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31/03/2008

Obama et Sarkozy : le jour et la nuit

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Récemment, en "feuilletant" le blog de Loïc Le Meur, je suis tombé sur un post où il réaffirmait tout le bonheur qu'il avait ressenti en faisant partie de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Et où il confiait que s'il votait aux Etats-Unis, il aurait choisi Obama. Ce n'est pas la première fois que les deux hommes sont comparés. Obama lui-même a encouragé les analyses rapprochant son profil de celui de Sarkozy en rendant vivement hommage au président français - pour des raisons que je ne cerne pas.
Obama et Sarkozy m'apparaissent radicalement différents, surtout depuis que j'ai lu (en français) son fameux discours sur la question raciale.
Tout au long de sa campagne, Sarkozy m'est apparu comme un homme prospérant dans les lignes de fracture de la société, captivant "sa France à lui" en lui faisant croire qu'elle est le bon grain à séparer de l'ivraie. De nombreux Français qui ont élu Sarkozy l'ont fait CONTRE LEURS VOISINS. Ils représentaient la France qui se lève tôt, et non la France des flemmards qui réclament l'Etat-providence. Quand Sarkozy disait : "Aimez la France ou quittez la" aux fils d'immigrés qui ont des "griefs historiques" contre un pays qui est leur seul pays, ils se réjouissaient, et pour cause. Cette phrase, ils auraient aimé la lancer au voisin d'en face, l'intellectuel "black" ou "beur" qui la ramène tout le temps avec les histoires d'esclavage et de colonisation.
Sarkozy est d'accord avec les envolées d'un Alain Finkielkraut, qui assimile toute expression de la douleur historique des "Français issus de la colonisation" à un chantage mémoriel. Il aime les généralités et joue avec les sous-entendus racistes : le paysan africain n'est jamais entré dans l'Histoire, n'est-ce pas, et ses petits-enfants viennent nous reprocher de l'y avoir inséré avec, certes, un peu de brutalité...
Barack Obama - à qui j'ai longtemps préféré Hillary Clinton, exemple de femme politique aux convictions trempées - est l'anti-Sarkozy. Déjà parce qu'il témoigne de ses convictions sociales d'homme de gauche là où Sarkozy cherche dans la génétique une explication rassurante aux déséquilibres sociaux.
Là où il existe un antagonisme au fond artificiel, Obama fait un travail de pédagogue pour expliquer les ressentiments et appeler à leur dépassement. Alors que l'on voulait le piéger avec les déclarations violentes de son ancien pasteur sur le racisme d'une Amérique blanche qui mériterait d'être maudite, Barack prend de la hauteur et prouve qu'il peut être un réconciliateur. Prenez le temps de lire. Cela me fait penser aux plus beaux éditoriaux de Pius Njawé sur la question ethnique au Cameroun. Dans la France où Finkielkraut et Dieudonné se regardent dans les yeux remplis de ressentiment, il faudrait peut-être un Barack Obama.

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08/03/2008

Gabon : mes conseils à Omar Bongo

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Les observateurs de la Françafrique se passionnent pour l'apparente dégradation des relations franco-gabonaises de ces derniers jours. Ils ont regardé avec intérêt le reportage de France 2 sur les multiples et scandaleux biens immobiliers du couple terrible Bongo-Sassou dans l'Hexagone. Ils ont aussi appris que le Gabon avait entrepris d'expulser des Français pour riposter (?) à l'expulsion de deux étudiants gabonais. Les deux informations s'emmêlent et on peut s'y perdre.
Une fois n'est pas coutume : je ne suis pas du tout d'accord avec l'analyse de Pierre Haski de Rue 89 sur ce qui nous est vendu comme la réaction d'Omar Bongo aux méthodes Hortefeux. Une analyse contenue dans un article intitulé "Expulsions de Français : le Gabon tend un miroir à la France".
Je refuse d'être embarqué dans la querelle pitoyable d'un couple égoïste qui a pris l'habitude de manger ses enfants tout simplement parce que le conjoint fragilisé se met à jouer au parent se souciant des intérêts de sa famille. Il est tout à fait étrange qu'Omar Bongo se révolte, en 2008, contre une logique d'expulsions qui a cours depuis de nombreuses années. Que ne s'est-il pas indigné plus tôt ? Tout cela a une forte odeur de manipulation.
Indigné que ses complices habituels n'aient pas empêché la révélation des preuves de sa kleptocratie par des médias français (notamment par France 2, que de nombreux Gabonais reçoivent par le biais de Canal Horizons), Omar Bongo veut rallier des "idiots utiles" : les Africains et les Français hostiles à la chasse aux étrangers version Sarkozy.
Si Omar Bongo est fâché, il peut vendre ses propriétés en France et rapatrier l'argent gagné pour créer des universités de haut niveau au Gabon où tous les étudiants gabonais et africains viendraient étudier, s'épargnant les humiliations des fonctionnaires français.
Si Omar Bongo est furieux, il peut rapatrier ses fonds placés en France et en Suisse et créer un fonds d'investissement ou de capital-risque pour investir dans des multinationales africaines qui pourront recruter les jeunes formés par les universités de haut niveau qu'il aura créés et d'autres jeunes, qui ne seront plus obligés de risquer leur vie pour arriver en Europe.
Si Omar Bongo est excédé, il peut fermer le tunnel qui relie sa résidence à la base militaire française de Libreville, en guise de protestation.
Mais il ne le fera pas. Son anticolonialisme de pacotille ne vise qu'à obtenir des garanties de ses complices en France. Bongo donne de la voix parce qu'il veut plus de Françafrique pour lui, mais surtout pas parce qu'il réclame plus de dignité pour son peuple.
Son anticolonialisme de pacotille ressemble à s'y méprendre à celui de son gendre, homologue et complice, Denis Sassou Nguesso, exprimé sur le perron de l'Elysée en juillet 2007.

05/01/2008

La tarte à la crème des gouvernements d'union

d0436feede3047d1fba0a39385ecf152.jpgCela en devient lassant. Chaque fois qu'il y a une crise politique en Afrique liée aux couacs des processus démocratiques, la brave communauté internationale surgit avec sa solution-miracle. "Il faut créer un gouvernement de réconciliation nationale", conseillent invariablement les médiateurs, facilitateurs et diplomates des "pays-amis" et "pays-tuteurs".
Aujourd'hui, c'est au Kenya que cette formule est préconisée. En Côte d'Ivoire, après le processus électoral heurté d'octobre 2000, le gouvernement d'union apparaissait comme LA solution. Sa mise en place n'a pas empêché la rébellion du 19 septembre 2002, soutenue sournoisement par des partis membres de la coalition gouvernementale. Pour appliquer les accords de Linas-Marcoussis, Pierre Mazeaud et Dominique de Villepin ont prévu la création d'un gouvernement de réconciliation nationale, et imposé un "Premier ministre de consensus", Seydou Diarra. Il a fallu de nombreuses années de statu quo pour que les Ivoiriens arrivent à l'accord de Ouaga... qui lui aussi prévoit un gouvernement d'union !
Le problème avec cette formule devenue un grand classique dans la résolution des conflits liés aux processus démocratiques, c'est qu'elle finit par être une alliée des gouvernements impopulaires qui refusent de respecter la voix des urnes. Ainsi, au Togo, Faure Gnassingbé a perpétré un hold-up électoral avec la bénédiction de ses mentors étrangers... qui avaient déjà préparé le "paquet-cadeau" du gouvernement d'union. Lequel gouvernement d'union s'est révélé une machine à discréditer une partie de l'opposition togolaise et à désenchanter l'opinion publique. En tout cas, la démocratie n'a pas avancé, les rancoeurs restent vivaces, et le mépris est désormais total pour le peuple souverain - puisqu'il est clair que ce sont des combinaisons internationales qui fondent la distribution des strapontins, la farce électorale n'était qu'une modalité destinée à juger d'un rapport de forces... physique !
Pourquoi les "bonnes volontés" européennes et américaines n'écoutent-elles pas de manière plus attentive les voix de la société civile et du procureur général kényan, demandant le recomptage des votes ? Ne s'inspirent-elles pas de ce qui s'est passé aux Etats-Unis en 2000, après le duel Bush-Al Gore ? Pourquoi ne pas se fonder sur des formules constitutionnelles et démocratiques ? Pourquoi ne pas respecter LA VOIX DU PEUPLE ?
Les Occidentaux recherchent la "stabilité" dans les pays du Sud qui leur sont alliés ? Le Kenya est l'oeil des Etats-Unis en Afrique de l'Est, et il n'est pas question que ce bastion s'effondre.
La stabilité est une nécessité absolue pour un pays comme le Kenya qui fonde largement son économie sur le tourisme. Mais la "stabilité express" n'est pas toujours la solution. Il faut arrêter les frais, c'est d'une importance capitale. Mais il faut aussi songer à régler les problèmes de fond dans le respect de la morale, de la démocratie et des équations majoritaires.