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19/09/2012

La mort, au bout du portable, du chanteur Marcellin Yacé

Mon premier article sur la longue guerre ivoirienne, paru à la "Une" du Monde daté du 21 septembre 2002. La dernière phrase, "pourquoi les autres ?", n'est pas de moi. Mais sans doute de mon supérieur qui n'approuvait sans doute pas mon parti pris émotionnel...

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Les mélomanes ivoiriens ont l'oreille reconnaissante : ils pleurent Marcellin Yacé, célèbre chef d'orchestre et chanteur d'Abidjan, "arrangeur" d'une multitude de tubes locaux sur lesquels ils aiment tant danser, et victime innocente du coup d'Etat manqué du 19 septembre. "Parmi tous ces décès, c'est celui qui me fait le plus mal", confie Basile, atterré. En cette matinée de vendredi, à la cité des arts de Cocody, un quartier résidentiel d'Abidjan, l'attroupement s'est formé autour du carrefour où il est mort, jeudi à l'aube. Une sorte de pèlerinage, effectué par ceux qui aimaient ses sons et son sourire, et commencé dès que la circulation est redevenue possible dans une capitale économique désormais entièrement maîtrisée par les forces loyales au président Laurent Gbagbo. La voix cassée, son oncle Guy raconte. "A quatre heures du matin, son épouse, qui lui avait demandé de rentrer à la maison, a appelé sur son téléphone portable. Quand il lui a dit où il était, elle lui a demandé s'il n'y entendait pas les tirs. Il s'est vite retrouvé devant les assaillants. Il lui a donc répondu qu'ils étaient devant lui. Puis elle a entendu de très forts bruits, des coups de feu. Puis, plus rien du tout..." Les habitants du quartier, celui de l'enfance de Marcellin, où se trouve sa "cour familiale" et où il possède un studio d'enregistrement, sont en deuil. "Il est sorti de sa voiture en se traînant, gémissant, jusqu'à six heures. Il a frappé à plusieurs portes, toutes verrouillées. On ne savait pas que c'était lui !" La cité des arts est l'un des quartiers d'Abidjan où les combats entre assaillants et forces loyales au gouvernement, stationnées dans un camp proche de la gendarmerie, ont été les plus violents : des amulettes et des gris-gris jetés par terre, ainsi que des grosses flaques de sang, sur le sol et sur les murs, en témoignent. Des impacts de balles défigurent un centre commercial. Dans la courte rue allant du camp de gendarmerie à l'école des arts, treize cadavres ont été dénombrés. Deux palmiers situés devant une résidence, où les mutins auraient tenté de se retrancher, ont été effeuillés par le feu nourri. Pas très loin, un petit entrepôt de bois, ouvert – et vidé – a été criblé de balles. "C'était le lieu de repli des assaillants, qui étaient tous en civil. Ils ont tué le gardien qui, toute la nuit, n'avait cessé de pleurer et de supplier", raconte Marie, une jeune femme du quartier. Les amis de Marcellin ne veulent pas croire qu'on ait voulu lui faire du mal volontairement, lui qui faisait danser tout le monde, toutes tendances politiques et ethniques confondues. "Peut-être qu'ils ne l'ont pas reconnu. Peut-être qu'ils n'étaient pas Ivoiriens... Ils parlaient à peine français", conclut, un peu rapidement, Marie. Un riverain raconte comment les mutins sont arrivés, avant le petit matin. "Ils étaient plusieurs dizaines, ils sont venus à bord de gbaka", des minibus de transport collectif. Mais on revient vite au triste destin de Marcellin, le "martyr". La colère se dessine sur les visages, sans qu'on sache sur quoi elle peut déboucher. "Pourquoi lui ?", n'arrête-t-on pas de répéter. Pourquoi les autres ?

Commentaires

Kan ils sont venu ils ont tiré sur yacé dans son studio sans comodité vraiment ça faisais pitié de ma part.

Écrit par : Bamba | 04/10/2014

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