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27/10/2012

Attention danger ! - Le "broutage" nous isole numériquement

Une fois de plus, l'image de la Côte d'Ivoire, déjà passablement dégradée, est entachée par un nouveau fait divers. Un jeune Breton (France) s'est suicidé après avoir été piégé par ce qui a tout l'air d'un réseau de brouteurs. C'est une mauvaise nouvelle, c'est irritant et cela doit cesser.

Beaucoup d'entre nous considèrent que les brouteurs, quand ils s'attaquent au portefeuille des Occidentaux, sont des Robins des Bois de la mondialisation, qui remboursent la "dette coloniale". Comme le chante le zouglouman Vieux Gazeur.

Cet argument est séduisant, mais il est absurde. En réalité, les brouteurs et toute cette économie numérique de la flibuste participent à nous maintenir dans les marges de l'économie, dans l'économie coloniale. Parce qu'ils nous isolent numériquement, font de nous des sortes d'étranges êtres du cybermonde, qu'il faut surveiller, craindre et avec qui il ne faut surtout pas songer à commercer. Ce qui profite bien aux "réseaux traditionnels", à ceux qui savent déjà comment se "démerder" dans nos pays caractérisés par l'absence de droit et de clarté.

La révolution numérique pourrait être un moyen de redéfinir, même à la marge, les règles du commerce mondial. Elle rend possible la mise en relation directe entre une coopérative de producteurs de cacao du Djuablin et une usine de chocolat turque. Elle rend possible les apprentissages (notamment de nouvelles langues), les mises à niveau, le télétravail - donc la lutte contre le chômage.

Les brouteurs sont un obstacle à cette révolution.  Ils sont allés du Nigeria au Bénin, du Bénin en Côte d'Ivoire, et on les annonce au Burkina Faso... Ils ont réussi à faire blacklister le Cameroun et la Côte d'Ivoire d'un certain nombre de services extrêmemement utiles comme Paypal. Les cyber-entrepreneurs ivoiriens s'en rendent compte : le fait que leurs mails proviennent d'Abidjan fait que beaucoup de leurs interlocuteurs n'osent même pas leur répondre, alors qu'ils auraient pu être des partenaires.

Les brouteurs ne sont pas des héros des temps postmodernes. Ils sont le symptôme de l'incroyable corruption de la police et du système judiciaire, comme on peut le lire sur ce post du blog de Fernand Agbo Dindé.

Commentaires

Absolument rien à dire de plus... sinon que c"est une analyse très pertinente du regretable phénomène des brouteurs ivoiriens. BRAVO !
J'ajoute quand même que c'est aussi l'image des ivoiriennes qui est ternie car l'européen a vite fait des les considérer comme des escrocs ou en tous cas complice des brouteurs.

Écrit par : Michel BRUN | 29/10/2012

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