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27/02/2010

L'ivoirité, fantôme insaisissable

Les derniers développements de la crise ivoirienne ont remis au goût du jour un mot : ivoirité. L'ivoirité serait de retour. Les ivoiritaires voudraient purger la liste électorale de tous les ressortissants du nord, et selon Philippe Hugon, grand universitaire français (sic !), ils auraient déjà réussi leur funeste tâche.

Mais au juste, qu'est-ce que l'ivoirité, et quelles sont ses manifestations pratiques ? Je ne suis pas naïf : je sais que depuis 1999 et l'expulsion emblématique des Burkinabè de Tabou (sous Henri Konan Bédié), des tensions récurrentes opposent, surtout en zone rurale, autochtones et étrangers, voire autochtones et Ivoiriens originaires d'autres régions... et que ces tensions sont souvent exacerbées par des "cadres" du coin, liés hier au PDCI, aujourd'hui au FPI, et qui ont souvent les moyens de créer des plantations industrielles là où des "espaces" se seraient créés. Est-ce cela l'ivoirité ? Peut-être. Mais dans les pays où le taux d'immigration est plus bas, ce même type de concurrence foncière oppose des compatriotes d'ethnies différentes, voire de la même ethnie. Ce phénomène global, au-delà des passions idéologiques et des instrumentalisations auxquelles il donne droit, est au fond très contemporain. Il est lié à la raréfaction des ressources et à la compétition qui demain, nous explique-t-on, entraîneront des guerres de la terre et de l'eau. Le fait que la Côte d'Ivoire soit entourée de pays sahéliens comme le Burkina Faso et le Niger, les pays les plus pauvres d'entre les pauvres (plus pour longtemps pour le Niger), dont les taux de natalité sont les plus élevés au monde, peut expliquer un certain nombre de batailles. Poser ainsi le problème est plus objectif que diaboliser une partie des acteurs et victimiser les autres, et appelle des solutions  - qui existent, j'en suis persuadé, et relèvent de l'aménagement du territoire - au lieu d'aggraver les problèmes en prenant partie.

Juste avant Linas-Marcoussis, de nombreux éditorialistes ont affirmé que la nationalité de nombreux Ivoiriens était niée, juste parce qu'ils étaient Nordistes. Les accords qui étaient censés régler tous les problèmes n'ont pas évoqué ce déni de nationalité. Comme c'est curieux. Qu'ont-ils dit ?

"La Table Ronde estime que la loi 61-415 du 14 décembre 1961 portant code de la nationalité ivoirienne modifiée par la loi 72-852 du 21 décembre 1972, fondée sur une complémentarité entre le droit du sang et le droit du sol, et qui comporte des dispositions ouvertes en matière de naturalisation par un acte des pouvoirs publics, constitue un texte libéral et bien rédigé.

 

La Table Ronde considère en revanche que l’application de la loi soulève de nombreuses difficultés, soit du fait de l’ignorance des populations, soit du fait de pratiques administratives et des forces de l’ordre et de sécurité contraires au droit et au respect des personnes.

(...)

 

En conséquence, le gouvernement de réconciliation nationale :

  • a. relancera immédiatement les procédures de naturalisation existantes en recourant à une meilleure information et le cas échéant à des projets de coopération mis en oeuvre avec le soutien des partenaires de développement internationaux ;
  • b. déposera, à titre exceptionnel, dans le délai de six mois un projet de loi de naturalisation visant à régler de façon simple et accessible des situations aujourd’hui bloquées et renvoyées au droit commun (notamment cas des anciens bénéficiaires des articles 17 à 23 de la loi 61-415 abrogés par la loi 72-852, et des personnes résidant en Côte d’Ivoire avant le 7 août 1960 et n’ayant pas exercé leur droit d’option dans les délais prescrits), et à compléter le texte existant par l’intégration à l’article 12 nouveau des hommes étrangers mariés à des Ivoiriennes."

Linas-Marcoussis n'évoque pas des Ivoiriens privés indûment de leur nationalité, mais des étrangers "longue durée" qu'il serait juste - et je le pense aussi - de naturaliser. Une loi spéciale de naturalisation destinée à ces derniers, obligeant l'Etat à répondre aux demandes trois mois après, a été votée par l'Assemblée nationale. Etrangement, très peu de personnes se sont saisies de cette loi. Les adversaires proclamés de l'ivoirité, locaux ou internationaux, n'ont rien fait pour qu'elle soit appliquée. Il n'y a pas eu de campagne d'explication à ce sujet, alors que l'Union européenne a dépensé des sommes importantes pour faire connaître et appliquer le code foncier rural, aussi évoqué à Linas-Marcoussis. Les millions d'étrangers longue durée ont disparu totalement des écrans radar. Inintéressants politiquement de toute façon, puisque la loi prévoyait qu'ils ne pourraient voter que cinq ans après leur naturalisation... donc après la fameuse présidentielle qui vient.

Très rapidement, la ligue officiellement hostile à l'ivoirité a évoqué un autre thème. Il y aurait trois millions d'Ivoiriens qui seraient privés de papiers d'identité parce qu'ils n'auraient pas été déclarés lors de leurs naissances. Il fallait urgemment leur en fournir, à travers des audiences foraines. Estimant ce chiffre énorme, le camp présidentiel s'est rebiffé, accusant le parti d'Alassane Ouattara de vouloir profiter de cette opération, alors menée par des responsables issus de l'opposition, sans aucune concertation, pour inscrire des étrangers originaires de la CEDEAO sur les listes électorales. Des sanglantes batailles de rue ont eu lieu. Les acteurs se sont assis à la table de négociations, et ont accouché d'un "mode opératoire consensuel", garantissant les droits des personnes sans papiers d'identité et maintenant des procédures de vérification. Au final, cette population de sans-papiers s'est élevée à 600 000 individus environ... cinq fois moins que ce que les "alassanistes" affirmaient. Beaucoup, dans le camp présidentiel, ne peuvent s'empêcher de penser que le "mode opératoire" a empêché de nombreuses fraudes.

La crise de la "double dissolution" relève du même paradigme que celle des "audiences foraines". Un camp craint que des étrangers soient inscrits sur les listes électorales, l'autre a peur que des Ivoiriens en soient exclus. Contrairement à la première expérience, un "mode opératoire consensuel" impliquant de nombreux acteurs a été déterminé. Malheureusement, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) a violé ce mode opératoire en procédant à des croisements (ce qui n'était pas du ressort de son institution) et en procédant à des manipulations sur des ordinateurs dans les Commissions électorales locales. On pourrait comparer cette situation à celle d'un directeur général qui viole les procédures internes de l'entreprise qui l'emploie en engageant des actions alors que seuls les membres du Conseil d'administration ont le droit de les engager. D'où le conflit entre le camp de ceux qui estiment que ces manipulations de toute façon illégales relevaient de la fraude et ceux qui n'y voient qu'une maladresse instrumentalisée par le pouvoir. Malgré tout, à cette occasion encore, on parle d'ivoirité.

L'explication "ivoiritaire" de tous ces soubresauts finit par isoler la Côte d'Ivoire de tous les pays du même type. Pourtant, la technique de fraude qui consisterait à faire voter des étrangers est régulièrement dénoncée par de nombreuses oppositions africaines, au Togo, ce qui a entraîné des violences "xénophobes", au Sénégal, et au Gabon. Aujourd'hui, du strict point de vue électoral, Gbagbo est dans l'opposition, puisque la Commission électorale est dirigée par ses adversaires. Il a les mêmes craintes que ses "collègues" opposants. On ne peut pas arriver à une paix juste sans en tenir compte.

Mon propos ici n'est pas de nier les tentations de repli sur soi qui existent en Côte d'Ivoire. Mais il serait bon qu'on OBJECTIVE les problèmes. C'est ainsi qu'on commence à les résoudre. Refuser de prendre la peine de comprendre la subtilité des affrontements et se presser de juger, d'une manière qu'on estime vertueuse, renforce le sentiment de victimisation chez les uns, et le réflexe de "tribu assiégée" chez les autres.

Chaque fois qu'un Philippe Hugon débite des contre-vérités absolues pour nourrir la thèse de l'ivoirité, facteur explicatif total de la crise ivoirienne, les tensions s'exacerbent et la paix s'éloigne. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

26/02/2010

Youssouf Bakayoko, nouveau président de la CEI

bakayoko_youssouf2.jpg
Il a été élu à l'unanimité, ce qui prouve que la classe politique ivoirienne peut s'entendre, si chacun met son orgueil de côté et négocie. Plus d'infos ici.

25/02/2010

Le RHDP a déjà perdu la CEI

Selon les informations qui filtrent, les acteurs ivoiriens ont convenu, lors de la dernière visite de Blaise Compaoré, que le président et les vice-présidents de la Commission électorale indépendante (CEI) seraient changés (exit Mambé donc !), mais que cette commission garde la même structure que celle qui a été dissoute par le président Laurent Gbagbo.

Rien ne change donc ? Pas si sûr. Le RHDP+PIT ont 10 représentants à la Commission centrale de la CEI. Le FPI, le président, le président de l'Assemblée nationale et l'UDCY (camp présidentiel) en ont 6. Et les Forces nouvelles en ont 6.

Lors de l'élection de la Commission centrale dirigée par Mambé Beugré, le RHDP et les Forces nouvelles ne faisaient qu'un. Aujourd'hui, les choses ont changé. Les FN se piquent de jouer un rôle d'arbitres. Dans le cas d'espèce, c'est l'ex-rébellion qui sera la faiseuse de roi.

Du coup, non seulement Mambé s'en va, mais en plus le PDCI perd le poste de président de la CEI.

Deux possibilités désormais : un président de la CEI issu de la seule force signataire des Accords de Linas-Marcoussis qui ne soutient officiellement aucun candidat (Forces nouvelles) ; ou un président de la CEI présenté par les FN ou une force institutionnelle (président par exemple), mais qui se caractérise par une forme de neutralité. Un religieux, par exemple.

23/02/2010

Gouvernement ivoirien (partiel) du 23 février 2010

Plus bas, la liste des ministres de la "première fournée" (FPI et FN, ex-rébellion). On constate que 17 postes sont pourvus et que 11, destinés au RHDP s'il le veut bien, sont à pourvoir. Soro et Gbagbo en ont profité pour virer certains ministres de leur camp. Soro a éconduit le ministre du Commerce Youssouf Soumahoro, connu pour ses frasques et son goût du scandale (bagarres publiques), qui s'est chamaillé avec des opérateurs économiques, la Chambre de Commerce au sujet d'une sorte d'impôt déguisé qu'il voulait instaurer. Gbagbo a "limogé" Léon-Emmanuel Monnet, ministre des Mines confronté au délestage et à la crise à la Société ivoirienne de raffinage (SIR) et Hubert Oulaye, ministre de la Fonction publique, qu'il avait tancé presque ouvertement lors d'une cérémonie à l'Ecole Nationale d'Administration où il parlait des fraudes à l'entrée. Il n'a pas trouvé un autre strapontin à Sébastien Dano Djédjé, ministre de la Réconciliation, et les mauvaises langues pourront épiloguer sur les raisons de cette disgrâce. Gbagbo promeut l'ancien ministre de la Culture, Augustin Komoé, qui devient ministre des mines et de l'énergie, et Yapo Atsé Benjamin, originaire, comme Léon-Emmanuel Monnet, du pays attié, désormais ministre de l'Enseignement technique. Géopolitique oblige, le remplaçant de Hubert Oulaye à la Fonction publique est aussi un Wê (Guéré).

Mel Théodore reste au gouvernement tandis que son ancien portefeuille, ministre de la Ville, est supprimé. Son action n'aura pas réussi à rendre le ministère indispensable. Le tandem Gbagbo-Soro laisse les ministères du Commerce et de la Culture aux RHDP, et lui prend l'Industrie et l'Urbanisme. Alors qu'il n'y avait qu'un seul ministre d'Etat, proche de Gbagbo, il y en a désormais deux, dont un proche de Soro. L'amour fou, quoi !

 

Premier ministre, chef du gouvernement : Guillaume Soro Kigbafori (FN)

Ministre d'Etat, ministre du Plan et du Développement : Paul-Antoine Bohoun Bouabré (FPI)

Ministre d'Etat, Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des droits de l'homme : Koné Mamadou (FN)

Ministre de l'Intérieur : Tagro Assiénini Désiré (FPI)

Ministre de l'Economie et des Finances : Charles Diby Koffi (société civile)

Ministre de la Défense : Michel Amani N'Guessan (FPI)

Ministre des Mines et de l'Energie : Kouadio Komoé Augustin (FPI)

Ministre de l'Industrie et de la Promotion du secteur privé : Koné Moussa (FN)

Ministre du Tourisme et de l'Artisanat : Sidiki Konaté (FN)

Ministre de la Communication : Ibrahim Sy Savané (société civile)

Ministre de la Fonction publique : Guiriéoulu Emile (FPI)

Ministre de la Production animale et des ressources halieutiques : Alphonse Douaty (FPI)

Ministre de l'Education nationale : Gilbert Bleu Lainé (ex-UDPCI)

Ministre de la Construction, de l'Urbanisme et de l'Habitat : Koné Tiémoko Mélégué (FN ?)

Ministre de l'Enseignement technique et de la formation professionnelle : Yapé Atsé Benjamin (FPI)

Ministre de la lutte contre le sida : Adjobi Nebout Christine (FPI)

Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs : Mel Eg Théodore (UDCY)

A pourvoir

Ministère des Affaires étrangères

Ministère de l'Agriculture

Ministère du Commerce

Ministère des Transports

Ministère des Infrastructures Economiques

Ministère des NTIC

Ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique

Ministère de la Santé

Ministère de l'Environnement et de la Salubrité Publique

Ministère de la Famille, de la Femme et des Affaires sociales

Ministère de la Culture et de la Francophonie

 

 

Côte d'Ivoire : à propos de la dissolution de la CEI et du gouvernement, par Guy Labertit

Ami de notre communauté, Guy Labertit, Conseiller du Président Afrique de la Fondation Jean-Jaurès et proche du président Laurent Gbagbo, nous livre un certain nombre de faits et d'éléments d'analyse expliquant la logique qui a poussé le chef de l'Etat ivoirien à dissoudre à la fois le gouvernement et la CEI. En lisant son texte long - mais il faut bien entrer dans la complexité des arguments de part et d'autre pour comprendre un fait d'actualité, au-delà des jugements hâtifs -, une expression me vient, personnellement, à l'esprit : technologie électorale.

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12/02/2010

Dissolution du gouvernement et de la CEI : le discours intégral de Gbagbo

gbagbo.jpg"Depuis près de deux mois, une grave crise secoue la Commission électorale indépendante (CEI). Comme nous le savons, en particulier à l’issue de l’enquête diligentée par le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan Plateau, le Président de cette institution, Monsieur Robert Beugré Mambé a mené une opération illégale, visant à obtenir l’inscription frauduleuse de 429 030 personnes sur la liste électorale.

Cette affaire intervient alors que nous sommes dans la dernière phase de l’établissement de la liste électorale, dernière étape vers l’organisation du scrutin présidentiel.

Ainsi, au moment où nous pensions être au bout de nos efforts pour avoir des élections propres, nous constatons qu’en réalité le processus de paix que nous avons patiemment élaboré est pris en otage par des partis politiques à travers leurs représentants au sein des institutions chargées de le mettre en œuvre. Le président de la Commission Electorale Indépendante n’a pas agi conformément à ce que la nation était en droit d’attendre de lui à savoir, demeurer rigoureux, neutre et impartial.

C’est dans ce contexte que l’on voit se multiplier des attaques contre les symboles de l’Etat : Des tribunaux saccagés à Divo, Man, et Katiola. Des sous-préfectures incendiées, notamment dans le département de Vavoua.

Ces faits montrent que nous ne sommes pas face à une simple crise dans la crise. Au-delà du processus électoral, c’est l’Accord Politique de Ouagadougou dans son ensemble que l’on veut saboter. Je rappelle que cet accord, signé entre les Forces Nouvelles et le président de la République, vient de notre volonté de donner un instrument à la Côte d’Ivoire pour aller à la paix. Il nous a permis de faire des progrès qu’aucun autre instrument ne nous avait donné l’occasion de réaliser. Nous n’avons aucune raison de l’abandonner. Au contraire, nous devons lever tous les obstacles à sa mise en œuvre.

Aujourd’hui, malgré tous les acquis, le processus de paix est à nouveau en panne. Nous sommes toujours face aux mêmes circonstances qui nous ont amenés hier, à prendre des mesures exceptionnelles pour ouvrir une perspective de paix à notre pays.

C’est pourquoi, afin de lever toute hypothèque sur le processus de paix et permettre à la Côte d’Ivoire d’aller, en toute confiance, à des élections propres, je prends, en vertu de l’article 48 de notre Constitution, les mesures suivantes :

Premièrement, la Commission électorale indépendante (CEI) est dissoute. Je demande au Premier ministre de me proposer dans un délai de sept jours, à compter d’aujourd’hui, le format d’une nouvelle Commission électorale crédible, qui pourra organiser des élections justes et transparentes.

Deuxièmement, le gouvernement est dissout. Je reconduis le Premier ministre Soro Guillaume, dans ses fonctions. Il est chargé de me proposer dès le lundi 15 février 2010 un nouveau gouvernement.

Je veux, pour la Côte d’Ivoire, un gouvernement de sortie de crise. Un gouvernement au service des Ivoiriens et non aux ordres des partis politiques. La mission de ce gouvernement sera de conduire, sous l’autorité du président de la République et du Premier ministre, les dernières actions nécessaires pour sortir la Côte d’Ivoire définitivement de la crise.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.

Je vous remercie."

04/02/2010

Côte d'Ivoire : 50 ans d'indépendance en quelques chiffres

elephant_m.jpg

Le cycle de festivités, colloques et réjouissances du Cinquantenaire a commencé en Côte d'Ivoire, dans un contexte de "morosité" avec les inquiétudes sur l'indépendance énergétique du pays (délestages d'électricité programmés jusqu'au mois de mai, menaces sur l'existence même de la société ivoirienne de raffinage, etc...) mais aussi la montée du mercure politique.

Au fond, le contexte est idéal pour une introspection. Afin de participer à ce travail nécessaire, je livre quelques données chiffrées.

- La Côte d'Ivoire indépendance, c'est 60% de parti unique et 40% de multipartisme.

- C'est 66% d'Houphouët, 12% de Bédié, 2% de Guei et 20% de Gbagbo.

- C'est 58% de gouvernance à travers les Plans d'Ajustement Structurel, donc 58% de récession crise économique (1981 à nos jours).

- C'est 42% de période de blocage des salaires, des avancements et des reclassements dans la Fonction publique (1988 à 2009).

- C'est 30% de "miracle économique" avec une croissance stable au-dessus de 5%.

- C'est 22% de franche instabilité politique (1999 à nos jours), et 16% de rébellion/sécession/gouvernements de désunion nationale.

On ne peut s'empêcher de se dire que c'est bien parce que ce pays est un éléphant qu'il continue de résister, en dépit des coups que lui portent ses enfants. Jusqu'à quand ?

29/12/2009

Des terminaux spécifiques pour Internet en Afrique ?

L'Internet peut-il connaître en Afrique une forte croissance, à l'image de la téléphonie mobile ? Je pense que oui. Les mêmes causes - besoin vital d'être connectés pour des raisons économiques et familiales - vont produire les mêmes effets. D'autant plus que le téléphone mobile peut sembler limité dans ses fonctionnalités. Dès lors que les fournisseurs d'accès Internet (FAI) choisissent de mettre en place des formules prépayées grand public en plus des formules illimitées, une des plus importantes barrières à l'entrée disparaît.

cherrypal africa.jpgLe salarié qui gagne 100 000 FCFA par mois et qui n'est pas capable de se payer une connexion qui lui reviendrait à 25 000 FCFA par mois peut avoir une connexion à la maison grâce à une clé 3G ou à un modem wimax à bas prix... et payer chaque mois 3000 F pour avoir, disons, 10 heures de connexion... Au Cameroun, Camtel et Ringo l'ont compris. En Côte d'Ivoire, Aviso lance un forfait assez compliqué à comprendre mais dont il ressort qu'il sera possible d'avoir 50 heures de connexion à 10 000 FCFA en payant progressivement avec des cartes de recharge allant de 2000 FCFA à 5000 FCFA... si j'ai bien compris ce qu'explique le site Internet du FAI.

Au-delà de l'évolution de la tarification, il me semble qu'un Internet populaire passe par une réflexion profonde sur les terminaux les plus adaptés au contexte de l'Afrique subsaharienne. Le web, le PC... ont été tout de même fabriqués en Occident pour des Occidentaux éduqués, alphabétisés, à l'aise avec la complexité... là où le téléphone mobile est fondé sur l'oralité et quelques notions simples en matière de chiffres.

Au moment où en Occident, la créativité se déchaîne et nous offre régulièrement de nouveaux terminaux voués à la navigation web, pensés pour un usage mobile et simplifié, souvent spécifique (Internet des objets), pourquoi ne réfléchirions-nous pas sur le terminal le mieux adapté aux différents publics qui gagneraient à être connectés au-delà du simple téléphone ?

La mère de famille de Bamako ou de Bangangté (Cameroun) qui a ses enfants dans le monde entier et aimerait voir leurs photos et leur parler par Skype sans trop s'éloigner de l'expérience utilisateur du téléphone mobile, le planteur ghanéen ou ivoirien dont les opportunités dépendent de sa capacité à être bien informé, le petit commerçant qui veut passer ses commandes de manière simplifiée, le technicien ou le pasteur voulant bénéficier d'une formation continue le soir en regardant des vidéos en ligne sur sa télévision... toutes ces personnes peuvent trouver leur bonheur avec des terminaux spécifiques adaptés à des technologies mobiles comme la 3G ou le wimax. Des terminaux bien entendu moins coûteux que l'Iphone ou le Blackberry.

La firme Cherrypal a annoncé un netbook dénommé "Africa" à 99 dollars (image d'illustration). C'est bien. Mais il faut aller plus loin en brisant les codes, en regardant les Africains vivre et en essayant de comprendre quels terminaux low cost conviennent le mieux à leurs usages. S'ils n'existent pas encore, il faudra les créer. Tout simplement.

Gros problème à l'horizon : nos FAI et opérateurs de téléphonie mobile font-ils de la recherche-développement ? Je n'ai pas l'impression.

16/12/2009

Pour n'avoir pas pu empêcher la guerre, Gbagbo demande pardon aux Ivoiriens

C'était aujourd'hui, lors de la cérémonie de commémoration des 45 ans du quotidien ivoirien Fraternité-Matin.

’La conception d’une guerre armée en Côte d’Ivoire, je ne l’avais jamais faite. Je ne pensais pas que les gens étaient capables d’une telle violence dans la conquête du pouvoir d’Etat. Je ne veux pas parler de Soro Guillaume qui a rendu d’énormes services à la nation en prenant la tête de la rébellion. En s’affichant comme le patron. Avec lui il y a eu l’accord de Ouaga et nous sommes bientôt au bout du tunnel avec les élections qui s’annoncent. J’ai été surpris de cette violence car je n’ai jamais envisagé pareille situation. Les langues se délient petit à petit et des gens comme Charles Pasqua citent des noms. Un jour on saura la vérité. Pour l’heure, je présente des excuses aux Ivoiriens qui m’ont fait confiance et qui m’ont confié leur pays. Et moi, par naïveté, j’ai laissé attaquer leur pays’’, a regretté le chef de l’exécutif ivoirien qui était accompagné du premier ministre Pascal Affi N’guessan, des ministres Sy Savané et Patrick Achi ainsi que des directeurs généraux de sociétés d’Etat. Faisant sienne désormais la maxime qui dit qui veut la paix prépare la guerre, il a tenu à rassurer les Ivoiriens que ‘’toutes les dispositions ont été prises pour que la Côte d’Ivoire ne soit plus surprise.’’ Et mieux, qu’elle soit désormais en Afrique de l’Ouest, un pays de référence en termes d’armement.

L'article en entier sur l'excellent site spécialisé MinutePolitique.

15/12/2009

Les Etats africains contemporains vivront-ils un siècle ?

A la veille du cinquantenaire de l'indépendance de beaucoup de pays africains, la question se pose. Dans une interview donnée à Pierre Prier du Figaro, Laurent Gbagbo, chef de l'Etat de Côte d'Ivoire, donne son opinion :

gbagbo.jpg"La décision de l'Organisation de l'union africaine, en 1963, de ne pas remettre en cause les frontières coloniales a été sage. Mais je pense que les États africains ne resteront pas dans ces frontières. Je ne pense pas à des guerres, mais à des alliances et à des accords. Il y aura des regroupements sous forme de fédérations ou de confédérations, qui ne seront pas construites sur des bases idéologiques mais pragmatiques."

Quand on voit la nouvelle alliance Abidjan-Ouagadougou, qui permet de faire du ferroutage jusqu'au Niger, et qui permettra demain d'amener les rails du train jusqu'aux mines d'uranium et aux puits de pétrole du pays dirigé actuellement par Mamadou Tandja, quand on voit les hommes se déplacer et s'établir en Afrique de l'Ouest et en Afrique australe en dépit des frontières, on se dit que l'Etat-nation africain est déjà bien épuisé. On se dit que quelque chose doit se passer.

Mais quand ?

Mais comment ?