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29/05/2013

International Crisis Group, une vraie ONG ou un "jouet" des gouvernements occidentaux ?

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Dans un post précédent, nous rappelions le financement de l'ONG Reporters sans frontières, qui la rend totalement dépendante de l'Union européenne et du gouvernement français, qu'elle ne peut pas critiquer radicalement sans risquer de disparaître ou du moins de devoir licencier une partie de son personnel. Alors que l'ONG International Crisis Group, qui se pique d'indépendance, annonce un "partenariat officiel" avec le gouvernement français, sur la question du Sahel - dont ledit gouvernement est un acteur principal -, il est également important de noter la vérité qui suit. ICG est financée à 49% par des gouvernements, tous Occidentaux, à 31% par des entreprises privées occidentales (dont les pétrolières BP, Chevron et ENI), et à 20% par des fondations (dont la fameuse Open Society de l'omniprésent George Soros). Sérieusement, quelles sont les garanties d'indépendance de cette ONG très gouvernementale ? Pour en savoir plus, cliquez ici.

28/05/2013

Risques d'attaques terroristes en Côte d'Ivoire : le communiqué du Quai d'Orsay qui fait peur

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Au regard de l’activisme de groupes terroristes opérant dans la bande sahélienne, il importe que les Français résidant ou de passage en Côte d’Ivoire fassent preuve d’une vigilance accrue, notamment à l’égard de tout comportement suspect, lors de leurs déplacements et dans les endroits qu’ils fréquentent de façon habituelle ou occasionnelle.

Il convient de demeurer attentif à l’évolution de la situation au Mali mais aussi aux recommandations éventuelles qui pourraient être diffusées par le Consulat général de France en Côte d’Ivoire.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/c...

09/05/2013

Quand le procureur de la CPI camouflait les crimes de l'Etat français en Côte d'Ivoire

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La lecture attentive des rapports souvent longs et arides des institutions comme la CPI et des ONG internationales de défense des droits de l'Homme qui lui servent d'inspiration permet de suivre la trace d'un certain nombre de prismes idéologiques. Et trahit aussi des complalisances.

Ainsi du document transmis par Louis Moreno-Ocampo, alors procureur auprès de la CPI, à la chambre préliminaire III de l'institution. Et qui était censé apporter de plus amples informations sur les crimes relevant potentiellement de la CPI commis entre 2002 et 2010. Le procureur cite des crimes allégués attribués soit aux rebelles d'alors soit aux loyalistes. Il essaie de "balancer" le tout pour donner une impression d'équilibre - tout cela ne mange pas de pain, car l'évocation de ces exactions supposées ne l'oblige pas à enquêter...

Toutefois, mon regard s'est arrêté sur sa description des événements de novembre 2004 où, à Abidjan et dans la zone gouvernementale, plusieurs dizaines d'Ivoiriens ont été tués, très souvent par balles, par l'armée française - notamment devant l'hôtel Ivoire. Ce qui est frappant, ahurissant, renversant, c'est qu'Ocampo refuse d'évoquer les morts ivoiriens dans son rapport. Ce n'est même pas qu'il les relativise, ou qu'il les minore. Il n'en parle pas. Ces morts n'existent pas. Ils ne heurtent manifestement pas la "conscience internationale", que la CPI est censée représenter. De toute façon, Ocampo ne parle pas de ces événements au titre des "tueries" ou des "massacres" mais au titre des "attaques illégales" (l'attaque illégale étant l'opération de reconquête du Nord du pays aux mains des rebelles par l'armée nationale).

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"Entre le 4 et le 9 novembre 2004, l'aviation gouvernementale ivoirienne a lancé des attaques sur les villes de Bouaké, Korhogo et d'autres bastions rebells dans le Nord de la Côte d'Ivoire. L'offensive a causé la mort de 55 civils. Comme neuf soldats français ont aussi été tués durant le raid meurtrier sur Bouaké, la France a pris la décision de détruire l'aviation ivoirienne. Ce qui a entraîné des émeutes anti-françaises, encouragées par le leader des Jeunes Patriotes Charles Blé Goudé. Le gouvernement ivoirien a par la suite accusé les forces françaises d'avoir tiré sur des manifestants qui allaient en direction du 43ème BIMA à côté de l'aéroport d'Abidjan. Selon les officiels français, certains de ces manifestants étaient armés."

Dans ce récit d'un cynisme renversant, l'hôtel Ivoire, le pont Charles-De-Gaulle, où des militaires français ont tiré sur des manifestants ivoiriens désarmés, disparaissent. Les 64 morts ivoiriens, tués de sang-froid (et sur ordre) par des soldats français, disparaissent. Et pourtant, ce massacre est le plus documenté de tous ceux dont Ocampo parle dans son document. Canal + a ainsi publié un documentaire édifiant, qui taille en pièces la piteuse défense de la France officielle. Le voici.

Le réalisateur ivoirien Sidiki Bakaba a lui aussi produit un documentaire plus engagé mais tout aussi édifiant : La Victoire aux Mains Nues.

De toutes ces preuves, Ocampo se contrefiche ! La CPI, instrument de légitimation d'un certain ORDRE POLITIQUE, ne peut pas raisonnablement accuser l'armée française de massacres, comme elle le ferait de vulgaires Nègres, qu'ils soient loyalistes ou rebelles.

L'ex procureur de la CPI s'est majoritairement appuyé sur des rapports d'organisations de défense des droits de l'Homme pour écrire son rapport. Et il est assez édifiant de voir que celle qui structure son raisonnement, Human Rights Watch, a également passé par pertes et profits les massacres français de novembre 2004 en Côte d'Ivoire. Dans son rapport de mai 2005, le premier après ce massacre, l'ONG criminalise beaucoup les jeunes patriotes, disqualifie le mouvement de colère contre une armée française qui était pourtant entrée en guerre sans le déclarer contre la Côte d'Ivoire et... évoque en quelques phrases ambigues le massacre de l'Ivoire.

"Blé Goudé a insisté sur le fait que les manifestants et ses Jeunes Patriotes n’étaient pas armés. Cependant, des officiels français disent qu’ils ont vu des patriotes armés sur le pont Général de Gaulle dès le milieu de l’après-midi. Ils avancent comme preuve le fait que plusieurs soldats français ont été blessés par balles pendant les manifestations. Le gouvernement ivoirien a accusé les forces françaises d’avoir tiré sur les manifestants à Abidjan avec de véritables munitions et a estimé le bilan des violences de novembre 2004 à 64 morts et environ 1500 blessés. Plusieurs manifestants interviewés par Human Rights Watch ont déclaré qu’ils avaient vu les forces françaises tirer à balles sur la foule des manifestants depuis des immeubles et d’un hélicoptère. Certaines des victimes et des blessés de l’Hôtel Ivoire ont été piétinés en s’enfuyant pour échapper aux tirs, d’après des sources de l’hôpital."

On remarquera qu'HRW défend l'armée française au maximum (alors que les vidéos accablantes la mettant en cause sont déjà sorties). Contrairement à sa méthodologie, elle ne diffuse pas les témoignages des blessés graves et des Ivoiriens que l'armée française a rendu invalides. Elle ne donne pas la parole aux parents des personnes décédées. Elle ne fournit au lecteur aucun élément clair permettant d'approcher la vérité, au-delà des déclarations des uns et des autres.

Amnesty International a une approche plus conforme à sa vocation. Comme souvent sur la Côte d'Ivoire. Dans un rapport publié le 19 septembre 2006, l'ONG ne met pas dos à dos deux versions, mais affirme qu'il y a eu des dizaines de morts et de blessés et que l'armée français a tiré sur des personnes qui ne représentaient pas de menace directe :

"Amnesty International n'a pu établir le bilan exact des victimes des affrontements de novembre 2004 à Abidjan qui ont fait des dizaines de morts et de blessés. En effet, les autorités ivoiriennes ayant ouvert une enquête judiciaire sur ces faits, les délégués d'Amnesty International n'ont pu rencontrer, en dépit de demandes officiellement déposées, le médecin légiste ou le procureur ni se rendre dans les morgues d'Abidjan car toutes ces informations étaient protégées par le secret de l'instruction. Amnesty International a cependant pu recueillir un nombre important de témoignages de victimes et de parents de victimes ainsi que les versions des représentants des forces armées ivoiriennes et françaises. Les troupes françaises ont certes dû faire face à des mouvements importants de manifestants, parfois menaçants pour leur vie ou celle de tiers et elles ont dû évacuer dans des conditions difficiles des civils français et des ressortissants d'autres nationalités. Cependant, les informations recueillies par Amnesty International concernant les conditions dans lesquelles les soldats français ont fait usage de leurs armes létales lors des affrontements qui les ont opposés à des manifestants à Abidjan en novembre 2004, montrent que les forces françaises ont, à certaines occasions, fait un usage excessif et disproportionné de la force alors qu'elles se trouvaient face à des manifestants qui ne représentaient pas une menace directe pour leurs vies ou la vie de tiers."

Amnesty International se garde toutefois d'utiliser le mot qui aurait été utilisée si cette manifestation avait été réprimée par une armée africaine : MASSACRE. Or il s'agit bien d'un massacre. Un effroyable massacre. Un massacre qui est recouvert par une impunité qui s'appuie sur les omissions de la CPI, les justifications effrontées d'une groupe de pression mesquin camouflé derrière la défense des droits de l'Homme (HRW) et par la dénonciation "à moitié" d'Amnesty International.

Au fait, qui finance les fameuses ONG de défense des droits de l'Homme ?

L'on sait aujourd'hui qui possède les grands médias mondiaux et beaucoup les lisent en le gardant à l'esprit. TF1 c'est Bouygues. Wall Street Journal c'est Murdoch. L'Express c'est Dassault (un marchand d'armes, donc). Europe 1 et le Journal du Dimanche, c'est Lagardère (un autre marchand d'armes). Mediaset, c'est Berlusconi.

Mais pourquoi ce réflexe de distance critique n'est-il pas de mise quand on évoque des organisations autrement plus influentes sur la scène internationale que les médias, et qui ne vivent souvent pas des cotisations de leurs adhérents, mais des dons de milliardaires OCCIDENTAUX et de gouvernements OCCIDENTAUX ? 

Le débat est ouvert.

 

 

18/04/2013

Voici l'émission déprogrammée de Telesud sur Ouattara, Sassou et la CPI...

La dernière émission "Maquis Hebdo" de Telesud qui parlait notamment de la Côte d'Ivoire, de la CPI et du Congo-Brazzaville, a été officiellement déprogrammée - disons, censurée, jusqu'à preuve du contraire... parce que ce ne sont pas les plages de reprogrammation qui manquent.

PS : Aux dernières nouvelles, l'émission a été finalement reprogrammée... donc diffusée !


MAQUIS HEBDO DIMANCHE 14 AVRIL 2013 par tango53

17/04/2013

Crise ivoirienne : quand le HCR ment de manière grossière pour couvrir Ouattara !

 

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La profondeur des mensonges de la "communauté internationale" sur la Côte d'Ivoire est effrayante des fois. Je farfouille le site du HCR et je tombe sur une "évaluation en temps réel". Et je lis ceci : "Le 29 novembre 2010, le personnel du HCR du bureau extérieur de Saclepea, au Libéria, a reçu un appel téléphonique de fonctionnaires de l’immigration basés à la frontière de la Côte d’Ivoire. Quelque quatre cents femmes et enfants avaient ce jour-là traversé la frontière de la Côte d’Ivoire au comté de Nimba, une région touchée par la pauvreté rurale et un sous-développement récurrent dans l’est du Libéria. Les réfugiés se déplaçaient en réponse à l’annonce de la Commission électorale indépendante de Côte d’Ivoire, un jour auparavant, de la victoire du candidat de l’opposition, Alassane Ouattara, aux élections présidentielles." Sauf que... le 28 novembre 2010, jour du scrutin, aucun résultat provisoire ou définitif, aucune tendance sérieuse n'était disponible. Et ces réfugiés fuyaient par centaines la persécution des rebelles pro-Ouattara qui les empêchaient de voter comme ils pouvaient. Mais ça, le HCR ne peut l'écrire...!

Voici le lien vers ce document honteux (aller à la page 7) : http://www.unhcr.fr/4eb942a59.html

08/03/2013

Laurent Gbagbo, le droit à la différence : les témoignages vidéo de Bertin Kadet et de Damana Pickas

26/02/2013

Côte d'Ivoire - la loi des vainqueurs - rapport accablant d'Amnesty International sur la dictature Ouattara - à télécharger ici

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Téléchargez le document de 88 pages en cliquant ici.

06/02/2013

Boubacar Boris Diop sur le Mali, la France et l'Afrique : "Nous aurions dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo (...) Les Maliens ont perdu leur Etat et leur honneur"

Dans une interview accordée au journal sénégalais Le Pays au Quotidien, reprise par son collègue djiboutien Abdourrahmane Waberi sur son blog hébergé par Slate Afrique, l'écrivain Boubacar Boris Diop analyse les différentes implications de la guerre au Mali... et refuse d'applaudir à tout rompre la France officielle... qu'il qualifie de "pompier pyromane".

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"Le danger, à mon humble avis, c’est d’analyser cette guerre comme un fait isolé. Tout le monde la relie à l’agression contre la Libye, mais pas avec autant d’insistance qu’il faudrait. Il ne suffit pas de dire que l’agression contre la Libye est en train de déstabiliser la bande sahélienne et toute l’Afrique de l’Ouest. Il faut la placer, de même que le « printemps arabe », au cœur de la réflexion sur le Nord-Mali. Nous devons peut-être même aller plus loin et nous demander si nous n’aurions pas dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo. Il était possible, sans forcément soutenir Laurent Gbagbo, de bien faire savoir à Paris qu’une ligne rouge venait d’être franchie. Mais nous avons trop bien appris notre leçon sur la démocratie, on a inventé exprès pour nous des termes comme « bonne gouvernance » – qui donc a jamais entendu parler de la « bonne gouvernance » en Belgique ? – et nous en sommes venus à perdre tout sens des nuances et surtout la capacité d’inscrire des évènements politiques particuliers dans une logique globale.

(...) Il suffit de remonter le fil des évènements. Après avoir assassiné Kadhafi dans les conditions scandaleuses que l’on sait, L’Etat français a cru le moment venu de confier la sous-traitance de la guerre contre Aqmi et le Mujao à la rébellion touarègue. Comme vient de le rappeler Ibrahima Sène dans une réponse à Samir Amin, Paris et Washington décident alors d’aider les Touareg présents en Libye à rentrer lourdement armés au Mali mais, détail important, pas au Niger où on ne veut prendre aucun risque à cause d’Areva. Les Touareg sont ravis de pouvoir concrétiser enfin leur vieux rêve d’indépendance à travers un nouvel Etat de l’Azawad, allié de l’Occident.

Certains médias français se sont alors chargés de « vendre » le projet de ces « hommes bleus du désert » qui se préparent pourtant tout simplement à entrer en guerre contre le Mali. Il suffit de faire un tour dans les archives de France 24 et de RFI pour voir que le MNLA en particulier a été créé de toutes pièces par les services de Sarkozy. Ces stratèges savaient très bien que cela allait se traduire par l’effondrement de l’Etat malien et la partition de son territoire. Ça ne les a pourtant pas fait hésiter une seconde. Juppé s’est ainsi permis de minimiser l’égorgement collectif par les Touareg d’une centaine de soldats et officiers maliens le 24 janvier 2012 à Aguelhok et suggéré la possibilité d’un Azawad souverain au nord. Mais au bout du compte, le MNLA qui n’a pas été à la hauteur des attentes de ses commanditaires face aux jihadistes, s’est pratiquement sabordé, ce qui est d’ailleurs sans doute une première dans l’histoire des mouvements de libération. Dans cette affaire, la France est clairement dans le rôle du pompier pyromane. Tout laisse croire qu’elle va défaire les jihadistes, mais sa victoire coûtera aux Maliens leur Etat et leur honneur.

Je veux juste dire que c’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali et de sa relative homogénéité territoriale. Il faudrait être bien naïf pour s’imaginer qu’après s’être donné tant de mal pour libérer le Nord, la France va remettre les clefs du pays à Dioncounda Traoré et Maliens et se contenter de grandes effusions d’adieu. Non, le monde ne marche pas ainsi. La France s’est mise en bonne position dans la course aux prodigieuses richesses naturelles du Sahara et on la voit mal laisser tomber la rébellion touarègue qui reste entre ses mains une carte précieuse. Un épisode de cette guerre est passé inaperçu, qui mérite pourtant réflexion : la prise de Kidal. On en a d’abord concédé la « prise » à un MNLA qui n’a plus aucune existence militaire et quelques jours plus tard, le 29 janvier, les soldats français sont entrés seuls dans la ville, n’autorisant pas les forces maliennes à les y accompagner. Iyad Ag Ghali, patron d’Ansar Dine, discrédité par ses accointances avec AQMI et le MUJAO, est presque déjà hors jeu et son rival « modéré » Alghabasse Ag Intalla, chef du MIA, est dans les meilleures dispositions pour trouver un terrain d’entente avec Paris. En somme, les indépendantistes Touareg vont avoir après leur débâcle militaire un contrôle politique sur le nord qu’ils n’ont jamais eu. C’est un formidable paradoxe, mais l’intérêt de l’Occident, c’est un Etat central malien sans prise sur la partie septentrionale du pays. Les pressions ont commencé pour obliger Dioncounda Traoré à négocier avec des Touareg modérés sortis de la manche de Paris et on ne voit pas un président aussi affaibli que Dioncounda Traoré résister à Hollande. Que cela nous plaise ou non, le « printemps arabe » est en train de détacher définitivement l’Afrique du Nord du reste du continent et la « nouvelle frontière » c’est en quelque sorte le Nord-Mali. Cela correspond à un projet stratégique très clair, très cohérent, de l’Occident et il est en train de le mettre en œuvre."

15/11/2012

Komandant Simi Ol persiste et signe dans son clip : "Faut arrêter le massacre des innocents"

Komandant Simi Ol sera en concert avec Guy Labertit [qui montrera pour la première fois sur une scène publique son univers musical] au Point Ephémère (Paris) le 19 décembre prochain. Je dédicacerai mon livre "J'accuse Ouattara" à cette occasion.

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13/11/2012

Où va l'opposition ivoirienne [édito paru dans Le Nouveau Courrier]

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Les chanteurs de zouglou qui ont décidé de mettre un terme à leur exil parisien pour rejoindre «la caravane de la réconciliation» financée à grands frais par le régime Ouattara sont-ils des «traîtres» à la cause patriotique ivoirienne ? Faut-il les «punir» en boycottant leurs concerts et leurs oeuvres discographiques ? Ces questions ont agité les réseaux sociaux ces derniers jours et suscité de nombreux commentaires avec leur corollaire d’excès. Au-delà de l’écume de la polémique, ces échanges vifs devraient susciter des interrogations de fond. En réalité, cette foire d’empoigne soulève plusieurs problématiques. Premièrement, celle du rapport entre les artistes engagés et l’univers de la politique. Dès lors qu’ils ont pris des positions politiques, les chanteurs et autres vedettes doivent-ils être considérés comme des activistes, voire des militants soumis à la discipline du parti ? Doit-on donner plus de sens qu’ils n’en méritent à leurs choix de carrière qui répondent, après tout, à des considérations qui relèvent aussi et surtout de leur désir de survivre et de continuer à créer dans un environnement réceptif ? Quel message faiton passer aux artistes qui voudraient, le temps d’une ou de deux mélodies, faire des petites incursions en politique pour exprimer leurs indignations légitimes, leurs sentiments de citoyens, leur adhésion à des causes spécifiques ? Voudrait-on leur dire qu’en le faisant, ils s’engagent dans la sphère partisane et seront surveillés, lâchés voire lynchés à l’avenir s’ils s’écartent du droit chemin ? L’art, et plus particulièrement le zouglou, est une affaire d’hommes et de femmes libres. On peut être frustré ou déçu que Pat Sacko ou Petit Yodé aient choisi d’offrir une (petite) fleur à un régime Ouattara qui fait de l’événementiel pour mieux masquer son incapacité à réaliser la réconciliation. Mais il faut en toute chose savoir raison garder, respecter leur liberté, qui est également la liberté de nous surprendre voire de nous irriter par moments. En réalité, l’opposition ivoirienne, dans ses différentes composantes, doit gérer intelligemment le passage à vide, la traversée du désert. Elle fait face à la difficulté de s’organiser en alternative face à un pouvoir qui n’a d’autre rempart qu’une dictature épouvantable rendue possible par le silence des censeurs moraux occidentaux –les seuls qui intéressent plus ou moins le régime. Elle expérimente l’angoisse du temps qui passe et n’apporte pas de fenêtre d’opportunité immédiate, dans un contexte où elle sa structuration même – une «section » en prison, une «section» en exil, une «section» sur le terrain à Abidjan

– est porteuse de divisions, d’incompréhensions et de scissiparités. Jusqu’ici, elle a réussi ce qui relève quasiment du miracle. Elle a maintenu le lien avec une base politique qui n’a pas été atteinte et des relais au sein de la société civile qui n’ont pas tous basculé dans la flagornerie vis-à-vis des nouveaux maîtres d’Abidjan. Elle a préservé son unité derrière le symbole vivant qu’est devenu pour elle Laurent Gbagbo. C’est là sa principale force. C’est là la principale angoisse du clan Ouattara qui ne cesse de repousser le retour à la vie démocratique normale parce qu’il s’agirait aussi d’un retour aux vrais équilibres du pays. Cette force est aussi patrimoine. C’est elle qui, mise en branle dès l’apparition d’une vraie fenêtre d’opportunité politique, changera la donne. Mais l’opposition perdrait cet atout considérable si elle cédait à la tentation de la radicalité improductive et d’une quête de pureté se résumant à la posture, voire à la pose. Quand on est lancé dans une course de fond, il faut économiser son énergie D’autant plus que, dans le cas d’espèce, il n’y a aucune forme d’enjeu politique. Le retour à Abidjan de Petit Yodé et de Pat Sacko ne constitue pas un signal exploitable de manière judicieuse à l’international. Il n’apportera pas le moindre électeur à un régime qui prend l’eau de toutes parts et dont le caractère profondément sectaire apparaît quotidiennement, comme on l’a encore vu avec les agressions injustifiées subies par l’église des Assemblées de Dieu de Cocody, sur laquelle le ministre Cissé Bacongo s’est incroyablement acharné la semaine dernière. Ce n’est donc pas un enjeu. L’opposition ivoirienne, naturellement menée par le Front populaire ivoirien (FPI), est engagée dans un combat dont elle ne maîtrise absolument pas les échéances les plus importantes. Le vrai enjeu pour elle est de maintenir et de renforcer ses outils idéologiques structurants. Ce n’est pas pour rien que le régime travaille au corps à corps le FPI, flattant certains hiérarques, jetant d’autres en prison pour faire place nette et obtenir une entrée au gouvernement qui serait, pour le coup, une véritable trahison. Dans quelle mesure ce travail patient porte-t-il ses fruits, crée-t-il de mortelles suspicions et des ambitions inavouables, entrave-t-il les nécessaires pressions destinées à contraindre le pouvoir à laisser libre cours à une activité politique normale et contradictoire ? Qu’est-ce qui relève, dans la diaspora, de l’activisme de positionnement ou de «défoulement», et qu’est-ce qui participeà éclairer les consciences sur la nature réelle de la dictature ivoirienne, à rallier les alliés objectifs, à faire bouger les lignes chez les autres ? Ces questions sont incontournables. Quand on est lancé dans une course de fond, la question des économies d’énergie est centrale. Question angoissante : si le destin impose à la Côte d’Ivoire une échéance présidentielle anticipée, l’actuelle opposition déploiera-t-elle immédiatement une stratégie de reconquête du pouvoir pensée à l’avance ? En effet, tout se passe comme si un homme manœuvrait par tous les moyens pour neutraliser le FPI certes, mais aussi le PDCI, dans une stratégie globale de la terreur, tout en poussant ses pions et en préparant son avenir. Comme s’il voulait prendre tout le monde de court. Cet homme ne s’appelle pas Alassane Ouattara.

Il s’appelle Guillaume Soro.

Théophile Kouamouo