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10/03/2008

Côte d'Ivoire : les vrais ennemis du processus électoral

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Y aura-t-il des élections en 2008 en Côte d'Ivoire ? Personne, aujourd'hui, ne peut répondre à cette question avec certitude. Le processus piétine, et il est de saison de s'interroger sur les raisons de cet inquiétant sur-place.
Dans sa dernière édition, l'hebdomadaire Jeune Afrique cite les obstacles qui entravent la voie royale vers un scrutin "libre, transparent et ouvert à tous" en Côte d'Ivoire : listes contestées, financement mal assuré, manoeuvres politiciens, obstacles imprévus...

Pour ma part, je résumerai tous ces maux en un seul : manoeuvres politiciennes.

- Comment les listes électorales peuvent-elles donc faire l'objet de tant de conjectures alors que le pays a une histoire électorale riche, et que chaque grand parti a déjà gagné au moins un scrutin par le passé ? Pourquoi s'agiter autant alors que la loi prévoit la publication des listes électorales trois mois avant les élections, ce qui permet de pouvoir dénoncer à temps d'éventuelles erreurs ou fraudes en amont ? Pourquoi priver le pays de son patrimoine électoral, démographique et statistique en écartant l'INS au profit d'une firme française qui ne pourra pas vérifier les données qu'elle recueillera en les croisant avec celles qui sont déjà disponibles ? Il faut bien croire que certains acteurs politiques ivoiriens excellent dans l'art de créer des faux problèmes. Ainsi des fameux Ivoiriens qui n'étaient détenteurs d'aucun acte de naissance, et dont on nous avait qu'ils étaient plus de trois millions. A l'expérience, ils sont dix fois moins nombreux.

- Comment peut-on attribuer le marché de l'identification électorale à un opérateur international - le Français Sagem Sécurité en l'occurrence - avant de négocier avec lui son cahier de charges ? Sur quelle base les tarifs ont-ils donc été négociés ? L'on comprend que de nombreux observateurs soupçonnent l'existence de pots-de-vin incroyables et que plusieurs bailleurs de fonds traînent les pieds pour financer un processus inutilement dispendieux et que l'on s'acharne à rendre encore plus cher. L'Institut national de la statistique (INS) a acquis, en 2003, des kits, logiciels et ordinateurs d'une valeur de 18 milliards de FCFA dans le cadre de la préparation des élections. Sagem refuse de récupérer ce matériel et veut acheter de nouveau ordinateurs, kits et logiciels. Non seulement cela augmente la "douloureuse", mais en plus les experts du parti au pouvoir sont furieux parce qu'ils n'ont pas été formés au nouveau logiciel, et craignent une "opération de technologie électorale" menée par la Française SAGEM, défendue par le Premier ministre et l'opposition, avec l'aide de la Commission électorale indépendante (CEI), largement contrôlée par la rébellion et l'opposition. Une suspicion d'autant plus légitime que Sagem n'a trouvé personne d'autre que Sidi Kagnassi, fils d'un milliardaire malien dont les entreprises sont connues pour avoir blanchi l'argent sale de la rébellion, pour la représenter au niveau local.

- Comment peut-on croire Sagem Sécurité, cooptée par le Premier ministre, quand la firme affirme ne pas pouvoir faire le travail pour laquelle elle a été (abondamment) rémunérée dans le délai imparti, lorsqu'on entend tous les jours le même Premier ministre se révolter contre le "fétichisme des dates" ?

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04/03/2008

Les accords de Ouaga, un an après

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C'est un signe qui ne trompe pas. Personne n'a franchement célébré l'an I des accords interivoiriens signés à Ouagadougou entre le président Laurent Gbagbo et le chef de la rébellion des Forces nouvelles, Guillaume Soro. Il n'y a pas eu de fête parce qu'il n'y a rien à fêter. Les élections "libres, transparentes et ouvertes" à tous, prévues pour le mois de juin, seront vraisemblablement reportées. Une fois de plus. L'on comprend donc que l'enthousiasme et l'euphorie ne sont pas de saison. La Côte d'Ivoire vit aujourd'hui, une période difficile à analyser. Un entre-deux insaisissable. Les grandes mobilisations guerrières ou militantes sont passées, les deux camps qui se faisaient face au départ ne sont plus tout à fait ennemis sans pour autant que l'on puisse dire qu'ils sont amis. De nombreuses arrières-pensées et des calculs inavouables rendent souvent la "petite paix" que nous vivons malsaine. Une question se pose. Et elle est violente.
La Côte d'Ivoire va-t-elle vers une sortie de crise ou vers une entrée dans une autre crise ? Je suis persuadé qu'elle va vers une sortie de crise, parce que "les héros sont fatigués", parce que le potentiel guerrier est épuisé. Le combat est en train de s'achever, faute de combattants. Le problème est que les longs affrontements que le pays a connu ont structuré le champ politique. Ils ont accouché d'un paradigme de la crise s'apparentant à une tontine politique qui a fini par paraître rassurante - tous les camps participent au gouvernement, tous les camps "mangent" et se neutralisent. La crise a figé la classe politique, la paix par les élections enverra une bonne partie des dignitaires d'aujourd'hui à la retraite. Aucun parti politique ne sera épargné, même celui qui aura remporté la présidentielle.
Le pays est parcouru de manière diffuse par la peur des élections. Les élections peuvent renforcer les tensions et provoquer la guerre, pense une bonne partie du peuple et des acteurs économiques. Les élections peuvent faire disparaître des rentes de situation et faire entrer le pays dans la logique du "winner takes all", pense une bonne partie de la classe politique. On se presse sans se hâter.
Ce n'est donc pas la pertinence de l'accord de Ouaga qui est en question. Il est historique en ce qu'il a permis une "pacification du processus de paix". Destiné à isoler puis à abattre le président élu dans la logique de Linas-Marcoussis, le processus de paix est aujourd'hui conçu de manière pragmatique et vise à obtenir la paix dans un schéma "gagnant-gagnant". Un climat de concertation à l'africaine a remplacé la logique des pressions internationales humiliantes visant à dépécer l'ordre institutionnel ivoirien. Un des effets positifs de l'esprit de Ouaga a été observé lors de la révélation de la dernière tentative de coup d'Etat d'IB baptisée "opération Noël à Abidjan". Désormais, les pays de l'UEMOA collaborent franchement avec l'Etat ivoirien quand il s'agit de le protéger des pronunciamentos. Ce n'était pas le cas avant Ouaga, dont la signature a relancé la coopération au sein de l'Afrique de l'Ouest francophone - par exemple dans le domaine de l'interconnexion électrique. La solution Dacoury-Tabley à la BCEAO, obtenue sans trop d'éclats de voix, est aussi à mettre au crédit de l'esprit de Ouaga. C'est grâce à cet esprit que la Côte d'Ivoire s'est rachetée une image internationale, qu'elle effraie moins et que l'on sent un petit fremissement économique.
Ce qui aujourd'hui tue Ouaga, c'est le manque de loyauté de certains acteurs par rapport à cet esprit de Ouaga. Parmi eux, Guillaume Soro, dont le double ou le triple jeu finit par épuiser. Enchanté de goûter aux joies de la Primature, du budget de souveraineté de l'Etat et des grands contrats et marchés publics, l'ex "petit gros de la rébellion" fait artificiellement traîner les choses. Disons-le clairement : il prend son temps pour pouvoir accumuler des biens, en tant que chef d'une rébellion qui continue ses trafics et en tant que chef du gouvernement de la République. Il prend aussi son temps parce qu'il a peur de ses "soldats sans-culotte", nourris à la surenchère de la "branche IB", et qui se révolteront dès qu'il sera clair que les promesses mirobolantes qui leur ont été faites jadis ne seront pas tenues. Guillaume Soro pense avoir une marge de manoeuvre. Il sait que le RHDP, qui hurlait à la nécessité du désarmement et des élections du temps de son idylle avec le président Gbagbo et les siens, le soutiendra bec et ongles si cela peut ressouder le G7 et donner à l'étranger l'impression que le numéro un ivoirien est isolé.
Mais le contexte international ne sera pas favorable à toute ligue qui retardera les élections en multipliant les prétextes. Aujourd'hui, le FMI demande l'unicité des caisses en Côte d'Ivoire, et le redéploiement de l'administration financière. La France de Nicolas Sarkozy, acculée au Tchad, veut pouvoir compter sur une sortie de crise rapide en Côte d'Ivoire, pour rapatrier un certain nombre de ses soldats, qui seront sollicités ailleurs (notamment dans l'EUFOR, à la frontière tchado-soudanaise). Elle veut aussi montrer qu'elle sait "réparer" là où Chirac a "gâté".
C'est Guillaume Soro le Premier ministre. C'est lui qui doit appliquer le programme de sortie de crise. Jusqu'ici, il jouit du soutien du chef de l'Etat et ne fait face à aucune rébellion au sein de son gouvernement. Il ne peut pas faire éternellement dans le dilatoire. Désormais sous pression, il sera obligé de faire son travail et de partir... ou de partir sans avoir fait son travail.

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27/02/2008

Chavez va-t-il faire tomber des têtes couronnées en Afrique ?

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Hugo Chavez, tête forte de l'OPEP, et ses amis du cartel pétrolier savent-ils qu'à Ouagadougou et à Yaoundé, les marabouts officiels doivent les maudire et mettre en branle leurs canaris les plus maléfiques pour les anéantir ?
En tout cas, les records atteints par le prix du baril coincident avec des manifestations d'humeur au Burkina Faso - d'où je reviens d'un voyage éclair - et au Cameroun - dont je suis originaire.
A Ouagadougou, Dominique Strauss-Kahn, venu participer à un sommet UEMOA-FMI, a dû recevoir une revue de presse complète des manifestations violentes organisées à Bobo-Dioulasso la frondeuse contre ce qu'on appelle au pays de Yennenga "la vie chère". Les éditorialistes burkinabé ne sont pas tendres envers les programmes d'ajustement structurel et les contraintes qu'ils impliquent. Ils indexent assez peu, en réalité, le prix du carburant et de l'énergie, qui épuise particulièrement ce pays sahélien qui ne produit pas une goutte de pétrole et prie tous les jours pour l'interconnexion avec les réseaux électriques des pays côtiers voisins - dont la Côte d'Ivoire.
Au Burkina Faso, une "star" de la lutte contre la vie chère, syndicaliste sankariste connu de tous, Nana Thibault, tient le haut du pavé et menace. La contestation a un visage, quand bien même certains observateurs accusent le ministre de l'Agriculture et âme damnée du régime plus ou moins en disgrâce depuis que le pays veut se racheter une conduite, d'instrumentaliser le mouvement pour obtenir la tête du Premier ministre Tertius Zongo, que les manifestants ont dans leur collimateur.
Au Cameroun, c'est le brouillard total. Les syndicats de transporteurs qui avaient lancé un mot d'ordre de grève suite à l'augmentation des prix du carburant à la pompe sont dépassés par les événements. Une colère sans visage agite les principales villes du pays - en dehors de celles du Grand Nord, qui "bénéficient" de l'éloignement géographique. Que veulent les manifestants ? Ils ne sont pas prêts à "déposer les armes" après la décision de réduction de 6FCFA du prix du carburant - indiquant, à juste titre, que la mesure est dérisoire juste après une augmentation de 16FCFA. Ils invoquent une flambée de prix qui est généralisée, mais posent également - et surtout - la question de la nature du régime. Ils ne veulent pas que Paul Biya, roi fainéant à la tête du pays depuis le 6 novembre 1982, tripatouille la Constitution pour vivre éternellement dans sa "planque" du palais d'Etoudi.
Mais tout cela n'est guère rassurant : comment se fait-il qu'un mouvement sans tête politique ait des revendications politiques ? Quels sont les intérêts qui, dans l'ombre, agitent le pays ? Il y a des risques que des "barons" du pouvoir Biya, apeurés par l'opération Epervier, qui a déjà conduit plusieurs des leurs en prison pour détournement de fonds, instrumentalisent la colère légitime du peuple pour "effrayer" un chef qui se préparerait à les lâcher, si l'on en croit les "fuites" provenant des services du ministre de la Justice, Amadou Ali, qui mettraient en cause des "baos" parmi les "baos", notamment le ministre... de la Défense !
Comment se retrouver dans ce capharnaüm ? Et puis, franchement : ces émeutes de la faim sont-elles objectivement le résultat de la hausse record du prix du baril ou d'une lente paupérisation organisée par des élites jouisseuses et égoïstes ? Nos têtes couronnées sont-elles victimes de la surenchère de Chavez et de ses amis ou de leurs propres turpitudes ? Personnellement, je penche pour la deuxième hypothèse. Les peuples ne sont pas fous. LES PEUPLES COMPRENNENT LES DIRIGEANTS QUI LES COMPRENNENT.

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13/02/2008

La zone franc, au-delà du franc CFA

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Le débat sur le franc CFA, le compte d'opérations au Trésor français, et les nombreuses incongruités dont ils témoignent bat de nouveau son plein en Côte d'Ivoire et sur Ivoire-Blog, suite aux dernières déclarations du président de l'Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, alors qu'il était en meeting à Bouaflé ce week-end.
Une fois de plus, les adversaires de tout débat monétaire s'agitent et hurlent comme si l'on avait brûlé un des dieux de leur étrange religion monolithique. C'était prévisible. Mais ce n'est pas ce qui me frappe le plus.
En tant qu'éditorialiste, j'ai souvent évoqué la question monétaire, le franc CFA et ses absurdités, ainsi qu'une certaine omerta franco-africaine autour de cet enjeu crucial. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression que le discours des "indépendantistes" (dont je fais partie) sur ce sujet, en se répétant trop souvent, finit par s'user et par se discréditer imperceptiblement.
Dès lors que l'on a dénoncé le franc CFA tel qu'il existe aujourd'hui, il ne faut pas se contenter de le dénoncer. Il faut énoncer clairement un schéma alternatif viable et précis. Aujourd'hui, tout le monde critique le franc CFA, sauf les névrosés de l'esclavage mental. Abdoulaye Wade critique le franc CFA, Mamadou Koulibaly critique le franc CFA, des anciens cadres de la BCEAO traitent le franc CFA d'outil de répression monétaire. So what ? What's the next step ?
Le franc CFA, malgré tous ses défauts, s'adapte à l'économie globale des pays d'Afrique francophone. Il est un des derniers instruments de "solidarité agissante" dans les zones UEMOA et CEMAC, dans le sens où un pays sahélien ravagé par les sauterelles et par la sécheresse et dont les exportations baissent cruellement, n'a pas à se soucier de son rapport monétaire aux autres pays de la région et du monde. En étant honnête, on peut affirmer qu'au début de la crise ivoirienne, le franc CFA a aidé à éviter la dégringolade de l'économie du pays des Eléphants. Quand on voit l'inflation phénoménale au Zimbabwe et toutes ses conséquences, on en prend conscience.
Le débat monétaire est indissociable du débat politique sur l'intégration régionale. Doit-on abandonner le CFA sous influence française pour le remplacer par une monnaie commune gérée uniquement par les pays d'une UEMOA en crise profonde pendant ces dernières années ? Le CFA doit-il être remplacé par la monnaie CEDEAO que l'on nous annonce depuis des années ? Faut-il que chacun aille de son côté et crée sa propre petite monnaie, cohérente avec la structure de son économie - ce qui reviendrait à donner un coup quasi-fatal à l'UEMOA ? Ces questions sont dérangeantes, mais elles doivent être évoquées en dehors des généralités.
Nous savons tous qu'avoir une monnaie gérée à Francfort, au gré des préoccupations de l'Union européenne, est une véritable anomalie. Mais il faut maintenant aller plus loin dans la réflexion. Quelle est donc cette intégration régionale qui ne se fait qu'autour de la monnaie et qui ne se soucie pas d'une politique pétrolière commune, d'une politique agricole intégrée, d'une politique éducative commune ? Il y a dans cette autre absurdité un indice qui nous montre le degré de maturation de nos élites.
Rendre service à nos peuples aujourd'hui, c'est peut-être accepter d'abandonner les grands discours sans pour autant abandonner ses convictions, de mettre les mains dans le cambouis et de faire avancer les choses qui, en s'améliorant, créeront les conditions d'une libération économique et monétaire.
Ce n'est politiquement correct de parler ainsi mais c'est mon opinion.

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04/02/2008

Où l'on se rend compte que Paris soutenait les rebelles ivoiriens en 2002

52d0d8bd85f0fc8ea3ff33b4b6ccf0ab.jpgAlors que Paris a lancé ce lundi, tambour battant, l'opération "Il faut sauver le soldat IDI (Idriss Déby Itno)", tout le monde peut se rendre compte, par un simple effet de comparaison, que la France soutenait effectivement les rebelles ivoiriens en septembre 2002. Il suffit, pour démontrer ce que certains essaient encore et toujours de nier, d'observer l'utilisation que la France fait de son aviation et le regard qu'elle porte sur l'aviation du pays souverain dans lequel elle opère, pour voir qu'elle a aujourd'hui une attitude aux antipodes de celle qu'elle avait hier.
Hier, en Côte d'Ivoire, Dominique de Villepin, alors chef de la diplomatie française, manquait de s'étrangler quand les hélicoptères de guerre ivoiriens décollaient, allant jusqu'à venir à Abidjan, menace à la bouche, pour obliger Laurent Gbagbo à cesser d'utiliser l'éternel avantage comparatif des armées sur les rébellions : l'aviation. Aujourd'hui, l'exécutif français estime que Déby a le droit d'utiliser ses avions de guerre.
Hier, en Côte d'Ivoire, la France fermait les yeux sur les intrusions extérieures, refusant d'accréditer la thèse des mouvements aux frontières malgré toutes les données dont elle disposait. Aujourd'hui, au Tchad, Nicolas Sarkozy annonce qu'il a donné ordre à son armée de surveiller la frontière tchado-soudanaise, pour dénoncer toute incursion.
Ah ! le grand mensonge fondamental de la diplomatie !
Petite devinette : entre Déby et Gbagbo, quelle différence ? Entre Omar-el-Béchir et Blaise Compaoré, quelle différence ?

19:41 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (4)

03/02/2008

Tchad : le dictateur s'en va, bienvenue au dictateur ?

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Au moment où j'écris ce billet, s'interroger sur le cas Idriss Déby, c'est d'abord s'interroger sur la durée de sa résistance et sur la violence du sort qui l'attend. Sera-t-il totalement renversé dans deux heures, dans six heures, dans deux jours, dans une semaine ? Va-t-il accepter d'être exflitré, d'être arrêté, de mourir les armes à la main, d'être pendu à la Saddam Hussein ?

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19/01/2008

Côte d'Ivoire : figures de style de fin de crise

686f2db75dbecbe4541e8179beb50c50.jpgC'est horrible à dire, mais c'est la vérité. Les ruptures créent des angoisses, y compris quand elles sont positives. En Côte d'Ivoire, le passage de la guerre à la paix n'échappe pas à cette règle. Depuis quelques mois, l'on sent un certain nombre de catégories et d'individus particulièrement vindicatifs et/ou revendicatifs, pleins de rage et de colère. Un curieux sentiment peut venir à l'esprit, quand on observe le ballet tonitruant de nombreux acteurs sociaux et politiques : ils veulent "faire pour eux" avant qu'il ne soit trop tard, c'est-à-dire avant "la grande paix", étant donné que nous serions dans une "petite paix".
Eh oui ! La crise est une période d'opportunités politiques, économiques, individuelles. Elle peut profiter et accélérer des destinées, à condition de "bien jouer". Elle dessine des hégémonies qui peuvent se cristalliser après elle. Mal jouer en temps de crise peut coûter cher après la crise.
Au-delà des purs calculs tactiques collectifs et individuels, les périodes de fin de crise nous donnent de nous interroger. Avons-nous eu raison de nous engager ? Nous sommes-nous engagés comme il le faut ? Quel est le sens de nos combats ? Faut-il rectifier le tir avant qu'il ne soit trop tard ?
Le contexte de ni-guerre-ni-paix a accouché de nombreuses revendications des corps professionnels, persuadés qu'il y avait plus à obtenir d'un pouvoir affaibli que d'un pouvoir consolidé. Aujourd'hui, ce sont ceux qui estiment avoir sacrifié, volontairement ou non, quelque chose à un conflit au bout duquel le président en exercice paraît triomphant, qui revendiquent... et qui revendiquent beaucoup ! Hommes en armes réclamant des sortes de "bonus de sortie de crise", groupes d'autodéfense présentant leur "facture", veuves des gendarmes morts au combat menaçant de marcher sur la Présidence... chaque jour apporte son lot de mouvements.
Cependant, c'est sur le terrain de l'activisme politique que la frénésie actuelle est particulièrement intéressante à analyser. Ceux qui, dans leur trajectoire personnelle, ont l'impression d'être les "dindons de la guerre" manifestent de plus en plus clairement leurs frustrations et leur amertume.
A l'intérieur de la galaxie patriotique, les frustrés partent d'une analyse. Parmi eux, certains se sont positionnés aussi bien politiquement que financièrement grâce, pensent-ils, à des coups de pouce du sérail présidentiel. La figure honnie de ces frustrés est, bien entendu, Charles Blé Goudé. Eugène Djué et Elie Hallassou, chacun à sa manière, tentent de revendiquer leur part de "solidarité de la lutte", voire "d'amour paternel".
Dans l'opposition, c'est l'activisme plein de violence verbale de personnes comme KKB et Venance Konan qui 2e7943bfa7c70279c666d54bcbc8b13d.jpgintrigue, parce qu'il paraît exagéré et surtout hors de saison. On dirait que plus le climat s'apaise, plus ils se déchaînent. Pourquoi ne pas avoir été aussi virulents au moment des grands affrontements ? Peut-être parce qu'ils sentent, aujourd'hui, l'Histoire leur échapper. Peut-être parce que certains, au PDCI, ont intégré, avec beaucoup de regrets, les critiques selon lesquelles ils feraient de "l'opposition de salon", bourgeoise et inefficace. De quoi se rêver en "néo-RDR" ou en "néo-FPI" dans le registre de l'opposition sans concession. N'y a-t-il pas, au coeur de l'inconscient de certains leaders d'opinion, la volonté de se "blégoudé-iser" ou de se "soro-iser", voire de se légitimer par un parcours "à la Gbagbo", fait d'opposition gaillarde, d'alliances tactiques non dénuées de cynisme et d'emprisonnements politiques héroïques ?
Les hypothèses que j'émets ici sont discutables, je l'admets - et je suis prêt à en discuter. Mais une chose est sûre : ce n'est pas très porteur politiquement de reproduire les gestes politiques d'hier, ou de rattraper à toute force le "temps perdu" en période troublée. Ceux qui aspirent au leadership de demain doivent, dès à présent, savoir reconnaître les enjeux, les leviers d'influence et les formes de solidarité qui sont en gestation ou qui viennent de naître, les canaliser à leur profit, avec une longueur d'avance sur leurs contemporains, pour triompher. C'est ce que Laurent Gbagbo a fait en pariant dès 1983 sur la chute du mur de Berlin, la montée des aspirations démocratiques et des soifs de changement dans l'Afrique et la Côte d'Ivoire postcoloniale.
Il faut, dans tous les cas, sortir de la crise sans regrets car la paix aussi a ses opportunités politiques.

Photos d'illustration : 1 - Pour le patriote Elie Hallassou, c'est l'heure du bilan : fallait-il s'engager pour être isolé ?
2 - Plus la situation se calme, plus KKB, président de la JPDCI, est en verve.

18:15 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (4)