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25/01/2008

Pour l'amour de Raïssa

a111af4d48f88aa4c029f56814ce7689.jpgIl voulait marquer. Pas par esprit de concurrence. Pas pour la gloire. Pas (seulement) par patriotisme.
Il voulait marquer pour l'amour de Raïssa.
Raïssa, sa fille, son bonheur, sa douleur.
Raïssa qui avait tiré sa révérence alors que son père, Aruna, était à la CAN 2006 en Egypte, au milieu de ses coéquipiers, au coeur des passions et des enjeux du football-roi.
Raïssa. Elle n'avait que cinq mois.
2006. Année de grands défis et de triomphes pour des Eléphants arrivés en finale de la CAN et en phase finale de la Coupe du Monde. "Annus horribilis" pour Aruna, endeuillé, blessé, traumatisé.
Il voulait marquer. Pour regarder ses infortunes passées dans les yeux et les conjurer. Pour mettre fin au "temps du malheur". Pour rendre hommage à sa Raïssa, devant des centaines de millions d'Africains agrippés à leur poste de télévision. Pour continuer de vivre, aussi.
Il a marqué.
Mais il n'a pas dansé tout de suite le "fatigué fatigué", à l'image de ses coéquipiers venus l'entourer et le fêter.
Il avait le triomphe grave, Aruna.
Il avait la joie triste, Aruna.
Mais il a marqué !

Photo : Aruna Dindané et son épouse Hawa.

22/01/2008

Le temps jadis

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"Ô rage! ô Désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans des matchs glorieux ?
Que pour voir en un jour ce spectacle honteux ?
(...)
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !"


Librement inspiré de Corneille (Le Cid).

Lettre de consolation à un jeune Camerounais

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Laisse seulement, mon frère. Laisse ! Tes larmes ne changeront rien à l'affaire. La machine à remonter le temps n'existe pas. On va faire comment ? Laisse seulement !
Je sais. Tout ton orgueil, toute ta rage, tous tes espoirs, tu les a toujours mis dans cette équipe. Elle te représente. Elle a su incarner ta soif de rivaliser avec les plus forts, sans complexe inutile. 1990... Ce but d'Omam Biyick contre l'Argentine de Diego Maradona t'a fait rugir pour la première fois, et t'a prouvé que le monde était (aussi) à toi. Ce but de Patrick Mboma contre la France en 2000, il t'a soulevé ! "Souvent soumis, jamais vaincu", as-tu hurlé. Ces belles victoires, elles te ressemblent. Elles te ressemblent bien plus que ce "Renouveau" vieux de vingt-six ans, bien plus que ce régime des "grandes ambitions" sans ambition, avachi, insouciant, prévaricateur.
Alors, quand les Lions sont à genoux, tu doutes. Ton estomac souffre. Tu as mal. Tu pleures. Essuie tes larmes, mon frère. Cette petite lettre, je te l'envoie pour te consoler.
Je sais. Tu penses à tes camarades de classe, de bureau. Ils sont Ivoiriens, Sénégalais, Maliens. Ils t'attendent au travail, à la fac. Tu n'en as pas raté une, et a affiché tes certitudes (à la camerounaise !). S'ils te narguent, cite cette parole de l'Ecclésiaste : "Mieux vaut la fin d'une chose que son commencement". Et prends l'air mystérieux de celui qui sait de quoi il parle. Si les ricanements persistent, envoie moi un message sur ce blog.
Faut prendre les choses du bon côté. Positive. Dis-toi que ce que tu perds en émotions sportives, tu le gagnes en potentielles récriminations politiques. Conteste les moeurs de ce gouvernement de pourris qui a nommé, à la dernière minute, un vieil entraîneur qui était sans doute déjà à la retraite quand tu entrais au Cours élémentaire. Pointe du doigt les malversations du ministère des Sports et de la FECAFOOT, qui, s'il n'y avait pas les espoirs de tout un peuple qui dépendaient des Lions, mériteraient bien des siècles de défaite. Hurle contre ce Paul Biya à qui nos Lions ont donné quatre victoires à la CAN et qui n'a jamais construit le moindre stade - qui a laissé s'évanouir dans les herbes hautes le stade de Bafoussam commencé par ce prédécesseur. Rappelle à tous les autres Camerounais que cela fait trente-six ans que leur pays n'a plus organisé la CAN, et que c'est un pur scandale. Qui sait ? Tu planteras peut-être les raisins de la nécessaire colère qui seule pourra nous libérer.
Et garde ton sens de l'humour. Ouvre une "33" bien glacée et fais rire tout le monde avec ce constat. Malgré son malheur, le Cameroun démontrera sa solidité économique. Au moment où le CAC 40, l'indice Nasdaq et l'indice Dow Jones plongent, l'indice "Brasseries du Cameroun" grimpe. Si tes compatriotes célèbrent leurs victoires en trinquant à leur bonheur, ils noient leurs chagrins dans des grands flots éthyliques. Est-ce que j'ai menti ?
Gardons l'espoir. La CAN n'est pas finie. Elle peut devenir sucrée. Laisse seulement !

21/01/2008

Salomon Kalou : le but qui vaut absolution ?

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Je ne suis pas un passionné du ballon rond. Mais comme tout Africain, je suis accro à la CAN. Comment ne pas l'être ? Le catalogue de mes souvenirs d'enfance est plein d'images des différentes Coupes d'Afrique des nations, depuis au moins 1984 (il n'y avait pas encore de télévision nationale au Cameroun, et mon frère et moi avions les oreilles vissées au transistor paternel, et le coeur accroché aux lèvres d'Abel Mbengue et de Zacharie Nkwo, qui pouvaient se permettre des récits enjolivés - personne d'autre qu'eux ne voyait les matchs en direct).
Je chroniquerai donc cette CAN, mais à la marge de la technique footballistique et du sport en lui-même. Je parle de la "geste sportive", comme d'une sorte de "commedia dell'arte" qui met en branle émotions et postures caricaturales mais révélatrices des vécus, des imaginaires et des aspirations de nos peuples.
Le premier post de la rubrique que j'ai appelée "CAN à sucre !" sera consacré à Salomon Kalou. Ces dernières années, il a été l'ennemi public numéro un des supporters des Eléphants de Côte d'Ivoire. Salomon Kalou était l'homme qu'il fallait détester. Les maquis s'échauffaient, les salles de rédaction s'indignaient lorsqu'un "courageux" osait trouver des circonstances atténuantes au rénégat qui osait quémander la nationalité néerlandaise alors que son pauvre pays en guerre, humilié, déprimé, l'appelait à la rescousse. Des chroniqueurs venimeux disaient pis que pendre de Jacques Anouma, président de la Fédération ivoirienne de football, qui continuait à courtiser l'impudent alors que la Nation outragée le vomissait.
Salomon Kalou : un désamour qui englobait son frère Bonaventure, accusé de ne pas se donner assez pour son pays, alors qu'il mouillait le maillot pour le PSG. Les frères Kalou symbolisaient le manque de patriotisme. Dans des discussions enfiévrées, après quelques litres de... "Drogba", les rumeurs les plus folles bruissaient sur leur mère, coupables de leur inculquer la haine de leur pays.
Et voilà que Salomon Kalou, capable du meilleur comme du pire à l'image du roi Salomon de la Bible, a fait trembler la terre ivoirienne. Un but magistral, un "one-man-show", une action individuelle, un exploit. "Est-ce bien lui, mon fils, mais l'enfant a changé, on l'a trop critiqué, les gens sont mauvais", ont répété les mamans abidjanaises, promptes à pardonner aux héros leur inconduite passée.
Kalou, le rachat ! Le retour prodigieux du fils prodigue ! Qui osera encore l'insulter ? N'est-il pas déjà pardonné ? Sa mère n'est-elle pas bénie d'avoir donné naissance à un tel fournisseur de bonheur brut ?
Brasseur de passion, le foot n'aime pas la mesure. Je propose aux "anti-Kalou" qui ne veulent pas ravaler leur langue un argumentaire. Dieu parle à Kalou pour lui montrer l'énormité de la bêtise qu'il aurait fait en reniant la terre de ses pères. Il lui montre l'étendue de la gloire qu'il peut avoir aux côtés des siens. Les aventures humaines enrichissantes ne sont pas seulement occidentales. C'est bien grâce et avec les siens que Kalou fait aujourd'hui les titres du JT de TF1, et fait la "Une" de la presse mondiale.

Voici, oh! qu'il est agréable, qu'il est doux Pour des frères de demeurer ensemble!
C'est comme l'huile précieuse qui, répandue sur la tête, Descend sur la barbe, sur la barbe d'Aaron, Qui descend sur le bord de ses vêtements.
C'est comme la rosée de l'Hermon, Qui descend sur les montagnes de Sion; Car c'est là que l'Éternel envoie la bénédiction, La vie, pour l'éternité. (Psaumes 133)