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13/08/2014

Prétendue augmentation du niveau de vie des Ivoiriens - Le rapport du PNUD qui contredit Ouattara

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"En trois ans, nous avons eu une croissance d'à peu près 25% (...) c'est-à-dire que chaque Ivoirien a eu une augmentation de son niveau de vie d'à peu près 6%", a péroré Alassane Ouattara, lors de la traditionnelle interview donnée à la RTI à la veille de la fête nationale. Avant de se raviser, sans doute de peur d'irriter ses "adorateurs", dont les conditions de vie sont aussi difficiles que celles des autres Ivoiriens. "Bien sûr, cela c'est du papier, et il faut le voir maintenant dans le quotidien des Ivoiriens", a-t-il tout de même admis.
D'où a-t-il donc sorti ses chiffres qu'il s'est empressé de relativiser ? En effet, il s'exprimait quelques jours après la publication par le Programme des Nations unies pour le , développement du Rapport sur le développement humain 2014. Un rapport très attendu parce qu'il ne se borne pas à calculer la richesse produite dans un pays comme le fameux Produit intérieur brut (PIB), mais qu'il s'emploie à évaluer les impacts de l'activité économique sur la réalité du quotidien des populations. L'indice de développement humain (IDH), rendu public dans le cadre du Rapport sur le développement humain, est ainsi un indice statistique composite qui prend en compte la santé et la longévité, mais aussi le niveau d'éducation et le niveau de vie, en particulier le pouvoir d'achat du plus grand nombre.
Alassane Ouattara n'en finit pas de brandir la croissance du PIB en Côte d'Ivoire comme le signe absolu que tout va bien. Pourtant, à l'aune du développement humain, c'est-à-dire celui qui concerne la réalité des Ivoiriens ordinaires, aucun progrès n'est enregistré. En effet, le pays demeure à la 171ème place sur 187, ce qui est un classement tout à fait médiocre et qui devrait relativiser les rodomontades sur une prétendue "émergence" en 2020, et les comparaisons insensées avec l'Allemagne, par exemple. Au titre du "développement humain", la Côte d'Ivoire est derrière le Kenya, le Rwanda, le Cameroun, le Nigeria, Madagascar, la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan, le Bénin, le Togo et Haïti !
Plus préoccupant : la progression de l'Indice de développement humain (IDH) a paradoxalement ralenti depuis le début des années Ouattara et des taux de croissance mirifiques chantés à longueur de journée. En effet, entre 2011 et 2013, l'IDH de la Côte d'Ivoire passe de 0,443 à 0,452, soit une croissance de 2,03%. Entre 2008 et 2010, en pleine crise politico-armée et partition territoriale, il passait de 0,427 à 0,439, soit une croissance de 2,8%. Forcément, de nombreuses questions se posent. Dans quelles poches va donc la richesse qui est, nous dit-on, produite aujourd'hui plus que jamais dans le pays ? A quoi sert l'endettement record du pays s'il n'améliore pas la santé, l'éducation et le niveau de vie des populations ? La thèse défendue par le parti d'opposition LIDER, dirigée par l'ancien président de l'Assemblée nationale et professeur agrégé d'économie Mamadou Koulibaly, selon laquelle sous Ouattara il existe une "croissance appauvrissante" trouve-t-elle là des éléments d'objectivation ?

Théophile Kouamouo

12/08/2014

Commission électorale en Côte d'Ivoire : les mêmes scénarios recommencent

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Vendredi dernier, la Commission électorale "indépendante" (CEI), dans un empressement qui ne peut pas être innocent, a annoncé dans un communiqué que l'opposition significative, c'est-à-dire l'Alliance, coalition dont fait partie le Front populaire ivoirien (FPI), avait nommé ses deux représentants en son sein : l'ancien ministre de la Défense Alain Dogou et Bertin Ganin (RPP).

Cette annonce intervient elle-même après une rencontre, mardi dernier, entre une délégation de haut niveau de l'Alliance, menée par Pascal Affi N'Guessan, président du FPI himself, et le ministre de l'Intérieur d'Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko. Au cours de cete rencontre, les parties en présence ont semblé s'entendre sur un mot magique : "consensuel". La composition du bureau de la CEI sera "consensuelle", nous dit-on.

Le boycott ne suffit plus...

Tirons les choses au clair. Au Nouveau Courrier, nous considérons que le "boycott passif" des prochaines échéances électorales serait un aveu d'impuissance de la part de l'actuelle opposition ivoirienne, au même titre qu'une participation à tout prix. Nous considérons que le FPI et les formations alliées gagneraient à se battre, pied à pied, à coups de négociations mais aussi de pressions "viriles", pour réunir les conditions d'une compétition politique acceptable.  Cette prise de position n'est pas liée à des affinités particulières, mais à une analyse froide de la situation, qui ne date pas d'aujourd'hui. Il nous semble important de produire ici des extraits de notre éditorial du 22 avril 2013, au lendemain d'élections locales caractérisées, comme les législatives, par ce que l'on a appelé un "désert électoral". Pascal Affi N'Guessan et de nombreux autres dignitaires du parti "bleu et rose" étaient encore en prison. Nous écrivions : "Là où tout le monde imaginait qu'il éclaterait sous l'effet de la "bombe" du 11 avril 2011, le FPI a réussi à compter ses sympathisants sans pour autant se soumettre à un jeu électoral tronqué et à montrer au monde entier, grâce à une utilisation profondément politique de l'arme du boycott, qu'il continue de garder une place centrale sur l'échiquier politique ivoirien. Cela dit, la logique qui lui a permis de maintenir son unité dans la tourmente est arrivée à expiration. Le FPI ne peut pas se contenter de continuer la Résistance. Il doit réinvestir le terrain politique". Nous poursuivions : "L'avenir de la démocratie en Côte d'Ivoire dépendra de la capacité du FPI, du CNRD, du PDCI, du PIT, de LIDER, de la société civile... à aller au-delà des calculs à court terme et à peser efficacement sur "l'architecture politique et électorale" qui présidera au round électoral qui commencera en 2015".

Nous ne sommes donc pas opposés, dans le fond, à la ligne politique mise en oeuvre par Pascal Affi N'Guessan. Nous le sommes d'autant moins que même si l'on considère que la "vraie présidentielle" aura lieu en 2020 (2015 étant truqué d'avance), il demeure important d'avoir un oeil sur ce qui se fait, notamment en matière de fichier électoral, et d'investir, dès 2016, l'Assemblée nationale, instance-clé de structuration des batailles électorales à venir. L'enjeu de la participation à la CEI ne se limite pas à la présidentielle...

Hamed Bakayoko n'a pris aucun engagement écrit

Cela dit, les derniers épisodes du feuilleton de la CEI nous rendent pour le moins circonspects. Résumons. Au départ, l'opposition a rejeté en bloc le format de la CEI, dans la mesure où elle continue à être outrageusement dominée par des politiques songeant chacun à sa chapelle, mais aussi parce qu'au sein de cette "galaxie politique", le camp Ouattara était outrageusement sur-représenté. Comme en 2010, année durant laquelle il a utilisé cette sur-représentation CEI pour détourner le processus électoral à son profit... Faisant un pas en direction du pouvoir, l'Alliance a estimé qu'elle pouvait intégrer la CEI si un "consensus" permettait de créer un équilibre au sein du Bureau de l'institution, dont elle veut la présidence et au moins une des vice-présidences.

C'est dans cette atmosphère que des négociations souterraines ont abouti à la désignation des deux représentants de l'opposition significative qui siègeront au sein de l'institution. Ils prêteront serment, et c'est après cette prestation de serment qu'une élection en interne interviendra, et que ce qui a été "promis" au FPI se concrétisera... ou pas. En effet, il n'y a ici guère d'accord écrit entre les parties. Hamed Bakayoko pourra dire que les autres membres de la CEI sont restés sourds à ses propositions. C'est d'ailleurs le scénario le plus probable. Et il rappelle de  nombreuses autres situations, durant la période 2002-2010. Ce qui était alors appelé "le camp présidentiel" ayant alors signé des accords visiblement "mauvais", parce qu'il s'était vu "tordre le bras" par des "amis" qui disaient lui vouloir du bien, tout en espérant (toujours en vain) que les "bons conseilleurs" viendraient l'aider à aménager ce que l'opposition d'alors, inflexible, considérait comme un acquis ne pouvant en aucun cas être remis en question. Observons donc les prochains développements, en espérant que les vieux scénarios ne se reproduiront pas.

Tant que l'Alliance n'avait pas désigné ses représentants, la nouvelle CEI n'aurait pas pu se mettre en place, ce qui aurait retardé la logique des élections "vite vite" et de préférence dans le brouillard complet qui est celle de Ouattara. On ne peut que se demander ce qui pressait. Pourquoi n'avoir pas fait monter les enchères un peu plus ?

On est toutefois bien obligé d'admettre que les divisions profondes qui existent aujourd'hui au FPI rendent impossible toute négociation en position de force, y compris de force relative, et toute stratégie qui alternerait nécessaires pressions y compris dans la rue et retours à la table de négociation. En désaccord profond sur la marche à suivre, se soupçonnant de tout et de rien, certains allant même jusqu'à répandre la poudre empoisonnée de la suspicion systématique, cadres et militants ne peuvent pas se tenir la main dès lors qu'il s'agit de mettre en oeuvre toute éventuelle action de grande envergure. Et c'est bien dommage !

Théophile Kouamouo [Editorial du Nouveau Courrier du 11 août 2014]