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02/08/2013

En Côte d'Ivoire, une croissance artificielle portée par l'endettement

La propagande intense sur la croissance ivoirienne "à presque deux chiffres" doit forcément être relativisée. Et pour cause : la production du pays stagne, et ce sont surtout ses importations, dopées par des financements extérieurs inédits, qui "fabriquent" une activité aux bases fragiles. Quelques données qui font réfléchir.

- Entre 2011 et 2012, le secteur primaire (agriculture, pêche, sylviculture, élevage) a crû de 0,1%, ce qui signifie qu'il a stagné. Le secteur secondaire (industrie, mines, énergie, BTP) a été en baisse (-3,74%). Seul les secteurs des services et des impôts indirects ont crû (16% et 14%). Comme le montre le tableau ci-dessous.


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- La "croissance" ivoirienne est aussi caractérisée par une détérioration inédite de sa balance commerciale, historiquement excédentaire pour le premier producteur mondial de cacao, et premier producteur africain de café et d'anacarde. Pour la première fois depuis très longtemps, la Côte d'Ivoire importe plus qu'elle exporte. Le tableau qui suit permet de montrer un appareil productif grippé. Les exportations de biens se contractent (-1,5%), alors que les importations de biens augmentent de 45,8%.

Capture import export.JPG

Avec quoi la Côte d'Ivoire achète-t-elle frénétiquement des biens à l'étranger ? Avec de l'endettement, pardi. Entre 2011 (huit mois de régime Ouattara) et 2012 (année pleine), les financements extérieurs ont culminé à près de 1000 milliards de FCFA. Plus précisément, pendant les années Gbagbo, les financements extérieurs ont représenté en moyenne par an 76,91 milliards de FCFA. Sous Ouattara, ils représentent jusqu'ici 478 milliards de FCFA annuels. Soit six fois plus. Comme le montre ce graphique que j'ai réalisé sur la base de données de la BCEAO.

L'endettement actuel de la Côte d'Ivoire permettra-t-il de doper de manière prodigieuse la production agricole et industrielle dans les années qui viennent ? C'est à cette seule condition qu'il sera soutenable et ne créera pas des hausses d'impôts (ou plus sûrement "la grande braderie" du patrimoine de l'Etat et de la Nation) demain. Il est en tout cas permis d'en douter.

- Les données de la BCEAO nous indiquent qu'entre 2011 et 2012, les "salaires et traitements" des fonctionnaires sont passés de 720 milliards de FCFA à 940 milliards de FCFA (soit 30%), alors qu'il n'y a pas eu de hausse significative officielle des rémunérations des agents de l'Etat et que les recrutements ont été officiellement quasi-gelés. S'agit-il du coût de l'insertion des ex-rebelles dans les fichiers de la paie publique ? S'agit-il de détournement de fonds publics déguisés ? En tout cas, cette augmentation représente, à elle seule, la moitié des financements extérieurs octroyés à l'Etat de Côte d'Ivoire en 2012.

- Les marchés de gré à gré ont représenté 60% de l'ensemble des marchés approuvés en 2012, ce qui a fait paniquer observateurs et bailleurs de fonds. En effet, le phénomène est inédit dans l'histoire récente de la Côte d'Ivoire.

- Les scandales financiers se multiplient au point que l'ambassade de France s'est vu obligée d'envoyer un rapport circonstancié au ministère de l'Economie et des Finances à Paris et que le "cas ivoirien" a été évoqué par la multinationale pétrolière Chevron au Congrès américain. Comme l'indiquait récemment Jeune Afrique, hebdomadaire dont les dirigeants entretiennent des relations privées très poussées avec le couple Ouattara...

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