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12/08/2014

Commission électorale en Côte d'Ivoire : les mêmes scénarios recommencent

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Vendredi dernier, la Commission électorale "indépendante" (CEI), dans un empressement qui ne peut pas être innocent, a annoncé dans un communiqué que l'opposition significative, c'est-à-dire l'Alliance, coalition dont fait partie le Front populaire ivoirien (FPI), avait nommé ses deux représentants en son sein : l'ancien ministre de la Défense Alain Dogou et Bertin Ganin (RPP).

Cette annonce intervient elle-même après une rencontre, mardi dernier, entre une délégation de haut niveau de l'Alliance, menée par Pascal Affi N'Guessan, président du FPI himself, et le ministre de l'Intérieur d'Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko. Au cours de cete rencontre, les parties en présence ont semblé s'entendre sur un mot magique : "consensuel". La composition du bureau de la CEI sera "consensuelle", nous dit-on.

Le boycott ne suffit plus...

Tirons les choses au clair. Au Nouveau Courrier, nous considérons que le "boycott passif" des prochaines échéances électorales serait un aveu d'impuissance de la part de l'actuelle opposition ivoirienne, au même titre qu'une participation à tout prix. Nous considérons que le FPI et les formations alliées gagneraient à se battre, pied à pied, à coups de négociations mais aussi de pressions "viriles", pour réunir les conditions d'une compétition politique acceptable.  Cette prise de position n'est pas liée à des affinités particulières, mais à une analyse froide de la situation, qui ne date pas d'aujourd'hui. Il nous semble important de produire ici des extraits de notre éditorial du 22 avril 2013, au lendemain d'élections locales caractérisées, comme les législatives, par ce que l'on a appelé un "désert électoral". Pascal Affi N'Guessan et de nombreux autres dignitaires du parti "bleu et rose" étaient encore en prison. Nous écrivions : "Là où tout le monde imaginait qu'il éclaterait sous l'effet de la "bombe" du 11 avril 2011, le FPI a réussi à compter ses sympathisants sans pour autant se soumettre à un jeu électoral tronqué et à montrer au monde entier, grâce à une utilisation profondément politique de l'arme du boycott, qu'il continue de garder une place centrale sur l'échiquier politique ivoirien. Cela dit, la logique qui lui a permis de maintenir son unité dans la tourmente est arrivée à expiration. Le FPI ne peut pas se contenter de continuer la Résistance. Il doit réinvestir le terrain politique". Nous poursuivions : "L'avenir de la démocratie en Côte d'Ivoire dépendra de la capacité du FPI, du CNRD, du PDCI, du PIT, de LIDER, de la société civile... à aller au-delà des calculs à court terme et à peser efficacement sur "l'architecture politique et électorale" qui présidera au round électoral qui commencera en 2015".

Nous ne sommes donc pas opposés, dans le fond, à la ligne politique mise en oeuvre par Pascal Affi N'Guessan. Nous le sommes d'autant moins que même si l'on considère que la "vraie présidentielle" aura lieu en 2020 (2015 étant truqué d'avance), il demeure important d'avoir un oeil sur ce qui se fait, notamment en matière de fichier électoral, et d'investir, dès 2016, l'Assemblée nationale, instance-clé de structuration des batailles électorales à venir. L'enjeu de la participation à la CEI ne se limite pas à la présidentielle...

Hamed Bakayoko n'a pris aucun engagement écrit

Cela dit, les derniers épisodes du feuilleton de la CEI nous rendent pour le moins circonspects. Résumons. Au départ, l'opposition a rejeté en bloc le format de la CEI, dans la mesure où elle continue à être outrageusement dominée par des politiques songeant chacun à sa chapelle, mais aussi parce qu'au sein de cette "galaxie politique", le camp Ouattara était outrageusement sur-représenté. Comme en 2010, année durant laquelle il a utilisé cette sur-représentation CEI pour détourner le processus électoral à son profit... Faisant un pas en direction du pouvoir, l'Alliance a estimé qu'elle pouvait intégrer la CEI si un "consensus" permettait de créer un équilibre au sein du Bureau de l'institution, dont elle veut la présidence et au moins une des vice-présidences.

C'est dans cette atmosphère que des négociations souterraines ont abouti à la désignation des deux représentants de l'opposition significative qui siègeront au sein de l'institution. Ils prêteront serment, et c'est après cette prestation de serment qu'une élection en interne interviendra, et que ce qui a été "promis" au FPI se concrétisera... ou pas. En effet, il n'y a ici guère d'accord écrit entre les parties. Hamed Bakayoko pourra dire que les autres membres de la CEI sont restés sourds à ses propositions. C'est d'ailleurs le scénario le plus probable. Et il rappelle de  nombreuses autres situations, durant la période 2002-2010. Ce qui était alors appelé "le camp présidentiel" ayant alors signé des accords visiblement "mauvais", parce qu'il s'était vu "tordre le bras" par des "amis" qui disaient lui vouloir du bien, tout en espérant (toujours en vain) que les "bons conseilleurs" viendraient l'aider à aménager ce que l'opposition d'alors, inflexible, considérait comme un acquis ne pouvant en aucun cas être remis en question. Observons donc les prochains développements, en espérant que les vieux scénarios ne se reproduiront pas.

Tant que l'Alliance n'avait pas désigné ses représentants, la nouvelle CEI n'aurait pas pu se mettre en place, ce qui aurait retardé la logique des élections "vite vite" et de préférence dans le brouillard complet qui est celle de Ouattara. On ne peut que se demander ce qui pressait. Pourquoi n'avoir pas fait monter les enchères un peu plus ?

On est toutefois bien obligé d'admettre que les divisions profondes qui existent aujourd'hui au FPI rendent impossible toute négociation en position de force, y compris de force relative, et toute stratégie qui alternerait nécessaires pressions y compris dans la rue et retours à la table de négociation. En désaccord profond sur la marche à suivre, se soupçonnant de tout et de rien, certains allant même jusqu'à répandre la poudre empoisonnée de la suspicion systématique, cadres et militants ne peuvent pas se tenir la main dès lors qu'il s'agit de mettre en oeuvre toute éventuelle action de grande envergure. Et c'est bien dommage !

Théophile Kouamouo [Editorial du Nouveau Courrier du 11 août 2014]

 

Commentaires

Les divisions profondes aujourd'hui au fpi sont imputables à affi n'guessan qui clairement tente d'enterrer laurent gbagbo. Ses actes, omissions et paroles le montrent suffisamment: 1. Comme l'a si bien relevé, koné katinan dans sa dernière adresse, affi, contrairement à miaka, n'a pas cherché à rencontrer gbagbo après sa sortie de prison, comme s'il voulait prendre ses distances. 2. La création d'un obscur secrétariat national chargé de la libération de LG à la tête duquel curieusement personne n'a été nommé (comme si les volontaires manquaient en la matière au fpi). 3. Le fait que ses nominations visent surtout à écarter certains notamment akoun considérés comme les plus fidèles de gbagbo 4. Les dernières déclarations d'affi lui-même qui répondant à un journaliste (je ne sais plus lequel)qui relevait que ses dernières nominations sont perçues par ses opposants comme une tentative de tourner la page gbagbo. loin de s'en défendre, affi a simplement déclaré que ses nominations visaient à relever les défis du futur. Pour finir le dernier indice selon moi de la trahison d'affi, vient de ce que ce sont les plus proches et les plus fidèles de gbagbo qui s'opposent à ses actions: Simone gbagbo (épouse du pr), Koné katinan (porte-parole du Pr), Akou Laurent, Aboudramane sangaré, Assoa Adou.Il n'y a pas je pense meilleur désaveu. Gbagbo, bien qu'enfermé à La Haye, demeure une îcone au fpi. En voulant l'enterrer, affi commet une forfaiture qui ne peut que l'éloigner d'une grande partie de la base qui demeure fidèle à LG. Ce faisant il fait avant tout le jeu de la france qui tente par tous les moyens d'effacer gbagbo de la mémoire des ivoiriens, parce qu'il est le symbole de la résistance, parce qu'il a réveillé les consciences en nous faisant comprendre que nous ne sommes pas libres. En participant aux élections, affi ne fait que le jeu de la france, qui l'attire sur un terrain où les dés sont pipés pour pouvoir dire demain que le fpi le parti de gbagbo a été battu dans les urnes. Non, le boycott n'a pas atteint ses limites. il demeure la seule arme qui dérange le pouvoir (comme l'a encore démontré le dernier recensement)en démontrant qu'il est impopulaire. Alors en attendant mieux et dans l'impossibilité de manifester, mieux vaut garder cette posture qui a le mérite d'avoir l'assentiment du peuple. En attendant que le vent tourne. Et il tournera un jour ou l'autre.

Écrit par : gilles awounou | 12/08/2014

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