessan a été arrêté, maltraité et déporté au Nord de la Côte d’Ivoire pour avoir fait publier un simple communiqué donnant la position du FPI sur l’évolution de la situation politique nationale.

Bien avant, le Président Laurent GBAGBO, a été lui-même arrêté en même temps que les deux premiers Vices Présidents du FPI, M. SANGARE Aboudramane et Mme Simone EHIVET GBAGBO respectivement Inspecteur d’Etat et Député à l’Assemblée Nationale et Présidente du groupe parlementaire FPI avant d’être tous déportés et mis en résidence surveillée au Nord au mépris des règles élémentaires des Droits de l’Homme.

En outre, le Premier Ministre, le Professeur Aké G.M.N’GBO et les membres de son Gouvernement sont soit détenus, soit en exil quand ils ne vivent pas dans la clandestinité.

Le Président Laurent GBAGBO fait remarquer que conformément aux lois ivoiriennes, il a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle et que s’il se trouve en résidence surveillée à KORHOGO, c’est bien parce qu’il a perdu la guerre absurde que le Président Français a décidé de lui faire suite à un banal contentieux électoral pour lequel les institutions ivoiriennes ont une compétence exclusive, comme c’est le cas partout ailleurs dans le monde. C’est pourquoi le Président se félicite de la décision sage que le comité central du FPI a prise lors de sa dernière réunion.

 

Par ailleurs, il tient à relever que pendant toute la durée de la crise, aucune institution de l’Etat, aucune unité militaire n’a rejoint le camp de l’ennemi. Toutes les Institutions de la République lui sont restées loyales. Le peuple est reste soudé derrière les institutions qu’il incarne. Les composantes essentielles de notre pays ne pouvaient pas toutes se tromper en même temps.

Le Président Laurent GBAGBO continue de se poser la question suivante : « pourquoi a-t-on préféré la guerre qui a entrainé une si grande désolation à une simple opération de recomptage de voix déjà connue sous d’autres cieux » ?

Il pense que la guerre faite par le Président SARKOZY à son pays a ouvert une plaie douloureuse pour son peuple qui ne peut se cicatriser par la seule entrée du FPI au gouvernement.

L’intervention massive de l’armée française dans notre pays qui rappelle les premières heures de la colonisation soulève des problèmes politiques de fond qui nécessitent un débat franc et constructif avec la France.

Le Président tient à rappeler, si besoin en était encore, que son engagement politique se fonde sur la promotion de la démocratie et de la dignité africaine, le tout dans le respect de nos lois. Or, les derniers évènements sont une négation de toutes ces valeurs qui ont toujours guidé son action politique depuis plus de 40 ans.

Le Président tient à informer ses compatriotes qu’il n’entend pas renoncer à l’idéal de son combat politique. Toutefois, il reste ouvert à toute démarche pour une vraie réconciliation des Ivoiriens entre eux d’abord, avec la France ensuite, qui ne pourra se construire qu’autour de la vérité sur l’indépendance et la souveraineté de la Côte d’Ivoire, au terme d’un vrai débat sérieux et responsable.

Le Président continue de prier pour tous ceux qui ont souffert et continuent de souffrir de cette terrible tragédie. Il s’incline devant la mémoire des morts de cette guerre et apporte toute sa compassion à leurs familles. Il souhaite un prompt rétablissement à tous les blessés. Il exprime son soutien à toutes les victimes des pillages et autres actes de vandalismes.

Il invite les Ivoiriens à continuer de croire en leur pays, à persévérer dans l’espoir d’une Côte d’Ivoire souveraine, démocratique et prospère.

Que Dieu bénisse la Côte d Ivoire

Fait a Abidjan le 30 mai 2011

Pour le Porte parole du Président GBAGBO

PO. Bernard HOUDIN

27/05/2011

Grande interview de Mamadou Koulibaly à Frat-Mat (2ème partie)

koul.jpgVous avez dit dans un récent entretien sur les antennes d’une radio que vos médiations au plus fort de la crise se sont heurtées au refus des faucons des deux camps. Pensez-vous pouvoir aujourd’hui faire fléchir les faucons pro-Gbagbo au point d’accepter le principe de la réconciliation nationale?

 

Je crois sincèrement que chacun est animé d’une volonté de réconciliation nationale. Une tâche importante est aujourd’hui entre les mains de M. Konan Banny et de l’équipe qu’il va former autour de lui, pour faire en sorte que chacun se retrouve dans la responsabilité et le pardon pour avancer vers une solide réconciliation. Cependant, dans le même temps, le Président de la République qui affiche sa volonté de réconciliation parle fréquemment de justice. Ce qui est une bonne chose. Mais de quel concept de justice s’agit-il ?

S’agit-il d’une vengeance justicière qui conduit le vainqueur d’une guerre à imposer aux vaincus et à eux seuls les punitions et autres humiliations ? S’agit-il d’une justice réconciliatrice qui implique que, soit l’on amène tout le monde en justice, soit l’on n’y amène personne ? La réconciliation ne peut être sélective comme le préconise le Président

Ouattara. Soit l’on part sur la piste d’un forum de réconciliation où chacun vient faire son mea culpa et recevoir son absolution, soit l’on traîne tout le monde en justice et chacun paie le prix à payer à la hauteur de ses crimes, sans exception. S’agit-il d’une justice sécurisante qui devrait permettre de rétablir tous les citoyens dans la puissance de tous leurs droits. Elle doit mettre un terme à la violation récurrente et systématique des droits individuels des populations? Cette dernière conception me semble mieux à même d’aider à la reconstruction politique, économique, morale et sociale de la Côte d’Ivoire.

 

Le Fpi que vous dirigez, aujourd’hui, en l’absence de son président, Affi N’Guessan, incarcéré, est-il prêt à entrer dans le gouvernement d’union proposé par le Président Alassane Ouattara? Si oui, quels sont les noms de vos cadres «ministrables»?

Le Comité central du Fpi élargi à la haute direction du Cnrd vient de décider que les conditions n’étaient pas remplies pour sa participation à un gouvernement d’union nationale. Les conditions de sécurité de ses membres en liberté, celles de ses membres en exil ne militent pas en faveur d’une participation au gouvernement d’union. De plus, la question du statut exact des membres incarcérés à la Pergola, à Katiola, à Odienné, à Bouna et à Korhogo ne rassure guère pour un parti invité à la table du Conseil des ministres. Les militants disent ne pas avoir peur de se trouver franchement dans l’opposition vraie. Ils disent qu’ils ne peuvent pas avoir critiqué les modèles de gouvernement Nzassa et venir maintenant en faire la promotion. De plus, ils ne veulent pas être comptables des politiques que le régime du Rhdp mettra en place. Ils ne veulent pas servir de faire valoir à un régime qui a décapité leur parti. Ils souhaitent que la démocratie s’ancre en profondeur dans notre pays et souhaite une alternance véritable sans gouvernement d’union dans les conditions actuelles. Ils m’ont donné mandat de discuter de toutes ces questions avec les autorités. Ils m’ont demandé de faire savoir que, pour eux, les urgences aujourd’hui ont trait au statut de la Commission électorale? avec la disparition de nombreuses composantes que sont le Mpci le Mpigo, le Mjp. Ils estiment que la commission électorale centrale est très déséquilibrée en leur défaveur. Ils aimeraient parler du nombre de places à l’Assemblée nationale, compte tenu de la démographie qui a évolué ces dix dernières années. Ils aimeraient comprendre le statut actuel de l’Accord de Ouaga que le Président Ouattara appelle accord inter-ivoirien, après que l’un des signataires a été capturé, déporté etincarcéré. Ils veulent comprendre la logique de la construction de la nouvelle armée. Ils ont de nombreuses autres urgences ayant trait à la liste électorale, au découpage électoral, etc. Dans ces conditions, voyezvous, le Fpi n’a pas de ministrables pour le moment. Nous avons d’abord besoin de nous restaurer, de comprendre ce qui nous est arrivé et nous aviserons, si besoin est, quand nous serons mieux adaptés à notre environnement.

 

L’on spécule assez sur les notions: gouvernement d’ouverture; gouvernement d’union; gouvernement de large ouverture, etc. Quelle pourrait être la bonne formule, pour vous?

Mon point de vue est que quelle que soit l’appellation que l’on souhaite donner à l’ouverture, le partage du pouvoir est une mauvaise chose. L’expérience africaine a pu le mettre en évidence de nombreuses fois. On voit également où a mené le partage du pouvoir sous Gbagbo. Comment voulez-vous gouverner dans ce contexte ? L’équipe du Président Ouattara devrait gouverner seule pour à la fois avoir une chance d’appliquer son programme mais également pour en assumer toutes les responsabilités. C’est le point de vue de Koulibaly Mamadou. Je leur suggère de ne pas s’inquiéter, nous ne souhaitons pas quémander des postes ministériels. Ils pourront travailler à leur programme que nous critiquerons ou soutiendrons en fonction des orientations.

L’opposition n’est pas un groupe de perdants qui restent assis jusqu’au prochain scrutin. Nous avons une vision moderne d’une opposition active et constructive.

Bientôt, les élections législatives. Comment évaluez-vous les chances du Fpi décapité à cette bataille électorale?

Comme je viens de vous le dire, les chances du FPI sont minimes, tant le parti est affaibli.

Aujourd’hui, quand vous regardez la Refondation, que vous dites-vous: on a échoué, on a dévié…

La Refondation est un mot très utilisé mais vide de sens puisque le programme n’a jamais été appliqué. Nous avons d’abord fait l’erreur de nous orienter vers un partage du pouvoir, pour ensuite nous retrouver face à une rébellion armée, un pays ingouvernable, puis un Premier ministre issu des Forces nouvelles, ex-rébellion, et nous étions largement minoritaires dans l’équipe gouvernementale. La Refondation restera donc un programme intéressant qui n’a jamais été appliqué.

De la réunion du Comité central du Front populaire ivoirien que vous avez présidée mercredi dernier, le Comité pose de nombreuses conditions pour entrer dans le prochain gouvernement. Parmi elles, la question de la libération de vos camarades posée comme condition sine qua none. N’est-ce pas une manière de consacrer l’impunité? Les nombreuses conditions du Fpi, ne peuvent-elles pas être vues comme une sorte de chantage?

 

Peut-on parler de conditions ? Nous ne posons pas de conditions réellement. Nous avons simplement fait un constat. Nous jugeons que, compte tenu de l’insécurité actuelle pour les opposants politiques en Côte d’ivoire et du fait de la détention de nos camarades, l’environnement n’est pas propice à l’entrée du FPI au gouvernement. Poser des conditions voudrait dire que nous sommes indispensables au nouveau gouvernement. Nous ne pensons pas que ce soit le cas. Nous ne pensons pas non plus que les missions qui nous ont été réservées au sein de la nouvelle équipe soient essentielles. Donc, dans ce contexte, je ne pense pas que nous puissions parler de chantage ou de condition sine qua none. Quant à la libération de mes camarades du FPI, vous savez que je n’ai jamais consacré l’impunité. Pour cette raison, certains me trouvent très dérangeant. Je ne souhaite pas non plus m’ériger en juge et déterminer les responsabilités de mes camarades. Ce qui est certain, comme je vous le disais dans votre précédente question, c’est que s’il y a jugement et qu’ils sont les seuls jugés, une part de justice sera faite et si l’on s’arrête là, ce sera une forme de justice du vainqueur animée de vengeance.

D’évidence, comme d’ailleurs semblent le prouver différents rapports, tous les camps ont commis des crimes graves. Je ne dis pas cela pour minimiser les crimes de mon camp mais pour faire une place nécessaire à l’objectivité qui semble brutalement manquer au pays. Je ne crois pas trop au clan des gentils et à celui des méchants. Ainsi, limiter la justice aux perdants de l’élection pourrait profondément saper le processus de réconciliation. Nous pensons d’ailleurs, mes camarades et moi, que la participation du FPI au gouvernement n’est pas franchement une démarche réconciliatrice ou alors ce genre de réconciliation serait une coquille vide. On peut se réconcilier sans partager le « gâteau». Nous ne courrons pas après des postes. Par contre, la manière dont la justice se prononcera dans les mois qui viennent sera au coeur de la dynamique de réconciliation. La justice sélective est profondément injuste et ne peut conduire au pardon et à la réconciliation.

 

Aujourd’hui, avec du recul, qu’est-ce qui a bien pu expliquer le refus du camarade Gbagbo d’accepter le verdict des urnes? L’en aviez-vous dissuadé?. Auquel cas, de quoi aviez vous eu peur?

- Que votre discours d’homme libre soit mal vu par les autres camarades?

- D’être... tué dans le pire des cas?

 

Je ne peux me prononcer à la place de Laurent Gbagbo. Il est déjà emprisonné. Je ne vais pas m’octroyer sa liberté d’expression ! Quant à nos conversations privées avant sa chute, elles demeurent de l’ordre du privé. D’évidence, mon parcours politique répond à votre question: est-ce que j’ai peur? Quant à mon statut de libéral, je l’assume et le FPI est un parti ouvert au sens où notre indépendance de penser est respectée. C’est dans la diversité et l’échange que l’on grandit, même si la différence peut parfois réveiller des susceptibilités. Malheureusement, les gouvernements d’union, la rébellion et les différents accords de paix qui l’ont accompagnée, ont brisé la machine et les pensées sont restées sur papier, car nous étions minoritaires au sein des gouvernements. Je reste un libéral avant tout, car je suis persuadé que seule une politique libérale peut apporter le progrès au pays.

 

Aujourd’hui, vous tentez de redonner vie au Fpi, revenu au pays. Est-ce la fin de votre exil? D’ailleurs, l’on se demande encore, pour quoi cet exil au Ghana?

Je ne me considère pas comme un exilé. Je fais certes des séjours en famille à Accra… Ici, le gouvernement de réconciliation avait totalement marginalisé l’Assemblée nationale et le pays était géré par ordonnances. Cette situation m’a laissé du temps pour faire des allers et retours sur Accra. Parler d’exil est un bien grand mot!

Volet économique. Où en êtes-vous avec votre monnaie flottante?

Effectivement, je pense qu’après plus de 50 ans d’indépendance, il serait nécessaire de revoir les accords monétaires liant les pays de la zone franc à la France, de manière à rendre l’institution monétaire adaptée à la mondialisation et à l’ouverture.

La monnaie est un pilier de l’économie et il est difficile de progresser sans liberté à ce niveau. De plus, l’inflation qui se profile pour les années à venir dans les pays européens expose les pays de la zone à ce risque, alors que l’argument des défenseurs du Cfa est bien souvent la stabilité et la faible inflation. Je crois que dans les années à venir, les pays de la zone franc vont devoir s’asseoir pour aborder sans tabou ces problèmes avec les autorités françaises.

Sinon, nous continuerons à avoir une bancarisation faible et des investissements privés faibles comparés aux flux de l’aide publique au développement. Le monde est aujourd’hui à la flexibilité, au libre marché et à l’ouverture. Le système du franc CFA est protectionniste, appauvrissant et moralement et économiquement indéfendable.

 

Considérez-vous encore que l’Afrique et ses Cfa arrimés à l’euro devait s’en éloigner, pour trouver la voie d’une indépendance économique?

Je reste convaincu de la nécessité de revoir la parité entre le franc Cfa et l’euro. Mais je vous invite à poser la question aux industriels des pays africains membres de la zone franc.

Grande interview de Mamadou Koulibaly à Frat-Mat (1ère partie)

Mamadou-Koulibaly.jpg
Fraternité Matin vient de lancer, dans le cadre de ses Grands débats mensuels, celui portant sur le sujet suivant: quel régime politique pour la Côte d’Ivoire? Les avis sont partagés, nous voulons bien savoir votre position sur cette question.

Dans une période post-crise immédiate, ce n’est pas le moment de changer un régime politique. Cependant, l’histoire de la Côte d’Ivoire nous montre que depuis les indépendances, la Côte d’Ivoire souffre d’un Etat centralisé, omniprésent et osons le dire envahissant, hérité du modèle jacobin importé par la France. En tant que libéral, je prône un Etat minimum, c’est-à-dire un Etat qui assume ses responsabilités au niveau de la sécurité, de la justice mais qui laisse la liberté à ses populations de faire le reste. Bien sûr? l’Etat a le devoir de mettre en place l’environnement institutionnel qui permette à chacun de travailler et d’être propriétaire. Cette vision m’amène à prôner le régime parlementaire en Afrique car c’est dans ladécentralisation du pouvoir que les pays africains trouveront la stabilité. Audace Institut Afrique (AIA), le think tank indépendant que je préside, travaille sur le sujet et publiera en octobre des propositions. J’ai le sentiment que rapidement, la Côte d’Ivoire aurait intérêt à s’orienter vers un régime parlementaire, d’autant qu’elle l’a déjà connu à travers la constitution de 1959.

Les pouvoirs en Afrique, sont tous, ou presque, d’essence présidentialistes, des sortes de monarchies déguisées ou des dictatures en exercice. Et les exemples montrent bien que les pays de type parlementaire, comme le Cap-Vert, ont des réussites de développement que des pays mieux lotis comme la Côte d’Ivoire envieraient. Quelle lecture faites-vous d’un tel constat?

Des chercheurs au sein d’AIA travaillent là-dessus et les premières tendances qui se dégagent de leurs travaux semblent mettre en évidence que dans les régimes parlementaires, certes peu nombreux sur le continent, la liberté économique y est plus importante et les conflits moins fréquents. Bien sûr, je ne souhaite pas tirer de conclusion hâtive mais en octobre, nous aurons avancé le travail et nous pourrons ainsi engager une discussion constructive sur les résultats.

Doit-on voir, dans nos crises à répétition, la matérialisation de cette conception du pouvoir où le Président est tout à la fois?

Il est évident qu’un Etat qui repose sur un homme ou une poignée d’hommes est un Etat fragile. Cependant, des pays comme la France ont opté pour un régime présidentiel qui, sous Sarkozy, est encore plus marqué. Il y a un président omniprésent et pourtant la France ne connaît pas les crises de l’Afrique, parce que le pouvoir là-bas est décentralisé et que les villes, les départements, les régions, ont des pouvoirs et des moyens financiers pour les exercer. Il y a certes le problème de la concentration du pouvoir, mais en Afrique, nous nous heurtons également à la mauvaise gouvernance qu’induit facilement ce modèle. Comme nous ne sommes pas responsables, il faut donc créer des limites pour protéger les populations des excès des pouvoirs en place. Le régime présidentiel complique la chose.

La crise post-électorale qui a fait des morts et d’énormes dégâts a pris fin par l’arrestation du Président Laurent Gbagbo. Regrettez-vous aujourd’hui le fait qu’il n’ait pas cédé pacifiquement le pouvoir à Alassane Ouattara reconnu par la communauté internationale?

J’ai prôné dès le début du mois de décembre 2010 une sortie de crise par le dialogue. Les deux camps adverses que j’ai rencontrés et tenté de convaincre sont restés totalement hermétiques à mes propositions. La situation était figée. Aujourd’hui, bien sûr, lorsque nous comptons les morts et les dégâts, nous ne pouvons que le regretter.

L’on semble vous reprocher votre silence face à cette crise qui aura fait, dit-on, 3000 morts?

Je n’ai pas l’impression d’être resté silencieux. J’ai tenté une médiation qui n’a pas abouti. J’en ai pris acte. La situation reposait ensuite sur des éléments que je ne maîtrisais plus, sur la volonté des hommes politiques. Le silence ne veut pas dire indifférence. Je suis au contraire profondément attristé par tous ces morts et ces souffrances. Je suis d’autant plus touché que cette situation était prévisible et que j’avais d’ailleurs mis en garde contre ces dérives possibles durant la dernière décennie dans différents discours publics et privés. A l’époque, on me reprochait de trop parler! Depuis la signature de l’accord de Marcoussis, tout s’est enchaîné logiquement pour conduire au chaos, mais le dire était devenu politiquement incorrect dans tous les camps.

Il y a même plus: que vous auriez dû démissionner de votre poste de président de l’Assemblée nationale, au lieu de vous installer dans un mutisme?

Les gens dont vous parlez sont alors ceux qui reconnaissent l’institution ! Ces derniers temps, nombre de communications officielles vont à l’inverse ! Si ma démission pouvait débloquer la crise, il est évident que je me serais empressé de le faire. Je crois que certaines personnes mélangent tous les problèmes et les rendent encore plus compliqués.

Le parlement ne fonctionne pas depuis fin avril et les députés ne seraient pas payés depuis deux mois. Quel est votre rôle?

Effectivement, les députés ne sont plus payés depuis fin avril. Le Président Ouattara a pris cette disposition considérant que, depuis le second tour du scrutin, les députés exerçaient dans l’illégalité. Décision étrange sachant que la constitution ivoirienne établit une séparation entre les pouvoirs exécutif et législatif. Dans cette logique, il est étrange également que les fonctionnaires de l’Etat n’aient pas été soumis à ces sanctions. C’est tant mieux d’ailleurs. Je ne cherche pas à polémiquer sur cette histoire de salaires. Ce n’est pas un évènement central et il faut réellement se concentrer aujourd’hui sur la réconciliation et sur les mesures qu’il faudra mettre en place pour que dans l’avenir, nos institutions ne soient plus un terrain de jeu pour les influents. Les conseillers juridiques du Président de la République qui soutiennent cette violation de la constitution doivent savoir qu’ils l’induisent en erreur et au parjure. Selon l’alinéa 4de l’article 59 de la Constitution sur laquelle le serment du Chef de l’Etat a eu lieu, les élections législatives ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale. Cela voudrait dire tout simplement que l’élection des nouveaux députés doit impérativement avoir lieu avant l’expiration du mandat des députés en place. L’élection législative n’étant pas intervenue, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale ne peuvent prendre fin. Le Chef de l’Etat n’a pas raison de suspendre le traitement des députés. Il en est de même des émoluments des membres des autres institutions de la République.

Ils sont nombreux à s’expliquer difficilement que vous soyez libre de vos mouvements, tout comme Miaka Oureto, alors que plus de 200 cadres de votre parti sont assignés en résidence surveillée ou détenus?

Je me pose parfois la question. Je n’ai pas forcément saisi la logique des arrestations. On peut dire que certaines personnes ont été impliquées plus directement dans les excès et d’autres ne se trouvaient tout simplement pas au bon endroit au bon moment. Je ne peux répondre pertinemment à votre question. Il faudrait poser la question au Ministre de l’Intérieur, au ministre de la Défense, au Président lui-même. Je ne suis pas le seul dans ce cas.

Y aurait-il un deal entre vous et le nouveau pouvoir pour faire de vous le successeur de Laurent Gbagbo sans la volonté de la base, comme il se murmure?

Est-ce à dire que vous jugez mon envergure politique tellement faible que je pourrais être un opposant idéal pour le nouveau pouvoir ? Le Fpi n’est pas à la recherche d’un successeur. Pour l’instant, notre préoccupation est plus de réintroduire la notion de parti d’opposition et de contrepouvoir. Nous souhaitons simplement retrouver un espace d’expression pour éviter que le pays ne glisse vers le parti unique et la pensée unique. Ce sera ma contribution à l’ancrage de la démocratie dans notre pays. Le Fpi n’est pas une Pme familiale ou un club de soutien et la Côte d’Ivoire n’est pas une monarchie, autant que je sache.

Votre parti et ses alliés du Cnrd dont vous assumez le secrétariat général par intérim, depuis le 17 mai, en lieu et place de Mme Simone Gbagbo, va-t-il prendre part aux législatives de décembre? Si oui, à quelles conditions et quelles sont vos chances?

Oui, le Fpi et le Cnrd prendront part aux élections législatives et nous sommes conscients des difficultés que nous allons rencontrer. Nous savons que nos chances sont minces. Mais cela ne veut pas dire que nous devons renoncer à nous renforcer en vue des prochaines échéances électorales. Notre objectif est d’être une véritable opposition d’ici à 2015. La Côte d’Ivoire a d’ailleurs intérêt à cela, car un modèle de parti unique est la voie ouverte à tous les excès.Le contre-pouvoir est le moyen de contrôle le plus efficace entre les échéances électorales dans un modèle démocratique. Notre existence est donc un enjeu important pour tous. Du moins, nous osons le croire.

Le Président du Ghana, Atta Mills, aurait oeuvré pour que le président du Conseil constitutionnel, Yao N’Dré, organise la cérémonie de prestation de serment. Y-a- t-il eu des négociations ou des pressions sur vous et Atta Mills?

Le Président Atta Mills s’est en effet impliqué en tant que médiateur ou facilitateur dans le dossier ; mais il n’est nullement question de pressions. Moi, j’ai agi parce que je voulais aller à l’apaisement et au retour des conditions de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire, après la guerre postélectorale.

Vous parlez sans cesse de réconciliation. Cet engagement n’est-il pas contrarié par des informations selon lesquelles certains cadres de votre parti auraient à cœur de se venger de Ouattara?

Je connais peu de cadres animés d’un désir de vengeance. Il est vrai que les vainqueurs ont utilisé l’humiliation comme moyen de domination et que l’humiliation est le sentiment qui conduit naturellement à la frustration et à la violence. Les cadres avec lesquels je demeure en contact ont pourtant plus envie de revenir chez eux en Côte d’Ivoire que de vivre en exil enlisés dans le désir de vengeance. Le nombre d’Ivoiriens morts a forcément conduit chacun à l’humilité et au devoir de Plus jamais ça! Les esprits se tournent vers l’avenir et la réconciliation. J’ai foi en cet avenir qui devrait nous conduire vers une Nation.

05/05/2011

Pourquoi il ne faut pas brûler Paul Yao N'Dré

 

ado ndré.jpgCe jeudi 5 mai 2011, le président du Conseil constitutionnel ivoirien, Paul Yao N'Dré, a déclaré officiellement Alassane Ouattara président de la République de Côte d'Ivoire. Cinq mois après avoir investi son rival Laurent Gbagbo. A peine l'information annoncée, le célèbre professeur de droit public fait l'objet d'un certain nombre de commentaires. Quasiment tous désobligeants. Les pro-Ouattara considèrent que Yao N'Dré a enfin accepté d'entériner "la vérité des urnes" après des milliers de morts, tandis que les pro-Gbagbo tancent un "Judas", qui s'est dédit.

Mon analyse est que Paul Yao N'Dré ne s'est pas dédit, qu'il a produit un arrêt "politique" (comme cela arrive souvent aux juridictions suprêmes quand la réalité offre des situations institutionnelles inédites), et qu'il a tenté d'opérer une remise en selle de son institution.

Yao N'Dré n'a pas remis en cause son arbitrage du 3 décembre dernier, qui donnait Laurent Gbagbo vainqueur de la présidentielle après prise en compte de ses réclamations, concernant des irrégularités observées dans le nord contrôlée par la rébellion  pro-Ouattara. Yao N'Dré ne dit pas que Ouattara a gagné, mais qu'il doit être investi au nom de ce qu'il faut bien appeler un diktat international. L'Histoire le retiendra. Extraits d'une dépêche de l'AFP.

"Le Conseil constitutionnel a proclamé M. Ouattara président après avoir "fait siennes" les décisions "contraignantes" prises par l`Union africaine (UA) qui avait reconnu M. Ouattara comme nouveau président et pressait M. Gbagbo de partir, a déclaré M. Yao N`Dré, en lisant la décision du Conseil.

Dans sa décision, le Conseil précise également que la Côte d`Ivoire étant membre de l`UA, "les normes et dispositions internationales acceptées par les organes nationaux compétents ont une autorité supérieure à celles des lois et décisions juridictionnelles internes".

Yao N'Dré produit un arrêt politique, donc. Si l'on regarde la Constitution de près, cet arrêt devrait être validé par l'Assemblée nationale, qui doit le transformer en loi. Extraits de la Constitution ivoirienne.

"Article 85

Les Traités de paix, les Traités ou Accords relatifs à l'organisation internationale, ceux qui modifient les lois internes de l'État ne peuvent être ratifiés qu'à la suite d'une loi.


Article 86

Si le Conseil constitutionnel, saisi par le Président de la République, ou par le Président de l'Assemblée nationale ou par un quart au moins des députés, a déclaré qu'un engagement international comporte une clause contraire à la Constitution, l'autorisation de le ratifier ne peut intervenir qu'après la révision de la Constitution


Article 87

Les Traités ou Accords régulièrement ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque Traité ou Accord, de son application par l'autre partie."

A priori, si le Conseil constitutionnel va jusqu'au bout de sa logique, l'Assemblée nationale devrait endosser ce "traité international". CeLaurent-Gbagbo-serment.jpgquipermettra de la remettre en selle, elle aussi. Et surtout d'empêcher la mise en place d'une transition, d'un Etat d'exception permettant à Ouattara de poser les bases d'un Etat RDR, d'un simili parti unique comme ceux que l'on retrouve dans tous les pays phares de ce que l'on appelle, aujourd'hui encore, la Françafrique. Ce projet contre-révolutionnaire est partagé à la fois par Ouattara et par la France officielle, qui n'a pas chassé le nationalisme ivoirien par la porte (l'éviction brutale de Gbagbo) pour qu'il revienne par la fenêtre (les futures élections législatives, par exemple). Cette stratégie sera-t-elle efficace ? Possible, mais il est permis d'en douter ; tant la force brute des milices de Soro et le soutien inconditionnel de "la communauté internationale" donnent libre cours à "la volonté de puissance" de Ouattara.

La décision du Conseil constitutionnel appelle quelques questions. Si Ouattara devient officiellement président maintenant, que valent les décisions et actions qu'il a prises jusque là ? Et surtout, qui était président jusque là ? La réponse à cette question est forcément "Laurent Gbagbo", ce qui implique que les procédures judiciaires qui le touchent en ce moment sont nulles. Extraits de la Constitution, qui indiquent également que les ministres du gouvernement Gbagbo ne sauraient être poursuivis par des juridictions ordinaires.

Article 108

La Haute Cour de Justice est composée de députés que l'Assemblée nationale élit en son sein, dès la première session de la législature. Elle est présidée par le Président de la Cour de Cassation.


Une loi organique détermine le nombre de ses membres, ses attributions et les règles de son fonctionnement ainsi que la procédure suivie devant elle.


Article 109

Le Président de la République n'est responsable des actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions et traduit devant la Haute Cour de Justice qu'en cas de haute trahison.


Article 110

La Haute Cour de Justice est compétente pour juger les membres du Gouvernement à raison des faits qualifiés crimes ou délits commis dans l'exercice de leurs fonctions.


Article 111

La mise en accusation du Président de la République et des membres du Gouvernement est votée au scrutin secret, par l'Assemblée nationale à la majorité des 2/3 pour le Président de la République, et à la majorité absolue pour les membres du Gouvernement.


Article 112

La Haute Cour de Justice est liée par la définition des crimes et délits et par la détermination peines résultant des lois pénales en vigueur à l'époque des faits compris dans les poursuites.

Si l'on reste dans un cadre constitutionnel, Simone Gbagbo ne devrait pas non plus être mise aux arrêts, en raison de son immunité parlementaire. Extraits de la Constitution.

"Article 67

Aucun député ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion des opinions ou des votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions.


Article 68

Aucun député ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu'avec l'autorisation de l'Assemblée nationale, sauf le cas de flagrant délit.


Aucun député ne peut, hors session, être arrêté qu'avec l'autorisation du Bureau de l'Assemblée nationale, sauf les cas de flagrant délit, de poursuites autorisées ou de condamnations définitives."

Au-delà de toutes ces considérations immédiates, l'arrêt de Yao N'Dré se pliant à une décision de l'Union africaine, après une défaite militaire de l'Etat de Côte d'Ivoire face à la France et à l'ONU, doit nous pousser à nous interroger sur la valeur de l'indépendance de ce pays, cinquante ans après les indépendances. Car il est évident que l'Union européenne ne peut imposer, ou aider à imposer, un président à un de ses Etats membres. Comment, à cause de qui, en raison de quelles faiblesses structurelles, la Côte d'Ivoire a-t-elle été progressivement dépouillée de tout ce qui faisait sa souveraineté ? Et comment peut-elle la retrouver ? Le débat est ouvert.

 

 

Comment le monde s’est trompé sur la Côte d’Ivoire

 

Une traduction intégrale de la tribune historique de Thabo Mbeki dans la revue Foreign Policy. Faite de manière collaborative avec Inès D., Julie Owono et Archippe Yepmou. Qu'ils soient remerciés.

Thabo_Mbeki.jpgLe second tour des élections présidentielles en Côte d’Ivoire, qui a lieu le 28 novembre 2010, a opposé deux adversaires politiques de longue date, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Pour cette raison, d’une importance stratégique, il était évident que cette élection déciderait de l’avenir du pays sur le long terme. Les personnes concernées auraient dû se poser cette question fondamentale : les élections de 2010 créeraient-elles les conditions permettant au peuple ivoirien de se projeter vers l’avenir ?

Cela n’a pas été fait.

En revanche, la communauté internationale a insisté sur le fait que pour mettre fin à la crise, la Côte d’ivoire devait tenir des élections démocratiques, quoique les conditions n’existaient pour aller à de telles élections. Bien qu’ils aient su que cette proposition était fondamentalement erronée, les Ivoiriens ne pouvaient pas résister à la pression internationale : ils devaient accepter d’organiser ces élections.

Cependant, la réalité objective est que les élections présidentielles ivoiriennes n’auraient dû se tenir au moment où elles se sont tenues. Il était parfaitement prévisible qu’elles renforceraient le conflit au lieu de l’éteindre.

La rébellion de 2002 en Cote d’ivoire a divisé le pays en deux parties, avec le nord dirigé par les Forces nouvelles, qui ont soutenu Alassane Ouattara, et le sud dans les mains du gouvernement dirigé par Gbagbo. Depuis lors, la Côte d'Ivoire a eu deux gouvernements, administrations armées et chefs « nationaux ».

Toute élection tenue dans ces circonstances renforcerait inévitablement les divisions et les animosités représentées et aggravées par la rébellion de 2002.

Les problématiques structurelles qui sont à la base de la rébellion de 2002 incluent des questions inflammables comme les tensions transnationales affectant particulièrement la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, les antagonismes ethniques et religieux ivoiriens, ld partage du pouvoir politique, et l’accès au pouvoir et aux opportunités économiques et sociales. A cet égard, la communauté internationale a assidument refusé de prendre en compte les perceptions des pro-Gbagbo, qu’elles soient fondées ou pas, dans le sud de la Côte d’Ivoire – et dans une bonne partie de l’Afrique francophone.

Pour beaucoup, Ouattara est un étranger né au Burkina Faso, responsable avec le président burkinabé Blaise Compaoré de la rébellion de 2002. Son arrivée au pouvoir aurait comme conséquence la prise du contrôle du pays par des étrangers Burkinabés. De plus, il a toujours été prêt à faire avancer la cause des intérêts français en Côte d’Ivoire.

C’est parce qu’elle a pris tout cela en considération que l’Union africaine a compris qu’une solution durable à la crise ivoirienne nécessitait un accord politique entre les deux factions ivoiriennes belligérantes, centralisé sur les questions interdépendantes de la démocratie, de la paix, de la réconciliation nationald et de l’unité.

Dans les négociations qui ont lieu à partir de 2002, les Ivoiriens ont convenu que les élections présidentielles ne devaient pas se tenir jusqu'à ce que diverses conditions aient été remplies. Parmi celles-ci, la réunification du pays, la restauration de l’administration nationale sur tout le territoire national, et le désarmement des rebelles et de toutes les milices et leur intégration dans la machine de sécurité nationale, avec le dernier processus complété au moins deux mois avant les élections présidentielles. Malgré le fait qu’aucune de ces conditions n’ait été mise en place, on a permis que les élections se tiennent.

mbeki ouattara.jpgEn fin de compte, Ouattara a été installé comme président de la Côte d’ivoire. Gbagbo et son épouse ont été humiliés et emprisonnés. Beaucoup d’Ivoiriens sont morts et ont été déplacés, beaucoup d’infrastructures ont été détruites, et des animosités historiques ont été aggravées par cette situation.

Beaucoup de choses se sont radicalement mal passées.

Le consensus au sujet de ce qui aurait dû être fait pour créer les conditions pour des élections libres et justes a été ignoré obstinément et avec mépris. Le Conseil constitutionnel Ivoirien (CC) est le seul corps constitutionnellement autorisé à déterminer le gagnant dans n’importe quelle élection présidentielle et pour installer le président. La Commision électorale, la CEI, a obligation d’expédier les résultats provisoires au CC.

Cependant, les personnes qui insistent sur la sacralité de l’Etat de droit, fondamentale pour toute pratique démocratique, ont choisi de reconnaître illégalement les résultats provisoires annoncés par le président de la CEI de sa propre initiative, comme les résultats authentiques de l’élection présidentielle.

Comme la loi le prévoit, Gbagbo a contesté la régularité des élections dans certaines parties du pays, surtout dans le nord. Le CC, à tort ou à raison, a accepté la majorité des plaintes déposées par Gbagbo, a identifié d'autres irrégularités, annulé les votes dans certains districts, et déclaré Gbagbo vainqueur. Le président de la CEI n'a pas pris ces supposées irrégularités en compte et a décidé que Ouattara avait gagné.

L'envoyé du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, son compatriote coréen Young-jin Choi, a également déterminé que Ouattara avait gagné, mais sur la base des moins de voix que celles annoncées par la CEI, après avoir déterminé que certains des plaintes déposées par Gbagbo étaient légitimes. Au sujet des suffrages exprimés en faveur des deux candidats, la CEI, le CC, et le Représentant spécial de l'ONU ont eu trois évaluations différentes.
Gbagbo a proposé que pour résoudre cette question, qui porte sur l'importante question de la volonté du peuple ivoirien, une commission internationale soit établie pour vérifier les résultats des élections, avec la condition préalable importante que lui et Ouattara reconnaissent la décision de la Commission. 
Cette proposition a été rejetée par la communauté internationale - en dépit du fait qu'elle aurait réglé le contentieux électoral, sans recourir à la guerre, et malgré le fait que certains observateurs électoraux aient mis en doute l'équité des élections, en particulier dans le nord de la Côte d'Ivoire. 
Par exemple, dans leurs rapports sur les élections dans le Nord, la mission d'observation électorale de l'Union africaine dirigée par Joseph Kokou Kofigoh, ancien Premier ministre du Togo, la mission indépendante de la société civile africaine pour la Démocratie et l'assistance électorale dirigée par Seynabou Indieguene de Sénégal, et la coordination des experts électoraux en Afrique (CAEE) du Cameroun, Sénégal, Bénin, Mali, Maroc, Gabon, Togo et dirigée par Jean-Marie Gondjibanganté du Cameroun, tous ont sonné l'alarme au sujet des élections dans le Nord. 
Par exemple, le CAEE a déclaré: «Après partage d'informations avec d'autres observateurs électoraux nationaux et internationaux, nous vous informons que le second tour de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire a eu lieu au milieu de problèmes majeurs dans différentes régions du Nord ». 
"Ces problèmes sont le vol des urnes, l'arrestation des représentants des candidats, les votes multiples, le refus d'admettre des observateurs internationaux pour assister au comptage des bulletins de vote, et l'assassinat des représentants des candidats. A cet effet, nous déclarons que le second tour de scrutin n'a pas été libre, juste et transparent dans ces localités (nord). » 
Pour sa part, à ce jour, la mission d'observation électorale de la CEDEAO n'a pas publié son rapport sur le deuxième tour de l'élection présidentielle ! Pourquoi? 
Il apparaît clairement que la Commission internationale indépendante proposée par Laurent Gbagbo aurait pu être établie et habilitée à prendre une décision définitive et contraignante sur ce qui s'était passé. Le temps nous dira pourquoi cela n'a pas été fait! 
En outre, le Représentant spécial de l'ONU a pris la décision extraordinaire d’outrepasser son mandat en déclarant qui avait remporté l'élection présidentielle, contrairement à ses tâches comme indiqué par le Conseil de sécurité. La position de la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) dans le conflit ivoirien s’est avérée partisane, alors qu’on attendait d’elle qu’elle soit un artisan de la paix neutre, à égale distance des parties belligérantes. 
Ce choix fait, l'ONUCI n’avait pas d'autre possibilité que de travailler activement pour l'installation de Ouattara en tant que président du pays et la mise à l’écart de Gbagbo. En fin de compte, elle a utilisé de manière flagrante ses capacités militaires pour ouvrir la voie aux Forces nouvelles dans l’objectif de vaincre les forces de Gbagbo et de capturer Gbagbo, sous le prétexte indécent d’agir pour protéger les civils. 

Quoique liée par son mandat de maintien de la paix qui lui imposait de s’interposer entre les forces belligérantes, l'ONUCI n'a rien fait pour arrêter la descente des Forces Nouvelles du Nord vers le Sud, jusqu'à Abidjan. Pas plus l'ONUCI que les forces françaises Licorne n’ont su respecter leur mandat des Nations Unies en agissant pour protéger les civils dans la région de Duékoué où, de toute évidence, des massacres de masse ont été perpétrés ! Ceci rappelle également la faillite et l’incapacité de l'Organisation des Nations Unies dans sa mission de mettre fin aux abus et meurtres les plus affligeants, commis sur des civils à l'est de la République démocratique du Congo !

La réalité ivoirienne conduit ainsi à de nombreuses conclusions irréfutables.

Les conditions d’un consensus politique pour la tenue d'élections démocratiques en Côte d'Ivoire n’avaient pas été créées. En dépit d’allégations de fortes fraudes électorales, la communauté internationale a décidé de ne mener aucune vérification du processus et des résultats annoncés. Cela a laissé sans réponse la question cruciale: qui en réalité a gagné ces élections, que Ouattara a pu gagner ?

L'Organisation des Nations Unies a décidé d'abandonner sa neutralité en tant qu’arbitre pour le maintien de la paix et est devenue une belligérante partisane dans le conflit ivoirien.

La France a utilisé sa place privilégiée au sein du Conseil de sécurité et s’est positionnée pour jouer un rôle important dans la détermination de l'avenir de la Côte d'Ivoire, son ancienne colonie dans laquelle, entre autres, elle a d'importants intérêts économiques. Elle a rejoint la position de l'Organisation des Nations Unies pour veiller à ce que Ouattara émerge en tant que vainqueur dans le conflit ivoirien.

Cette initiative répond à des intérêts nationaux de la France, conformément à sa Politique Françafricaine, dont le but est de perpétuer une relation particulière avec ses anciennes colonies africaines. Cela est conforme aux observations faites par l'ancien président François Mitterrand qui disait: « Sans l'Afrique, il n'y aura pas d'histoire de France au XXIe siècle », et celles de l'ancien ministre français de la coopération Jacques Godfrain qui confirma la maxime: "Un petit pays [ la France ], avec une petite quantité de force, nous pouvons déplacer une planète grâce à nos relations avec 15 ou 20 pays d'Afrique ... "

L'Union Africaine n'est pas non plus exempte de reproche, elle n'a pas pu s'affirmer pour convaincre tout le monde de travailler pour parvenir à la réconciliation entre les Ivoiriens, et donc pour une paix durable. Malheureusement, les résultats obtenus en Côte d'Ivoire ont approfondi le conflit endémique dans ce pays. C'est parce qu'elle a placé dans les mains exclusives de la rébellion de 2002 la capacité de déterminer l'avenir du pays, alors que la situation objective exigeait que le peuple de Côte d'Ivoire puisse déterminer sur une base égale les conditions de sa destinée commune.

Au cours de la décennie où il a été président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo n’avait aucune possibilité d'agir de son propre chef pour réunifier le pays et réaliser la réconciliation entre ses diverses populations, malgré l'existence d'accords négociés à cet égard. En tant qu’actuel président du pays, Ouattara ne réussira pas à réaliser ces objectifs, en agissant en son nom propre et en faisant fi d’un accord honnête avec les parties de la population ivoirienne représentées par Gbagbo.

Ce qui est advenu avait été prévu par l'ambassadeur des États-Unis en Côte d'Ivoire, Wanda L. Nesbitt. En Juillet 2009, elle informait le gouvernement des États-Unis:

"Il semble à présent que l'accord de Ouaga IV, [le quatrième accord de l'accord politique de Ouagadougou, qui prescrivait que le désarmement doit précéder les élections], est fondamentalement un accord entre Blaise Compaoré [Président du Burkina Faso] et Laurent Gbagbo qui vise au partage du contrôle du nord jusque après l'élection présidentielle, en dépit du fait que le texte appelle les Forces Nouvelles à rendre le contrôle du Nord au gouvernement et au désarmement complet deux mois avant les élections …

"Mais les 5.000 soldats des Forces Nouvelles qui doivent être «désarmés», et regroupés dans des casernes dans quatre grandes villes du Nord et l'Ouest jusqu'à ce qu'une nouvelle armée nationale soit créée, représentent une capacité militaire sérieuse que les FAFN [Forces Nouvelles] ont l'intention de garder en alerte et en réserve jusqu'à après l'élection. La remise du pouvoir administratif des FAFN aux autorités gouvernement civil est un pré-requis pour les élections mais, comme des voyageurs vers le nord (y compris des personnels des ambassades) l’ont confirmé: Les FAFN conservent le contrôle de facto de la région, en particulier lorsqu’il s'agit de questions de finances. "

L'incapacité à résoudre les "pré-requis pour les élections" a prédéterminé leurs résultats. Le «contrôle» du Nord par les Rebelles, selon lambeki gbagbo.jpgcitation de l'Ambassadeur Nesbitt, a prédit le résultat de l'élection présidentielle de 2010. De même, c'était la "capacité militaire" de la rébellion, mentionnée par l'Ambassadeur Nesbitt, qui a été utilisée pour s'assurer que Ouattara devienne président de la Côte d'Ivoire.

Il n'est pas étonnant qu'alors que la crise post-électorale s'aggravait, Laurent Gbagbo ait crié : j'ai été trahi!

À la fin de tout cela, il ya de nombreuses victimes.

L'une d'elles est l'Union africaine. Les événements tragiques en Côte d'Ivoire ont confirmé la marginalisation de l'Union dans sa capacité à résoudre les défis les plus importants de l’Afrique.

Au lieu de cela, l'UA a affirmé la capacité des grandes puissances d'intervenir pour résoudre ces problèmes en utilisant leurs différentes capacités pour légitimer leurs actions en persuadant l'Organisation des Nations Unies d'autoriser leurs interventions égoïstes.

Les Nations Unies sont encore une autre victime. L'organisation a gravement compromis son acceptabilité comme une force neutre dans la résolution des conflits internes, comme celui de Côte d'Ivoire. Il sera désormais difficile pour l'Organisation des Nations Unies de convaincre l'Afrique et le reste du monde en développement qu'elle n'est pas un simple instrument entre les mains des grandes puissances. Cela a confirmé l'urgence de la nécessité de restructurer l'organisation, basée sur l'idée selon laquelle dans sa structure actuelle elle n'a pas la capacité d'agir en tant que représentant véritablement démocratique de ses Etats membres.

Ainsi, de diverses manières, les événements en Côte d'Ivoire pourraient servir de moment déterminant en termes de l'urgente nécessité de restructurer le système des relations internationales. Ils ont mis en évidence la réalité de l'équilibre mondial et l'abus de pouvoir dans l'ère post-guerre froide, et mis fin à la fiction selon laquelle les grandes puissances respectent la primauté du droit dans la conduite des relations internationales, même telle que définie par la Charte des Nations Unies, et selon laquelle, en tant que nations démocratiques, elles respectent les opinions des peuples du monde.

Nous ne pouvons qu'espérer que Laurent et Simone Gbagbo ainsi que le peuple ivoirien ne continuent pas à souffrir comme des victimes maltraitées et humiliées d'un système mondial qui, tout en se réclamant des droits universels de l'homme, ne cherche qu'à perpétuer la domination du plus grand nombre par quelques-uns qui disposent du prépondérant pouvoir politique, économique, militaire et médiatique.

Les procédés pervers et toxiques utilisés en Côte d'Ivoire nous amènent à nous poser cette question urgente : Combien d’abus de pouvoir flagrants devront encore subir l'Afrique et le reste des pays en développement avant que la vision d'un système démocratique de la gouvernance mondiale ne devienne réelle ?

 

03/05/2011

Confidences sur l’entretien entre Gbagbo, Tutu, Annan et Robinson

 

 

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La rencontre n’était pas prévue dans le programme officiel de la délégation des « Elders », ces « aînés », anciennes figures de la scène publique retirées des affaires, et qui offrent leurs bons offices sur un certain nombre de terrains conflictuels. Les « Elders » (Desmond Tutu, Kofi Annan, Mary Robinson), venus à Abidjan à la demande d’Alassane Ouattara, ont tout de même souhaité rencontrer Laurent Gbagbo, notamment pour s’assurer qu’il était bien traité, après les images traumatisantes servies ad nauseum par les médias internationaux le 11 avril. Ils ont, selon des sources diplomatiques, exprimé le souhait de rencontrer Simone Gbagbo aussi, mais ont au final considéré qu’il était pratiquement difficile de faire à la fois le voyage de Korhogo et de se rendre à Odienné. En toute logique, les Elders se sont rendus à l’hôtel Pergola, où sont détenus plusieurs dizaines de cadres de la majorité présidentielle (LMP). Ils ont exprimé le vœu de voir ces cadres retrouver le droit aux communications téléphoniques et aux visites familiales…

 

A Korhogo, les Elders ont trouvé un Laurent Gbagbo en pleine forme, ce qui dément la rumeur persistante, lancée comme un ballon d’essai par la presse ouattariste, qui évoquait une tentative de suicide. Il a dit être bien traité – son médecin personnel, le docteur Blé, est avec lui – mais a demandé, comme son épouse Simone, si l’on en croit les confidences de Ouattara à La Croix, une Bible. Signe qu’il ne se considère pas comme à la retraite, il a demandé un livre contenant les discours les plus célèbres des plus grands hommes politiques. Séance tenante, le ministre de la Justice de Ouattara, Jeannot Ahoussou Kouadio, lui a remis la biographie de Félix Houphouët-Boigny écrite par Frédéric Grah Mel. Et a promis de lui faire parvenir une Bible version Louis Segond. Les Elders ont été surpris du tonus de Laurent Gbagbo. Kofi Annan est allé jusqu’à lui dire qu’ils s’attendaient à voir un homme non pas rayonnant, mais au visage défait et triste…

La question de la procédure judiciaire lancée contre le président Laurent Gbagbo a été évoquée à la fin de l’entretien par Jeannot Ahoussou Kouadio. Gbagbo a insisté sur sa requête, déjà exprimée, mais visiblement ignorée, de rencontrer ses avocats avant sa première audition. Ahoussou Kouadio a, devant les Elders, promis que la question serait réglée. D’où le report de l’audition en question, qui devait se dérouler ce mardi, mais aura lieu sans doute en fin de semaine… Gbagbo attend également de parler à ses avocats avant de donner une suite à la demande des « Elders » de le voir s’adresser à la Nation, notamment pour encourager ses partisans à aller dans le sens de la réconciliation.

Plus globalement, les Elders sont plus ou moins inquiets quant à la rapidité des procédures judiciaires et « réconciliatrices » mises en place par le gouvernement Ouattara. Ils s’interrogent sur les attributions et le champ de compétence de la Commission Vérité et Réconciliation et aimeraient que toutes les couches sociales soient représentées dans son bureau, y compris les femmes. Ils ont peur que les procès qui s’engagent s’inscrivent dans la logique de la « justice des vainqueurs » et perturbent le processus de réconciliation.

Bon à savoir : le 6 avril 2011, les « Elders » avaient accablé Laurent Gbagbo, estimant qu’il était le « premier responsable » de la violence en Côte d’Ivoire « qu’il a déclenchée (…) en refusant de quitter le pouvoir ».

 

Une correspondance de Philippe Brou

 

27/04/2011

Africa 24 consacre un reportage à la pétition pour la libération de Gbagbo

26/04/2011

La troisième pacification de la Côte d'Ivoire

TetesCoupees.jpgDans son dernier discours à la Nation, Alassane Dramane Ouattara a évoqué la "pacification" de la Côte d'Ivoire, qui devrait intervenir dans les deux mois qui viennent. Ce concept de "pacification", de nature fondamentalement militaire, me semble plus juste pour décrire la situation actuelle du pays d'Houphouët-Boigny que celui, menteur, de réconciliation. Il nous ramène à l'histoire de ce pays, et à deux périodes qui l'ont fondamentalement structurée.

Au début du vingtième siècle, la première pacification est menée par le gouverneur Gabriel Angoulvant. Après la conquête de la nouvelle possession de l'Empire français, il a engagé la "mise au pas" de ses structures locales de gouvernement, brisant les chefferies indociles, destituant les roitelets revêches, punissant collectivement les ethnies rebelles. Au final, le territoire tout entier s'est soumis à l'occupant, ce qui a rendu possible son exploitation économique dans la plus grande quiétude.

La "seconde pacification" de la Côte d'Ivoire, qui est en partie le sujet de la thèse de l'étudiant Laurent Gbagbo - soutenue en 1979 à l'Université de Pairs VII - est rendue nécessaire par le "désordre" et la "contestation" nés du bouillonnement politique d'avant l'indépendance. Elle se déroule dans les années 1950 et 1960. Le parti de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, défie l'ordre colonial, de Treichville à Dimbokro. Prenant acte de la force de la répression, Houphouët décide de "composer". Il s'implique dans la grande opération de nettoyage politique qui vise les "extrémistes" de son propre camp, qui sont éliminés politiquement ou éliminés tout court. Pour empêcher toute compétition politique - et protéger le nouveau pacte franco-ivoirien -, il installe, comme ailleurs en Afrique, un système à parti unique. Comme Angoulvant, il mate les groupes ethniques rebelles, puis a l'intelligence de créer un système rassurant pour tous. Cette pacification terminée, l'exploitation économique néocoloniale peut commencer.

Depuis vingt ans, ce système néocolonial là, celui qui a vu naître le "miracle ivoirien", s'est épuisé. Avant d'entrer profondément en crise avec le coup d'Etat de décembre 1999, l'accession au pouvoir de l'opposant historique Laurent Gbagbo en octobre 2000, puis la rébellion de septembre 2002 qui a remis au goût du jour, dans le sud du pays, un discours critique, voire de rupture, vis-à-vis de l'ancienne métropole, dont les arbitrages et l'autorité ont été vivement contestés. Après neuf ans d'affrontements tantôt larvés tantôt musclés, après plusieurs épisodes de guerre par procuration (à travers les rebelles des Forces nouvelles) ou ouverte (dont la campagne de bombardements aériens des symboles civils et militaires de l'Etat ivoirien a été la phase la plus spectaculaire), la France officielle a réussi à "avoir la peau" de l'ennemi Laurent Gbagbo, incarnation du nationalisme ivoirien.

L'armée nationale décapitée, la Licorne est désormais en première ligne, avec un Alassane Ouattara dont le rôle rappelle celui d'Ahmadou Ahidjo aux premières années de l'indépendance camerounaise. Les  soldats dépenaillés des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) ne peuvent être, au fond, que des supplétifs, et leur attirail ridicule met plus que jamais en valeur la supériorité technique et "civilisationnelle" des troupes françaises. La troisième pacification de la Côte d'Ivoire est en marche. Elle se caractérise déjà par le "meurtre symbolique" du chef de la Résistance ivoirienne, de son épouse et de ses proches - l'on se souvient irrésistiblement des cas Béhanzin, Samory et Lumumba. La "punition collective" des ethnies et catégories sociales à problèmes, visant à installer un climat de terreur, est engagée. La chape de plomb, nécessaire à toute opération de nettoyage politique, pèse sur le pays. Par devoir "patriotique", les médias occidentaux ferment les yeux sur les massacres et les exactions de leurs alliés. Cela suffira-t-il pour enterrer à jamais la part indocile de l'âme ivoirienne ?

Rien n'est moins sûr, et les mois qui viendront serviront de test pour les apprentis sorciers de la recolonisation de l'Afrique. La France a misé sur un cheval qui n'a pas que des atouts. La principale faiblesse d'Alassane Ouattara est sa drôle d'armée, tout aussi incompétente que la légion improvisée qui sert de prétexte à l'intervention de l'OTAN en Libye. Spécialisés depuis 2002 dans les pillages et la répression des plus faibles, les rebelles ivoiriens ont conquis Abidjan et se paient sur le dos de la bête. Ce qui oblige et obligera l'ex et néo colonisateur à organiser des patrouilles mixtes en coordination avec des caporaux hâtivement transformés en officiers, et passibles de poursuites pour crimes contre l'humanité. Déjà, des photos de chars français portant fièrement le drapeau bleu blanc rouge et patrouillant dans les rues d'Abidjan sont diffusées...

De plus, malgré tous les artifices, le camp Ouattara n'a ni une base politique suffisante, ni les moyens d'imposer à moyen terme une terreur qui réduirait à la clandestinité toute opposition. En prenant le parti d'installer dans les commissariats et les rues d'Abidjan une milice très clairement ethnique (les FRCI), qui, en raison de ses pillages, est devenue la principale ennemie de la classe moyenne ivoirienne, Ouattara creuse le fossé qui le séparait de la population de la capitale économique, des non-Nordistes et des non-musulmans. On peut, par ailleurs, s'interroger sur les moyens que la France mettra à la disposition de son "gouverneur à la peau noire" en Côte d'Ivoire. La crise du crédit qui enserre l'Occident n'est pas un bon signe. En 2011, le FMI ne peut pas tout. L'inévitable tournure dictatoriale du régime Ouattara et les massacres de masse de ses hordes font déjà de lui un partenaire encombrant. Il n'est pas sûr qu'en 2011, Paris puisse toujours changer le cours de l'Histoire en Afrique avec quelques commandos d'élite et une poignée de conseillers techniques. Malgré les apparences d'une victoire totale, une partie politique et diplomatique serrée est engagée en Côte d'Ivoire.