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11/12/2009

Côte d'Ivoire : polémiques historiques en série

Après l'ancien chauffeur d'Houphouët - dont la fonction est remise en cause par Le Patriote et le fond des propos interrogés par Nord Sud -, l'ancien ambassadeur du Burkina Faso aux Etats-Unis donne une interview au journal L'Observateur où il alimente la polémique sur la nationalité d'Alassane Ouattara, en faisant des confidences sur des faits vieux de plus de quarante ans.

"Je connais la classe politique ivoirienne, en particulier ADO. Alassane Dramane Ouattara a fait ses études primaires à Tengrela (Banfora), puis sa première partie du BAC au lycée Ouezzin-Coulibaly, la 2e au Zinda. Arès son BAC, il était sans bourse. Moi, ambassadeur aux USA, j’ai réussi à obtenir 250 bourses pour la Haute-Volta. Mais le gouvernement voltaïque a refusé. Finalement, les Américains sont venus sur place. ADO et Arba Diallo ont bénéficié de ces bourses plus deux autres Voltaïques dont j’ai oublié les noms. Je me souviens que lorsqu’ils sont arrivés à New-York, ils logeaient à l’hôtel Aldruin. Je leur ai fait même avancer à chacun 400 dollars, car ils n’avaient pas touché leurs bourses. Bédié, qui y était comme ambassadeur, a remarqué ADO et lui a proposé une bourse, qu’il a refusée... Alassane est ensuite allé à la BCEAO comme cadre, ensuite au FMI, puis est retourné à la BCEAO au nom de la Haute-Volta. Sur ce poste à la BCEAO, je voudrais dire qu’en fait, la Haute Volta n’avait pas un cadre de ce profil. On a donc appelé Lamizana pour lui dire qu’on avait besoin du fils du chef de Tengrela. “C’est un Ouattara”, Lamizana a alors répondu : “An ka dé lo !”. La Révolution est venue déloger Ouattara de la BCEAO, et le FMI l’a récupéré comme Directeur-Afrique. A la mort du gouverneur Abdoulaye Fadiga de la BCEAO, il lui succédera, et après, Houphouët, qui avait des problèmes avec son café-cacao, l’a appelé comme Premier ministre pour redresser la situation."

C'est le même Frédéric Guirma qui était, il y a dix ans, "l'avocat d'ADO" dans les médias face aux accusations de Bédié. ADO lui a d'ailleurs fait appel dans son argumentaire lors du Forum pour la réconciliation nationale, en 2001.

"Après mes études secondaires sanctionnées par le Baccalauréat en 1962 à Ouagadougou, j'ai bénéficié d'une bourse américaine. La question que se posent souvent les personnes sceptiques est la suivante : s'il n'est pas voltaïque, comment a-t-il pu bénéficier d'une bourse au titre de la Haute Volta ? La réponse est simple : les bourses offertes pour effectuer des études à l'extérieur d'un pays étaient attachées à cette époque au territoire et non à la nationalité du bénéficiaire. Ainsi, ils sont légions les ressortissants des pays voisins qui ont fait leurs études avec des bourses étrangères offertes à la Côte d'Ivoire. On ne choisit pas forcément dans une classe ou dans un établissement scolaire les personnes de la nationalité du pays mais les meilleurs élèves même s'ils ne sont pas des nationaux. A leur lieu de destination, ils sont classés automatiquement dans le contingent du pays de départ.


Beaucoup de ces personnes sont aujourd'hui établies dans leurs pays d'origine. Tel est mon cas. A cause de ce qu'on a raconté à ce sujet, l'Ambassadeur Frédéric Guirma qui représentait la Haute-Volta aux Etats-Unis en 1962, a été amené à faire plusieurs mises au point à travers des interviews dans des journaux dont Jeune Afrique et la radio anglaise BBC, précisant que j'ai bénéficié de cette bourse en tant qu'Ivoirien."

Une question de fond : réussirons-nous un jour à écrire notre Histoire sereinement, au-delà des polémiques et des enjeux liés à l'actualité immédiate ?

11/11/2009

En Côte d'Ivoire, petits meurtres entre amis

20091110_lepatriote_3021.jpgLa bataille pour la conquête du Nord de la Côte d’Ivoire est engagée, dans une atmosphère de précampagne électorale électrique. Le président Laurent Gbagbo, après de longues années de tentative de pénétration, semble avoir créé une brèche pour rallier à son projet de réélection un certain nombre de barons du Nord. Après s’être concilié Guillaume Soro.

Du coup, le RDR semble s’énerver. Bille en tête, Le Patriote, journal quasi-officiel du parti d’Alassane Ouattara, s’en prend à Koné Dossongui, patron de la Banque Atlantique, ministre sous le régime PDCI, dans un article furieux. Il est accusé d’être l’arme du président sortant contre le RDR. Le Patriote écrit :

 

« Koné Dossongui, pour peu qu’on fasse une incursion dans son parcours, tant professionnel que politique – et qu’on s’arroge même le droit de visiter d’autres aspects de sa vie – n’est pas (et ne peut pas être) digne d’admiration. On en sortirait même (de cette incursion) avec un sentiment de répugnance, tant l’homme, pour qui la fin justifie les moyens, est un concentré d’arrivisme, de rapacité, de félonie. Mais le sentiment dominant qu’éprouvent ceux qui l’ont côtoyé – et bien souvent aidé à construire la carrière qui est la sienne aujourd’hui –, c’est bien celui de l’ingratitude.
Depuis quelques semaines, l’ancien ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle dans le gouvernement de Bédié, avec un certain nombre de cadres du Nord de notre pays, ont décidé de répondre favorablement à l’appel du candidat Laurent Gbagbo. Ce qui peut paraître comme un droit pour certains de ces candidats à la soupe présidentielle – on pourrait comprendre que des enjeux, parfois existentiels ne leur offre pas d’autres choix – ne l’est pas forcément pour d’autres.
Au premier rang de ceux-ci, Koné Dossongui. Il est d’abord l’homme par qui Laurent Gbagbo est passé – et continue de passer – pour faire la pêche aux nordistes. C’est lui qui a démarché et obtenu le ralliement de Coulibaly Doulaye, Directeur de la DECO et de Traoré Dohia, nommé récemment comme Haute autorité des Savanes. C’est encore lui qui se démène comme un beau diable pour réaliser ce qui devrait être considéré, s’il parvient à ses fins, comme un véritable pavé dans la mare du RDR : la démission au profit de Gbagbo, d’un cadre de premier plan du parti des Républicains à Odienné. »

Le Patriote s’étend sur « les casseroles de Dossongui » et ses déboires dans ses différentes entreprises, notamment celles qui font partie du groupe Moov. C’est sa situation de « naufragé » qui le pousserait à soutenir Gbagbo contre un ADO qui a beaucoup fait pour lui « financièrement, professionnellement et même politiquement ». C’est au nom de Ouattara, apprend-on, « que des personnes comme Hamed Bakayoko et Adama Bictogo ont joué de leur relations – notamment l’amitié du dernier cité avec le ministre Désiré Tagro – pour que cet homme obtienne le contrôle de SN Air Ivoire ».

Ce qui me semble le plus intéressant dans cette diatribe, c’est que, pour la première fois, l’omerta du financement de la rébellion ivoirienne est levé par un journal proche du RDR, dont les Forces nouvelles découlent.
Le Patriote écrit :

« Prochainement, nous publierons d’autres articles qui donneront des informations crédibles donnant les détails sur le financement de la rébellion contre Gbagbo par Dossongui, particulièrement par l’achat de téléphones satellitaires Thuraya. Enfin, les Ivoiriens sauront la vérité sur le rôle du député de Kouto dans le blanchiment de l’argent issu de la casse de la BCEAO à Bouaké. Ses intermédiaires et ses connexions. »

La boîte de Pandore est ouverte. Ça va saigner ! Ces petites phrases sont également un avertissement à l’endroit d’un autre « traître », Guillaume Soro. Ce dernier mouillera-t-il à son tour d’ex-amis qui n’aimeraient pas que certaines informations sur leur implication dans la « société anonyme des Forces nouvelles » soient révélées ?

On attend avec gourmandise la suite du feuilleton…


01/11/2009

Le blues des fonctionnaires de l'ONUCI

onuci250809.jpg

Pauline, qui tient le blog West africa wins always/No food for lazy man, vient de publier un post très intéressant, où elle raconte une de ses conversations avec un de ses amis qui bosse sur l'ONUCI. Après avoir évoqué avec lui sur les derniers potins de l'ONU ("qui couche avec qui, qui se drogue, qui est  alcoolique, qui touche des commissions occultes de qui..."), Pauline lui a posé trois questions, et ses réponses en disent long sur le fonctionnement de ce que De Gaulle appelait "le machin" et un certain état d'esprit. Je traduis l'échange pour vous...

Pourquoi pensez-vous que le personnel de l'ONU se comporte parfois si mal?

Voici ma théorie : l'ONU est une représentation du monde. Des gens venant tous d'endroits différents tentent de travailler ensemble et de s'entendre, mais en fin de compte, ils n'y arrivent pas. Les clashs dans un environnement multiculturel. Par exemple, une fois je suis entré dans le bureau d'un collègue d'Afrique occidentale pour prendre quelque chose dans son bureau. J'ai vu qu'il était occupé, je n'ai pas voulu le déranger et je suis allé directement vers à l'armoire. Il m'a dit: "Vous savez, d'où je viens, on dit bonjour quand on entre dans une pièce." Je lui ai dit : "Oui, vous avez raison, mais dans ma culture, nous ne voulons pas déranger quelqu'un qui est occupé pour quelque chose de banal." C'est ce qui explique un peu pourquoi il y a parfois des malentendus. Pire encore, nous sommes dans une situation où vous pouvez pratiquement faire tout ce que vous voulez. L'impunité est totale. Si vous êtes convaincu de relations sexuelles avec des filles mineures dans votre propre pays, les autorités vont probablement vous envoyer en prison. Ici, le pire qui puisse arriver, c'est que l'on vous rapatrie. Ou peut-être, seulement peut-être, vous pouvez perdre votre emploi. Le problème que je viens de décrire s'applique également aux ONG étrangères où les membres du personnel sont payés beaucoup plus que la population locale. Je veux dire, si je veux qu'une fille devienne ma petite amie, tout ce que j'ai à faire est de lui acheter un cadeau.


Est-il trop difficile de se faire virer de l'ONU?

Ils peuvent décider de ne pas renouveler votre contrat, mais il est vraiment difficile de se débarrasser de quelqu'un. Disons que vous êtes africain et que votre chef est un blanc d'Europe et qu'il se plaint de ce que vous êtes retardataire ou absentéiste. S'il ya quelqu'un de votre pays dans une position plus élevée, vous pouvez rechercher l'appui de cette personne et crier à l'injustice, lui dire que vous êtes victime de harcèlement parce que votre chef est raciste ou sexiste. Il existe d'étroites relations au sein de la plupart des missions entre gens du même pays se protègent mutuellement et se recrutent entre eux. En plus de cela, les minorités ont toujours cette carte à utiliser. L'ONU est très sensible à ça.


Rien à dire pour sa
défense?


"L'ONU est unique en ce sens qu'elle est souvent appelée à faire un travail qui n'a jamais été fait auparavant, comme la reconstruction d'une nation ou d'un gouvernement. (...) Ici, en Côte-d'Ivoire, c'est une situation différente, cependant. Il ya un gouvernement qui fonctionne donc je ne sais vraiment pas pourquoi nous sommes ici. Le gouvernement a volontairement mis sur la touche notre mission de maintien de la paix. Nous sommes complètement en dehors du coup. Peut-être que le seul bénéfice de notre présence dans le pays est le fait que nous injectons beaucoup d'argent dans l'économie. La plupart des employés de l'ONU ont des nounous, des cuisiniers et des blanchisseurs. Imaginez tous les loyers que nous payons et les personnes que nous employons. Ce qui me fait un peu peur, c'est d'imaginer ce qui va se passer pour ces gens quand l'ONU se retirera. Peut-être que nous sommes juste ici pour les relations publiques. Et puis, si nous n'étions pas là, je serais sans emploi. Donc, je ferais mieux de me taire, haha.

30/10/2009

Blaise Compaoré, toujours fournisseur d'armes des rebelles ivoiriens ?

L'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), parti d'opposition burkinabé, met les pieds dans le plat et demande à Blaise Compaoré, président du Faso, de s'expliquer sur les allégations du dernier rapport des Nations unies faisant état de ce que le pays des hommes intègres continuerait à fournir des armes aux Forces nouvelles. Pour ma part, je pense effectivement que le "beau blaise" doit s'expliquer. Médiateur et fournisseur d'armes, ce serait un cocktail détonnant. Cela dit, faut-il croire les rapports de l'ONU comme s'ils étaient vérité d'évangile ?


Compaore Gbag murmures.jpg

"La visite officielle effectuée par le président du Faso Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire a été saluée par l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) comme un gage de plus donné aux retrouvailles irréversibles entre le pays d’Houphouët Boigny et celui de Maurice Yaméogo. Le plus naturellement du monde, le parti a invité ses militants en Côte d’Ivoire à réserver à la délégation burkinabè, un accueil patriotique.

Comme un bon signe ne vient jamais seul, cette visite a permis aux deux (2) chefs d’Etat, dans la tradition de leurs défunts devanciers, de se positionner par des propositions et des actions concrètes comme les locomotives d’une intégration solidaire, de proximité, une intégration moins incantatoire et plus agissante. Cet engagement de Laurent Gbagbo et de Blaise Compaoré, qui entre dans une vision macro-politique exigée par les nécessités actuelles, impose d’évoluer vers une gestion de plus en plus supranationale de nos Etats. C’est une option réaliste qui doit être soutenue comme la seule voie pouvant nous aider à affronter nos défis transnationaux multiples et complexes.

Les Burkinabè, qu’ils soient au pays ou en Côte d’Ivoire, ont majoritairement et à juste titre, salué les nouveaux déterminants de la coopération entre nos deux pays. L’ouest du pays et singulièrement la capitale économique, qui ont été destinataires en première ligne des impacts les plus forts de la guerre en Côte d’Ivoire et du coup de froid entre nos deux gouvernements (on le comprendra), ne peuvent qu’être les plus satisfaits des promesses de cette visite qui sont autant de lueur pour une paix consolidée et pour une reprise économique dans la région.

Il faut comprendre dans ces conditions que les résultats de l’enquête publiée par les Nations-Unies sur la Côte d’Ivoire, et dont plusieurs médias se font l’écho, véhiculant des constatations relatives à des ventes d’armes du Burkina Faso à la rébellion ivoirienne dans la perspective d’une reprise des hostilités, ne peut qu’inspirer les plus vives inquiétudes. Inquiétudes mais surtout désillusion et même effroi de devoir faire face à un retour des vieux démons. Rien ne plombe autant les ardeurs d’un peuple que le doute, les incertitudes, la hantise de la guerre. Surtout après avoir été servi par une telle espérance de paix et de relance économique.

L’UNDD, soucieuse d’anticipation et désireuse de contribuer à dissiper tout malentendu pour garder intacte cette dynamique de paix et de réconciliation (qui ne peut se maintenir et prospérer que nourrie par une confiance continue), interpelle le Gouvernement et surtout Blaise Compaoré, Facilitateur de la crise ivoirienne, à s’inscrire en faux contre ces allégations et en faire la démonstration éclatante aux yeux de tous. Il s’agit là, à la fois d’un devoir et d’un droit d’information à l’endroit du peuple burkinabè de la part du président du Faso et à l’endroit du peuple ivoirien. Il en va au surplus de l’image du pays car ce rapport est du plus mauvais effet dans les circonstances actuelles pour nous."


27/10/2009

Un "mur de Berlin" linguistique divise le web africain

Ce post m'a été inspiré par des discussions avec des amis blogueurs vivant aux Etats-Unis, en France et en Afrique. Si l'on sent que le petit monde des "techies" passionnés par les problématiques africaines (blogueurs, développeurs, entreprenautes) arrive d'une certaine manière à maturité et si l'on voit de belles initiatives poindre ici et là, une impression confuse demeure : celle d'une sorte de "mur de Berlin linguistique", qui sépare notamment les Francophones et les Anglophones, qui semblent évoluer dans des univers parallèles.

Je ne voudrais pas contrarier les évidences. Il est difficile de se tenir informés de manière régulière de ce qui se passe de l'autre côté. Il peut sembler presque impossible de lire les blogueurs afros qui écrivent dans une langue que nous ne connaissons pas - même si un ami m'a fait remarquer que Google Translate, ce n'est pas pour les chiens ;)

Il me semble tout de même que nous ne devons pas nous résigner à nos ghettos linguistiques, que ni l'histoire ni la géographie ne justifient. Il nous faut être plus curieux et nous débrouiller pour mieux nous connaître et mieux échangr. Combien de fois ai-je entendu des récriminations à propos des acteurs du web 2.0 africain anglophone, qui ne font aucun effort, fonctionnent "entre eux" et n'ont pas le réflexe d'associer les autres aux événements et rencontres qu'ils initient ? Comment expliquer cet "autisme présumé" ?

Au-delà de ce qui peut s'apparenter à des problèmes de communication interpersonnelle, il me semble que le défi linguistique est également un défi technologique et économique pour nous. Par exemple, les grosses plateformes comme Facebook et Google se font fort de traduire leurs interfaces dans le maximum de langues possibles, tout simplement parce qu'elles veulent élargir leur base d'utilisateurs et leur valeur, tout simplement. Pourquoi ne pas faire pareil ? Combien de start-ups kenyanes ou sud-africaines sont développées par des développements en Côte d'Ivoire ou au Gabon ? Combien de start-ups camerounaises gagneraient à traverser la frontière et à conquérir le Nigeria ? Il me semble que l'intérêt des investisseurs s'accroîtrait si nous arrivions à développer des marques en ligne qui iraient plus loin que les barrières linguistiques. A cet égard, la plateforme de blogs Maneno montre le chemin.

Comment faire ? Par où commencer ? Le débat est ouvert !

 

02/10/2009

L'étrange carte d'identité de l'étrange "sergent-chef Gossé"

L'affaire Guy-André Kieffer rebondit à Paris avec la diffusion par France 3, dans le journal télévisé 19/20 du mercredi 30 septembre 2009, du témoignage d'un certain "Alain Gossé", présenté comme un militaire ivoirien et qui mettrait en cause l'appareil sécuritaire de la présidence ivoirienne dans la disparition du journaliste-consultant franco-canadien à Abidjan,  le 16 avril 2004.

Un "sergent-chef" dont plusieurs observateurs, y compris indépendants, doutent de l'identité réelle pour un ensemble de raisons qu'on ne peut pas balayer du revers de la main.

France 3 et d'autres médias français se fondent sur une carte d'identité produite par celui qui est présenté par le juge Patrick Ramaël comme un "témoin-clé" pour attester de son identité et de son appartenance à l'armée.

Pourtant, cette carte d'identité pourrait bien être un faux grossier. Elle se présente comme ce qu'on appelle en Côte d'Ivoire une carte d'identité verte. Le problème ? Sa validité va du 30 mars 2000 au 30 mars 2010. Pourtant, il est de notoriété publique que la production de ces cartes a été interrompue en... décembre 1999, après le coup d'Etat du général Robert Gueï, ainsi que l'atteste le site de l'Office national d'identification de Côte d'Ivoire (ONI), sur une page qu'on peut lire entièrement ici :

"Le Projet Sécurité est crée pour la réalisation d’un système informatique d’identification et de contrôle de la population nationale et étrangère par la production de titres d’identité hautement sécuritaires.
Cette structure débute ses activités en Octobre 1991 par la délivrance des cartes de séjour. En septembre 1993, le Projet Sécurité produit les premières Cartes Nationale d’Identité vertes.

En 1998, la Loi n° 98-448 du 04 août relative à l’identification des personnes et au séjour des étrangers en Côte d’Ivoire est promulguée.
Le décret d’application de cette loi permet la création du Central d’Identification Sécuritaire (C.I.S.). Les types de titres produits sont :
- la Carte Nationale d’Identité (pour les ivoiriens) ;
- la Carte de Résident (pour les étrangers).
En 1999, la Loi n° 99-690 du 14 décembre modifiant la loi  n° 98-448 du 04 août 1998 est promulguée.
La production de ces titres d’identité est interrompue lors du coup d’Etat du 24 décembre 1999.

En février 2000, le Centre National d’Identification Sécuritaire (C.N.I.S.) est crée en remplacement du Central d’Identification Sécuritaire (C.I.S.).
Cette structure ne produisait pas de titre d’identité, mais établissait des attestations administratives d’identité pour les ivoiriens et délivrait des récépissés de carte de résident aux étrangers."

 

30/09/2009

L'étrange "sergent-chef Alain Gossé"


Une dépêche AFP qui est tombée il y a quelques minutes relance la polémique politico-judiciaire sur l'affaire Guy-André Kieffer (le nom du journaliste et consultant franco-canadien qui a disparu le 16 avril 2004 à Abidjan). Elle part de l'audition le 20 août au Bénin d'un "témoin", le "sergent-chef Alain Gossé", par le juge français Patrick Ramaël. Une audition qui vient de "fuiter" opportunément alors que les juges ivoiriens se préparent à venir enquêter en France, dans le cadre d'une mission rogatoire, sur la même affaire. Voici la dépêche :

Alain-Gosse-1.jpg
"Un militaire ivoirien a affirmé devant l'un des juges chargés de l'enquête sur la disparition de Guy-André Kieffer que le journaliste avait été détenu dans les sous-sols de la présidence ivoirienne puis tué par erreur, a-t-on appris mercredi de sources proches du dossier.

Dans un témoignage recueilli le 20 août au Bénin et que l'AFP a consulté, Alain Gossé, 60 ans, sergent-chef "au service logistique de la présidence de Côte d'Ivoire", affirme avoir vu et parlé au journaliste détenu dans une "cellule" de la présidence où il a été amené par "deux équipes de commandos" le 16 avril 2004, jour de sa disparition.

Comme il l'avait déjà affirmé sur France 3 fin juillet, ce sous-officier soutient que trois hommes - Seka Yapo Anselme, chargé de la sécurité de la Première dame Simone Gbagbo, Patrice Baï, à l'époque chef de la sécurité de la présidence, et Jean-Tony Oulaï, soupçonné d'avoir dirigé le commando auteur de l'enlèvement et actuellement en détention provisoire en France - ont participé aux "interrogatoires" de M. Kieffer.

L'avocat de Simone Gbagbo, Me Rodrigue Dadjé, avait alors dénoncé l'intervention de M. Gossé comme un "témoignage faux et mensonger sur tous les aspects".

Guy-André Kieffer a été emmené le 19 avril dans un village situé à une vingtaine de kilomètres d'Abidjan par ses ravisseurs, a raconté M. Gossé au juge Patrick Ramaël, l'un des juges enquêtant sur la disparition du journaliste. Le témoin a raconté au juge qu'il avait été chargé d'acheter un "plastic noir à Ivosep (pompes funèbres de la Côte d'Ivoire)", avant de les rejoindre en fin d'après-midi.

Sur place, un autre militaire lui a raconté que "durant l'interrogatoire du journaliste et voulant l'intimider pour l'obliger à parler, monsieur Oulaï a tiré un coup de feu en l'air. Que l'un de ses gardes corps qui n'a pas compris que c'était son patron qui venait de tirer un coup de feu en l'air, a tiré sur le journaliste et l'a tué".

Entendu au Bénin, le sergent-chef Gossé a affirmé au juge avoir fui la Côte d'Ivoire après avoir été "pris de peur" à la suite de son entretien à France 3.

Les enquêteurs français ne soupçonnent pas le couple présidentiel ivoirien d'être lié directement à la disparition de Guy-André Kieffer, mais certains cadres du régime liés aux milieux économiques."

Avant toute chose, j'aimerais préciser que je ne prétends pas avoir le fin mot sur cette affaire Kieffer. Je n'écarte aucune hypothèse sur ses kieffer.jpgmeurtriers. Cela ne m'empêche pas d'être perplexe face aux méthodes du juge Ramaël, qui a misé à plusieurs reprises sur des témoignages fragiles venant de personnages controversés.

Ainsi, le nouveau témoin-clé du magistrat français est manifestement un "homme à problèmes". Et pour cause : son identité est plus qu'hypothétique. L'armée ivoirienne ne le reconnaît pas comme un de ses éléments, affirme (documents d'identité à l'appui) qu'il est bien connu des services de renseignements de la gendarmerie, qu'il s'appelle Zinsonni Nobila Paul... et qu'il est Burkinabé ! Certes, l'armée ivoirienne est absolument dévouée au pouvoir ivoirien. Cela signifie-t-il qu'elle ment systématiquement ? N'aurait-il pas été utile de vérifier cette information auprès des services consulaires burkinabè ?

L'on sent bien la gêne de l'AFP. Les dépêches écrites à partir d'Abidjan affirment que le "témoin-clé" "se présente comme..." un militaire ivoirien, tandis que la dernière, écrite de Paris, affirme qu'il est effectivement un militaire ivoirien. Il a commencé à se présenter, dans un reportage exclusif de France 3, comme un "major", grade qui n'existe plus dans l'armée ivoirienne. Après que cette incongruité a été mentionnée, il est, tout à coup, "sergent-chef". Un militaire peut-il se tromper sur son grade ?

Plus sérieux : des sources indépendantes mettent en question l'identité et l'intégrité du témoin. Ainsi du quotidien ivoirien Soir Info, qui, dans son édition du 24 juillet 2009, a écrit ceci :

"C’est en 2004, peu après les événements de novembre que nous le rencontrons, à sa demande à l’hôtel Novotel, à Abidjan Plateau. L’homme qui nous convoque dit détenir « de graves informations sur la sécurité des institutions ivoiriennes ». Selon lui, des armes destinées à la rébellion (Forces nouvelles) seraient en transit au port de Lomé, au Togo. Il nous présente une pile de photos de conteneurs et de porte-conteneurs qui contiendraient des armes de guerre en partance pour Bouaké. Des photos qui auraient été prises au port de Lomé. L’homme sort une dizaine de passeports de certains pays de la sous-région dont celui de la Côte d’Ivoire et se présente à nous comme « un officier des services spéciaux Burkinabè travaillant directement avec le PF (Président du Faso). Nous nous refusons de publier « l’information » vu que rien ne pouvait nous convaincre de la véracité des faits. Mais, certains confrères sont, hélas tombés dans le panneau. Plus tard, nous apprendrons que « l’escroc a été aperçu dans une haute institution ivoirienne et aurait perçu, pour ces renseignements, une forte somme".

Au Burkina Faso, qui pourrait bien être le pays d'origine du "sergent-chef Gossé" le journal San Finna  (proche de l'UNDD, parti d'opposition), parle d'un "homme-caméléon hors pair se faisant tantôt passer pour le dentiste de Blaise Compaoré et pour le représentant de l'UNDD à l'extérieur du Burkia notamment après de certaines autorités étrangères (..) Espérons que France 3 par qui le scandale est arrivé, et arrive souvent, fera son mea culpa".

Toujours au Burkina Faso, Le Journal du Jeudi (satirique) ironise en disant que "notre cher Zin... euh Gossé ressemble à un Bissa bon teint de chez nous".

Cela fait beaucoup pour que l'on s'interroge, non ? Ce qui me semble gênant, de manière plus large, c'est une certaine forme de dérive du journalisme d'investigation, tellement collé à des sources judiciaires qu'il finit par être instrumentalisé par elles, lorsqu'elles ont besoin "d'intimider" un pouvoir politique qui pourrait leur demander des comptes ou d'"enrôler" l'opinion publique dans des options de procédure douteuses.

29/09/2009

En Guinée, l'Histoire se répète

Je remonte pour nous tous un papier publié le 25 décembre 2008 à la demande de Nino (@yn3 sur Twitter). "L'histoire s'est répétée, tristement, froidement, hélas. (...) Moussa Dadis a fait tuer plus de 150 guinéens qui manifestaient. Des femmes ont été violées (...) Désormais, c'est clair, la voie de la libération en Guinée sera tracée dans le sang, ou ne sera pas tracée. Il n'y a plus aucune alternative crédible. La jeunesse guinéenne en est actuellement consciente. (...) La Guinée vient d'hériter d'un second Conté, et si les jeunes ne font rien, ils vivront misérablement", écrit-il.

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10/09/2009

Gbagbo vainqueur de la présidentielle, selon un sondage commandé par ADO

ado_bedie_gbagbo.jpgC'est "La Lettre du continent" qui l'indique. Selon un sondage commandé au cabinet Liaison Marketing, "référencé à l'IFOP et affilié à l'ESOMAR (European Society for Opinion and Research)" par Voodoo, agence de com' d'Alassane Ouattara, Gbagbo serait en "tête d'affiche présidentielle".

Selon Maurice Fotsing, le patron du cabinet, qui n'a pas voulu communiquer les chiffres exacts à "La Lettre du continent", les résultats de son étude sont "du même ordre de grandeur" que ceux de la SOFRES.

Mécontent de ces résultats, Mamadou Sanogo, secrétaire national aux élections du RDR, aurait confié le même sondage aux élèves d'Agitel, grande école d'Abidjan, selon La Lettre du continent. Sans grand changement de tendance.

ADO se serait résolu à repartir au combat. A priori, un sondage n'est qu'une photographie de l'opinion à un moment donné. L'émotion que les sondages produisent au sein de l'opposition ivoirienne s'explique, à mon avis, par un certain nombre de facteurs.

- Notre faible culture des sondages et des études d'opinion, dès lors qu'il s'agit de politique. En effet, les entreprises (notamment dans le domaine des télécoms) recourent régulièrement aux sondages en Côte d'Ivoire.

- Les assurances données, par les ténors de l'opposition, depuis des longues années, à leurs mentors à l'étranger. Désormais, ils ont peur que ces mentors se découragent et rejoignent Laurent Gbagbo avec armes et bagages pour continuer à avoir des marchés et rentes de situation.

- L'opportunisme de la "classe politique intermédiaire", en Côte d'Ivoire ou ailleurs dans le monde. Si les députés de l'opposition qui ont une certaine assise locale se rendent compte que leurs leaders se noient, ils risquent de "dealer" avec le pouvoir pour négocier un "pacte de non-agression", voire rejoindre d'une certaine manière la majorité avant la présidentielle.

 

 

07/08/2009

« Indépendances cha cha » sur les bords de la lagune ébrié

Le billet qui suit est de David N'Goran, auteur invité de ce blog.

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