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10/05/2013

Antoine Massé et Sylvain Gagnétaud, les journalistes tués dont RSF se moquait...

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Les ONG internationales, qui se posent en incarnation de la conscience universelle, s'irritent profondément quand elles sont présentées comme des instruments visant à imposer une vision du monde occidentale dans le monde entier. Pourtant, beaucoup d'entre elles ont un prisme eurocentriste que l'on peut percer à force de perspicacité.

Prenons le cas de Reporters sans frontières, basée à Paris, en France, et longtemps incarnée par la figure médiatique de Robert Ménard. Elle a beaucoup parlé de la Côte d'Ivoire ces dernières années. A raison, elle a évoqué le trépas de Jean Hélène, ancien correspondant de RFI, tué par un policier à Abidjan. Reporters sans frontières s'est fortement mobilisée à l'occasion de la disparition de Guy-André Kieffer, ancien spécialiste "matières premières" du quotidien français La Tribune devenu consultant à Abidjan - et collaborateur de journaux locaux sous pseudo, ainsi que de La Lettre du Continent.

Mais il est tout à fait frappant de comparer le traitement des cas ci-dessus avec celui de journalistes ivoiriens assassinés en Côte d'Ivoire. Je pense d'abord à Antoine Massé, correspondant à Duékoué du quotidien Le Courrier d'Abidjan, assassiné par l'armée française d'une balle dans la tête en novembre 2004 ; et ensuite à Sylvain Gagnétaud, de Radio Yopougon (ancien du Temps), assassiné par l'armée d'Alassane Ouattara en mai 2011.

Que nous apprennent les moteurs de recherche ? Selon Google, le site de RSF a évoqué 84 fois l'affaire Guy-André Kieffer, et a parlé deux fois d'Antoine Massé. Selon le moteur de recherche intégré dans le site de RSF, le nom de Sylvain Gagnétaud a été cité dans trois articles. 

Une étude plus "qualitative" montre que JAMAIS, au-delà de l'émotion immédiate, RSF n'a interpellé les autorités françaises sur les suites du dossier "Massé". Comme il n'y a eu aucune interpellation dans le genre de celles qui ont eu cours, sous Gbagbo et sous Ouattara, concernant Kieffer, pour ce qui est de Gagnétaud.

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Selon que vous serez blanc ou noir, les campagnes de RSF vous rendront omniprésent ou invisible ? Ce n'est pas si simple que cela, bien sûr. RSF s'est mobilisée de manière exemplaire quand la famille Compaoré a fait assassiner le journaliste d'investigation Norbert Zongo. Mais les morts de Massé et de Gagnétaud, contrairement à celle de Zongo, interpellent directement la politique étrangère de la France. C'est l'armée française elle-même qui a tué Massé. C'est une force armée soutenue activement et concrètement sur le terrain par l'armée française et ses hélicoptères de guerre qui a tué Gagnétaud. Du coup, il y a gêne ! Il ne s'agit pas d'obtenir le scalp d'un roi nègre. Il s'agit de mettre en cause... une des sources de financement de RSF.

Eh oui. Alors que la tendance est d'obliger les ONG, qui se posent en avocates de la transparence, à être elles-mêmes transparentes, RSF publie ses comptes sur son site Internet. Et du coup, nous sommes édifiés au sujet de ses bailleurs de fonds. Ainsi en 2011, les financements publics provenant de l'Union européenne, de l'Agence française de développement, de l'Organisation internationale de la Francophonie et des ministères français contribuaient à hauteur de 18,4% aux "recettes" de RSF.

l'on voit qu'il est périlleux pour cette organisation de s'attaquer, au nom de la liberté de la presse, à la politique de puissance d'un certain Etat.

Du coup, on comprend mieux pourquoi RSF parle plus aisément de Kieffer que de Massé. C'est une question de business model !

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