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09/05/2013

Quand le procureur de la CPI camouflait les crimes de l'Etat français en Côte d'Ivoire

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La lecture attentive des rapports souvent longs et arides des institutions comme la CPI et des ONG internationales de défense des droits de l'Homme qui lui servent d'inspiration permet de suivre la trace d'un certain nombre de prismes idéologiques. Et trahit aussi des complalisances.

Ainsi du document transmis par Louis Moreno-Ocampo, alors procureur auprès de la CPI, à la chambre préliminaire III de l'institution. Et qui était censé apporter de plus amples informations sur les crimes relevant potentiellement de la CPI commis entre 2002 et 2010. Le procureur cite des crimes allégués attribués soit aux rebelles d'alors soit aux loyalistes. Il essaie de "balancer" le tout pour donner une impression d'équilibre - tout cela ne mange pas de pain, car l'évocation de ces exactions supposées ne l'oblige pas à enquêter...

Toutefois, mon regard s'est arrêté sur sa description des événements de novembre 2004 où, à Abidjan et dans la zone gouvernementale, plusieurs dizaines d'Ivoiriens ont été tués, très souvent par balles, par l'armée française - notamment devant l'hôtel Ivoire. Ce qui est frappant, ahurissant, renversant, c'est qu'Ocampo refuse d'évoquer les morts ivoiriens dans son rapport. Ce n'est même pas qu'il les relativise, ou qu'il les minore. Il n'en parle pas. Ces morts n'existent pas. Ils ne heurtent manifestement pas la "conscience internationale", que la CPI est censée représenter. De toute façon, Ocampo ne parle pas de ces événements au titre des "tueries" ou des "massacres" mais au titre des "attaques illégales" (l'attaque illégale étant l'opération de reconquête du Nord du pays aux mains des rebelles par l'armée nationale).

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"Entre le 4 et le 9 novembre 2004, l'aviation gouvernementale ivoirienne a lancé des attaques sur les villes de Bouaké, Korhogo et d'autres bastions rebells dans le Nord de la Côte d'Ivoire. L'offensive a causé la mort de 55 civils. Comme neuf soldats français ont aussi été tués durant le raid meurtrier sur Bouaké, la France a pris la décision de détruire l'aviation ivoirienne. Ce qui a entraîné des émeutes anti-françaises, encouragées par le leader des Jeunes Patriotes Charles Blé Goudé. Le gouvernement ivoirien a par la suite accusé les forces françaises d'avoir tiré sur des manifestants qui allaient en direction du 43ème BIMA à côté de l'aéroport d'Abidjan. Selon les officiels français, certains de ces manifestants étaient armés."

Dans ce récit d'un cynisme renversant, l'hôtel Ivoire, le pont Charles-De-Gaulle, où des militaires français ont tiré sur des manifestants ivoiriens désarmés, disparaissent. Les 64 morts ivoiriens, tués de sang-froid (et sur ordre) par des soldats français, disparaissent. Et pourtant, ce massacre est le plus documenté de tous ceux dont Ocampo parle dans son document. Canal + a ainsi publié un documentaire édifiant, qui taille en pièces la piteuse défense de la France officielle. Le voici.

Le réalisateur ivoirien Sidiki Bakaba a lui aussi produit un documentaire plus engagé mais tout aussi édifiant : La Victoire aux Mains Nues.

De toutes ces preuves, Ocampo se contrefiche ! La CPI, instrument de légitimation d'un certain ORDRE POLITIQUE, ne peut pas raisonnablement accuser l'armée française de massacres, comme elle le ferait de vulgaires Nègres, qu'ils soient loyalistes ou rebelles.

L'ex procureur de la CPI s'est majoritairement appuyé sur des rapports d'organisations de défense des droits de l'Homme pour écrire son rapport. Et il est assez édifiant de voir que celle qui structure son raisonnement, Human Rights Watch, a également passé par pertes et profits les massacres français de novembre 2004 en Côte d'Ivoire. Dans son rapport de mai 2005, le premier après ce massacre, l'ONG criminalise beaucoup les jeunes patriotes, disqualifie le mouvement de colère contre une armée française qui était pourtant entrée en guerre sans le déclarer contre la Côte d'Ivoire et... évoque en quelques phrases ambigues le massacre de l'Ivoire.

"Blé Goudé a insisté sur le fait que les manifestants et ses Jeunes Patriotes n’étaient pas armés. Cependant, des officiels français disent qu’ils ont vu des patriotes armés sur le pont Général de Gaulle dès le milieu de l’après-midi. Ils avancent comme preuve le fait que plusieurs soldats français ont été blessés par balles pendant les manifestations. Le gouvernement ivoirien a accusé les forces françaises d’avoir tiré sur les manifestants à Abidjan avec de véritables munitions et a estimé le bilan des violences de novembre 2004 à 64 morts et environ 1500 blessés. Plusieurs manifestants interviewés par Human Rights Watch ont déclaré qu’ils avaient vu les forces françaises tirer à balles sur la foule des manifestants depuis des immeubles et d’un hélicoptère. Certaines des victimes et des blessés de l’Hôtel Ivoire ont été piétinés en s’enfuyant pour échapper aux tirs, d’après des sources de l’hôpital."

On remarquera qu'HRW défend l'armée française au maximum (alors que les vidéos accablantes la mettant en cause sont déjà sorties). Contrairement à sa méthodologie, elle ne diffuse pas les témoignages des blessés graves et des Ivoiriens que l'armée française a rendu invalides. Elle ne donne pas la parole aux parents des personnes décédées. Elle ne fournit au lecteur aucun élément clair permettant d'approcher la vérité, au-delà des déclarations des uns et des autres.

Amnesty International a une approche plus conforme à sa vocation. Comme souvent sur la Côte d'Ivoire. Dans un rapport publié le 19 septembre 2006, l'ONG ne met pas dos à dos deux versions, mais affirme qu'il y a eu des dizaines de morts et de blessés et que l'armée français a tiré sur des personnes qui ne représentaient pas de menace directe :

"Amnesty International n'a pu établir le bilan exact des victimes des affrontements de novembre 2004 à Abidjan qui ont fait des dizaines de morts et de blessés. En effet, les autorités ivoiriennes ayant ouvert une enquête judiciaire sur ces faits, les délégués d'Amnesty International n'ont pu rencontrer, en dépit de demandes officiellement déposées, le médecin légiste ou le procureur ni se rendre dans les morgues d'Abidjan car toutes ces informations étaient protégées par le secret de l'instruction. Amnesty International a cependant pu recueillir un nombre important de témoignages de victimes et de parents de victimes ainsi que les versions des représentants des forces armées ivoiriennes et françaises. Les troupes françaises ont certes dû faire face à des mouvements importants de manifestants, parfois menaçants pour leur vie ou celle de tiers et elles ont dû évacuer dans des conditions difficiles des civils français et des ressortissants d'autres nationalités. Cependant, les informations recueillies par Amnesty International concernant les conditions dans lesquelles les soldats français ont fait usage de leurs armes létales lors des affrontements qui les ont opposés à des manifestants à Abidjan en novembre 2004, montrent que les forces françaises ont, à certaines occasions, fait un usage excessif et disproportionné de la force alors qu'elles se trouvaient face à des manifestants qui ne représentaient pas une menace directe pour leurs vies ou la vie de tiers."

Amnesty International se garde toutefois d'utiliser le mot qui aurait été utilisée si cette manifestation avait été réprimée par une armée africaine : MASSACRE. Or il s'agit bien d'un massacre. Un effroyable massacre. Un massacre qui est recouvert par une impunité qui s'appuie sur les omissions de la CPI, les justifications effrontées d'une groupe de pression mesquin camouflé derrière la défense des droits de l'Homme (HRW) et par la dénonciation "à moitié" d'Amnesty International.

Au fait, qui finance les fameuses ONG de défense des droits de l'Homme ?

L'on sait aujourd'hui qui possède les grands médias mondiaux et beaucoup les lisent en le gardant à l'esprit. TF1 c'est Bouygues. Wall Street Journal c'est Murdoch. L'Express c'est Dassault (un marchand d'armes, donc). Europe 1 et le Journal du Dimanche, c'est Lagardère (un autre marchand d'armes). Mediaset, c'est Berlusconi.

Mais pourquoi ce réflexe de distance critique n'est-il pas de mise quand on évoque des organisations autrement plus influentes sur la scène internationale que les médias, et qui ne vivent souvent pas des cotisations de leurs adhérents, mais des dons de milliardaires OCCIDENTAUX et de gouvernements OCCIDENTAUX ? 

Le débat est ouvert.

 

 

Commentaires

Merci Kouamouo de revenir sur ces écrits et de les battre en brèches. Autrement, ils sont les seuls à demeurer pour la postérité et ferait l'histoire...
Un détail à relever dans l'extrait du rapport de HRW. La forme affirmative est employée (comme pour dire que c'est avéré)lorsqu'il s'agit d'évoquer les "55 civils tués" à Bouaké, alors que s'agissant des évènements d'Abidjan, l'on cite juste le gouvernement (un gouvernement du reste discrédité dans l'opinion internationale)...
Au fait, qui était ce ressortissant américain tué lors du raid de l'armée ivoirienne à Bouaké?

Écrit par : Corneille Ouedraogo | 09/05/2013

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