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02/02/2013

La République du Mali est morte ! Mes frères, pleurons !

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Avec un peu de provocation, c'est ainsi que l'on pourrait résumer un très intéressant dossier du Dr Pierre Franklin Tavarès, intitulé "Qui va sauver le Mali ?" Le propos est dur, mais juste.

"Au vrai, le Mali n’est plus un État indépendant, si ce n’est par l’apparence des attributs. Il ne peut garantir ses frontières, sa classe politique est anéantie et l’ensemble du corps social est désemparé. Le Mali n’a plus les moyens de sa propre existence et ne doit sa survie, si l’on en croit ses hommes politiques, qu’à l’intervention de son ancien colonisateur. Aussi affligeant soit-il, ce constat pourrait être étendu à la quasi-totalité des États francophones d’Afrique noire. En effet, en matière de sécurité intérieure et extérieure, la France porte à bout de bras toutes ses anciennes colonies. Le Mali en est l’exemple le plus cru et le plus éclatant. Cruelle ironie de l’histoire, jamais la FrançAfrique n’a été aussi forte.

Au reste, il y a quarante-trois ans, à Paris, Franklin Boukaka chantait ses « lamentations » africaines, avec Ayé Africa. Ce titre, sa triste mélodie et ses paroles restent dans les mémoires, parce qu’ils mettaient déjà au jour le dévoiement des États africains, dix ans à peine après les indépendances. Les premières paroles établissent un constat sans équivoque : Ayé é Africa, Eh é é Africa, O oh lipando. (...)

Pour les nations, être dans l’histoire, y rester, persister, y tenir une place, c’est s’organiser en État. En un État viable et fiable. Aussi controversé soit-il, le Discours de Dakar ne voulait pas dire autre chose. La Crise malienne révèle la fragilité des États africains. Et la communauté des sciences sociales africaines, si prolixe en d’autres occasions, s’est enfermée dans un assourdissant mutisme, quand on se rappelle de son vent de colère soulevé par le Discours de Dakar. Sous ce rapport, le silence d’Adame Ba Konaré est frappant.

Somme toute, la crise malienne conforte les « lamentations » de Franklin Boukaka et elle juge sévèrement Amadou et Mariam, dont la belle innocence vante les dimanches de mariage à Bamako.

En tous les cas, avec et après la Crise malienne, l’Afrique ne sera plus la même. Il s’agit d’un tournant dont on n’entrevoit pas encore la portée, tournant aussi important et décisif que de celui de 1989, qui vit l’écroulement du monde soviétique. Une nouvelle carte des nations est en cours de distribution. Les États africains impotents ne résisteront pas. (...)

Lorsque la vertu cesse, la République est une dépouille

Le Mali ? Vaste territoire, en Afrique de l’ouest, à la charnière de deux « mondes », arabe et noir. Ex-colonie française. Un État pauvre et un pauvre État. Les institutions publiques n’y sont plus qu’un amas chaotique ou des structures de vacarme. Pire, l’idée de l’État y a disparu. Il n’en reste que le squelette, une apparence totalement décharnée. Le Mali n’a pas échappé à une vérité universelle : un État qui ne se nourrit pas de « l’idée de l’État », un État qui donc ne repose pas sur lui-même, cet État-là entre en décomposition, de façon inéluctable. Il n’y a pas de magie, mais des règles objectives dans l’histoire des peuples et des nations.

S’il n’y a pas d’État, comment pourrait-il y avoir de « Chose publique », de Ré-publique ? Tout est privé, ou du moins est conçu et géré comme une affaire privée. Le caprice et l’arbitraire sont maîtres au Mali. Lorsque [la] vertu cesse, dit Montesquieu, […] la République est une dépouille. Le Mali est face à cette vérité. Or, s’il n’y a ni État ni République, sur quels fondements solides peut reposer la Démocratie ? Partout est admis qu’une nation ne se gouverne que par les lois. Là-bas, la « chose publique » ne s’appuie pas sur la « vertu » ou sur les « lois », mais tout à l’opposé sur les « grins », qui valent plus que les partis politiques. Qu’est-ce que cela qui, tout en étant informel, est au-dessus du formel, c’est-à-dire des partis politiques et des institutions ? Le « grin »au Mali, écrit Seydou Keïta, est une habitude sociale de rencontres régulières entre amis, à la limite entre le « privé » et le « public » ; ce qui revient à admettre que le grin abolit, de fait, la grande distinction républicaine entre le « privé » et le « public ». Ils constituent des espaces importants du tissu social. Une sorte d’arbre à palabres, où l’on rend des combines d’arbitrage, où se font et se défont les arrangements de complaisance, où se recrutent les dirigeants. La République y est malmenée. Une telle invention, dont on entrevoit le danger et les effets dévastateurs, a fini par éroder l’ensemble des institutions publiques."

Lire l'ensemble du dossier ici.

 

Commentaires

N'importe quoi cet article! Car ce monsieur semble se reveiller et dit 'avec et apres la crise malienne, l'Afrique ne sera plus la meme'. Voila, c'est bien parce qu'on a des intellectuels paresseux, et retardataires affiches que l'Afrique n'avance pas. Pourquoi ne dit-il pas 'depuis l'agression sur la Cote d'Ivoire et la Libye, l'Afrique n'est et ne peut plus etre la meme?' Vous voyez comme ils sont en retard ceux-ci qui hier applaudissaient les ebats de Ouattara et la descente de l'armee francaise sur la presidence ivoirienne... vous voyez comme ils sont en retard ceux qui restaient silencieux face aux resolutions des nations unies en Libye, et applaudissaient la debacle d'un soit-disant despote libyen. Oui... et aujourd'hui comme par miracle ils ecrivent du n'importe quoi. Ou etaient-ils hier quand nous criions au crime? Qu'ils se levent donc, et crient ou plutot chantent comme Boukaka... car Boukaka au moins avait vu et avait chante!

Écrit par : Dee | 08/02/2013

les sauveurs du mali sont selon moi les grands juristes publicistes du pays.Que ceux-ci doivent inciter les dirigeants a mettre en place un nouveau système constitutionnel propre aux réalités maliennes et qui pourra régler le problème de l'irrédentisme touareg.

Écrit par : cisse sekou | 20/10/2013

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