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26/02/2013

Côte d'Ivoire - la loi des vainqueurs - rapport accablant d'Amnesty International sur la dictature Ouattara - à télécharger ici

Côte d'Ivoire la loi des vainqueurs.JPG

Téléchargez le document de 88 pages en cliquant ici.

14/02/2013

"Glôglô de Paname", l'émission de webtv créée par l'artiste ivoirien Komandant Simi Ol

09:51 Publié dans Vidéo | Lien permanent | Commentaires (0)

07/02/2013

"IBNI", le prochain livre de Guy Labertit, sort très bientôt aux Editions du Gri Gri

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Il racontera le destin tragique de l'opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh, homme de gauche assassiné par des nervis armés du régime d'Idriss Déby Itno en 2008.

Le making of du livre...

Un lien intéressant : Le fils d'Ibni parle de son père dans La Croix.

06/02/2013

Boubacar Boris Diop sur le Mali, la France et l'Afrique : "Nous aurions dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo (...) Les Maliens ont perdu leur Etat et leur honneur"

Dans une interview accordée au journal sénégalais Le Pays au Quotidien, reprise par son collègue djiboutien Abdourrahmane Waberi sur son blog hébergé par Slate Afrique, l'écrivain Boubacar Boris Diop analyse les différentes implications de la guerre au Mali... et refuse d'applaudir à tout rompre la France officielle... qu'il qualifie de "pompier pyromane".

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"Le danger, à mon humble avis, c’est d’analyser cette guerre comme un fait isolé. Tout le monde la relie à l’agression contre la Libye, mais pas avec autant d’insistance qu’il faudrait. Il ne suffit pas de dire que l’agression contre la Libye est en train de déstabiliser la bande sahélienne et toute l’Afrique de l’Ouest. Il faut la placer, de même que le « printemps arabe », au cœur de la réflexion sur le Nord-Mali. Nous devons peut-être même aller plus loin et nous demander si nous n’aurions pas dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo. Il était possible, sans forcément soutenir Laurent Gbagbo, de bien faire savoir à Paris qu’une ligne rouge venait d’être franchie. Mais nous avons trop bien appris notre leçon sur la démocratie, on a inventé exprès pour nous des termes comme « bonne gouvernance » – qui donc a jamais entendu parler de la « bonne gouvernance » en Belgique ? – et nous en sommes venus à perdre tout sens des nuances et surtout la capacité d’inscrire des évènements politiques particuliers dans une logique globale.

(...) Il suffit de remonter le fil des évènements. Après avoir assassiné Kadhafi dans les conditions scandaleuses que l’on sait, L’Etat français a cru le moment venu de confier la sous-traitance de la guerre contre Aqmi et le Mujao à la rébellion touarègue. Comme vient de le rappeler Ibrahima Sène dans une réponse à Samir Amin, Paris et Washington décident alors d’aider les Touareg présents en Libye à rentrer lourdement armés au Mali mais, détail important, pas au Niger où on ne veut prendre aucun risque à cause d’Areva. Les Touareg sont ravis de pouvoir concrétiser enfin leur vieux rêve d’indépendance à travers un nouvel Etat de l’Azawad, allié de l’Occident.

Certains médias français se sont alors chargés de « vendre » le projet de ces « hommes bleus du désert » qui se préparent pourtant tout simplement à entrer en guerre contre le Mali. Il suffit de faire un tour dans les archives de France 24 et de RFI pour voir que le MNLA en particulier a été créé de toutes pièces par les services de Sarkozy. Ces stratèges savaient très bien que cela allait se traduire par l’effondrement de l’Etat malien et la partition de son territoire. Ça ne les a pourtant pas fait hésiter une seconde. Juppé s’est ainsi permis de minimiser l’égorgement collectif par les Touareg d’une centaine de soldats et officiers maliens le 24 janvier 2012 à Aguelhok et suggéré la possibilité d’un Azawad souverain au nord. Mais au bout du compte, le MNLA qui n’a pas été à la hauteur des attentes de ses commanditaires face aux jihadistes, s’est pratiquement sabordé, ce qui est d’ailleurs sans doute une première dans l’histoire des mouvements de libération. Dans cette affaire, la France est clairement dans le rôle du pompier pyromane. Tout laisse croire qu’elle va défaire les jihadistes, mais sa victoire coûtera aux Maliens leur Etat et leur honneur.

Je veux juste dire que c’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali et de sa relative homogénéité territoriale. Il faudrait être bien naïf pour s’imaginer qu’après s’être donné tant de mal pour libérer le Nord, la France va remettre les clefs du pays à Dioncounda Traoré et Maliens et se contenter de grandes effusions d’adieu. Non, le monde ne marche pas ainsi. La France s’est mise en bonne position dans la course aux prodigieuses richesses naturelles du Sahara et on la voit mal laisser tomber la rébellion touarègue qui reste entre ses mains une carte précieuse. Un épisode de cette guerre est passé inaperçu, qui mérite pourtant réflexion : la prise de Kidal. On en a d’abord concédé la « prise » à un MNLA qui n’a plus aucune existence militaire et quelques jours plus tard, le 29 janvier, les soldats français sont entrés seuls dans la ville, n’autorisant pas les forces maliennes à les y accompagner. Iyad Ag Ghali, patron d’Ansar Dine, discrédité par ses accointances avec AQMI et le MUJAO, est presque déjà hors jeu et son rival « modéré » Alghabasse Ag Intalla, chef du MIA, est dans les meilleures dispositions pour trouver un terrain d’entente avec Paris. En somme, les indépendantistes Touareg vont avoir après leur débâcle militaire un contrôle politique sur le nord qu’ils n’ont jamais eu. C’est un formidable paradoxe, mais l’intérêt de l’Occident, c’est un Etat central malien sans prise sur la partie septentrionale du pays. Les pressions ont commencé pour obliger Dioncounda Traoré à négocier avec des Touareg modérés sortis de la manche de Paris et on ne voit pas un président aussi affaibli que Dioncounda Traoré résister à Hollande. Que cela nous plaise ou non, le « printemps arabe » est en train de détacher définitivement l’Afrique du Nord du reste du continent et la « nouvelle frontière » c’est en quelque sorte le Nord-Mali. Cela correspond à un projet stratégique très clair, très cohérent, de l’Occident et il est en train de le mettre en œuvre."

La Côte d'Ivoire à l'ère de la recolonisation foncière

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Entre 100 000 et 200 000 hectares de terre, accordées au groupe Louis-Dreyfus ! C’est l’information principale qui est ressortie jeudi dernier, de l’audience accordée par Alassane Ouattara aux dirigeants de cette multinationale française spécialisée dans le négoce de matières premières. Dans un contexte d’opacité totale sur les clauses de l’accord qui octroie une aussi vaste portion du territoire ivoirien à des requins cités parmi les principaux acteurs d’une vaste entreprise d’accaparement des terres dans les pays en voie de développement, et qui semblent avoir choisi la Côte d’Ivoire pour nouvelle cible. En effet, au-delà de Louis-Dreyfus, le groupe français Mimran et la firme singapourienne Olam sont à un stade avancé dans les négociations avec le régime d’Abidjan. Quand on additionne les prétentions des différentes firmes qui convoitent les terres arables ivoiriennes, l’on s’approche assez vite du million d’hectares.

Ce qui est le plus préoccupant dans cette affaire, c’est l’atmosphère d’opacité dans laquelle se déroulent des transactions qui vont pourtant influencer de manière radicale le destin de dizaines de milliers de petits paysans, et qui vont modifier en profondeur la nature même de l’agriculture ivoirienne. L’Assemblée nationale, de toute façon totalement contrôlée par la coalition au pouvoir, et menacée par l’exécutif dès la moindre velléité d’indépendance, a été maintenue en dehors du coup. Aucune loi-cadre n’a été envisagée en amont du «grand mercato» sur les terres ivoiriennes. Le gouvernement attendrait l’année 2015, selon un document consulté par Le Nouveau Courrier, pour adopter un «Rural Land Act», c’est-à-dire une nouvelle loi sur le foncier rural, dont les contours restent mystérieux !

Louis-Dreyfus contrôlera l’espace occupé par 2000 exploitations agricoles françaises

Il faut pourtant tenir bien à distance la propagande officielle et poser les questions qui fâchent. En effet, l’on n’est pas ici face à des investissements «comme les autres». La superficie des vastes étendues de terre concédées à des firmes financièrement plus puissantes que plusieurs Etats africains réunis pose problème. En France, pays développé et pays agricole par excellence, une exploitation moyenne fait environ 55 hectares ! Louis-Dreyfus contrôlera donc, assez vite, l’espace occupé par près de 2 000 «plantations» hexagonales ! Dans ce contexte, et alors que la superficie moyenne d’une exploitation agricole ivoirienne est de 3,89 hectares, comment envisager la cohabitation, dans les zones ciblées, entre firmes étrangères et petits paysans autochtones ?

Passons en revue les difficultés à venir. Le groupe Louis-Dreyfus et les autres mettront sans doute en place des techniques destinées à «apprivoiser» l’eau, ce qui pourrait avoir un effet sur les nappes phréatiques. Dans quelle mesure de tels dispositifs pourront-ils handicaper les paysans qui resteront indépendants ? Ailleurs dans le monde, le groupe Louis-Dreyfus développe des cultures à base d’organismes génétiquement modifiés (OGM), dont certaines cohabitent difficilement avec l’agriculture biologique pratiquée traditionnellement. Dans les grandes nations agricoles, les entrepreneurs du secteur bénéficient de l’accès au crédit, aux intrants et aux machines destinées à améliorer le rendement de leurs terres ; ils disposent  bien souvent d’une formation adaptée ; ils sont organisés en coopératives puissantes. La Côte d’Ivoire se prépare à donner la clé de ses villages et de ses terroirs au capitalisme mondialisé alors qu’elle ne dispose même pas d’un marché du vivrier organisé, qu’un grand nombre de ses agriculteurs vit en dessous du seuil de pauvreté, et que sociologiquement la terre n’est pas encore considérée comme une marchandise comme les autres, ce qui rend possibles des conflits de fond difficilement gérables. Qu’espère-t-elle récolter en dehors de nouvelles spoliations ? Les agriculteurs ivoiriens ne seront-ils pas au final contraints à devenir des métayers au service des nouveaux maîtres de la terre ou à rejoindre la cohorte des miséreux vivant dans les quartiers précaires des grandes villes ?

Le «miracle économique» ivoirien n’était pas ultralibéral

Il est urgent qu’un débat le plus inclusif s’ouvre. Il doit porter sur les modalités des cessions foncières qui ont commencé pour ne plus s’arrêter – puisqu’elles s’inscrivent dans un plan d’ensemble soutenu par le G8, la France et l’Union européenne. Il doit aussi porter sur le «modèle économique» qui peut permettre à la Côte d’Ivoire post-ajustement structurel de renouer durablement avec une croissance partagée et socialement harmonieuse. L’ultralibéralisme le plus débridé semble en effet être le seul horizon des actuels dirigeants du pays qui ressassent à n’en plus finir le refrain du choix initial de la Côte d’Ivoire pour «l’économie de marché». Mais en réalité, le «miracle économique» relatif qu’a connu le pays des Eléphants durant la première partie du règne de Félix Houphouët-Boigny s’est fondé, d’abord et avant tout, sur un capitalisme d’Etat. La Côte d’Ivoire est devenue le premier producteur mondial de cacao alors que la filière était, en interne, quasiment gérée intégralement par un Etat fort qui investissait dans les pistes rurales, garantissait les prix aux producteurs, vendait les fèves sur le marché mondial. Les multinationales étaient tenues loin de la commercialisation locale. Elles n’avaient pas mis la main sur de vastes étendues de terre. L’Etat ivoirien ne s’était pas soumis à cette recolonisation foncière qui ne dit pas son nom.

On peut objecter à cet argument que ce capitalisme d’Etat s’est effondré dès le tournant des années 1980. Mais est-ce sa nature intrinsèque qui le condamnait ? La mauvaise gouvernance notamment liée à la faible surveillance citoyenne sur les dirigeants dans un contexte de parti unique n’était-elle pas la principale criminelle ? En Asie et en Amérique latine, ils sont nombreux les pays qui tirent leur épingle du jeu grâce à des recettes qui relèvent le plus souvent de ce capitalisme non dogmatique, essentiellement porté par un Etat visionnaire qui n’a pas renoncé à son rôle de chef d’orchestre de l’économie. Pendant ce temps, les pays africains comme la Côte d’Ivoire, dont les dirigeants se sont pliés par paresse intellectuelle et lâcheté quotidienne à la vulgate des institutions de Bretton Woods, ne cessent de péricliter. Ils ont vendu leurs entreprises publiques, y compris celles qui relèvent des secteurs stratégiques, à des multinationales uniquement centrées sur leurs plus-values et la satisfaction de leurs actionnaires. Ils ont abandonné leurs banques d’Etat, et ne disposent plus de leviers efficaces quand ils veulent soutenir les agriculteurs ou les jeunes entrepreneurs. Ils ont, pour certains, renoncé à leur souveraineté militaire. Et leurs armées sont à genoux dès les premiers coups de canon de rébellions téléguidées qui précèdent souvent des opérations de maintien de la paix qui finissent par s’éterniser. Désormais, ils dépouillent leurs paysans de leur patrimoine foncier ancestral et créent de véritables enclaves extra-territoriales au profit des «nouveaux prédateurs» de l’économie mondiale dont ils ne pourront pourtant pas contrôler l’appétit gargantuesque.

Théophile Kouamouo

02/02/2013

La République du Mali est morte ! Mes frères, pleurons !

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Avec un peu de provocation, c'est ainsi que l'on pourrait résumer un très intéressant dossier du Dr Pierre Franklin Tavarès, intitulé "Qui va sauver le Mali ?" Le propos est dur, mais juste.

"Au vrai, le Mali n’est plus un État indépendant, si ce n’est par l’apparence des attributs. Il ne peut garantir ses frontières, sa classe politique est anéantie et l’ensemble du corps social est désemparé. Le Mali n’a plus les moyens de sa propre existence et ne doit sa survie, si l’on en croit ses hommes politiques, qu’à l’intervention de son ancien colonisateur. Aussi affligeant soit-il, ce constat pourrait être étendu à la quasi-totalité des États francophones d’Afrique noire. En effet, en matière de sécurité intérieure et extérieure, la France porte à bout de bras toutes ses anciennes colonies. Le Mali en est l’exemple le plus cru et le plus éclatant. Cruelle ironie de l’histoire, jamais la FrançAfrique n’a été aussi forte.

Au reste, il y a quarante-trois ans, à Paris, Franklin Boukaka chantait ses « lamentations » africaines, avec Ayé Africa. Ce titre, sa triste mélodie et ses paroles restent dans les mémoires, parce qu’ils mettaient déjà au jour le dévoiement des États africains, dix ans à peine après les indépendances. Les premières paroles établissent un constat sans équivoque : Ayé é Africa, Eh é é Africa, O oh lipando. (...)

Pour les nations, être dans l’histoire, y rester, persister, y tenir une place, c’est s’organiser en État. En un État viable et fiable. Aussi controversé soit-il, le Discours de Dakar ne voulait pas dire autre chose. La Crise malienne révèle la fragilité des États africains. Et la communauté des sciences sociales africaines, si prolixe en d’autres occasions, s’est enfermée dans un assourdissant mutisme, quand on se rappelle de son vent de colère soulevé par le Discours de Dakar. Sous ce rapport, le silence d’Adame Ba Konaré est frappant.

Somme toute, la crise malienne conforte les « lamentations » de Franklin Boukaka et elle juge sévèrement Amadou et Mariam, dont la belle innocence vante les dimanches de mariage à Bamako.

En tous les cas, avec et après la Crise malienne, l’Afrique ne sera plus la même. Il s’agit d’un tournant dont on n’entrevoit pas encore la portée, tournant aussi important et décisif que de celui de 1989, qui vit l’écroulement du monde soviétique. Une nouvelle carte des nations est en cours de distribution. Les États africains impotents ne résisteront pas. (...)

Lorsque la vertu cesse, la République est une dépouille

Le Mali ? Vaste territoire, en Afrique de l’ouest, à la charnière de deux « mondes », arabe et noir. Ex-colonie française. Un État pauvre et un pauvre État. Les institutions publiques n’y sont plus qu’un amas chaotique ou des structures de vacarme. Pire, l’idée de l’État y a disparu. Il n’en reste que le squelette, une apparence totalement décharnée. Le Mali n’a pas échappé à une vérité universelle : un État qui ne se nourrit pas de « l’idée de l’État », un État qui donc ne repose pas sur lui-même, cet État-là entre en décomposition, de façon inéluctable. Il n’y a pas de magie, mais des règles objectives dans l’histoire des peuples et des nations.

S’il n’y a pas d’État, comment pourrait-il y avoir de « Chose publique », de Ré-publique ? Tout est privé, ou du moins est conçu et géré comme une affaire privée. Le caprice et l’arbitraire sont maîtres au Mali. Lorsque [la] vertu cesse, dit Montesquieu, […] la République est une dépouille. Le Mali est face à cette vérité. Or, s’il n’y a ni État ni République, sur quels fondements solides peut reposer la Démocratie ? Partout est admis qu’une nation ne se gouverne que par les lois. Là-bas, la « chose publique » ne s’appuie pas sur la « vertu » ou sur les « lois », mais tout à l’opposé sur les « grins », qui valent plus que les partis politiques. Qu’est-ce que cela qui, tout en étant informel, est au-dessus du formel, c’est-à-dire des partis politiques et des institutions ? Le « grin »au Mali, écrit Seydou Keïta, est une habitude sociale de rencontres régulières entre amis, à la limite entre le « privé » et le « public » ; ce qui revient à admettre que le grin abolit, de fait, la grande distinction républicaine entre le « privé » et le « public ». Ils constituent des espaces importants du tissu social. Une sorte d’arbre à palabres, où l’on rend des combines d’arbitrage, où se font et se défont les arrangements de complaisance, où se recrutent les dirigeants. La République y est malmenée. Une telle invention, dont on entrevoit le danger et les effets dévastateurs, a fini par éroder l’ensemble des institutions publiques."

Lire l'ensemble du dossier ici.

 

Crise malienne, relation infantile entre la France et ses anciennes colonies : les vérités d'Achille Mbembé

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Il les a prononcées dans le cadre d'une interview accordée au journal sénégalais Sud Quotidien. Extraits.

Les Africains anglophones, plus émancipés que les Francophones ?

"[Les Africains anglophones] savent, mieux que les Africains francophones, faire réseau et investir les espaces-tiers. Ils n’ont guère, à l’égard de l’ex-pays colonisateur, la même attitude infantile que la plupart des francophones cultivent à l’égard de la France. Ils ont, en outre, l’avantage de s’appuyer sur une langue dominante qui elle-même constitue une ressource de poids sur les scènes de la mondialisation.  Sur place en Afrique, ils dirigent la très grande majorité des organisations continentales. Ils sont également à la tête de presque toutes les fondations américaines implantées en Afrique.

Les Africains francophones, par contre, ne savent pas faire masse. Ils dépendent presqu’entièrement de la France pour leur survie symbolique. Or, la France est une puissance en voie de déclassement et rongée, comme d’ailleurs le reste de l’Europe,  par un extraordinaire désir d’Apartheid. Ayant décolonisé sans s’auto-décoloniser, elle peine à échapper à la triple impasse du racisme, du mercantilisme et du paternalisme. Du coup, elle est devenue une souricière pour beaucoup d’intellectuels, d’artistes et de créateurs africains francophones."

"Sur un plan théorique, ma position a toujours été claire. C’est aux Africains de régler eux-mêmes leurs différends. Je suis donc, par principe, opposé aux interventions militaires étrangères en Afrique, surtout si ces interventions sont décidées unilatéralement. Cette position de principe repose sur la conviction selon laquelle, c’est aux Africains et à eux seuls de dire le cours qu’ils veulent imprimer à leur destin. Tout comme les luttes des Africains doivent être définies et menées par les Africains d’abord, c’est à eux d’abord de régler leurs différends. Et s’il y a un prix à payer, ils doivent s’en acquitter les premiers. C’est à cette condition qu’ils seront  maîtres et propriétaires d’eux-mêmes, créateurs et ayant-droits, et non point des pions dans les schémas des Autres.

Voilà le principe. Viennent ensuite les implications, ou encore la position de responsabilité. Car dire que l’on est opposé aux interventions militaires étrangères en Afrique ne suffit point. Il s’en suit nécessairement  que nous nous dotions, à l’échelle continentale, de moyens militaires communs pour régler les cas qui nécessiteraient le recours à la force légitime, dans un cadre juridique que nous nous serions, au préalable, librement donnés.

Et donc les Africains ne peuvent pas applaudir les troupes françaises en partance pour le Nord du Mali sans, dans le même mouvement, reconnaître que l’intervention française consacre leur impuissance et met à nu leur incapacité à s’auto-déterminer. Et si, de fait, ils sont incapables de s’auto-déterminer, alors pourquoi sont-ils indépendants ? Pourquoi ne pas, simplement, les remettre sous tutelle ?"

La menace islamiste est-elle le danger ultime pour l'Afrique ?

"Le grand danger qui menace l’ensemble du Continent, c’est le vide hégémonique. C’est la mollesse des institutions continentales dans un contexte d’affaiblissement des formes nationales de la souveraineté, d’intensification de l’économie d’extraction,  d’émergence d’une classe de sans-travail notamment parmi les cadets sociaux, de multiplication des guerres de prédation qui mêlent acteurs internes et externes, de déterritorialisation relative des ensembles hérités de la colonisation et d’émergence de nouvelles formes de luttes pour la survie.

Le grand danger, c’est également l’absence d’un noyau d’États-phares ou d’États-locomotives qui, de concert, travailleraient pour juguler les tendances au morcellement et à la balkanisation, pour accroître nos marges d’auto-détermination, pour négocier avantageusement avec le reste du monde.

Car, en plus des formations religieuses de la violence, d’autres dangers pointent, - la montée du mercantilisme chinois en Afrique, le regain de l’interventionnisme occidental dans les conflits régionaux ou nationaux ; la recrudescence du militarisme américain et la transformation progressive de régions entières du Continent en champs potentiels d’intervention ou en bases militaires pour les forces américaines - , la nouvelle course pour le contrôle des ressources du sol et du sous-sol africain. Les risques d’une « afghanistanisation » de pans entiers du Continent sont réels et ne se limitent point, loin s’en faut,  au Sahara."

A quand l'âge d'or africain ?

"Le temps de l’Afrique viendra. Ce ne sera peut-être pas de notre vivant. Mais il viendra. Le rôle de l’écriture et de la création imaginaire, artistique et culturelle est d’en préparer l’avènement. Pour le reste, il n’y aura ni miracle, ni Messie. Les Africains n’ont qu’un seul choix, celui de la responsabilité propre. Ils paieront le prix de leur affranchissement ou alors ils demeureront des objets de pitié du monde et les sujets de son mépris, puisque les deux, toujours,  vont ensemble.

Pour l’heure,  les forces sociales désireuses de provoquer une transformation des rapports de pouvoir sont faibles, mal organisées, fragmentées, ou encore manquent simplement à l’appel. Pour toutes sortes de raisons, elles ne parviennent pas à faire masse, à faire chair dans des pratiques réelles, coordonnées et décisives. 

Cette incapacité à faire corps et chair n’est pas de l’ordre de la fatalité. Mais elle est structurelle. Pour faire corps et chair et renverser les satrapies existantes, il faudra inventer un autre type d’intelligence sociale et d’imagination culturelle."

L'intégralité de l'interview ici.