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28/02/2014

Centrafrique : selon un journaliste français, Bozizé a été lâché par la France pour s'être rapproché de la Chine et de l'Afrique du Sud

Il s'appelle Juan Branco, est journaliste free lance (collabore notamment aux Inrockuptibles) et chercheur à l'Université de Yale aux Etats-Unis. Lors d'une émission publiée sur le site d'Arrêt sur images (accessible uniquement aux abonnés), il s'est appesanti sur les enjeux économiques et géostratégiques de la crise en République centrafricaine. Où l'on "aperçoit" une banque d'affaires française manifestement puissante au sein des médias hexagonaux qui signe un contrat  de renégociation de la dette sommaire à la va-vite avec le putschiste Michel Djotodia avant qu'il s'en aille ; une ONG qui est en réalité le faux nez d'une multinationale minière canadienne sans scrupules ; des Sud-Africains qui s'immiscent dans le pré carré sous Bozizé, créature françafricaine devenue incontrôlable, en encadrant la Garde républicaine locale et suscitent l'ire de Paris ; des Chinois qui raflent des contrats pétroliers sous le même Bozizé ; Total et Areva en embuscade.

Je me suis permis de "capturer" six minutes de cette émission passionnante pour des raisons d'intérêt général, et je m'en excuse d'avance auprès de l'équipe d'Arrêt Sur Images. Le son et l'image de la vidéo publiée à la fin de ce post sont de mauvaise qualité. Celui qui veut mieux... eh bien, qu'il s'abonne !

26/02/2014

Crise centrafricaine : un diplomate sud-africain fait des révélations et s'en prend à la CEMAC

Ce sont des propos tenus à l'occasion d'une interview vidéo accordée au portail en ligne ivoirien L'Infodrome par l'ambassadeur sud-africain à Abidjan, Vusi Sindane. A la faveur de cet entretien, le diplomate dégaine et tient des propos qui révèlent l'atmosphère de franche discorde qui règne au sein de l'Union africaine, notamment entre son pays et les nations membres de la CEMAC, qu'il accuse de manière fort peu voilée d'avoir été les complices des attaques de la Séléka contre les troupes de son pays positionnées en Afrique, et dont il affirme qu'ils se sont débrouillés pour remettre le destin de la Centrafrique à des mains extérieures au continent. Avec le peu de succès que l'on sait. Ses propos devraient normalement avoir une certaine résonance en Europe, plus particulièrement en France. En effet, ils viennent en soutien à la thèse selon laquelle Paris, qui feint d'aller jouer les gendarmes de la paix à son corps défendant, encourage ses alliés "francophones" à "saboter" la mise en place de "solutions africaines aux problèmes africains". Ce qui revient, finalement, à faire payer le contribuable français, qui dépense son argent dans des expéditions néocoloniales.

Extraits.

- "L'Afrique du Sud était présente en Centrafrique depuis plus de dix ans. Elle a reçu mandat d'y aller pour aider le gouvernement qui était là-bas. (...) Jusqu'à ce fameux événement où les événements de la Séléka sont rentrés en très grand nombre. Ils ont attaqué la position sud-africaine. (...) Naturellement, le nombre a fait qu'ils ont pu surprendre cette position sud-africaine. Nous avons perdu environ 15 soldats. Mais vous avez sans doute lu les vrais rapports : la Séléka a perdu des centaines d'éléments pendant ces combats. Cet événement a poussé le gouvernement sud-africain à se réunir en urgence et à en référer à l'UA avec une proposition : avec ce qui se passe, mieux vaut renforcer la présence sud-africaine sur le terrain pour éviter certaines choses (...) Les soi-disant dirigeants de cette partie de l'Afrique se sont réunis et ont dit aux Sud-Africains : "non, non, à partir de maintenant, nous on peut". Parce qu'ils pensaient avoir des soutiens hors du continent. L'Afrique du Sud en a référé à son gouvernement et à l'UA et elle a retiré le peu de troupes qui était là. Elle n'a pas eu l'autorisation d'augmenter ses troupes pour avoir une présence plus importante. (...)

Vous connaissez la suite. Ces mêmes dirigeants sont allés reconnaître une rébellion contre les textes de l'organisation qui commande tout le continent. Le dirigeant de cette rébellion qui a attaqué est devenu un dirigeant transitionnel. Aujourd'hui, les résultats sont là. Les chrétiens sont attaqués, les musulmans sont attaqués. (...) 

Il ne s'agit pas pour les Sud-Africains de venir s'imposer en tant que puissance. Ce n'est pas une façon d'agir quand il y a des lois (...) Un pays ne s'impose pas aux autres. Les pays travaillent dans le cadre de l'Union africaine. C'est quand l'Union africaine dit "faites ceci", que nous le faisons. Nous ne faisons pas au-delà."

03/02/2014

Enorme jurisprudence - Sous Ouattara, la justice ivoirienne admet la "légitimité" de l'administration Gbagbo durant la guerre post-électorale

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La joie des proches des dix ex-responsables de la Police ivoirienne, acquittés hier alors qu'ils étaient jugés pour "violation de consignes" après avoir bénéficié d'un non-lieu concernant des accusations aussi diverses qu'originales (viol, vol, atteinte à la sûreté de l'Etat) est naturellement compréhensible.

Mais, alors qu'ils célébraient qui leur père, qui leur époux, qui leur ami éloigné d'eux pendant près de trois ans, se rendaient-ils compte de la force de la JURISPRUDENCE que représente ce verdict libérateur ? En effet, si le tribunal a déclaré "à l'unanimité" les prévenus non coupables pour "délit non établi", le parquet militaire - qui représentait dans le prétoire ce pouvoir là même qui a jeté ces hommes en prison aussi longtemps - a estimé que les accusés ont "agi sous les ordres d'une hiérarchie légitime".

Le pouvoir Ouattara dit donc, très clairement et de manière très officielle, que de décembre 2010 à avril 2011, l'administration Gbagbo était "légitime". Cela signifie par voie de conséquence que tous ceux qui ont été persécutés pour avoir obéi aux ordres de cette administration n'ont rien fait de mal. Alors que leur statut de prisonniers politiques est désormais gravé dans le marbre de l'Histoire grâce à cet aveu judiciaire, ils devraient en toute logique - mais il n'y a rien de logique dans toute cette histoire - être dédommagés. Et tous ceux qui se trouvent encore en prison pour avoir suivi Gbagbo plutôt que Ouattara devraient déjà être en train de faire leur paquetage et de préparer leur libération !

Il ne sera donc plus possible en Côte d'Ivoire - vu que l'Accusation, qui semble être tombée sur son chemin de Damas, ne fera en toute logique pas appel - d'interdire des journaux parce qu'ils écriront qu'Aké N'Gbo a été Premier ministre... par exemple.

Si on veut suivre la logique que nous suggère à la fois le juge et le procureur militaire, Alassane Ouattara a bel et bien perpétré un coup d'Etat le 11 avril 2011 vu que juste avant, "une hiérarchie légitime" était en place.

Mais il ne faut pas, n'est-ce pas, trop énerver ceux qui sont déjà "embrouillés" entre leurs concepts juridiques foireux, leur sadisme revanchard et les nombreuses pressions du "maître", qui fixe visiblement ses conditions avant de venir à Abidjan inspecter son "dominion" sans que cela ne nuise trop à son image.