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28/08/2010

Guinée-Côte d'Ivoire : incertitudes voisines

Paru dans Le Nouveau Courrier du 28 août 2010.

Il faut croire que les afro-optimistes ont trop vite parlé. Et les donneurs de leçons qui ont expliqué il y a quelques mois aux Ivoiriens que la Guinée Conakry réussissait en six mois ce qu’ils avaient été incapables de réaliser en cinq ans aussi.

Le pays de Sékou Touré est au milieu du gué depuis de longs mois, et ne semble pas avoir le courage de sortir de son « entre-deux-tours » pour désigner un chef d’Etat élu. Et avancer. C’est que le premier tour a été finalement assez traumatisant à plusieurs égards. Premièrement, il a montré la force du vote ethnique. Au-delà des programmes, des charismes, de l’histoire personnelle de chacun des candidats, du désir de tourner la page d’une certaine forme de « dictature » sous Sékou puis sous Conté, chacun a voté pour son frère. Dans ce cas de figure, on se dit que l’élu qui en sortira récompensera ses électeurs. Donc son ethnie. L’idéal démocratique est dévoyé.

Pour ne rien arranger, le candidat Alpha Condé et ses soutiens, parmi lesquels Lansana Kouyaté, ne font plus confiance à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qu’ils estiment incompétente au point de vue technique et inféodée à son rival. Ils demandent que l’administration territoriale, tant honnie il y a peu par tous les opposants d’Afrique, s’implique dans le processus.

La Côte d’Ivoire est-elle à l’abri du schéma guinéen, où on va au premier tour la fleur sur l’urne et puis où on se braque et où on conteste avec le couteau entre les dents ? Notre Commission électorale indépendante (CEI) est encore plus facile à discréditer que la Ceni guinéenne. Elle est un repaire de politiciens, et un parti d’opposition – le RDR en l’occurrence – y semble surreprésenté. Elle a déjà perdu un procès à Yopougon face au FPI justement parce qu’elle jouait, selon les juges, un jeu pas tout à fait républicain.

Là où les percées guinéennes venaient fouetter l’orgueil ivoirien, les incertitudes de Conakry vont sans doute renforcer les craintes voire la paranoïa sur les rives de la lagune Ebrié.

 

27/08/2010

Sorciers blancs et pensées noires

Publié dans Le Nouveau Courrier du 27 août 2010.

La Côte d’Ivoire vient d’effectuer un saut dans le vide. En faisant signer un contrat de deux ans à l’entraîneur François Zahoui, la Fédération ivoirienne de football (FIF) s’engage à aller à la Coupe d’Afrique des nations 2012 avec un entraîneur local. National. Autochtone. «Mélaniné à gogo». De père et de mère eux-mêmes «100% Noirs». C’est un grand risque et une petite révolution dans une certaine Afrique qui a peur de décider pour elle-même, n’arrive pas à créer des consensus et appelle au secours le «toubab», le «nassara», la raison hellène pour les choses importantes. Comme la défense nationale… et le foot !

Alors, Zahoui échouera-t-il ou pas ? En tout cas, les quolibets volent déjà très bas. Anouma aurait fait son marché… à Adjamé ! Furieux d’un certain nombre de commentaires, Alain Gouaméné est monté au créneau et a administré un coup de tête aux satanés journalistes que nous sommes : «Certains écrits de la presse dans le débat qui fait actuellement rage sont proprement frustrants et dévalorisants. Je suis déçu de constater que c’est la presse qui entretient encore le complexe du Blanc», a-t-il fulminé. Les journalistes sont-ils entièrement responsables de la « maladie obscure » qui rend les Nègres de Côte d’Ivoire et d’ailleurs si frileux ?

En tout cas, ce débat me fait penser à un coup de gueule de Joseph-Antoine Bell datant d’il y a quelques mois. Un Bell qui a longtemps espéré être le coach du Cameroun, mais qui a toujours été écarté… parce qu’il parle trop ! Je vous livre quelques extraits de sa… colère ! «Je crois que les Africains souffrent tous d'une même maladie, d'une certaine aversion pour [ceux qui ont de] la personnalité, puisque la colonisation recherchait à nous dénier de la personnalité. Donc, elle nous a légué ce management qui tend à dépouiller les gens de leur personnalité et de faire en sorte qu'on ait toujours affaire à des gens incolores. (...) Ce qui me désespère, c'est l'Afrique en elle-même. C'est-à-dire que si on a peur de son ombre, on n'avancera pas. On ne peut avancer qu'avec des gens qui ont des idées et qui ont de la personnalité pour les développer. Tout le monde reproche toujours à ceux qui auraient eu une idée de ne pas insister. Si on n'a pas de personnalité, on ne peut pas appuyer et essayer ses idées, les soutenir contre vents et marées (...). Nous voyons les "sorciers blancs" débarquer chez nous et partir avec tout le fric. Et souvent ils nous narguent. Il y en a qui démissionnent en insultant nos ministres et la République. Si la conscience collective africaine n'en est pas au point où un citoyen s'offusque de voir un étranger insulter un ministre de la République, je ne vais pas le faire tout seul. Accepter que de petits voyous parisiens arrivent chez nous, se comportent en voyous parce qu'ils auraient la peau blanche !»

Que pensez-vous des «coups de gueule» de Gouaméné et de Joseph-Antoine Bell ? Un «Noir tout Noir» peut-il donner la CAN 2012 à la Côte d’Ivoire ? Si Zahoui échoue, cela signifierait-il que c’est l’option même des «entraîneurs locaux» qui doit être bannie à jamais ? Pourquoi cette option profite-t-elle donc à des sélections comme l’Egypte et l’Algérie ? Zahoui peut-il réussir alors qu’il est en déphasage «technologique» et «financier» avec ses joueurs, qui évoluent dans un environnement autrement plus sophistiqué que lui et sont capables de dépenser chaque jour les économies de toute sa vie ? Faut-il arrêter de considérer le problème des sélectionneurs d’un point de vue purement idéologique ?

20/08/2010

Affaire "Letondot" : l'Etat togolais ridicule !

Une des caractéristiques du colonisé ayant atteint le summum de sa névrose, c'est de se faire plus royaliste que le roi. Sans blague... Au passage, on notera une forme d'impuissance face à l'impossibilité de censurer ce qui est mis en ligne à partir du Togo. Haine de la démocratie. Esprit rétrograde assumé. Absence totale de dignité. Le ministère togolais de la Défense a raté une occasion de se taire.

LOME (AFP) - Le gouvernement togolais a dénoncé jeudi des "manipulations" autour d'un incident opposant un militaire français à un photographe togolais, estimant que la diffusion de la vidéo où l'on voit le militaire menacer le journaliste avait des conséquences "graves" pour l'officier et pour le Togo.

Le ministère togolais de la Défense et des Anciens combattants "s'élève contre toutes les manipulations intervenues dans cette affaire" qui a valu des sanctions à l'officier, dans un communiqué lu sur les médias d'Etat.

"Tout en ne cautionnant pas les propos" du lieutenant-colonel Romuald Letondot qui avait menacé un photojournaliste en marge d'une manifestation de l'opposition, Lomé "sélève contre toutes les manipulations intervenues dans cette affaire".

"Cet incident malencontreux né du malentendu aurait pu être ainsi circonscrit si malheureusement la scène de l'altercation n'avait pas été filmée par un témoin (...) qui l'a mise en ligne sur le Web sans se soucier des conséquences graves que la vidéo pourrait avoir", estime le ministère.

Des conséquences "aussi bien pour l'officier français, victime sans raison du vandalisme des manifestants, que pour notre pays, le Togo, qui entretient avec tous les pays du monde des relations amicales, courtoises et empreintes de confiance", poursuit-il.

Le 10 août, des manifestants avaient attaqué la voiture de l'officier en poste à Lomé, un incident photographié par Didier Ledoux, journaliste au quotidien privé Liberté.

Le lieutenant-colonel l'avait alors vivement apostrophé, lui demandant d'effacer le cliché. Le tutoyant ostensiblement il avait notamment menacé de "mettre un coup" sur son appareil et de le faire mettre "en taule".


La vidéo diffusée sur YouTube a été visionnée par plus de 700.000 internautes.

C'est la première fois que les autorités togolaises s'expriment sur l'incident.

Journalistes et défenseurs des droits de l'Homme avaient condamné le comportement de l'officier, tout comme les ministères français des Affaires étrangères et de la Défense. Il a été rappelé par Paris et s'est vu infliger une sanction disciplinaire de dix jours d'arrêt.

Didier Ledoux a annoncé son intention de le poursuivre.

 

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13/08/2010

Duel journaliste togolais/officier français : le web citoyen a gagné !

Beaucoup d'entre nous ont vu la fameuse vidéo (diffusée par le célèbre blogueur et journaliste multimédia Noël Kokou Tadégnon) montrant l'attitude outrageusement colonialiste d'un officier français, le lieutenant-colonel Romuald Letondot, coopérant au Togo de Faure Gnassingbé, menaçant de manière indigne un journaliste, Didier Ledoux du quotidien Liberté, ayant eu l'outrecuidance de le prendre en photo durant la dispersion d'un congrès de l'UFC, parti d'opposition togolais. Pour ceux qui ne l'ont pas encore vue ou qui veulent la revoir, la voici plus bas.

L'on apprend aujourd'hui que le militaire français, à qui un beau plan de com' a été offert, et qui s'est expliqué comme il pouvait sur le site de L'Express, hebdo français de premier plan, est non seulement désavoué par sa hiérarchie mais sanctionné. Pendant dix jours, il sera privé de liberté.

"La France a voulu montrer qu’elle ne tolérait pas son attitude, aux relents de colonialisme. Le lieutenant-colonel, "rappelé immédiatement à Paris", se voit infliger "une sanction disciplinaire de dix jours" pour "atteinte au renom de l’armée française", a déclaré vendredi le Quai d’Orsay. Interrogé, le ministère de la Défense a précisé que le gradé ne risquait pas de retourner officier au Togo, même après les dix jours d’arrêt forcé. "Le rappel est toujours définitif", a expliqué le ministère." (lejdd.fr)

Habiles en matière de communication, les "spin doctors" de la diplomatie française ont compris à quel point cette vidéo, qui traduit une attitude de mépris condescendant en réalité tout à fait ordinaire, pouvait faire mal. Ils ont frappé fort. Mais il ne faut pas se leurrer : ce n'est qu'un coup de com', d'autant plus intelligent qu'à cette période de l'année, la presse française n'a rien à se mettre sous la dent. Elle aurait donc pu faire mousser encore plus cette affaire, au moment où l'ONU s'inquiète d'un regain de xénophobie dans l'Hexagone.

En tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et le web a gagné en influence depuis novembre 2004 et les insupportables vidéos des crimes commis par l'armée française sur des civils ivoiriens à Abidjan, après le bombardement non élucidé de Bouaké et la révolte de la rue ivoirienne. A l'époque, il avait fallu que Canal + confirme ce que des vidéos d'amateurs montraient depuis des semaines pour mettre en mauvaise position Michèle Alliot-Marie, surnommée à l'époque Mensonges après Mensonges.

Bref, revenons au sujet de l'heure. Pierre Haski, fondateur de l'influent site d'information Rue89, qui a amplifié la "vidéo Letondot", rappelle que l'affaire "serait restée anonyme et presque banale s'il n'y avait eu la force de la vidéo", et met en garde le cercle des pouvoirs africains.

"C'est aussi le signe de l'entrée de l'Afrique de plain-pied dans l'ère du Web et des réseaux sociaux, avec la possibilité pour les puissants d'être piégés par une vidéo déposée sur YouTube, et revenant comme un boomerang. Les dirigeants africains feraient bien d'en prendre note."

Il a raison sur le moyen terme. Mais on ne doit pas oublier que beaucoup de pouvoirs d'Afrique subsaharienne francophone sont "technoploucs" devant l'Eternel, et ne réagissent que quand leur image est écornée... à l'étranger. Voici par exemple deux vidéos qui, bien que choquantes, n'ont pas suscité la réaction qu'elles méritaient. La première montre un fait de corruption ordinaire à Abidjan où on peut reconnaître les policiers "piégés". Et la deuxième, une séance de torture d'étudiants par un corps spécial de l'armée camerounaise (certes relayée par les Observateurs de France24). A mon avis, ils auraient fait bouger les gouvernants de ces deux pays s'ils étaient passés avec force du web à la télé... surtout - et c'est triste de le dire - à "la télé des Blancs". Le web et les réseaux sociaux en Afrique peuvent devenir puissants, mais ils ont aujourd'hui besoin du relais des médias "classiques" occidentaux. C'est malheureux, mais c'est comme ça.

06/08/2010

Le discours d'Obama à la jeunesse africaine

C'est à l'occasion du cinquantenaire. Et c'est suivi d'échanges assez enrichissants. A lire ici.

19/06/2010

Côte d'Ivoire : le sondage interdit

C'est La Lettre du continent qui nous l'apprend :

"C'est super confidentiel, il ne faut surtout pas le répéter, mais un sondage commandé par l'opposition ivoirienne auprès d'Opinion Way, la société de Patrick Buisson, conseiller du président Nicolas Sarkozy- donnerait 44% à Laurent Gbagbo au premier tour de la prochaine élection présidentielle. Un score proche de celui du dernier sondage TNS-Sofres 43%."

La presse ivoirienne n'a pas le droit d'en parler. Et pour cause. Le CNP, organe régulateur de la profession, frappe d'une amende d'un million de FCFA les journaux qui choisissent de publier ou de commenter ce sondage. Comme l'indique cette décision d'Eugène Dié Kacou, président de l'organe, prise le 6 avril 2010.

"Le Collège des Membres du Conseil National de la Presse, délibérant en sa session du vendredi 02 avril 2010, a rendu des décisions portant sanctions pécuniaires applicables aux entreprises de presse dont les noms suivent et fixé le montant de l'amende à la somme de un million (1.000.000) de Francs CFA ce, en raison de la publication par les journaux qu'elles éditent, des résultats d'un sondage de la Tns-Sofres relatif aux intentions de vote en faveur des candidats à l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire.

Qu'il y ait lieu de rappeler qu'aux termes des dispositions de l'article 39 nouveau alinéa 5 de l'Ordonnance N° 2008-133 du 14 avril 2008 portant Ajustements au Code Electoral pour les élections de sortie de crise,« il est interdit de publier ou de diffuser des estimations de vote ou de procéder à l'établissement de sondages sous quelque forme que ce soit, à partir de quelque lieu que ce soit à compter de la publication de la liste électorale provisoire ».

Qu'un Communiqué du CNP, rendu public le 20 novembre 2009, avait rappelé cette interdiction et invité l'ensemble des organes de presse au respect scrupuleux de cette disposition légale.
Qu'en publiant les résultats du sondage de la Tns-Sofres, les entreprises de presse en cause ont violé les dispositions de l'ordonnance susvisée et contrevenu délibérément au Communiqué du 20 novembre 2009 du CNP ;

Ce sont :

  • SNEPCI éditeur, de Fraternité Matin
  • REGIE CYCLONE, éditeur de Le Temps
  • SOCEF-NTIC, éditeur de L'Intelligent d'Abidjan
  • OLYMPE, éditeur de L'Inter
  • LES EDITIONS YASSINE, éditeur de L'Expression
  • LES EDITIONS LE NERE, éditeur de le Jour Plus

Les décisions prises ont été notifiées aux intéressés."

Qu'en pensez-vous ?

 

04/06/2010

«Notre» Coupe du monde

Cet édito a été publié dans Le Nouveau Courrier du vendredi 4 juin 2010.

FIFA-coupe-monde-football-2010-afrique-du-sud.jpgDans quelques jours, la phase finale de la Coupe du monde 2010 s’ouvrira en Afrique du Sud. Pour la première fois depuis qu’elle existe, notre continent abritera la compétition sportive la plus suivie au monde avec les Jeux Olympiques. Belle coïncidence, cet événement a lieu durant l’année du Cinquantenaire de nombreux Etats africains. Une sorte de couronnement pour nous tous ?

Pas vraiment. La trajectoire de l’Afrique du Sud, plus grande puissance continentale, n’a pas grand-chose à voir avec celle des pays à qui l’on a octroyé, il y a un demi-siècle, leur autonomie politique. La prospérité et le rayonnement du pays de Nelson Mandela est à la fois fruit de l’apartheid, qui dans son injustice a rendu possible les phénomènes d’accumulation, et de la lutte contre l’apartheid, qui a permis au pays de gagner sa respectabilité et de compter dans le contexte de la mondialisation.

L’Afrique «gardera»-t-elle «sa» première Coupe du monde ? Est-il utopique d’imaginer que l’une des six équipes en lice remporte le trophée tant convoité ? Rien n’est impossible en football, mais les chances objectives sont assez faibles.

Les tares qui ont entravé le demi-siècle qui vient de se dérouler, omniprésentes quand on observe la vie politique et sociale, sont également incrustées dans nos différentes galaxies sportives. L’Afrique vend son café, son cacao, son coton à l’état brut. Elle exporte aussi ses joueurs alors qu’ils sont encore dans la fleur de l’âge, et dans les pires conditions qui soient : nombreuses sont nos vedettes du ballon rond qui ont été sans-papiers en Europe avant de tutoyer la gloire.

Comme les infrastructures nécessaires pour créer des marchés intérieurs et intracontinentaux sont soit inexistantes soit défaillantes, les infrastructures sportives qui pourraient abriter de belles compétitions nationales, régionales et continentales ne sont pas toujours au rendez-vous. Le fait que le Cameroun, deuxième nation africaine de football du moment selon le classement FIFA, n’a plus organisé de Coupe d’Afrique des nations depuis 1972, est à cet égard un signe assez préoccupant.

Comme nous avons du mal à créer les conditions pour voir s’épanouir localement notre industrie musicale, «tuée» par l’absence d’Etat de droit, nous ne créons pas les conditions nécessaires à la viabilité économique de nos clubs de football. Conséquence logique : la «fuite des pieds en or» suit la même trajectoire que la «fuite des cerveaux». Nous vivons nos émotions sportives exclusivement à la télévision. Certes, le capitalisme est ce qu’il est, et il n’est pas question d’exiger des championnats locaux du niveau de ceux de l’Italie ou de l’Angleterre. Mais la professionnalisation du football est à la portée d’un pays comme la Côte d’Ivoire. Commençons déjà par créer de vraies filières «sport-études» au lieu de laisser une bonne partie de la formation de nos talents du football à des aventuriers au profil de «chasseurs de primes», voire de «nouveaux négriers».

Une chose frappe lorsqu’on fait une petite observation sociologique de nos équipes nationales de football. Elles sont tout autant régies par la règle absolue de l’improvisation, du «jemenfoutisme» et du «moi avant les autres» que nos autres organisations. La tendance «fétichiste» des patrons de notre football les pousse à créer une instabilité chronique à la tête des sélections nationales – quand rien ne va, on vire l’entraîneur pour solde de toute autocritique, même si l’on n’a pas le temps de créer une nouvelle dynamique autour d’un autre.

Les joueurs qui s’astreignent à la rigueur et à la discipline quand ils jouent dans les clubs européens qui leur versent des salaires mirobolants libèrent toutes leurs tendances égocentriques dès qu’il s’agit de courir pour la patrie. Clanisme, intrigues, bagarres, débauche, corruption… Tout est permis à nos idoles, puisqu’elles pèsent «lourd» au point de vue financier. Comme si leur «surmoi» – instance de la personnalité qui nous pousse à faire «ce qu’il convient de faire» au lieu de ce que nous avons envie de faire – s’envolait dès lors qu’ils quittaient l’Europe et ses règles serrées.

La Coupe du monde arrive. Elle sera une période de libération d’émotions contradictoires et un festival du beau jeu et du plaisir des yeux. Elle devra également être un temps de méditation pour le continent qui l’abritera. Le foot est une allégorie de la vie.

09/03/2010

Bienheureux Venance Konan, par Mamadou Koulibaly

Elle est à vous cette chanson…
"N'en parlez jamais qu'à un sage Car la foule est bien prompte à l'outrage, Je vais honorer l'être vivant Qui veut mourir dans le feu ardent.
Dans la fraîcheur des belles nuits Où tu reçus et donnas la vie, Te saisit un étrange sentiment Quand l'Étoile luit au firmament.
Tu veux enfin te libérer De la noirceur de l'obscurité Et un désir t'entraîne alors Vers un hyménée beaucoup plus fort.
Ne ménageant ni peine ni temps, Fasciné, tu t'élances en volant, Et recherchant le feu du ciel, Papillon tu te brûles les ailes.
Et tant que tu ne comprendras rien Au sens des mots : "Meurs et Deviens" Tu seras un obscur passager Sur cette terre enténébrée."

Nostalgie Bienheureuse
Johann Wolfgang Von Goethe (1815)

 

 

 

M. Venance Konan, suite à l’interpellation que j’ai adressée à vos lecteurs, vous avez pris l’initiative de me répondre personnellement. Ma démarche initiale était d’offrir à vos lecteurs une meilleure objectivité et de pointer du doigt le gouffre de subjectivité dont vous faites preuve après vous être égaré sur les terrains mouvants et dangereux de l’ivoirité. Vous avez certes écrit votre repentir mais votre attitude acerbe et votre grande désinvolture semblent démontrer que vous n’avez pas su tirer les conséquences de vos égarements passés et que ce repentir se limite à quelques paroles alibis. J’ai d’ailleurs le sentiment que vous êtes toujours sur la voie de l’égarement car la critique populiste dépourvue de propositions est un exercice qui s’apparente peu au statut d’un intellectuel responsable. Vous aimez réveiller les haines et attiser les angoisses comme si pour vous, notre vie devait errer entre la peur et la douleur, la jungle et le zoo, la loi du plus fort et la loi du talion. Pour ma part, je crois fermement à l'état de droit, à la société ouverte et j'ai foi en l'homme.
Gare aux égarements populistes ! Le dictionnaire Wikipedia décrit ainsi le populisme : « met en accusation les élites ou des petits groupes d'intérêt particulier de la société. Parce qu'ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population. Les populistes proposent donc de retirer l'appareil d'État des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le « mettre au service du peuple ». Afin de remédier à cette situation, le leader populiste propose des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité, mais ignore complètement les réalités de la décision politique (notamment le fait qu'elles doivent être inscrites dans un agenda, qu'elles doivent tenir compte des avis parfois contradictoires de la société civile), comme la complexité des situations décrites. Ces solutions sont présentées comme applicables tout de suite et émanant d'une opinion publique présentée comme monolithique. Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative, etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu'ils prétendent représenter. S'ils accèdent au pouvoir, il peut leur arriver de supprimer les formes traditionnelles de la démocratie, au profit d'institutions autoritaires, présentées comme servant plus authentiquement "le peuple". Des comportements populistes peuvent affecter toutes les activités de la société, cela amène des organismes, des institutions ou des associations à favoriser des positions réputées « populaires ». Elles peuvent montrer paradoxalement un certain mépris pour le peuple, le vulgus latin, pensé comme la populace, la foule, les masses, le troupeau. Ceci est particulièrement notable en publicité où « le peuple » est mis en scène, souvent sous la forme de personnages ignorants ou idiots. »
Les dégâts dont vous êtes comptable.
La méthode populiste fait ainsi appel au bon sens populaire et au simplisme, ignorant la complexité des situations décrites. Ainsi, pour exemple, vous soutenez que : L’eau et l’électricité sont coupées dans les zones rebelles, personne n’en parle. On a tué de pauvres marcheurs en mars 2004, personne n’en parle. On a bombardé Bouaké et tué des Blancs et des Noirs aussi, personne n’en parle. L’opposition au président Gbagbo est trop molle, faiblarde, nulle même. Les étrangers s’accaparent notre économie, cela ne nous dit rien, tout ce qui nous intéresse, c’est vouloir gérer l’Etat ; le reste nous importe peu. Mélange de genres, mélange d'époques, mélange « d’agresseurs », mélange d'émotions, mélanges de victimes. Tout est amalgame. Prémisses vraies mais conclusions stériles. Hypothèses confuses et déductions légères. Mais avez-vous idée des conséquences de vos thèses sur le tissu social et l'esprit de cohésion nationale ? Derrière votre apparente satire sociale, c'est-à-dire votre « représentation critique et comique de nos défauts, de nos vices, de nos mensonges, observés dans la réalité sur le plan moral, politique, social », vos analyses souffrent de nombreux biais que vous ne pouvez ignorer et qui, j'espère, n'échappent pas à vos lecteurs qui ont dû retenir l'avertissement de Paul Valery selon lequel : « Le mélange du vrai et du faux est plus faux que le faux ».
Hier, vos écrits ont animé des hantises et des haines, des peurs et des frayeurs qui ont contribué à donner des alibis à ceux qui ont pris les armes et organisé une rébellion contre l'Etat de Côte d'Ivoire. Les conséquences pour le pays demeurent et vous semblez aujourd'hui vous en laver les mains préférant rejeter les fautes sur d’autres. Comme c'est facile ! Les propagandistes du fascisme sont poursuivis aujourd'hui encore dans le monde. Ceux du génocide rwandais dit "des mille collines" aussi comme ceux de l'ex-Yougoslavie. On ne s'en sort pas par un soi disant repentir jeté à la face des lecteurs. Comme ça ! La méthode du pyromane pompier.
Ainsi, je suis étonné de votre propension à traiter avec légèreté vos égarements passés. D’un revers rapide vous écrivez votre repentir et vous vous précipitez dans la critique sarcastique, occultant totalement le fait que les souffrances d’aujourd’hui aient pu prendre racine dans un passé récent à travers l’idéologie restrictive que vous avez soutenue et promue. A quand l'ouverture des portes de votre prison de haine ?
Soulignons que la propagande autour de l’ivoirité était telle, au moment où le président Bédié partait du pouvoir, que le concept n'était plus perçu comme l'idéologie d'une partie du PDCI, votre parti, mais comme le projet de société du peuple de Côte d’Ivoire tout entier. De nombreux ivoiriens étaient devenus ivoiritaires et plusieurs refondateurs sont semble-il, devenus eux-aussi des gourous de l'ivoirité grâce à vous et à vos amis. Vous avez fait des émules qui continuent aujourd'hui de vous rendre hommage alors que vous prétendez avoir tourné casaque. Combien sont-ils aujourd'hui ceux qui au FPI, au RDR et ailleurs cherchent à vous égaler voire à vous surpasser ? Vous n’auriez donc aucune responsabilité dans le blocage actuel du pays dites-vous ? Un peu d’humilité eut été de rigueur si vous aviez une certaine honnêteté intellectuelle et une vision globale dans l’analyse.
Certes, vous reconnaissez avoir contribué au saccage du climat social, mais que faites-vous aujourd’hui pour réparer cela à part mettre les dégâts en pertes et profits collectifs ? Votre relativisme moral est inacceptable. Votre relativisme culturel est insupportable. Votre relativisme politique n'est pas défendable. Vous aimez vous présenter en fédérateur des déçus, certes fédérez-les, mais en tant qu’intellectuel, ouvrez-leur des horizons. Faites des propositions pertinentes pour fédérer non des déceptions mais des espoirs. Mais quelle est donc la place de l'écrivain et du journaliste à coté des actions et des réflexions "politiciennes" que vous menez ? Ne resterez-vous pas dans notre histoire l'apologiste de l'ivoirité ? Vous serez sans doute autre chose après vos différentes mutations, mais vous ne cesserez jamais d'être l'écrivain qui, dans sa génération, aura fourni le plus d'apologues incitant à la division des ivoiriens.
Lorsque vous vous interrogez sur les raisons qui me poussent à ne pas démissionner du FPI, ce parti qui, selon vos dires, serait responsable de tous les maux de notre société, je vous réponds qu’à l’inverse je n’ai jamais compris pourquoi vous tentez, avec tant d’énergie, de dissimuler votre engagement partisan au sein du PDCI bédiéiste. Pourquoi ce masque de chroniqueur pour défendre votre parti politique ? De quoi avez-vous donc peur alors que, grâce à vos écrits, tout semble désormais permis ? Pourquoi tenter de réécrire l'histoire alors que les témoins sont vivants ? Pourquoi rechercher, par de vaines accusations, des responsables sinon des coupables là où aucun révisionnisme n'est désormais possible ?
Merci de vous inquiéter pour moi, mais tout va bien.
En ce qui me concerne, je n’aime pas les attitudes masquées et préfère vivre ouvertement mon engagement, tout en restant objectif et en osant critiquer les dérives de mon propre groupe si nécessaire. L’engagement n’est pas forcément synonyme de comportement moutonnier que je ne confonds d'ailleurs pas avec la discipline du parti. C’est pour cela que je continue à réfléchir et à publier régulièrement des réflexions personnelles tout en militant au sein du FPI. Je me considérais comme un intellectuel avant d'entrer en
politique. Je crois encore que je le demeure. J'estime que lorsque l'intellect se met au service de la politique c'est pour élever le débat démocratique et contribuer à la sortie de la société magique, de l'obscurantisme. Pour moi la politique ne signifie ni terrorisme intellectuel ni barbarie de la pensée unique. Faire de la politique n'est pas une bataille pour des postes de gouvernement, c'est contribuer au bien-être de la population par un plaidoyer en faveur de la liberté de parole et de pensée. Ni anarchiste, ni mercenaire, mais responsable des idées produites et de leurs conséquences directes et perverses.
Ma conception de la politique et de l'action publique pour améliorer la condition humaine est qu’il faut être avec et parmi les hommes. Certes, je côtoie au sein de mon parti des hommes qui ont défendu et qui continuent, hélas, à défendre comme vous, les idées ivoiritaires. Sachant qu’ils m'écoutent encore, demeurer au sein du FPI est le meilleur moyen pour moi de partager ma foi en l'homme, mes croyances en la tolérance et la confiance en l'avenir, de prévenir les conflits et de tenter d’inscrire de toutes mes forces mes idées dans cette période tortueuse de notre histoire pour nous éviter, autant que faire se peut, le chaos, la peur et le désespoir que vous et vos amis ne cessez de distiller par jeu dans les esprits.
Démissionner et se tenir loin de la lutte sous prétexte que l’on n’est pas écouté et suivi par ses camarades du parti, au moment où ce qui se joue dépasse les partis et les destinées individuelles, est le propre de politiciens irresponsables. Je me suis battu pour les droits et les libertés individuelles avant d'être militant du FPI. Je suis refondateur. Mon combat pour la dignité des peuples et pour la fin du pacte colonial continue dans ce parti. Je poursuis ma croisade contre tout ce qui peut être un frein à la consolidation de la Nation, de la République et de la Démocratie que nous voulons construire. Je consacre toute mon énergie à la recherche des libertés à conquérir pour chaque africain. Responsable politique ou pas, c'est une conviction qu'aucune de mes ambitions ne peut atteindre ou annihiler. Et c'est ainsi que je donne un sens à ma vie. Telle est ma quête.
Pour la Côte d'Ivoire par contre ça ne s'arrange pas.
Lorsque je vous questionne au sujet de la Côte d'Ivoire ne me parlez pas de ma carrière politique car elle importe peu par rapport à ce qui se joue. Je ne suis pas entré en politique pour devenir quelqu'un. J'y suis parce que j'ai des convictions à faire partager. Les hommes et les femmes qui les acceptent, m'obligent. Ceux qui n’y adhèrent pas ne font que raffermir ma détermination.
Vous parlez également du bilan des refondateurs. Que sont les refondateurs à vos yeux M. Konan ? Si c’est le groupe actuellement au pouvoir, rappelons qu'il a été constitué consécutivement à l’accord de Marcoussis dont Bédié est signataire. Le pouvoir a alors été distribué, tel des parts de gâteau, aux différentes forces politiques, légalement constituées ou pas. Dans ce contexte, le programme de la refondation a fait place à la politique de la médiocrité et à la rebfondation qui ont entretenu des querelles meurtrières. Le but ultime étant de ne surtout pas faire de vague et de partager les postes à responsabilité au sein d'un Etat qui jour après jour, n'a cessé de devenir faible et exsangue.
Vos amis du PDCI sont également au pouvoir et partagent donc les responsabilités dans les échecs comme dans les réussites. Vos amis acceptent de mourir pour cet Etat qui ne tient plus tête et qui est incapable d'assurer ses responsabilités. Pourquoi, le docteur en droit que vous êtes ne sort pas des généralités pour parfaire son acte d'accusation ? Pourquoi ne faites-vous pas une évaluation des responsabilités de chaque signataire de Marcoussis, ministère par ministère avant de situer les culpabilités et de prononcer vos sentences ? Votre méthode réductrice est analytiquement pauvre. Vous vous contentez de lieux communs et de stéréotypes. Pour un écrivain-journaliste, nous ressasser les discussions de la vulgate populiste n'avance en rien le débat d'idées. Bien au contraire, ces attitudes nous font descendre dans les poubelles de la connaissance.
Au lieu de crier "les refondateurs sont nuls", "sacrés refondateurs" "pauvre Mamadou" ou encore "les Ivoiriens sont des moutons", vous pourriez exprimer clairement vos reproches à la refondation en tant que programme politique et vision du monde. Quels points contestez-vous et pourquoi ? Que proposez-vous ? Il est temps d’élever le débat. Pourquoi vous enfermez-vous dans la critique improductive ? Hier vous militiez pour que les étrangers soient jetés à la porte de la côte d'Ivoire. Hier vous proclamiez que Bédié et l'ivoirité étaient ce qu'il y avait de mieux pour la Côte d'ivoire. Hier vous défendiez l'idée que Gbagbo et Ado étaient les pires fléaux du pays. Aujourd'hui les amitiés de façade entre Ado et Bédié vous font dire que vous vous êtes trompés et que la seule calamité de la Côte d'Ivoire se nomme Gbagbo Laurent. Aujourd'hui vous dites ne plus en vouloir aux étrangers mais vous reprochez quand même aux ivoiriens leur apathie face au contrôle de leur économie laissée aux mains d'intrus venus de France, du Liban, de Chine, du Mali ou du Burkina et des autres pays voisins, dans le but de corrompre nos hommes, nos femmes, nos institutions et nos valeurs. N'est ce pas ce que l'on a appelé à une autre époque de notre histoire "le changement dans la continuité" ? Et vous nous le dites si bien : « Je sais camarade, qu’il n’est pas facile de reconnaître qu’on s’est trompé. Mais le reconnaître n’est pas se renier ». Chapeau mon bienheureux ! En vérité vous, vous n'avez pas changé c'est le vent qui vous pousse qui a changé de sens.
Les conditions initiales ne sont pas neutres.
Nous avons soif de découvrir les voies de progrès que vous proposez pour la Côte d’Ivoire. Si ces voies sont à la hauteur de la hargne de vos critiques, le débat s’annonce passionnant.
Ce que j'essayais d'expliquer à vos lecteurs était que, tous ensemble nous devons, maintenant, après ces deux décennies piteuses et ruineuses, comprendre qu'appliquer les mauvaises politiques aux mauvais moments est le meilleur moyen de produire la désolation et les horreurs. Gbagbo est le point d'achèvement d'une lignée partie de Houphouët à Bédié puis passée à Gueï. Il ne peut donc être comptable que de sa part, ni plus ni moins. Ses prédécesseurs aussi. N'oubliez pas que les conditions initiales jouent un rôle
1essentiel dans la trajectoire des nations. Alors mon bienheureux Venance, si nous arrêtions, dans notre façon de faire la politique, de haïr les joueurs pour concentrer notre énergie sur le jeu lui-même ?

Mamadou KOULIBALY,
3ème vice-président du FPI

04/03/2010

La réponse de Venance Konan à Mamadou Koulibaly

Sacrés Refondateurs !

Je crois que je finirai bien par aimer les Refondateurs. Des gens qui sont capables de soutenir une chose et son contraire en même temps, de critiquer une chose tout en la pratiquant, méritent parfois qu’on leur tire le chapeau. Ainsi, ils nous disent que notre bon chef nous a délivrés des griffes de la France, à qui le pouvoir précédent avait cédé toute notre économie. Et voici que ce grand libérateur n’a pas trouvé mieux que de céder tous les travaux qu’il réalise à des entreprises françaises. Le troisième pont, le quatrième, les palais, l’hôtel Ivoire, le terminal à conteneur, tout. C’est d’ailleurs pour s’être opposé aux conditions scandaleuses dans lesquelles ce terminal à conteneur a été cédé, que Patrick Achi est devenu persona non grata au gouvernement. Il en a été de même pour l’accord de Linas-Marcoussis. Mamadou Koulibaly, vice-président du FPI et président de notre Assemblée nationale n’a pas cessé, jusqu’à ce jour, de dénoncer cet accord, oubliant qu’il a été signé par le président de son parti, et que le chef de l’Etat avait solennellement demandé aux Ivoiriens de l’appliquer. Tiens, à propos de Mamadou Koulibaly. Il fait circuler en ce moment sur internet certains articles que j’avais écrits il y a une quinzaine d’années. Il me reproche d’avoir soutenu une idéologie qui a amené la guerre en Côte d’Ivoire, et de me renier aujourd’hui. Tout en le remerciant de contribuer à la diffusion de mes pensées, je trouve cependant dommage qu’il n’ait pas inclus dans ces textes deux de mes écrits que je trouve très intéressants. Le premier, intitulé « la passion et la raison » avait été publié dans Fraternité Matin du 12 août 2004 et se trouve à la page 219 de mon livre « Nègreries », qu’il cite abondamment. J’écrivais ceci dans ce texte : « Pendant des années, ceux qui soutenaient M. Bédié avaient tenté de démontrer que M. Ouattara n’était pas Ivoirien, mais Burkinabé. Nous étions de ceux-là. Les personnes lucides nous expliquaient que M. Bédié n’avait pas besoin de passer par cet artifice pour battre M. Ouattara, mais c’était parler à des murs. Nous étions emportés par notre passion. » Il y en a un autre que j’ai intitulé « adresse aux militants du FPI » que j’ai publié dans Le Nouveau Réveil du 1er octobre 2007, et que j’ai repris dans mon dernier livre, « Ngo n’di ou palabres », à la page 49. J’y écrivais ceci : « Je sais camarade, qu’il n’est pas facile de reconnaître qu’on s’est trompé. Mais le reconnaître n’est pas se renier. Moi-même, au temps où Bédié était au pouvoir, où je croyais qu’il était la seconde chance du pays, j’écrivais pire que pendre sur le RDR, son président, et tous ceux qui se réclamaient d’eux. Je me suis senti mieux le jour où j’ai reconnu que je me trompais et que je défendais une cause indéfendable qui conduisait mon pays dans le mur. » Mamadou Koulibaly dit que j’ai soutenu l’ivoirité, que j’ai traité M. Ouattara d’étranger ? Oui, je l’ai fait. Donc quoi ? Il n’y a pas très longtemps, Mamadou Koulibaly avait dit à un meeting à Koumassi : « A l’indépendance, Houphouët a identifié le problème. Il a proposé la double nationalité. Les députés d’ici ont refusé et Houphouët n’a rien dit. Il a laissé la situation comme cela. Ce problème nous a rattrapés aujourd’hui. Va-t-on laisser cette situation perdurer et la léguer à nos enfants ? Et dans dix ans, ils vont continuer les palabres. Est-ce que pour construire ce pays, il n’est pas bon qu’on s’asseye et qu’on dise que si Mamadou est à Béoumi, sa maison, sa femme et ses enfants sont à Béoumi, peut-être même qu’il a épousé une femme de là-bas, on ne peut pas le chasser, on ne peut pas le tuer, est-ce que ce n’est pas mieux qu’on dise que comme son nom est sur la liste et qu’il veut voter, il n’a qu’à prendre ? ... C’est important d’aller aux élections, mais la coexistence pacifique entre les populations est également importante. Dans ce débat, celui-là est ivoirien et l’autre ne l’est pas, on ne s’en sortira pas…Si j’ai un conseil à donner, c’est de vous demander d’amener nos hommes politiques à résoudre ce problème au mieux des intérêts du peuple de Côte d’Ivoire. Si on veut résoudre ce problème par des tactiques politiciennes, par des jeux d’intérêt, on risque de proposer des solutions qui ne seront pas des solutions optimales. Cela va résoudre des problèmes immédiats, tout de suite, mais à la longue, ça va nous conduire à la guerre. Comme on a choisi rapidement la solution en 2000, cela nous a envoyé la guerre. » Je l’avais félicité dans ces colonnes pour ces propos. Mais quel est le parti qui cherche, par des tactiques politiciennes, à exclure des milliers de personnes des listes électorales et de la nationalité ivoirienne ? C’est le parti dont Mamadou Koulibaly est le vice-président. Et, à votre avis, qui, d’entre les Kipré, Konan ou Koulibaly risque le plus de se voir contester la nationalité ivoirienne par le parti de Mamadou Koulibaly ? Alors, pourquoi continue-t-il de militer dans un parti qui l’exclut, lui ? Masochisme ? Manque de courage ? Schizophrénie ? Entre celui qui dit « j’ai pris une mauvaise voie, je rebrousse chemin », et celui qui dit « je sais que je suis sur une mauvaise voie, mais j’y reste », lequel est à blâmer ? « L’erreur est humaine, mais le propre de l’homme est de savoir la reconnaître. Et persévérer dans l’erreur est diabolique », dit-on. Koulibaly sait que son parti est en train de nous conduire vers la guerre. Et c’est celui qui dénonce ce parti qu’il blâme. Sacré Koulibaly ! Moi, j’ai tiré les leçons de l’histoire récente de mon pays. Celui qui ne tire pas de leçon de son histoire se condamne à la revivre. Et le FPI de Mamadou Koulibaly est en train de nous condamner à revivre la guerre.

Venance Konan email : venancekonan@yahoo.fr

La lettre de Mamadou Koulibaly aux lecteurs de Venance Konan ici.

02/03/2010

La lettre de Mamadou Koulibaly aux lecteurs de Venance Konan

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