21.03.2011
Abidjan brûle-t-il ? - Ouattara lecteur de Malaparte, par Michel Galy
Qui dirige la guerre civile contre le régime de Laurent Gbagbo ? Peut être faudrait il dire « Guillaume Soro », tant l’option militaire lui reste assignée, dans un jeu de rôle peut être réglé avec son mentor et « président », Alassane Dramane Ouattara, si ce n’est le nouveau « général » Ibrahim Coulibaly, selon la dernière rumeur (ex garde du corps d’ADO et éphémère leader de la rébellion) ? Ou bien faut il mettre aussi en ligne ONUCI et surtout « Force licorne » ? Tant certaines techniques de guérilla urbaine se trouvent alliées visiblement à cette vieille tradition de la « guerre révolutionnaire » , tout ce savoir pratique sur les émeutes- et comment les réprimer, le contrôle des communautés villageoises- et le perpétuel renseignement, lié - via l’Infanterie de Marine, à la tradition coloniale la plus classique ; considérons donc « Ouattara » comme un emblème, le Signifiant d’un « intellectuel collectif » et voyons comment il applique la théorie à la chose militaire.
ALASSANE OUATTARA ET LA CONQUETE DU POUVOIR
La phase actuelle de tentative de contrôle d'Abidjan peut être mise en perspective par la longue durée de la conquête du pouvoir par Alassane Ouattara, depuis sa nomination « sous influence »par Félix Houphouët Boigny, en 1990, comme Premier ministre (et gouvernant de fait, les derniers temps, par substitution à un vieux président très affaibli).
Au delà des controverses sur sa nationalité d'origine, il faut bien reconnaître son extériorité culturelle et personnelle au monde politique ivoirien (et à la connaissance en profondeur de ses modes de vie) jusqu'à la fondation du RDR.
A cause du poids minoritaire du « bloc ethnico régional » qui le soutient (« dyoula », ce nouvel ethnonyme contemporain, regroupe les originaires du Nord de la Cote d'Ivoire, principalement Malinkés et Senoufo- mais aussi, et c'est bien le problème fondamental de la nation ivoirienne, les quelques 27% d'étrangers migrants, issus surtout du monde sahélien mandingue), M. Ouattara se trouve devant une alternative constante: soit passer des alliances, soit trouver une voie parallèle d'accéder au pouvoir.
Il adoptera en fait les deux : d'un côté son alliance implicite avec la communauté « dyoula » non ivoirienne (comme les très nombreux ressortissants du Mali et du Burkina : 3 à 4 millions dans le Sud ivoirien) en fait le candidat naturel d'une minorité migrante qui même à la troisième génération ne peut obtenir la nationalité ivoirienne : un changement législatif ou réglementaire les concernant lui donnerait (aux Nordistes en général) une majorité automatique à l'avenir.
En attendant que ces règles de nationalité soient revues (les étrangers ne votant évidemment pas) une alliance interne Ouattara-Bédié (et au-delà électorat dyoula-akan) a été rendue possible par une exclusion progressive du pouvoir et des prébendes du vieux parti , le PDCI RDA. Ce qui peut paraître une erreur stratégique majeure de la part de M. Gbagbo et de son parti, le FPI, était basé sur une analyse classiciste de la société ivoirienne. Analyse juste dans la capitale (où la population nordiste, toutes nationalités confondues, représente au moins 50 % de la population et le bloc akan- dont les baoulé, environ 20%), erronée dans les campagnes (où les akan et les dyoula ont voté sur des bases très ethnicistes) d’après les résultats des dernières élections de décembre 2010. Si on considère en effet que chacun des trois grands « blocs ethnico- régionaux » contrôle environ 1/3 de la population (et de l'électorat), seule une alliance bloc krou-bloc akan(en somme les « sudistes ») pouvait empêcher l'hégémonie d'ADO et du bloc « dyoula » - alors que en septembre 2002, devant l’invasion rebelle, l’union sacrée des sudistes ralliait bété et baoulé, FPI et PDCI autour des institutions républicaines - et implicitement contre Ouattara et son parti, le RDR.
LE PARI RISQUE DU FPI ET LES ALLIANCES DU RDR
Le FPI, malgré les analyses politiques de terrain, a fait pour les dernières élections (malgré les avertissements des sociologues connaisseurs du « pays réel ») le pari risqué d'une nouvelle Côte d'ivoire débarrassée du « joug ethnique » qui serait remplacé autour de Laurent Gbagbo, à la fois par un pouvoir charismatique amplifié par les médias d'Etat et à ses côtés par une alliance interclassiciste et « progressiste ».
La tactique classique des « technologies électorales à l’ivoirienne » du parti présidentiel, a aussi échoué : malgré les traditions bien houphouétistes des cadeaux préélectoraux, de la conquête des populations par le ralliement (souvent intéressé !) des leaders. Le « réflexe légitimiste » autour du président en place n’a pas non plus fonctionné, tandis que l’analyse politologique appliquée en termes de néopatrimonialisme, voire de caciquisme local (chaque notable drainant sa « clientèle » , qui n’est pas qu’ électorale) a échoué pour l’électorat baoulé et dyoula : la conquête à la marge de l'électorat Pdci (et singulièrement baoulé) s'est traduite par des cooptations individuelles, des rachats de notables , des mesures de développement ponctuelles (du genre des sous préfectures multipliées sans nécessité administrative), des tentatives de casser l'unité du parti d'Henri Konan Bédié, des mesures symboliques fortes – comme le maintien artificiel de Yamoussoukro comme capitale politique – tout cela en vain !
La politique d'Alassanne Ouattara, de son coté, a été bel et bien inverse : ralliement de M. Konan Bédié et du PDCI, alliance depuis 2002 avec la diplomatie française (et plus généralement appui sur ses réseaux internationaux personnels, notamment ceux du FMI) et la presse internationale (en particulier la « presse Rothschild », systématiquement favorable: cf l'étonnante et intrigante filiation Stephen Smith –Hoffnung – Cessou de Libération), qui en fait effectivement le candidat de l’étranger (et non « étranger » – comme s'en est ancrée pourtant la croyance au Sud).
Objectivement, l’étonnant formatage des médias occidentaux et la mise en condition des opinions publiques est le meilleur appui du leader du RDR à l’étranger, et si l’on suit les analyses gramsciennes, le préalable idéologique aux appuis politiques, puis militaires – ce qu’a longtemps sous-estimé le régime de Laurent Gbagbo, faisant à l’inverse le choix d’un repli sur la scène nationale.
Les solidarités ethniques et les « technologies électorales » ont fait le reste : en décembre, l'électorat baoulé et plus généralement akan a voté Konan Bédié comme un seul homme, puis – et c'est là le plus étonnant, s’est reporté massivement sur ADO : la persistance de ce que Mémel Foté nommait « destinée manifeste » pour les akan à gouverner[1] avait fait minimiser leur amertume d'être exclus du pouvoir et de ses prébendes. La « gouvernance par la violence »[2] au Nord rendant impossible toute opposition et élection démocratique a été illustrée jusqu’à la caricature par des scores « à la soviétique » portant M. Ouattara à plus de 95% dans certaines localités, éliminant le FPI (ce qui est possible) et même l’électorat PDCI (ce qui est une preuve de fraude, si l’on considère les élections précédentes ) ; par ailleurs les chiffres des électeurs dépassant souvent ceux des habitants, seule la nationalité accordée dans les zones rebelles à des Sahéliens et/ou des fraudes massives peuvent expliquer d’étonnants et univoques résultats.
UN CONFLIT EN TROIS TEMPS
En 2000, la décision pour le moins paradoxale d'ADO de faire voter ses partisans en faveur de la Constitution -prévue pour l’exclure, n'avait qu'un but : empêcher le pays- et les observateurs extérieurs, de réaliser les 30% environ des votes qu'il aurait enregistrés s’il avait été le seul à préconiser le « non ».
Des lors de 2000 jusqu'à aujourd’hui M. Ouattara a développé une stratégie en permanence double : d'extraversion et d'alliances ouvertes à l'intérieur, d'instrumentalisation de l'ethnicité et de conquête militaire de l’autre.
Le premier temps est bien évidemment, en 2002, celui de la conquête du Nord -faute on le sait de conquérir l'ensemble du territoire, objectif initialement prévu.
Pour un observateur sur la longue durée, sa proximité avec les acteurs du coup d’Etat est suffisamment probante pour le lui attribuer avec une forte probabilité, même si les commanditaires extérieurs- à l’exception de M. Compaoré (qui a fourni la « base arrière » du Burkina, des instructeurs, du matériel militaire et peut être des soldats), et les financiers restent mal connus.
Une phase parallèle serait la série des « négociations internationales » où le pouvoir de Laurent Gbagbo a tout cédé, sans contreparties : notamment la composition déséquilibrée de la CEI, la candidature et la nationalité même de M. Ouattara, la composition du corps électoral et l'organisation des élections, la mise sous tutelle rampante du pays loyaliste par les deux corps expéditionnaires: force Licorne et ONUCI. L’extraversion du combat politique a fonctionné à l'avantage d'ADO, avec l’aide de la diplomatie française.
La deuxième phase est elle d'un processus électoral conçu comme la « continuation de la guerre par d'autres moyens », notamment dans la partie Nord occupée par un régime rebelle qui n'est autre que racket, violence arbitraire et élimination de toute opposition.
Or, « une élection n'a de sens que si elle est approuvée comme mode de régulation politique par tous ceux qui y participent. Autrement dit : pas d'élection sans démocratie instituée, pas de démocratie possible sans Etat installé, et pas d'Etat concevable sans nation construite autour d'un contrat social. On voit bien, par exemple dans le cas ivoirien, que le vrai défi d'une élection est de faire en sorte que la minorité battue tienne son échec pour légitime », affirme le spécialiste Bertrand Badie de l’Institut d’Etudes politiques de Paris, dans un entretien qui pourrait constituer la base d'une analyse théorique de la situation politologique ivoirienne.
Il conclue significativement sur l’échec récent, en réinterprétant pour l’occasion la « formule canonique » de Clausewitz: « En Côte d'Ivoire, l'élection n'apparaissait que comme le prolongement de la guerre intestine amorcée en 2002 en mobilisant d'autres moyens ; on ne s'étonnera pas que les résultats électoraux soient eux aussi le prolongement de la guerre civile par d'autres moyens ».
La cause profonde n’est pas que l’adoption d’une tactique volontariste et militariste, mais d’un échec structurel, toujours d’ après Badie du « système de gouvernance mondiale » : d’un interventionnisme sans précédent des Nations Unies qui ont en quelque sorte « pris le pouvoir par le haut » dans la dernière décennie - comme auparavant les institutions de Bretton Woods(dont se réclame M. Ouattara) l’avaient fait dans les « deux décennies perdues du développement », pour toute l’Afrique sub- saharienne, y compris la Cote d’Ivoire.
Allant plus loin, Bertrand Badie pointe l’ impossibilité d'organiser des élections libres et représentatives sous contrôle et occupation internationale, si certaines conditions n’ont pas été remplies ;au Mozambique, au Liberia, en Sierra Leone, « au-delà du travail déjà souligné de démilitarisation, un vrai effort de réintégration nationale a été accompli, de renouvellement des administrations rendues plus civiles et davantage plurales, de mise à l'écart des seigneurs de la guerre, souvent, comme en Sierra Leone ou au Liberia, grâce aux tribunaux spéciaux, d'un réel effort de conviction pour que les adversaires d'hier deviennent des partenaires politiques aujourd'hui. Bref, on a à un moment su faire l'effort d'aller vers les sociétés en crise et de leur redonner un minimum de vie et d'intégration. Aujourd'hui, il ne semble rester que des obsessions de puissance ou de micropuissance, une survalorisation du politique et du militaire, c'est-à-dire tout ce qu'il faut pour aboutir à l'échec ».
Erreurs qui discréditent définitivement l’ONU en Cote d’Ivoire, notamment le représentant spécial du secrétaire général, M. Choï : pour le politologue parisien en effet, « il faut bien admettre que les Nations unies se sont placées dans une impasse qui, en l'occurrence, a de multiples facettes. D'abord, l'ONU s'est piégée par excès de confiance : une authentification de résultats électoraux obtenue dans un contexte si tendu aurait dû mobiliser davantage de moyens, plus de temps, et plus de garanties qui auraient ainsi désarmé par avance d'éventuelles contestations. En allant trop vite dans cette œuvre périlleuse de substitution à un souverain national, elle s'oblige maintenant à ne pas se dédire et se place objectivement dans une situation conflictuelle. Les Nations unies perdent une bonne partie de leur légitimité, comme tout médiateur, dès lors qu'elles ne sont pas reconnues comme acteur impartial par les deux partenaires ».[3]
LA BATAILLE D’ ABIDJAN
La troisième phase est en effet celle de la « conquête du Sud » et de la « bataille d'Abidjan » qui n'en est qu'un épisode. Les buts et les méthodes de la guérilla urbaine, replacée dans le recommencement d’une guerre civile à outrance sont plus complexes qu’il n’y parait.
Dans le contexte politico-militaire déjà analysé, la « bataille d’Abidjan »s’appuie à la fois sur le Nord et les troupes rebelles, sur le noyau de combattants regroupés à l’hôtel du Golf, mais aussi, indirectement ou directement, sur la force Licorne et l’Onuci (et peut être , mais cela reste à prouver, sur un « commando ECOMOG » formé de militaires de pays CEDEAO, comme le Burkina ou Nigeria, et encore Libéria); et enfin le « milieu » sociétal de la guérilla urbaine semble bien les quartiers « dyoula », nordistes ivoiriens et étrangers mêlés, à savoir Abobo et Anyama, Adjamé et les quartiers mixtes comme Koumassi ou Marcory.
Il s’agit moins d’ailleurs de conquêtes territoriales que de ségrégation et purification ethnique, pour aboutir à des quartiers homogènes, sur le « modèle de Brazzaville », par référence à la guerre au Congo (1997-1999[4]). Elargir la base sociale de la rébellion à partir d’un groupe restreint de combattants : telle parait être la tactique, qui a si bien réussi au Nord, et qui est tentée dans les quartiers « dyoula » d’Abobo et Anyama – puis étendue à d'autres quartiers de la capitale, en s’appuyant notamment, comme en 2002, sur les micro quartiers précaires e t les bidonvilles.
Enfin, et ce but n’est nullement incompatible avec le premier, il s’agit aussi de rendre la capitale littéralement ingouvernable, à la fois pour démontrer l’incapacité du camp Gbagbo à gouverner, faire tomber les couches moyennes et les Akan côté ouattariste, et à terme de provoquer une intervention internationale dans la capitale.
Sur le plan militaire, le « centre de commandement de la République du Golf » coordonne les actions dans la capitale, avec les troupes rebelles du Nord – tout en restant en liaison permanente avec les chancelleries occidentales et les corps expéditionnaires
Le premier assaut frontal contre les sièges des media (RTI) et du pouvoir (Présidence, Primature) ayant échoué dans le sang le 16 décembre, d'autres cibles moins classiques des coups d’Etat sont visées, avec des succès inégaux ; la double stratégie déjà analysée se reproduit : extraversion diplomatique d'un côté, subversion localisée en « tache d’huile » et descente du Nord de l’autre.
Curzio Malaparte conseille en effet dans son célèbre ouvrage sur la « Technique du coup d'Etat »[5] un mode d’intervention innovant: « La clé de l’Etat, ce n’est pas l’organisation bureaucratique et politique, mais l’organisation technique, c’est-à-dire les centrales électriques, les chemins de fer, les téléphones, le port, etc. »
On remarquera en effet que le relais de la RTI, opportunément situé à Abobo a été touché dans les combats récents autour de ce quartier rebaptisé « Bagdad », privant le pouvoir de M. Gbagbo de son arme médiatique la plus efficace. Mais depuis l’hôtel du Golf et son contre-gouvernement s’est mis en place une tactique d’étouffement économique qui au-delà de l’infrastructure physique de la Ville, vise à paralyser tous les secteurs, appareils techniques, organisations d’Etat, parfois réels, parfois virtuels – et qui n’est objectivement possible qu’avec l’alliance et la complicité des puissances africaines et occidentales alliées à M. Ouattara.
Effectivement, l'étau se resserre pour les couches urbaines moyennes qui voient arriver leur propre destruction : fin des comptes en banque, des transferts d’argent de la diaspora et de la monnaie, télévision et radios subverties ou supprimées, pénuries multiples (alimentation, essence, gaz, bus, etc)…
C’est que les buts visés sont la paralysie du système bancaire (mise au ban de la Cote d’Ivoire hors de la BCEAO par la CEDEAO ; décision rapide de la BNP et Société générale de fermer leurs filiales ivoiriennes, vraisemblablement sur ordre), du système d’exportations du café cacao (injonction du gouvernement américain à des multinationales comme Cargill), du réseau diplomatique (reconnaissance d’ambassadeurs parallèles et retrait de l’agrément aux anciens).
Le danger sociétal de la destruction de la Ville elle-même en tant qu’infrastructure : eau, électricité, habitat, transports, est aussi d'abattre tout ce qui fait le quotidien possible – et les conséquences à terme touchent la nature du pouvoir lui-même. On peut se souvenir qu'en Amérique Latine, les pronunciamentos et les dictatures ont provoqué cette même érosion, voire la destruction des classes intermédiaires, et la solution par une dictature militaire à l'ivoirienne et un pouvoir très coercitif n'est pas exclu.
Mais en fait apparaît aussi dans le camp Ouattara une « stratégie nihiliste » (voire terroriste : c’est ainsi qu’une désinformation médiatique classique met en avant la violence effective de la répression, quand la déstabilisation de la capitale est le fait des attaquants) qui à terme est incompatible avec les voies diplomatiques et militaires, même si tactiquement elle semble hâter la victoire. C'est celle de la « terre brûlée » ou au mieux ce que ses adversaires nomment ironiquement « dyoulaisation » du pays, en référence à la destruction de l'Etat et de ses appareils techniques (notamment des infrastructures urbaines), et de la formidable régression structurale de la partie Nord, sous contrôle rebelle.
Cette démarche « destructrice - régressive » correspond à la formule peut être apocryphe que prêtent ses adversaires à M. Ouattara : « La Cote d’Ivoire peut brûler si je ne suis pas président ... »
EXTENSION DU DOMAINE DE LA LUTTE
La suite de cette troisième étape du conflit, qui dans sa phase élargie, pourrait mener le Sud au bord du génocide, serait celui de l' instrumentalisation des identités ethniques en brousse, et en ville, qui pourrait amener une ethnicisation totale des quartiers et des affrontements à l’arme lourde, suivis de transferts de populations, ce que nous avions d’ailleurs prévu depuis décembre 2010.
Comme au Nord en 2002, la Conquête du Sud prend les civils pour cibles, ou plutôt, en dehors d'Abidjan, comme masse de manœuvre. Le but est moins de tuer que de terroriser. L’armée rebelle, ou « Forces nouvelles » selon l'acronyme de Marcoussis qui tient autant de l’ « agit- prop » (comme « forces impartiales » ou « zone de confiance »...), chasse devant elle les autochtones guéré, la guerre se greffant en partie sur les conflits fonciers qui les opposent aux migrants dyoula- provoquant déjà 50000 réfugiés au Liberia.
Les forces en présence tiennent compte en effet des populations migrantes, qui comme à Abidjan, servent de « réserve civile », d'asile et d’appui à la progression rebelle, ainsi qu’à sa gouvernance.
Certes électoralement Laurent Gbagbo maîtrise à 54% la capitale, et dans les campagnes du Sud l 'autochtonie krou est d'une grande force symbolique. Mais démographiquement les nordistes dyoula représentant environ la moitié de la population de la population d'Abidjan, et autant dans les grandes villes de l'Ouest comme Daloa ou Gagnoa : ce sont sans doute les prochaines cibles pour faire « exploser » la paix civile au Sud- tandis que les attaques entre Duékoué et Toulepleu visent dans l'immédiat une « libérianisation de la guerre » (dans ses formes et dans ses alliances avec les nomades guerriers de ce pays, en attendant Sierra Leone, Guinée, etc.. dans un cycle connu). Et par ailleurs, dans une visée géopolitique constante, la prise du Port de San Pedro, sans lequel le « Ouattaraland » du Nord, enclavé, n’aurait d'autre ressource à terme, pourrait n’avoir pour objectif qu’une réunification avec le Burkina Faso.
Cependant l'offensive rebelle, et son long cortège de violences dans la capitale ou en brousse, a peut être un but plus perver s: provoquer l'intervention internationale que l'état major ouattariste demande de manière récurrente.
Dans cette perspective, des « violences extrêmes » (le modèle rwandais semble inadapté, malgré les massacres envisageables, quand la moitié d'une population est opposée à une autre...), une décision de l'UA, cautionnée par l’ONU, justifierait les positions interventionnistes de la CEDEAO. Sous influence nigériane, une nouvelle ECOMOG deviendrait une nouvelle « faction combattante » comme au Liberia ou en Sierra Leone et viendrait, dans cette hypothèse, de Bouaké.
Feraient-ils la jonction, comme le souhaite le camp Ouattara, avec les forces Licorne et ONUCI ? Ceux ci sont on le sait, dans la capitale, alors que leur mandat est la protection des civils: seraient-ils attirés par exemple dans les combats de l’Ouest, ou assureraient-ils, comme dans la paradoxale alliance autour de la « République du Golf », la coordination d'une force armée multiforme : ECOMOG, Licorne, ONUCI et... Forces rebelles?
Une escalade meurtrière pourrait s'ensuivre, cauchemar des stratèges étrangers : si les partisans civils de Laurent Gbagbo, les corps francs de l’Ouest et les alliés extérieurs comme l'Angola ou l'Afrique du Sud entraient en lice, la Cote d’Ivoire serait finalement à feu et à sang et deviendrait dès lors ingouvernable pour longtemps ! Bien que le modèle rwandais ne soit pas pertinent, celui des violences extrêmes n’est pas exclu : se sentant le « dos à la mer » devant l’offensive dyoula, les sudistes et les partisans de M. Gbagbo dans la capitale pourraient se transformer en contre guérilla ; les partisans occidentaux de M. Ouattara le voient-ils vraiment gouverner sur des monceaux de cadavres, répétant la fameuse formule russe à Varsovie : « l’ordre règne » dans la capitale ?
Appliquer les règles de Curzio Malaparte semble facile au « commando » pro-Ouattara d'Abobo ; devenir le Bonaparte ivoirien et administrer des ruines serait autrement plus complexe, dans le résistible avènement d'Alassane Ouattara …
Reste à comprendre la stratégie militaire et politique de Laurent Gbagbo et de ses alliés : ce qui n'est pas « une autre histoire », mais bien, dans une interaction permanente, l'autre versant, l'autre version de la même Histoire.
[1] : MEMEL-FOTE, H., « Un mythe politique des Akan en Côte d’Ivoire : le sens de l’Etat », in : Mondes Akan. Identité et pouvoir en Afrique occidentale, P. VALSECCHI et F. VITI (sous la direction), Paris, L’Harmattan
[2] Cf. Michel Galy, « Politologie d’une rébellion. Une « gouvernance par la violence » au Nord de la Côte d’Ivoire ? », Cultures & Conflits, 65, printemps 2007.
[3] Bertrand Badie, 20 janv. 2011, entretien publié sur Le Monde.fr -
4 Voir : Patrice Yengo, Dans La Guerre civile du Congo-Brazzaville - 1993-2002 - Chacun aura sa part, Paris, Karthala, 2006.
[5]Curzio Malaparte, Technique du coup d’Etat, Paris, Grasset, 2008.
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25.02.2011
Côte d'Ivoire : le syndrome de Touba ou comment la presse étrangère choisit ses morts
Au moment où j'écris ces lignes, la guerre a recommencé en Côte d'Ivoire, même si personne n'ose encore le dire clairement. A Abidjan, dans le centre et dans l'ouest, les combats ont repris entre l'armée ivoirienne et les insurgés pro-Ouattara. Des combats à l'arme lourde. Immanquablement, les morts se multiplient. Comment la presse doit-elle évoquer les violations des droits de l'homme occasionnées par cette situation ? En Côte d'Ivoire, les journaux ont des identités politiques très marquées, et il semble acquis qu'ils auront plus de compassion pour les morts de leur camp. Mais la presse étrangère, a priori, a le recul nécessaire pour ne pas trier les morts.
A priori, seulement... Car la couverture de la Côte d'Ivoire de ces derniers mois met en lumière une "stratégie du récit" qui occulte volontairement les crimes des pro-Ouattara pour mieux accabler le "méchant" Gbagbo. Le dernier rapport d'Amnesty International, qui évoque les crimes et les agressions sexuelles commis de part et d'autre, illustre de manière magistrale cette stratégie du récit.
- D'une part, il y a les exactions des soldats loyalistes, abondamment commentés par les médias étrangers et par la division des droits de l'Homme de l'ONUCI. Amnesty ne fait que confirmer des allégations déjà rendues publiques par d'autres moyens.
- D'autre part, il y a les exactions des Forces nouvelles, rebelles au service d'Alassane Ouattara. Silence, on regarde ailleurs... Le lecteur naïf qui parcourt le rapport d'Amnesty découvre, effaré, une réalité occultée par des médias qui ont pourtant abondamment couvert la Côte d'Ivoire depuis octobre 2010.
J'entends déjà des justifications : la presse ne peut pas être partout. Et elle n'était pas au courant. Le problème est qu'un des faits évoqués par Amnesty International, la tuerie de Touba, qui a eu lieu en octobre 2010, quelques semaines avant le premier tour, était largement documentée. Les images des victimes ont été abondamment partagées sur Internet. Amnesty International écrit :
"En octobre 2010, des membres des FN ont sommairement exécuté onze hommes qu'ils avaient détenus et qui étaient accusés d'être des « coupeurs de route » et d'avoir assassiné plusieurs voyageurs à Touba (environ 680 km à l'ouest d'Abidjan). Bien que ces assassinats aient été publiquement connus (des membres des FN ont eux-mêmes filmé ces tueries, y compris les cadavres des 11 personnes abattues), aucune mesure concrète ne semble avoir été prise par les dirigeants des FN pour demander des comptes aux auteurs de ces actes."
Expéditions punitives contre des villages de leur zone qui ont eu le "malheur" de voter Gbagbo, tueries sur la base ethnique, viols... Comment se fait-il que ces exactions des Forces nouvelles n'aient pas été évoquées par la "grande presse" ? J'ai ma petite réponse : au nom de ce que je baptise "le syndrome de Touba". Il faut préserver l'image de ceux qui sont estampillés "bons", "gentils", "dignes d'être soutenus". Je me souviens d'octobre 2002. Près d'une centaine de gendarmes et leurs familes avaient été froidement assassinés par les "rebelles qui sourient" et jetés dans une fosse commune. Tout le monde savait : les journalistes sur place, qui ont même filmé l'envoi à la mort des victimes, les organisations des droits de l'homme. Mais il a fallu un mois pour que l'information sorte. C'était dans un rapport tardif... d'Amnesty International.
Utiliser les droits de l'homme dans des guerres d'influence internationales, c'est violer les droits de l'homme.
15:34 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : droits de l'homme, côte d'ivoire, amnesty international, guillaume soro, laurent gbagbo, alassane ouattara, médias, agences de presse, deux poids deux mesures
26.01.2011
Achille Mbembe et Célestin Monga prennent position sur la Côte d'Ivoire
Deux des intellectuels africains les plus en vue, Achille Mbembe et Célestin Monga, ont dans une tribune commune, donné leur position sur la crise postélectorale ivoirienne. S'ils renvoient Gbagbo et Ouattara dos à dos, ils nous rappellent à tous un certain nombre de principes qui font qu'ils ne peuvent que désapprouver le projet visant à imposer "la démocratie au bazooka". Le texte est très long (près de 25 000 signes). Je vous livre ici quelques extraits et un lien pour qui veut le lire en entier.
"Il est (...) impératif d'apporter autant de clarté que possible sur ses enjeux ; de chercher à entendre raison, au-delà des tragiques événements au cours desquels des civils déjà fort appauvris perdent la vie dans des combats de rue, pendant que les chefs des factions bénéficient de protection et jouissent de toutes sortes d'immunités.
D'autre part, pour sortir de l'impasse, encore faut-il dépasser le dualisme Laurent Gbagbo-Alassane Ouattara. Le projet démocratique en Afrique ne saurait en effet être réduit à une simple mystique électorale, surtout dans les contextes où chefs de guerre sans foi ni loi, vieux fonctionnaires carriéristes et entrepreneurs politiques maniant à la fois l'eau bénite et le feu se servent avant tout des élections comme d'une voie royale pour le contrôle des rentes et toutes sortes d'accaparements.
La crise ivoirienne - tout comme d'autres qui l'ont précédée - impose par contre que l'opinion africaine et internationale se saisisse de nouveau des questions fondamentales qui détermineront l'avenir de la paix et la sécurité des peuples et des États dans cette région du monde. Ces questions sont les suivantes. Comment détermine et valide-t-on, de manière irrécusable, les résultats d'un scrutin dans un pays dont une bonne moitié du territoire est occupée par des rebelles armés combattant un gouvernement que la communauté internationale n'a pas déclaré illégitime ? À qui appartient le droit de statuer sur les contentieux électoraux en Afrique ? Comment fonctionne le principe universel de primauté entre droit national et droit international dans un État où la Constitution n'a pas été suspendue ? L'utilisation de la force militaire par des États voisins ou étrangers pour résoudre des conflits post-électoraux dans un pays indépendant se justifie-t-elle en droit ? Si oui, quels critères démocratiques doivent remplir les pays qui y envoient des soldats ? Et comment se fait-il qu'il y ait eu si peu d'interventions armées alors même que le dévoiement des élections est devenu une pratique courante, et que les contentieux post-électoraux n'ont cessé de se multiplier en Afrique au cours des vingt dernières années ?
Sur un plan similaire, quelle valeur faut-il attribuer aux prescriptions morales proclamées urbi et orbi par la communauté internationale sur un Continent où ses principes, son engouement, sa fermeté et ses sanctions s'appliquent différemment selon le pays et le moment, c'est-à-dire de façon inconsistante, voire arbitraire ? Plus précisément, de quelle légitimité peut se prévaloir une ancienne puissance coloniale qui, de jour, embrasse, soutient, finance, arme et décerne des satisfecits à des autocrates répugnants et, de nuit - juge et surtout partie - entretient des bases militaires dans des pays en conflit tout en se posant en donneuse de leçons de morale et en pontife de la démocratie ?
Poser ces questions alors que dans le cas ivoirien qui nous préoccupe la messe semble avoir été dite ne relève, ni de la provocation, ni de l'appel à l'inaction. Il s'agit au contraire de préalables qu'il faudrait intégrer à toute discussion sur la résolution d'une crise politique devenue le symptôme des déficits structurels des marchés politiques africains d'aujourd'hui, des errements d'une communauté internationale qui se rend trop souvent en Afrique avec le dilettantisme de gens qui vont en safari, et de l'immense colère qu'une décolonisation inachevée et pervertie a laissé dans les esprits de nombreux citoyens et intellectuels africains."
"Élu en octobre 2000 lors d'un scrutin qu'il n'avait pas organisé, Laurent Gbagbo avait été finalement reconnu et accepté comme Président de
la République par la classe politique ivoirienne. Moins de deux ans plus tard, alors que personne ne remettait plus en cause sa légitimité, son régime avait été la cible d'une sanglante tentative de coup d'état. Ni Alassane Ouattara, ni Henri Konan Bédié, ni la CEDEAO, ni la France, ni la communauté internationale n'avaient, à l'époque, proposé une intervention militaire pour protéger un gouvernement dont tous reconnaissaient pourtant la légalité.
Au contraire, les promoteurs du putsch avorté de septembre 2002 ont bénéficié des honneurs de la République. Ils ont occupé militairement la moitié nord du pays qu'ils ont gouverné à leur guise, et leur chef a fini par se faire nommer Premier ministre. Le mandat présidentiel de Laurent Gbagbo s'étant achevé en 2005, il est quand même resté au pouvoir, estimant à tort ou à raison que le contrôle d'une partie du territoire par la rébellion armée lui imposait de demeurer à la magistrature suprême jusqu'à ce qu'une solution de sortie de crise soit trouvée.
Nul ne conteste que l'élection présidentielle de 2010 s'est déroulée dans des conditions peu optimales - la « partition » de fait du territoire national, une souveraineté passablement ébréchée en conséquence de divers compromis boiteux, et un processus inachevé de désarmement de la rébellion. La Commission Électorale Indépendante (CEI) chargée, d'après la Constitution et la loi électorale d'organiser les élections et d'en proclamer les résultats provisoires selon le mode du « consensus » n'a pu le faire dans le délai officiel des 72 heures après la fermeture des bureaux de vote. Ses 31 membres n'ayant pas pu trouver le « consensus » requis par les accords signés par les parties, son Président s'est fait conduire en pleine nuit par deux ambassadeurs occidentaux au siège de campagne du candidat Alassane Ouattara pour proclamer unilatéralement ce dernier vainqueur.
S'appuyant sur des allégations d'irrégularité et de fraudes dans certaines régions du pays, le Conseil Constitutionnel qui, en tant qu'organe juridique suprême en matière électorale, avait seul la prérogative de proclamer les résultats définitifs, a annulé les résultats à ses yeux truqués du scrutin dans les trois départements de la Vallée du Bandama. Sans demander que les élections y soient reprises, que les chiffres sur les procès-verbaux soient revalidés ou que les votes y soient recomptés, il a proclamé Laurent Gbagbo vainqueur. Conséquence : les deux candidats s'arc-boutent chacun sur sa position malgré la frivolité des faits sur lesquels ils s'appuient, l'opprobre dont ils sont l'objet dans certaines zones de la Cote d'Ivoire, les menaces de guerre que leur entêtement fait peser sur le pays, et les risques mortels auxquels ils s'exposent et exposent leurs compatriotes.
Depuis lors, deux logiques incomplètes s'affrontent. Pour les uns, tout se ramène à une affaire de vandalisme électoral. Il suffit alors, comme le réclament à cor et à cris les hérauts de la « démocratie par procuration », que la « communauté internationale » se hisse à hauteur du défi. La mise en quarantaine, l'étranglement financier et l'interdiction de voyager ne suffisant pas, une petite intervention chirurgicale conduite par les armées de la sous-région viendrait s'ajouter à la panoplie des moyens nécessaires pour extirper l'usurpateur, contraindre le larron - unilatéralement désigné ? - à la fuite, procéder à son assignation devant la Cour Pénale internationale, voire le « liquider » simplement.
S'étant avérés incapables de mobiliser leurs troupes aux fins de défense de ce qu'ils affirment être les résultats du suffrage universel au besoin par la voie d'un soulèvement populaire, une partie des Ivoiriens et de leurs alliés externes cherche maintenant à sous-traiter la besogne à des supplétifs africains - eux-mêmes probablement originaires de pays où des élections démocratiques n'ont jamais eu lieu, tragique ironie aujourd'hui concevable seulement en Afrique. Sans doute armés, encadrés et soutenus sur le plan logistique par un cartel de pays occidentaux, ils sont invités à verser leur sang et celui de quelques milliers d'Ivoiriens dans une aventure dont les fondements en droit international et en droit ivoirien n'existent pas. Les apparences de la démocratie dans ce qui fut autrefois le joyau de l'Afrique francophone seraient ainsi sauves. Et chacun s'en irait la conscience allégée, mais sans que la vieille demande de justice universelle à l'égard de l'Afrique et des Africains - qui était au fondement de la lutte pour une véritable décolonisation - ait progressé d'un pas.
Pour d'autres encore, tout ceci n'est qu'un complot - un de plus - ourdi contre le dernier des prophètes anti-impérialistes, et peut-être un jour martyr de la lutte pour la « seconde indépendance » d'un continent pillé depuis des siècles par des prédateurs de tous bords.
Quant aux États occidentaux - ceux-là même qui n'ont cesse d'invoquer la liberté, les droits de l'homme et la démocratie, mais qui n'hésitent jamais à les fouler aux pieds chaque fois qu'il s'agit de vies de nègres - l'appui indéfectible et multiforme, actif ou silencieux, prodigué depuis 1960 aux régimes de partis uniques, aux caporaux et autres kleptocrates en civil, aux guerres de sécession (cas du Katanga et du Biafra en particulier) et à toutes formes de répressions sanglantes sur le Continent a fini d'oter toute crédibilité à leurs sermons."
(...)
"Au demeurant, rivalisant de cynisme, les deux prétendants au trône (et leurs affidés) le savent parfaitement. Le premier semble se résigner à l'idée d'en être la première victime. Il rêve peut-être de célébrer ses propres funérailles à la manière des hommes riches au temps de l'esclavage - au milieu d'une flambée de sacrifices humains, en utilisant si nécessaire ses parents, clients et captifs comme gages et dommages collatéraux.
En appelant publiquement à une guerre d'extirpation menée par des armées étrangères dans son propre pays et contre une partie de ses compatriotes, le second voudrait accéder à la magistrature suprême par la fenêtre, en marchant sur les cadavres de ses concitoyens et en instrumentalisant vaille que vaille les instances sous-régionales et internationales, lorsqu'il ne se laisse pas instrumentaliser par elles, et en contractant auprès de ses soutiens externes une lourde dette secrète qu'il fera payer, le moment venu, par toutes sortes de capitations, privilèges extra-territoriaux et abandons de souveraineté.
Certes, celui qui appelle à la guerre n'a pas le même niveau de responsabilité morale que celui qui pourrait en être la principale cible. Mais tous les deux sont unis par une funeste dette de mort dont l'enjeu premier n'est pas la démocratie, mais l'accaparement des rentes sur fonds de relance des procédures de l'inégalité et, dans les deux cas, par le biais d'une intensification des conduites d'extraversion."
(...)
"Parce qu'elle menace désormais la sécurité, la stabilité et le progrès des Africains, la question du respect du verdict des élections doit être abordée avec un minimum de profondeur historique et stratégique. Les contentieux électoraux ne seront pas réglés par la boite de Pandore que sont les interventions militaires ad hoc, mais par la constitution, sur la longue durée, de nouveaux rapports de force entre l'État et la société et entre les classes sociales en voie de cristallisation. Il appartient aux Africains et à eux seuls de conduire ce travail.
Aucun diktat d'aucune ex-puissance coloniale ne saurait s'y substituer. Les Africains seuls doivent décider s'ils veulent mettre un terme aux crises post-électorales à répétition. S'ils optent pour l'usage de la force (solution qui traduit par définition un déficit d'imagination morale), ils devront s'entendre au préalable sur des principes de droit collectivement négociés et qui s'appliqueraient à tous les cas sans exception. Pour être légitimes, de telles interventions armées (forcément rarissimes) devraient être entièrement financées par les Africains eux-mêmes.
Du Kosovo à l'Irak, de l'Iran à l'Afghanistan, du Moyen-Orient en Amérique Latine, l'on ne saurait oublier combien la politique des « deux poids, deux mesures » a plombé au long des années la légitimité des interventions des puissances occidentales dans les affaires d'autres États. À l'appliquer en Afrique, cette politique risque d'ouvrir de nouvelles fractures et fronts d'hostilité entre États du Continent. Quelle crédibilité auraient des soldats nigérians, nigériens, gambiens, togolais ou burkinabé arpentant les quartiers d'Abidjan à la recherche de la démocratie ? Il faut en effet faire preuve soit d'un strabisme notoire, soit de haine de soi ou de mépris invétéré des Africains pour justifier qu'au sein de la CEDEAO, des régimes issus de putsch militaires ou classés comme des dictatures sur l'indicateur Freedom House aillent « sauver la démocratie » dans des pays tiers."
(...)
"Le bras de fer qui consiste à étouffer le régime de Laurent Gbagbo à coup de sanctions internationales, de retraits d'accréditation d'ambassadeurs nommés par lui, d'exclusion de ses représentants au sein des instances politiques et économiques régionales - y compris de l'Union économique et monétaire ouest-africaine et de la Banque centrale des États d'Afrique de l'ouest -, de fermeture des guichets de la BCEAO, de menaces d'embargo sur les exportations de cacao qui sont avant toute chose la principale source de revenu de millions de pauvres paysans, pourrait plonger davantage la Cote d'Ivoire dans une crise économique et financière profonde et durable dont souffrirait l'ensemble de la sous-région. À cet égard, le recours à l'asphyxie monétaire comme instrument de combat politique révèle les véritables enjeux de la Zone franc. Celle-ci montre enfin au grand jour son vrai visage d'union monétaire asymétrique, de vestige du pacte colonial, de camisole de force bridant la compétitivité et la flexibilité des économies africaines et de piège politique pour tout adversaire désigné à la vindicte des pontifes de la bonne conscience internationale.
Si l'on écarte l'hypothèse d'un nouveau coup d'état militaire à la Nigérienne qui neutraliserait les deux principaux protagonistes du conflit actuel et certains de leurs affidés, il reste alors une dernière (mauvaise) solution - celle qui consisterait à reprendre le second tour de l'élection présidentielle, dans de meilleures conditions de surveillance et de décompte des voix, notamment par les Ivoiriens eux-mêmes.
Dans tous les cas, si les Ivoiriens doivent sortir de l'impasse dans laquelle ils se trouvent et retrouver les chemins d'une réconciliation durable, il n'y a guère d'alternative à une négociation entre les parties en conflit, à un renouveau de l'imagination morale et institutionnelle, et à une refonte radicale de leur système politique. Cette réforme pourrait prendre la forme d'une conférence nationale de laquelle sortirait une assemblée constituante. À une nouvelle constitution fondée sur le principe d'une décentralisation fédérative viendrait s'ajouter une réforme du scrutin. Celle-ci inclurait, de nécessité, une dose de proportionnelle à même d'assurer une représentation minimum de la diversité des « terroirs », tandis qu'un président fédéral honorifique serait élu au suffrage universel."
Le texte en entier sur Mediapart.
23:58 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
23.12.2010
Qui connaît vraiment Guillaume Soro ?
Au cours de mes pérégrinations sur Twitter, j'ai été un peu étonné de me rendre compte que certaines critiques relatives à Guillaume Soro, Premier ministre du "président reconnu par la communauté internationale", Alassan Ouattara, passent mal auprès de personnes que je considère comme respectables. Qui sont tellement prises dans l'illusion de la "révolution orange" à l'africaine qu'ils veulent transformer tous ceux qui l'incarnent en figures quasi-christiques.
Pourtant, Guillaume Soro est loin d'être un saint. Et l'identité de ses parrains devait suffire à calmer un certain nombre de "groupies". S'il a été ministre et Premier ministre, c'est avant tout parce qu'il a pris officiellement la tête d'une rébellion, dénommée à l'époque Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire. Selon des rapports d'organisations bien sous tous rapports, les parrains internationaux de cette rébellion sont :

- Blaise Compaoré, l'assassin de Thomas Sankara, qui par la suite a soutenu quasiment tous les mouvements rebelles en Afrique de l'Ouest, souvent au nom de la guerre d'influence (aujourd'hui révolue) entre Paris et Washington, consécutive à la chute du mur de Berlin.

- Charles Taylor, le parrain du RUF de Sierra Leone, qui a aidé à armer les mouvements des Forces nouvelles MPIGO et MJP à l'ouest de la Côte d'Ivoire. Voire les preuves ici et ici. Et qui a prêté à Soro pendant un temps le sanguinaire Sam Bockarie. Les réseaux de Taylor remontent jusqu'à Victor Bout, le plus célèbre trafiquant d'armes de la planète.
Au point de vue national, les hommes de Guillaume Soro ont toujours affirmé qu'Alassane Ouattara était leur financier, sans être inquiétés.
Moralité : Soro est et demeure Soro, et pas Aung San Suu Kyi.
04:02 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
28.08.2010
Guinée-Côte d'Ivoire : incertitudes voisines
Paru dans Le Nouveau Courrier du 28 août 2010.
Il faut croire que les afro-optimistes ont trop vite parlé. Et les donneurs de leçons qui ont expliqué il y a quelques mois aux Ivoiriens que la Guinée Conakry réussissait en six mois ce qu’ils avaient été incapables de réaliser en cinq ans aussi.
Le pays de Sékou Touré est au milieu du gué depuis de longs mois, et ne semble pas avoir le courage de sortir de son « entre-deux-tours » pour désigner un chef d’Etat élu. Et avancer. C’est que le premier tour a été finalement assez traumatisant à plusieurs égards. Premièrement, il a montré la force du vote ethnique. Au-delà des programmes, des charismes, de l’histoire personnelle de chacun des candidats, du désir de tourner la page d’une certaine forme de « dictature » sous Sékou puis sous Conté, chacun a voté pour son frère. Dans ce cas de figure, on se dit que l’élu qui en sortira récompensera ses électeurs. Donc son ethnie. L’idéal démocratique est dévoyé.
Pour ne rien arranger, le candidat Alpha Condé et ses soutiens, parmi lesquels Lansana Kouyaté, ne font plus confiance à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qu’ils estiment incompétente au point de vue technique et inféodée à son rival. Ils demandent que l’administration territoriale, tant honnie il y a peu par tous les opposants d’Afrique, s’implique dans le processus.
La Côte d’Ivoire est-elle à l’abri du schéma guinéen, où on va au premier tour la fleur sur l’urne et puis où on se braque et où on conteste avec le couteau entre les dents ? Notre Commission électorale indépendante (CEI) est encore plus facile à discréditer que la Ceni guinéenne. Elle est un repaire de politiciens, et un parti d’opposition – le RDR en l’occurrence – y semble surreprésenté. Elle a déjà perdu un procès à Yopougon face au FPI justement parce qu’elle jouait, selon les juges, un jeu pas tout à fait républicain.
Là où les percées guinéennes venaient fouetter l’orgueil ivoirien, les incertitudes de Conakry vont sans doute renforcer les craintes voire la paranoïa sur les rives de la lagune Ebrié.
17:17 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
27.08.2010
Sorciers blancs et pensées noires
Publié dans Le Nouveau Courrier du 27 août 2010.
La Côte d’Ivoire vient d’effectuer un saut dans le vide. En faisant signer un contrat de deux ans à l’entraîneur François Zahoui, la Fédération ivoirienne de football (FIF) s’engage à aller à la Coupe d’Afrique des nations 2012 avec un entraîneur local. National. Autochtone. «Mélaniné à gogo». De père et de mère eux-mêmes «100% Noirs». C’est un grand risque et une petite révolution dans une certaine Afrique qui a peur de décider pour elle-même, n’arrive pas à créer des consensus et appelle au secours le «toubab», le «nassara», la raison hellène pour les choses importantes. Comme la défense nationale… et le foot !
Alors, Zahoui échouera-t-il ou pas ? En tout cas, les quolibets volent déjà très bas. Anouma aurait fait son marché… à Adjamé ! Furieux d’un certain nombre de commentaires, Alain Gouaméné est monté au créneau et a administré un coup de tête aux satanés journalistes que nous sommes : «Certains écrits de la presse dans le débat qui fait actuellement rage sont proprement frustrants et dévalorisants. Je suis déçu de constater que c’est la presse qui entretient encore le complexe du Blanc», a-t-il fulminé. Les journalistes sont-ils entièrement responsables de la « maladie obscure » qui rend les Nègres de Côte d’Ivoire et d’ailleurs si frileux ?
En tout cas, ce débat me fait penser à un coup de gueule de Joseph-Antoine Bell datant d’il y a quelques mois. Un Bell qui a longtemps espéré être le coach du Cameroun, mais qui a toujours été écarté… parce qu’il parle trop ! Je vous livre quelques extraits de sa… colère ! «Je crois que les Africains souffrent tous d'une même maladie, d'une certaine aversion pour [ceux qui ont de] la personnalité, puisque la colonisation recherchait à nous dénier de la personnalité. Donc, elle nous a légué ce management qui tend à dépouiller les gens de leur personnalité et de faire en sorte qu'on ait toujours affaire à des gens incolores. (...) Ce qui me désespère, c'est l'Afrique en elle-même. C'est-à-dire que si on a peur de son ombre, on n'avancera pas. On ne peut avancer qu'avec des gens qui ont des idées et qui ont de la personnalité pour les développer. Tout le monde reproche toujours à ceux qui auraient eu une idée de ne pas insister. Si on n'a pas de personnalité, on ne peut pas appuyer et essayer ses idées, les soutenir contre vents et marées (...). Nous voyons les "sorciers blancs" débarquer chez nous et partir avec tout le fric. Et souvent ils nous narguent. Il y en a qui démissionnent en insultant nos ministres et la République. Si la conscience collective africaine n'en est pas au point où un citoyen s'offusque de voir un étranger insulter un ministre de la République, je ne vais pas le faire tout seul. Accepter que de petits voyous parisiens arrivent chez nous, se comportent en voyous parce qu'ils auraient la peau blanche !»
Que pensez-vous des «coups de gueule» de Gouaméné et de Joseph-Antoine Bell ? Un «Noir tout Noir» peut-il donner la CAN 2012 à la Côte d’Ivoire ? Si Zahoui échoue, cela signifierait-il que c’est l’option même des «entraîneurs locaux» qui doit être bannie à jamais ? Pourquoi cette option profite-t-elle donc à des sélections comme l’Egypte et l’Algérie ? Zahoui peut-il réussir alors qu’il est en déphasage «technologique» et «financier» avec ses joueurs, qui évoluent dans un environnement autrement plus sophistiqué que lui et sont capables de dépenser chaque jour les économies de toute sa vie ? Faut-il arrêter de considérer le problème des sélectionneurs d’un point de vue purement idéologique ?
02:51 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : françois zahoui, sélectionneur, éléphants de côte d'ivoire, football, gouaméné, joseph antoine bell, polémique
20.08.2010
Affaire "Letondot" : l'Etat togolais ridicule !
Une des caractéristiques du colonisé ayant atteint le summum de sa névrose, c'est de se faire plus royaliste que le roi. Sans blague... Au passage, on notera une forme d'impuissance face à l'impossibilité de censurer ce qui est mis en ligne à partir du Togo. Haine de la démocratie. Esprit rétrograde assumé. Absence totale de dignité. Le ministère togolais de la Défense a raté une occasion de se taire.
LOME (AFP) - Le gouvernement togolais a dénoncé jeudi des "manipulations" autour d'un incident opposant un militaire français à un photographe togolais, estimant que la diffusion de la vidéo où l'on voit le militaire menacer le journaliste avait des conséquences "graves" pour l'officier et pour le Togo.
Le ministère togolais de la Défense et des Anciens combattants "s'élève contre toutes les manipulations intervenues dans cette affaire" qui a valu des sanctions à l'officier, dans un communiqué lu sur les médias d'Etat.
"Tout en ne cautionnant pas les propos" du lieutenant-colonel Romuald Letondot qui avait menacé un photojournaliste en marge d'une manifestation de l'opposition, Lomé "sélève contre toutes les manipulations intervenues dans cette affaire".
"Cet incident malencontreux né du malentendu aurait pu être ainsi circonscrit si malheureusement la scène de l'altercation n'avait pas été filmée par un témoin (...) qui l'a mise en ligne sur le Web sans se soucier des conséquences graves que la vidéo pourrait avoir", estime le ministère.
Des conséquences "aussi bien pour l'officier français, victime sans raison du vandalisme des manifestants, que pour notre pays, le Togo, qui entretient avec tous les pays du monde des relations amicales, courtoises et empreintes de confiance", poursuit-il.
Le 10 août, des manifestants avaient attaqué la voiture de l'officier en poste à Lomé, un incident photographié par Didier Ledoux, journaliste au quotidien privé Liberté.
Le lieutenant-colonel l'avait alors vivement apostrophé, lui demandant d'effacer le cliché. Le tutoyant ostensiblement il avait notamment menacé de "mettre un coup" sur son appareil et de le faire mettre "en taule".
La vidéo diffusée sur YouTube a été visionnée par plus de 700.000 internautes.
C'est la première fois que les autorités togolaises s'expriment sur l'incident.
Journalistes et défenseurs des droits de l'Homme avaient condamné le comportement de l'officier, tout comme les ministères français des Affaires étrangères et de la Défense. Il a été rappelé par Paris et s'est vu infliger une sanction disciplinaire de dix jours d'arrêt.
Didier Ledoux a annoncé son intention de le poursuivre.

01:38 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : romuald letondot, didier ledoux, france, togo, vidéo
13.08.2010
Duel journaliste togolais/officier français : le web citoyen a gagné !
Beaucoup d'entre nous ont vu la fameuse vidéo (diffusée par le célèbre blogueur et journaliste multimédia Noël Kokou Tadégnon) montrant l'attitude outrageusement colonialiste d'un officier français, le lieutenant-colonel Romuald Letondot, coopérant au Togo de Faure Gnassingbé, menaçant de manière indigne un journaliste, Didier Ledoux du quotidien Liberté, ayant eu l'outrecuidance de le prendre en photo durant la dispersion d'un congrès de l'UFC, parti d'opposition togolais. Pour ceux qui ne l'ont pas encore vue ou qui veulent la revoir, la voici plus bas.
L'on apprend aujourd'hui que le militaire français, à qui un beau plan de com' a été offert, et qui s'est expliqué comme il pouvait sur le site de L'Express, hebdo français de premier plan, est non seulement désavoué par sa hiérarchie mais sanctionné. Pendant dix jours, il sera privé de liberté.
"La France a voulu montrer qu’elle ne tolérait pas son attitude, aux relents de colonialisme. Le lieutenant-colonel, "rappelé immédiatement à Paris", se voit infliger "une sanction disciplinaire de dix jours" pour "atteinte au renom de l’armée française", a déclaré vendredi le Quai d’Orsay. Interrogé, le ministère de la Défense a précisé que le gradé ne risquait pas de retourner officier au Togo, même après les dix jours d’arrêt forcé. "Le rappel est toujours définitif", a expliqué le ministère." (lejdd.fr)
Habiles en matière de communication, les "spin doctors" de la diplomatie française ont compris à quel point cette vidéo, qui traduit une attitude de mépris condescendant en réalité tout à fait ordinaire, pouvait faire mal. Ils ont frappé fort. Mais il ne faut pas se leurrer : ce n'est qu'un coup de com', d'autant plus intelligent qu'à cette période de l'année, la presse française n'a rien à se mettre sous la dent. Elle aurait donc pu faire mousser encore plus cette affaire, au moment où l'ONU s'inquiète d'un regain de xénophobie dans l'Hexagone.
En tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et le web a gagné en influence depuis novembre 2004 et les insupportables vidéos des crimes commis par l'armée française sur des civils ivoiriens à Abidjan, après le bombardement non élucidé de Bouaké et la révolte de la rue ivoirienne. A l'époque, il avait fallu que Canal + confirme ce que des vidéos d'amateurs montraient depuis des semaines pour mettre en mauvaise position Michèle Alliot-Marie, surnommée à l'époque Mensonges après Mensonges.
Bref, revenons au sujet de l'heure. Pierre Haski, fondateur de l'influent site d'information Rue89, qui a amplifié la "vidéo Letondot", rappelle que l'affaire "serait restée anonyme et presque banale s'il n'y avait eu la force de la vidéo", et met en garde le cercle des pouvoirs africains.
"C'est aussi le signe de l'entrée de l'Afrique de plain-pied dans l'ère du Web et des réseaux sociaux, avec la possibilité pour les puissants d'être piégés par une vidéo déposée sur YouTube, et revenant comme un boomerang. Les dirigeants africains feraient bien d'en prendre note."
Il a raison sur le moyen terme. Mais on ne doit pas oublier que beaucoup de pouvoirs d'Afrique subsaharienne francophone sont "technoploucs" devant l'Eternel, et ne réagissent que quand leur image est écornée... à l'étranger. Voici par exemple deux vidéos qui, bien que choquantes, n'ont pas suscité la réaction qu'elles méritaient. La première montre un fait de corruption ordinaire à Abidjan où on peut reconnaître les policiers "piégés". Et la deuxième, une séance de torture d'étudiants par un corps spécial de l'armée camerounaise (certes relayée par les Observateurs de France24). A mon avis, ils auraient fait bouger les gouvernants de ces deux pays s'ils étaient passés avec force du web à la télé... surtout - et c'est triste de le dire - à "la télé des Blancs". Le web et les réseaux sociaux en Afrique peuvent devenir puissants, mais ils ont aujourd'hui besoin du relais des médias "classiques" occidentaux. C'est malheureux, mais c'est comme ça.
19:44 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : romuald letondot, didier ledoux, réseaux sociaux, web, activisme, noël tadégnon, liberté de la presse, influence, droits de l'homme, policiers racketteurs abidjan, bir, torture, yaoundé
06.08.2010
Le discours d'Obama à la jeunesse africaine
C'est à l'occasion du cinquantenaire. Et c'est suivi d'échanges assez enrichissants. A lire ici.
12:24 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.06.2010
Côte d'Ivoire : le sondage interdit
C'est La Lettre du continent qui nous l'apprend :
"C'est super confidentiel, il ne faut surtout pas le répéter, mais un sondage commandé par l'opposition ivoirienne auprès d'Opinion Way, la société de Patrick Buisson, conseiller du président Nicolas Sarkozy- donnerait 44% à Laurent Gbagbo au premier tour de la prochaine élection présidentielle. Un score proche de celui du dernier sondage TNS-Sofres 43%."
La presse ivoirienne n'a pas le droit d'en parler. Et pour cause. Le CNP, organe régulateur de la profession, frappe d'une amende d'un million de FCFA les journaux qui choisissent de publier ou de commenter ce sondage. Comme l'indique cette décision d'Eugène Dié Kacou, président de l'organe, prise le 6 avril 2010.
"Le Collège des Membres du Conseil National de la Presse, délibérant en sa session du vendredi 02 avril 2010, a rendu des décisions portant sanctions pécuniaires applicables aux entreprises de presse dont les noms suivent et fixé le montant de l'amende à la somme de un million (1.000.000) de Francs CFA ce, en raison de la publication par les journaux qu'elles éditent, des résultats d'un sondage de la Tns-Sofres relatif aux intentions de vote en faveur des candidats à l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire.
Qu'il y ait lieu de rappeler qu'aux termes des dispositions de l'article 39 nouveau alinéa 5 de l'Ordonnance N° 2008-133 du 14 avril 2008 portant Ajustements au Code Electoral pour les élections de sortie de crise,« il est interdit de publier ou de diffuser des estimations de vote ou de procéder à l'établissement de sondages sous quelque forme que ce soit, à partir de quelque lieu que ce soit à compter de la publication de la liste électorale provisoire ».
Qu'un Communiqué du CNP, rendu public le 20 novembre 2009, avait rappelé cette interdiction et invité l'ensemble des organes de presse au respect scrupuleux de cette disposition légale.
Qu'en publiant les résultats du sondage de la Tns-Sofres, les entreprises de presse en cause ont violé les dispositions de l'ordonnance susvisée et contrevenu délibérément au Communiqué du 20 novembre 2009 du CNP ;
Ce sont :
- SNEPCI éditeur, de Fraternité Matin
- REGIE CYCLONE, éditeur de Le Temps
- SOCEF-NTIC, éditeur de L'Intelligent d'Abidjan
- OLYMPE, éditeur de L'Inter
- LES EDITIONS YASSINE, éditeur de L'Expression
- LES EDITIONS LE NERE, éditeur de le Jour Plus
Les décisions prises ont été notifiées aux intéressés."
Qu'en pensez-vous ?
01:57 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note


